mercredi 15 janvier 2014

206 Fait divers stupide, dramatique et laid

Dans une petite ville de province, deux très jeunes gens, âgés de juste treize ans, ont un béguin l’un pour l’autre. Comme leurs familles respectives sont en mauvais termes, ils se donnent la mort. Fait divers tragique et stupide. A treize ans, que connait-on de la vie ? Croire qu’une amourette contrariée rend la vie indigne d’être vécue, c’est faire preuve d’immaturité imbécile.

Pourtant, si on remplace le lieu géographique par la cité de Vérone en Italie. Qu’on nomme les familles Capulet et Montégu. Et que les deux idiots tragiques se prénomment Juliette et Roméo, tout un tas de gens bavent d’admiration devant cette histoire. Ce serait même là « l'amour » par excellence ! Mais d’où peut provenir une telle prodigieuse stupidité ? Et elle a court depuis plusieurs siècles !

Comme je l’ai écrit, les enfants au début de leur vie sont libres et sans interdits. Puis, ils se heurtent à la « clôture des adultes ». Derrière laquelle les grandes personnes font quantité de choses qu’ils dérobent à leur vue. Arrivés à un certain âge, les enfants vont franchir cette clôture. Confrontés à des phénomènes nouveaux, ils devront déterminer la conduite à tenir sans y avoir été préparé.

Résultat, par exemple, ils vont accorder une importance capitale à un petit béguin de rien du tout. Cette incapacité à évaluer l’importance des choses, à gérer leur « échelle des importances », conduira à bien des drames. L’histoire imaginaire de Roméo et Juliette en est une illustration. Le fait que des générations de gens s’extasient devant ce fait divers montre bien que nombreuses sont les personnes dont l’échelle des importances est parfaitement déréglée.

Elle peut l’être dans divers domaines. J’ai connu un homme qui a manqué de se suicider parce que sa femme ne voulait plus « faire l’amour » avec lui. Quelle ânerie ! Si c’était vital à ce point, il n’avait qu’à aller voir ailleurs ! En fait, son échelle des importances était mal réglée au point qu’il avait l’impression que sans pouvoir coucher avec sa femme, il n’avait plus de raisons valables de vivre !

Cette incapacité très répandue à parvenir à régler son échelle des importances ne se retrouve pas que dans le domaine dit « du sexe ». Les personnes qui voient dans la vie l’occasion d’accumuler des biens, de la « propriété », en sont un autre exemple. J'ai lu il y a des années un article dans le journal Le Monde à propos d’une ville antique et abandonnée de Mésopotamie. Habitée durant six ou sept cents ans, elle est à présent envahie par une couche épaisse de sable du désert. Des personnes se sont senties là les propriétaires. On y retrouve même des empreintes de pieds et mains d’esclaves sur de l’argile cuite, servant de pièces d’enregistrements de ces esclaves. Et à présent que trouve-t-on là ? Du sable et des maisons vides.

Le drame est que l’Histoire n’a rien appris à ceux qui se proclament les « grands de ce monde ». Si on lit les propos de grands patrons actuels, ils ne rêvent que d’accumuler des milliards d’euros et encore des milliards d’euros, qui ne leur serviront à rien. Et priver des moyens élémentaires de subsistance des millions de gens. L’échelle des importances de ces grands patrons est affreusement déréglée.
 
Clôture des adultes, franchissement de cette clôture, échelle des importances, gestion de cette échelle : il faut bien avoir conscience de ces phénomènes. Les étudier. Et peut-être un jour, aussi grâce à ça, parvenir à régler les grands problèmes qui se posent à l’Humanité.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 janvier 2014

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