mercredi 28 mai 2014

253 Racismes anti-gamins, anti-femmes, anti-hommes

Il existe diverses formes de racismes. Racismes se définissant comme catégorisant certaines personnes comme par définition inférieures à d'autres, leur niant leur dignité d'être humain. Les racismes les plus connus se réfèrent au concept de races, de couleurs de peau. On rencontre aussi des racismes anti-vieux, anti-jeunes, par exemple. Je voudrais évoquer ici les racismes anti-gamins, anti-femmes et anti-hommes.

Quand j'avais cinq ans, j'étais, pour la première et unique fois de ma vie, en vacances dans un centre de vacances accueillants les familles. Il s'agissait du Centre de vacances UFOVAL à Lépin-le-Lac, sur le lac d'Aiguebelette, en Savoie. C'était en 1956.

Les enfants étaient pris en charge en groupe, par des moniteurs. Le directeur du centre et moniteur lui-même s'appelait Monsieur Vernet. Il y avait trois autres moniteurs. Ils s'occupaient des enfants : deux dames, une blonde et une brune, et un homme, visiblement le plus âgé des trois.

Je me souviens parfaitement bien de mon sentiment concernant ces moniteurs. Deux d'entre eux étaient distants, c'était les femmes : elles nous traitaient et considéraient comme « des enfants ». Le troisième, lui, c'était toute autre chose : il nous considérait comme des individus. Cela, je le ressentais et l'appréciais. Il nous respectait. Les autres non, nous étions à leurs yeux quantité négligeable.

Traiter les petits juste comme « des enfants », c'est témoigner d'un racisme anti-gamins. On n'est rien, pas grand chose, parce qu'on est « petits ». Et que peut-on y faire d'être « petits » ? On ne peut pas décider d'être « grands » ! Résultat : on souffre de cette situation.

Le moniteur qui nous respectait était en quelque sorte mon héros. J'aimais cet homme aux yeux duquel je me sentais exister. Et pas n'être juste qu'une chose dont on s'occupe. Il acceptait que nous, les enfants, existions. Et ne faisions pas simplement une sorte de figuration en occupant une place négligeable.

Aujourd'hui, quand un « petit » me parle, je l'écoute avec attention et cherche à répondre à ce qu'il me dit. Qu'il ait quatre ou quatorze ans, il mérite d'être respecté en tant qu'individu. Il n'est pas juste un futur « adulte ». Un irresponsable qui deviendra « responsable » le jour de ses dix-huit ans !

Ne pas considérer un gamin comme un être humain, mais comme un inférieur à l'homme, c'est cela, le racisme anti-gamins. Respecter un gamin, c'est également reconnaître qu'il ne sait pas encore tout ce qu'on peut apprendre en vingt, trente, quarante ou cinquante années de vie.

Quant aux adultes « responsables », il en est qui font très gamins, sans avoir pour autant l'excuse de la jeunesse.

Le racisme anti-femme, lui, est institutionnel en France. Il consiste, par exemple, à payer les femmes, pour le même travail, en moyenne trente pour cent de moins que les hommes. A leur refuser de hautes responsabilités, etc. C'est un sujet sur lequel quantité de choses ont été écrites.

J'ai découvert progressivement un phénomène que j'avais ignoré durant longtemps : le racisme anti-hommes.

Initialement j’idolâtrais les femmes. Puis, progressivement, j'ai dû reconnaître qu'elles pouvaient avoir des défauts, être mauvaises, injustes, méchantes comme peuvent l'être certains hommes.

Mais, je n'avais pas réalisé jusqu'à présent l'ampleur du phénomène du racisme anti-hommes dont témoignent de très nombreuses femmes. Pour ces femmes, nous, les hommes, ne sommes que des hommes, par définition selon elles, inférieurs à toutes les femmes. Et nous serions, par définition : grossiers, immoraux, incapables, agresseurs, etc.

Cette stupide manière d'observer les choses est l'exact équivalent du racisme anti-femmes dont témoignent un très grand nombre d'hommes.

J'avais déjà surpris des bribes du racisme anti-hommes, sans réaliser l'étendue de son développement.

Une femme que je croyais être une amie laissait par moments échapper des propos où, d'un air entendu, elle exprimait le fait que je n'étais qu'un homme. Je trouvais ça vexant, sans saisir en quoi ce propos était en fait la partie visible de l'iceberg. Ce qui me frappait, c'était le caractère absolu et définitif de son discours. La certitude que je n'étais bien sûr rien qu'un homme. Je ne voyais pas en filigrane le reste de la pensée : « et nous, les femmes, sommes toutes, par définition, quoi que tu fasses, supérieures à vous ! »

Autre incohérence témoignant de ce racisme anti-hommes : Sainte Nitouche en temps normal, une autre, que je croyais être une amie, était par moments ouverte à toutes sortes de câlins très « chauds ». Puis, se refroidissait au point d'atteindre le zéro absolu. Et, si j'insistais pour retrouver des câlins, me sortait que je troublais toujours notre relation en ramenant ça. Et pourquoi avait-elle cessé subitement les câlins : « parce que je n'en avais pas eu envie », me répondit-elle un jour. En résumé, elle avait tout le loisir de chercher à l'occasion des caresses. Mais si, de mon côté, ça éveillait alors en moi l'envie de continuer, j'étais forcément un obsédé, un détraqué, un troubleur d'amitié.

