samedi 18 janvier 2014

207 A propos de « la pudeur »

Quand on est très petit, on ne se pose pas de questions quand les grandes personnes qui s'occupent de vous vous enfilent d'office divers vêtements. Par la suite, il apparaît logique d'en porter pour s'abriter du froid, de la pluie. Mais, mystérieusement, voilà que s'ajoute le fait de devoir porter des vêtements alors qu'on n'en a aucun besoin ! Je me rappelle, à cinq ans, durant des vacances au bord d'un lac en Savoie, avoir questionné mes parents : "pourquoi porter ici une culotte de bain ?" La réponse vint, imparable : "c'est pour l'hygiène". Bien que ne saisissant pas toutes les implications réelles et possibles de cette fameuse "hygiène", j'avais appris à la respecter sans discussion. J'acceptais cette explication bidon des préjugés pudiques régnants dans la société où je vis. Et acceptais l'idée qu'il était logique et justifié de porter ce qui est en fait un cache-cul et un cache-sexe. Que les enfants et grandes personnes sur les plages de Scandinavie et d'Allemagne du nord ignorent parfaitement.

Plus logique était ce petit garçon d'environ deux ans que j'observais il y a plus de trente ans sur la plage de Palavas-les-Flots. Il marchait sur la plage, les pieds dans l'eau. Quand il s'arrêta pour enlever sa culotte de bain mouillée et la jeter au loin avec dégoût. Il n'avait pas été encore contaminé par ce que nous avons baptisé "la Civilisation".

Pour justifier le port de ces caricatures de vêtements qu'on appelle "maillot de bain", on invoque "la pudeur". J'ai même vu pire en 1979 sur la plage du Portel, près de Boulogne-sur-Mer. Un grand panneau y invitait les baigneurs "par respect pour nos enfants" à respecter la pudeur. Enfants qui, eux-mêmes, ignorent ce concept invoqué pour porter des morceaux de tissus ridicules qui soulignent ce qu'ils prétendent cacher !

Mais qu'est-ce que "la pudeur" ? Un concept fourre-tout où on trouve de tout, du bon, du mauvais, du justifié, de l'injustifié, du juste et du ridicule. Introduit dans le Code pénal français en 1810, le concept d'"attentat à la pudeur" peut-être assimilé à une multitude de choses répréhensibles ou non. Et, selon les interprétations, peut servir aussi bien à défendre les gens qu'à leur causer un préjudice. A l'époque où il a été inventé, en France, les épouses infidèles risquaient la prison. Le divorce n'existait pas. Et les pères de famille avaient la possibilité de faire emprisonner leurs enfants sans autre justificatif que leur pouvoir de décision. Au nom de "la pudeur" on évite surtout, encore aujourd'hui, le débat. Et de parler d'une façon critique de la réalité des mœurs. On peut critiquer le comportement des uns ou des autres dans tous les domaines, excepté "en dessous de la ceinture" ! Au nom de cette manière de considérer les choses, on peut être quelqu'un de bien, tout en étant un parfait salaud dans le domaine de "la vie privée" ! On voit à qui cela profite ! Dès qu'on critique un parfait salaud dans le domaine des mœurs, ou on se pose simplement des questions pour comprendre, c'est souvent une levée de boucliers : "ah non ! on ne parle pas de ces choses-là, elles relèvent de la vie privée !" Eh bien, justement, oui ! parlons-en !

Pour dire ce qui est mal, parlons de ce qui est bien, ou incertain. De nos tâtonnements pour arriver à comprendre les choses. J'ai été confronté pour rédiger ce blog au problème posé par la censure de "la pudeur". Dois-je, puis-je parler de domaines que l'on dit "intimes". Et qui concernent tout le monde et causent des dizaines de milliers de suicides par an ?

Oui, il faut en parler. Ne sont honteux que les comportements de ceux qui cherchent à faire mal les choses, mentir, manipuler et profiter des autres.

Basile, philosophe naïf, Paris le 18 janvier 2014

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