samedi 30 mai 2015

382 La castration visuelle masculine

Un phénomène aux conséquences psychologiques fondamentales est si simple que personne à ma connaissance n'en a parlé jusqu'à présent. Imaginons que sans explications depuis pratiquement notre naissance il nous soit imposé de cacher à nous-mêmes notre bras droit. Que le laisser voir soit formellement interdit et condamné. Que le laisser voir s'apparente à un crime ou l'acte d'un fou. Ne serions-nous pas très gravement traumatisés par cette situation ?

Imaginons à présent autre chose : à chaque fois que nous nous mettons torse nu nous pousse un bras supplémentaire. Celui-ci nous occuperait bien. Mais si de plus ce bras aurait une réputation sulfureuse. Qu'il serait connu mais qu'il serait interdit de le laisser voir par d'autres. Que le laisser voir à l'occasion impliquerait toutes sortes de choses très importantes, n'en serions-nous pas dérangés, troublés ?

Ces phénomènes de bras droit à cacher ou de bras supplémentaire, c'est d'une certaine façon ce qui arrive aux humains de sexe masculin. A la différence des femmes qui ont quatre membres : deux bras et deux jambes, les hommes en ont cinq. Aux quatre membres précités s'ajoute le membre tout court. Or, celui-ci est systématiquement caché. La première chose qu'on fait d'un nouveau-né lavé, on l'habille ! La première chose que nous faisons le matin au lever : nous nous habillons !

Le résultat revient à une castration visuelle masculine. Le membre sexuel masculin est systématiquement dérobé à la vue. On me dira qu'il n'est pas possible de se promener nu, à cause du froid et des règles sociales, interdits, traditions et lois prohibant la nudité en public. Ce propos évite de répondre à la question : « existe-t-il des conséquences à cette castration visuelle ? » Et aussi : sommes-nous vraiment toujours habillés à cause du « froid » et de la « pudeur » ?

La castration visuelle est une des raisons, voire la première, qui expliquerait l'obsession de leur queue chez la plupart des humains de sexe masculin. Avec les incorrections concomitantes de leur conduite envers le sexe féminin qu'ils harcèlent sexuellement sans arrêts.

Quant à la nécessité proclamée de s'habiller à cause du froid et à la nécessité proclamée de s'habiller pour éviter le scandale, elle est très souvent un argument à caractère démagogique. Si on évite le froid et la nudité publique - ce qu'on fait si on est raisonnable et qu'on veut éviter rhumes et ennuis, - restent de larges plages horaires où nous pouvons rester nus.

Je fais depuis à présent plusieurs mois cette expérience de la nudité domestique à chaque fois que c'est possible. Hors de la vue de voisins ou visiteurs, chez moi, seul, bien protégé du froid. C'est dans cette tenue que je tape ce texte sur le clavier de mon ordinateur.

Cette expérience de nudité, jointe à la réflexion, change la vision de bien des choses. Elle amène - en tous cas elle m'a amené, - une tranquillité d'esprit et une large indifférence aux choses dites « du sexe ». Et me fait prendre conscience de ce phénomène de castration visuelle qui dérange les humains de sexe masculin. En 1968 ou vers ce moment-là, je me souviens d'une phrase alors plus ou moins à la mode : « oui, je ne pense qu'à ça ! » C'est-à-dire à l'acte sexuel. Moi, je crois qu'on m'a encouragé à y penser. Et que, à présent que j'y pense moins et le rejette en tant que soi-disant besoin permanent, je me sens bien mieux et tranquille que bien d'autres. Soit qu'ils sont de sexe masculin et y pensent beaucoup trop. Soit qu'ils sont de sexe féminin et sont dérangées et agacées par l'inconduite obsessionnelle des garçons « qui ne pensent qu'à ça ». Je ne rejette pas la sexualité, mais pense qu'il ne faut lui laisser que sa juste place. Elle n'est pas si grande que ça. Et s'occuper de bien d'autres choses par ailleurs : par exemple l'art, la fête, la tendresse, la fraternité et l'amitié.


Basile, philosophe naïf, Paris le 30 mai 2015

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