lundi 26 août 2013

147 Redéfinir la place de l'Homme dans la Nature

J'aime bien écouter sur Internet les discours de Mélenchon. Il dit des choses justes et d'autres qui le sont moins. Je ne suis pas forcément toujours d'accord avec lui. Ce qui est agréable, c'est qu'il a un vrai talent d'orateur. Et un sens pédagogique qui fait que ses exposés sont toujours clairs et faciles à comprendre.

Aujourd'hui, j'écoutais son discours de cloture des Remues-méninges, l'université d'été de son parti. A un moment-donné, il s'étonnait que les masses ne le rejoignent pas. En y réflechissant, je crois connaître la raison de ce phénomène. Son discours est un discours du XIXème siècle. Dedans, il y a des choses très justes. Il y a aussi la marque propre au mouvement ouvrier de ce temps-là. Il était issu à ses débuts des traditions du christianisme social. Et donc était imprégné par la morale judéo-chrétienne qui condamne l'oisiveté « mère de tous les vices » et encense « le travail ».

Cette morale, traduite par Marx et d'autres, a donné l'antagonisme entre le capital parasite et le travail producteur. La lutte des classes qui en découle existe effectivement.

Selon cette morale : le riche « s'enrichit en dormant » alors que l'ouvrier va travailler.

Comme le dit Eugène Pottier, auteur de L'Internationale, dans sa chanson L'Insurgé : il faut faire « la guerre sociale »

Dont on ne verra pas la fin
Tant qu'un seul pourra, sur la sphère,
Devenir riche sans rien faire,
Tant qu'un travailleur aura faim !

Le dernier couplet de L'Internationale précise qu'après la victoire ouvrière « L'oisif ira loger ailleurs ». Loger « ailleurs » que sur Terre, c'est mourir. Juste après 1917, les bolcheviks écrivaient partout en Russie la phrase de Saint Paul « qui ne travaille pas, ne mange pas ». Staline a décrété dans les années 1920 que les paysans russes « riches », les koulaks, étaient des feignants, des parasites sociaux. Il les a fait mourir par millions. Ils sont aller « loger ailleurs », au ciel, avec leurs familles. En résumé : le travail c'est bien, le capital c'est mal. Admettons que le capital c'est mal. En quoi le travail c'est bien ? Car, depuis le XIXème siècle, la productivité du travail a augmenté vertigineusement. Aujourd'hui, l'homme peut enfin s'asseoir sur l'herbe et contempler les étoiles. Pour la première fois depuis des millions d'années il a la possibilité, sans être riche, de prendre le temps de rêver. A condition, bien sûr, de se débarrasser du capital.

Mais Mélenchon, que propose-t-il comme projet de société ? Trrrrravailler ! Conquérir les océans et créer des millions d'emplois. Voilà qui ne change pas fondamentalement les choses. Alors que le progrès technique permet de redéfinir la place de l'Homme dans la Nature. Donner à chacun un revenu de base suffisant pour vivre en travaillant ou non. Et travailler au plus deux jours par semaine et quatre pour commencer. Développer un urbanisme paysager avec des salles des fêtes et des salles de bals et de concerts partout. Pourvoir chaque quartier ou village d'une fanfare, etc.

De tout cela, il n'y a pas trace chez Mélenchon comme chez bien d'autres. Juste : travailler. C'est certainement mieux que le chômage. Mais ça n'a rien d'enthousiasmant. Ce n'est pas un projet de société. Mélenchon veut conquérir les mers. J'aimerais lui conseiller de continuer à embêter les hommes d'affaires, les riches, les banquiers, les financiers. Et laisser tranquille les poissons et le plancton. Le seul océan à conquérir est celui de la poésie en action et de la sieste crapuleuse.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 août 2013

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