vendredi 16 août 2013

139 A propos du sexe et des câlins

Scène étrange : une jeune femme qui a dépassé les quarante ans, vit loin de sa famille et en toute indépendance matérielle depuis des années, n'est plus vierge depuis longtemps, se plaint amèrement à moi : « ma mère ne m'a jamais fait de câlins ». Quel propos bizarre ! Et alors, où est le problème ? N'est-il pas déjà plus d'actualité ? Quand on est une femme adulte et qu'on peut trouver et trouve des aventures amoureuses ?

Pourtant, la jeune femme qui se plaint ainsi souffre visiblement, mais de quoi au juste ? Ne pas avoir reçu de câlins étant petite fille ? Qu'est-ce qui la pousse à y penser ?

En fait, sans le réaliser consciemment, la jeune femme, appelons-là Thérèse, souffre de son sevrage câlinique, dont elle n'est jamais sorti.

On ne dira jamais assez la nuisance de la confusion entre le besoin de câlins et la relation – c'est à dire l'acte – sexuel. Cette jeune femme a toujours confondu les deux depuis qu'elle a atteint l'âge adulte. Et suite à la convergence à ce propos de la plupart des cultures régnantes, ce sont des centaines de millions d'autres humains qui pratiquent la même confusion.

Confondre sexe et câlins rend impuissant câliniquement, et quelquefois transforme en obsédé de l'acte sexuel.

Cette jeune femme, si elle « tombe en câlins », c'est-à-dire se retrouve de façon imprévue dans une chaleureuse séance de câlins avec un ami, décrète aussitôt : « il n'y aura pas de deuxième fois. Car ça nuirait à notre amitié ». Ainsi elle évacue toutes interrogations.

La confusion « sexe » égal câlins et réciproquement se retrouve dans les magazines. Dans une revue féminine j'ai lu un jour, parlant de l'organe sexuel masculin : « c'est une bombe ». Sous-entendu : « Mesdames, si vous posez la main dessus, vous devrez passer à la casserole ».

« Les hommes pensent ainsi » diront certains. Ce n'est pas forcément vrai. Une amie se plaignait à moi qu'il est arrivé que son copain soit en érection et ne lui saute pas dessus pour « l'honorer ». Il a fallu que j'explique à cette amie qu'une érection ne signifie pas nécessairement qu'on a envie de « faire l'amour ». De même qu'on peut en avoir envie et ne pas avoir d'érection. Mais mon propos se situe à des années lumières de la majorité des articles et écrits divers qui abondent sur le sujet.

La pensée unique dominante est celle du sexe automatique et formaté : caresses, bisous, léchages, déshabillages, érection et son équivalent féminin qui n'a pas de nom, égal acte sexuel, point.

Une dame que j'ai connu, pour résumer la nécessité selon elle de quitter son copain me disait : « on ne faisait même plus l'amour ».

Une autre, qui pourtant était laissée libre de butiner le sexe où elle voulait, a quitté son copain faute de sexe partagé avec lui, disait-elle. Son discours bizarre consistant à se plaindre de « ne pas être libre » alors qu'elle l'était effectivement.

L'absence de formatage inquiète, quand bien-même sa remise en question pourrait être confortable. L'être humain tiraillé entre Nature et Culture n'est pas à une contradiction près. On croirait qu'il cherche plaisir, douceur; bonheur, tranquillité. Ce n'est paradoxalement souvent pas vrai. A choisir, il préfère d'abord se sentir être un individu conforme à l'idée dominante de l'individu « normal ».

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 août 2013

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