Deux femmes que je connaissais me faisaient part de leur fidélité respective, l'une à son amant, l'autre à son mari. Tous les justificatifs habituels venaient conforter ces professions de foi : amour, mariage, fidélité. « Moi, je n'aime pas passer ma main là où une autre main est passée. Moi, je ne partage pas », disait l'une. L'autre vantait son cher et irremplaçable, unique petit mari.

Et, soudain, un jour, j'étais assis auprès d'elles au restaurant, quand j'ai assisté à un tableau étrange et inattendu. Nos deux fidèles amoureuses commencent à se parler en oubliant que je suis là. J'ai alors l'impression très nette de me retrouver auprès de deux inconnues que je n'ai jamais rencontré. Elles parlent toutes deux d'un air entendu d'un célèbre acteur de cinéma. Et tout le discours sur la fidélité se volatilise. J'entends deux dames dirent entre elles : « c'est sûr, s'il vient à la maison, je ne couche pas dans la baignoire ! » et le reste à l'avenant, témoignant de manière évidente que leur habituel discours sur la fidélité est exclusivement une façade sociale. Un discours des apparences pour paraître une personne respectable et inaccessible. Un discours auquel ces discoureuses n'ont visiblement jamais cru le premier mot. Elles le balancent tous les jours à la figure des hommes. Et « entre femmes » et amies, se racontent toute autre chose. Et ont manifestement l'habitude de cette totale hypocrisie.

J'ai relevé alors cette métamorphose surprenante sans en tirer une analyse particulière.

Une de ces deux dames, comme j'ai pu le constater, m'autorisait à la caresser à l'occasion, mais selon ses limites territoriales corporelles définies : en dessus de la ceinture, pas en dessous, car, disait-elle : « je ne suis pas ta maîtresse ». Troublante incohérence où on se retrouve en fait le jouet sexuel de l'autre. Il vous utilise. Vous autorise ou vous interdit selon son bon plaisir. Et, chose à relever, comme d'autres femmes que j'ai pu connaître, accepte de recevoir des caresses, mais n'en donne aucune en échange. Tout ceci avec des prétextes fallacieux tels que : « tu ne réagis pas suffisamment, j'ai l'impression de ne rien faire ». 

L'homme n'est pas qu'un jouet sexuel pour les femmes racistes anti-hommes : c'est un jouet tout court. Une femme de santé déficiente restant au lit toute la journée, me disait : « je ne me lève pas pour toi, car tu fais partie de mon histoire ». Qu'est-ce que ça signifiait ? C'était juste un propos absurde qui prétendait justifier un comportement pénible à supporter par moi.

Dans un domaine salace et plus intime, je me souviens d'une femme qui me disait, il y a bientôt quarante ans : « je ne peux pas te faire de fellation, car j'ai tout le temps le nez bouché, et si je t'en fais une, j'étouffe ! ». Et moi, grand naïf, j'acceptais l'argumentation.

En fait, pour la femme raciste anti-hommes, l'homme est là à son service, pour la servir. Exactement comme le macho considère la femme, la femme raciste anti-hommes va considérer l'homme. Il est juste pour elle une chose, un mobilier, un objet soumis qui agrémente sa vie. Et qu'on jette le moment-venu.

J'ai été ce jouet soumis et imbécile durant un très grand nombre d'années. Mais, à présent, le jouet s'est réveillé. Il ne servira plus de jouet et va réagir devant les prétentions abusives qu'il pourra rencontrer et qui chercheront à le ramener à sa condition d'objet ludique.

Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse. J'étais la cruche. Elle a fini par se casser. Et un homme est né. Prêt à rejeter de sa vie celles qui lui manquaient de respect et se foutaient de sa gueule depuis toujours. Ce qui ne signifie nullement que je deviens macho méprisant les femmes ! Bien au contraire ! Et comment que je respecte, apprécie et admire les femmes et jeunes filles au comportement digne, respectueux et responsable. Refusant d'être maltraitées par les machos et de maltraiter les hommes de manière symétrique.

La cruche s'est cassée quand j'ai fini par rencontrer le sommet caricatural du racisme anti-hommes : la violence physique gratuite de la part d'une raciste anti-hommes qui m'a ouvert les yeux bien involontairement de sa part.

Quand on n'a rien fait de spécial à quelqu'un, qu'il vous regarde avec haine, vous insulte, hurle sur vous et vous frappe sans aucune raison visible, on ne peut que se poser des questions. Quel peut être la source de cet étrange comportement ? 

C'est là que j'ai enfin compris et rattaché ensemble les fragments du puzzle que j'avais déjà rencontré. Je savais depuis une éternité qu'il existe des hommes méprisant les femmes. Il m'a été plus difficile d'arriver à réaliser que l'exact comportement symétrique existe. A présent cela m'apparaît comme une éclatante évidence.

L'existence des racistes anti-gamins, anti-femmes et anti-hommes expliquent quantité de phénomènes relationnels surgissant dans la société. Où nous essayons avec difficultés de vivre quand nous ne sommes pas membre d'un de ces groupes hélas dominants.

J'aurais l'occasion de revenir sur ces phénomènes racistes très intéressants à analyser et étudier. Ce sera le cas dans des textes à venir tels « La fermeture du bureau des délices » et « La femme aux briquets Dupont ».

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 mai 2014

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