lundi 20 janvier 2014

210 Incohérence dans l'échelle des importances

Il existe une chose par rapport à laquelle l'incohérence est très fréquente dans l'échelle des importances que se fabrique les individus. Il s'agit de l'acte sexuel et son opportunité. Cela se comprend. Car s'il est bien une activité totalement nouvelle par rapport à la petite enfance, c'est bien celle-là. Elle frappe donc naturellement l'imagination.

A croire l'échelle des importances chez bien des gens, il faudrait systématiquement rechercher ou éviter l'acte sexuel. Cette activité serait tout à fait à part du reste. Totalement originale, elle suivrait ses propres règles. Qui fonctionneraient comme des obligations.

Ainsi, on rencontre quantité de personnes qui s'imagine que si la possibilité existe de « faire l'amour », il faut ne pas la rater. Cette pseudo-obligation confine à la caricature. On fini par s'accoupler avec des êtres qui nous dégoûtent, ne nous intéressent pas.

L'absurdité du concept des bonnes occasions à ne pas manquer s'apparente à l'idée que si on peut manger, on doit manger. C'est une sorte de boulimie sexuelle.

Au début des années 1970, j'ai entendu à la faculté Dauphine à Paris un propos illustrant bien cette manière de penser : « si on a l'occasion de faire l'amour, il faut le faire, ça ne peut pas faire de mal. »

Eh bien si, justement, ça peut faire beaucoup de mal. Une amie me disait récemment, parlant d'une relation amoureuse qui s'était achevé dans l'échec et l'amertume : « on a fait l'amour sans savoir pourquoi on le fait ». Cette jeune femme et son copain se sont laissés prendre par leurs échelles des importances. Elle leur a dicté une conduite étrangère à eux-mêmes. Quand il a été possible de « faire l'amour », ils ont suivi le programme sans savoir trop ce qu'ils faisaient. Et ça a ravagé leur bonne relation amicale de départ.

Prétendre que, quand « faire l'amour » est possible, il faut le faire, revient à obéir à son pénis ou son vagin. Est-ce bien raisonnable ? Certains prétendront qu'on ne peut pas faire autrement. A quoi je rétorquerais qu'on peut très bien faire autrement. Encore faut-il savoir renoncer à céder à la pression sexualisante ambiante. Et surtout savoir corriger notre échelle des importances malmenée par celle-ci.

Jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, je n'éprouvais aucune envie de faire l'amour avec qui que ce soit et m'en portais très bien. Puis, ma mère et le médecin de famille ont développé une pression intense pour que je me mette en règle de ce côté-là. Sagement, j'ai obéi. Et, une fois que l'aventure de six mois que j'ai connu s'est terminé, j'ai intégré à mon échelle des importances ce mot d'ordre stupide : « il faut » ou « il ne faut pas » faire l'amour.

Ce parasitage a duré quarante années. Aujourd'hui, que j'ai pu enfin m'en débarrasser, je me dis : « il faut vivre, être soi-même ». Et cela peut impliquer, ou ne pas impliquer, de « faire l'amour », chose absolument secondaire. Et à ne pas ramener artificiellement dans une relation sympathique où elle n'a nullement lieu obligatoirement d'être. Quand bien-même la planète entière raisonnerait différemment. Et la rumeur publique me hurlerait à l'oreille que mon intérêt, mon plaisir et mon devoir est de baiser.

Ceux qui n'arrêtent pas de chercher à satisfaire un besoin imaginaire, rencontrent presque toujours l'insatisfaction. Finissent par chercher à l'oublier dans des compensations, des addictions. Deviennent amers et jaloux. Et restent malheureux. Sans arriver à comprendre pourquoi ce qui leur paraît si simple, finalement ne marche jamais.

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 janvier 2014

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