lundi 26 août 2013

146 Quatre rencontres extraordinaires

Il m'est arrivé au moins quatre fois de faire des rencontres extraordinaires au sens étymologique de ce mot : sortant tout à fait de l'ordinaire.

Tous les humains, moi y compris, sont en général plus ou moins bloqué par une quantité de peurs les plus variées : peur d'être seul, peur d'être ridicule, peur d'être rejeté, peur de la violence, peur de ne pas y arriver, peur d'être bête, peur de rater quelque chose, peur de ne pas faire assez bien, peur de faire une chose interdite, peur de prendre des risques, d'être incorrect, indécent, vieux, etc., etc.

En résumé : nous ne sommes jamais libres. Car, tout au moins, nous ne nous sentons jamais libres.

Et il se trouve qu'un soir, j'ai croisé une personne libre. Je l'ai senti parfaitement ainsi.

C'était à une soirée organisée je ne sais plus exactement pourquoi dans un cinéma qui existait à Paris avenue Victoria et qui à présent a fermé depuis des années.

J'ai rencontré et parlé avec une jeune femme d'une trentaine d'années environ. Je l'ai senti étrangement complètement différente de tous les gens qui nous entouraient. Je l'ai senti comme quelqu'un qui était sans limites. Ne connaissait ni blocages sexuels, ni blocages d'aucune sorte.

Elle m'a parlé. Elle paraissait maitriser parfaitement tout ce qu'elle faisait. Elle était comme dans un autre monde, une autre dimension. Un peu comme la visiteuse d'un zoo humain qui voit des humains dans des cages et leur parle gentiment. Tout en sachant bien qu'elle ne peut nullement les libérer. Car leurs cages sont à l'intérieur d'eux et eux seuls peuvent s'en libérer.

Elle ne me témoignait ni condescendance, ni pitié. J'étais un humain sympathique pour elle, mais dans une cage. A l'issue de sa visite parmi les humains encagés, elle repartirait continuer sa vie avec des humains libres. Des humains libres, qui ne sont pas comme moi, comme la plupart, captifs de leurs illusions. A tel point que le mot liberté a perdu son sens. Ainsi, certains croient que la « liberté sexuelle » consiste à baiser furieusement. Alors que la liberté consiste justement à ne se sentir ni obligé de baiser, ni obligé de ne pas baiser. Mais baiser seulement quand on en a vraiment envie et que c'est possible.

La seconde rencontre extraordinaire dont je voudrais parler s'est déroulée il y a une quinzaine ou vingtaine d'années dans le bus 62 à Paris.

Je suis monté dans le bus. Et aussitôt ai aperçu de loin une très jeune fille.

Nous avons eu tous les deux en même temps le sentiment de nous retrouver. De très bien nous connaître. Nous nous reconnaissions avec beaucoup de plaisir. Je me suis approché d'elle et lui ai parlé.

En bavardant, nous avons très vite réalisé que nous ne nous connaissions absolument pas. Et que, si ça se trouve, nous ne nous étions jamais rencontré.

Le constater nous a amusé tous les deux. Puis, elle est descendu du bus. Je l'ai salué comme une amie que j'allais revoir. Et ne l'ai jamais revu.

J'ai cherché des mois après à retrouver sa trace. J'ai juste retrouvé l'arrêt précis où elle était descendue. Mais le peu qu'elle m'avait dit indiquait qu'elle rendait visite à une amie et n'habitait pas là.

Nous nous sommes vraiment « reconnus » sans nous connaitre. Quelle explication peut-on donner à ce phénomène ? Je n'en vois qu'une, qui n'est pas « rationnelle ». Nous nous sommes déjà connus et avons été très proches tous les deux avant, dans une autre vie. Et nous sommes ainsi recroisés.

Les deux dernières rencontres extraordinaires dont je voudrais parler concernent le toucher.

J'ai fait un stage de massages en 1986. A son début, après nous avoir parlé autour d'une bougie allumée, la monitrice a éteint et retiré la bougie. Et nous a dit : « à présent, fermez tous les yeux et allez tous les uns vers les autres en vous touchant les uns les autres ».

C'était pour nous familiariser avec le toucher, je suppose.

Or, dans le groupe emmêlé que nous avons formé, j'ai tout de suite ressenti un accord, une harmonie incroyable avec une des participantes. Comme ça, à priori, rien ne l'indiquait visuellement.

Je ne m'explique pas cet accord.

J'ai ressenti la même chose avec une autre jeune femme quelques années plus tard.

Nous pratiquions en groupe une espèce de yoga relationnel.

Et, quand je ne faisais même pas des exercices avec elle, simplement quand je m'approchais d'elle pour lui faire la bise, je ressentais comme une harmonie extrêmement forte de contact avec elle.

J'ignore ce qu'elle ressentait précisément de son côté. Était-ce aussi harmonieux pour elle ? Je ne sais pas.

Et ce n'était ni de l'amour, ni une attirance « sexuelle ».

Existerait-il des groupes tactiles affinitaires ? Un peu comme les groupes sanguins ?

Une jeune fille m'a dit un jour ressentir pour un jeune homme quelque chose d'extraordinaire. Une sorte d'attirance tactile irrésistible. Parlait-elle du même genre de phénomène que j'ai ressenti ainsi ?

Ce qui paraît intéressant en tous cas, c'est qu'il existe de types de peaux différentes. On ne ressent pas du tout la même chose en touchant la peau d'une personne ou d'une autre personne. Même en la frôlant seulement en la croisant dans la rue. Ce qui peut arriver en été avec nos avant bras nus.

Les genres de peaux sont-elles classables ?

A quoi tiennent nos ressentis différents ?

Autant de question auxquelles il serait intéressant de répondre. Et un champ de recherches inexploré dans notre société malade du non toucher.

Et pour quelle raison est-il interdit ou « sexuel », ce qui revient au même, de toucher l'autre ? Cela aurait-il un rapport avec l'horreur de toucher les morts ? Horreur étendue aux vivants ? Je n'en sais rien. Mais une chose est de toutes façons certaine : notre société est très gravement malade dans le domaine du toucher.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 août 2013

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