jeudi 9 octobre 2014

289 Le couple, le miel et le goudron

Me considérant comme « seul et célibataire », je rencontre des personnes auxquelles je n'ai rien demandé de ce genre, qui veulent absolument faire « mon bonheur » malgré moi. Elles souhaitent m'encoupler et ne s'en cachent pas. Ainsi, une dame très gentille qui tient un magasin me sortait l'autre jour : « je vous souhaite de trouver une petite amoureuse ». Une assistante sociale très bien intentionnée et très compétente me souhaitait que je puisse parvenir à vivre avec quelqu'un. Dans un groupe de personnes auquel je participe, deux personnes grossières et vulgaires n'arrêtent pas, dès que l'occasion se présente à elles, de faire des allusions sales et grivoises sur une dame avec laquelle ça les amuserait de me voir « coucher ». Motif : cette dame leur apparaît vivre seule. Je leur apparaît dans une situation similaire. Ça les amuserait de nous voir nous ennuyer ensemble plutôt que séparément. Car, pour ces deux esprits frustes, jouisseurs et primitifs, hors de la baise à tous prix, point de vie digne d'être vécue. Et, hors de la plongée dans le slip d'autrui, point d'histoires bien intéressantes à raconter pour captiver l'attention des copains.

Il est de bon ton de vanter « le couple ». Moi-même, durant bien des années je tombais dedans. Quand, critiquant les dragueurs professionnels, j'évoquais le fait qu'en prenant de l'âge, ils se retrouveront seuls. Quand « ils sont malades et ont besoin que quelqu'un leur fasse une tisane ».

Curieusement, j'ai vu des dames obstinément célibataires vanter le couple et se féliciter du mariage des autres. Une dame de ce type m'avouait cependant sa perplexité un jour. Vantant un mariage auquel elle avait assisté en province, elle me racontait que, la veille de celui-ci, la fiancée désemparée, s'était confié à elle: « Mon copain n'arrête pas de vouloir faire l'amour, et quand on le fait je ne ressens rien ». Je suppose que ce mariage a fini en divorce, ou pire, en couple gris et triste.

On vante les avantages, les plaisirs du couple. Mais si on ne considérait pas que ceux-ci, mais également les inconvénients ? Je sais, on se marie, selon la formule consacrée : « pour le meilleur et pour le pire ». Voilà une formule vite expédiée. Décortiquons-là un peu. Parmi les gros ennuis binaires, il y a la jalousie. Ne pas pouvoir mettre un pied devant l'autre, simplement regarder une fille qui passe, sans se faire emmerder par le dragon de service. J'ai bien connu ça, quelle horreur.

Et puis, il y a la mutualisation des ennuis, soucis, préoccupations. On est malade, quel plaisir que l'autre vous fasse la fameuse tisane ! Mais aussi : on est malade, l'autre s'en fout. Pire, il vous reproche de ne pas avoir préparé le dîner. Ou... l'autre est malade, très malade, ça le rend acariâtre, envahissant, insupportable. Mieux encore, suicidaire : vous n'osez pas mettre un pied dehors, de peur de retrouver un cadavre dans le lit conjugal. J'ai connu ça, merci bien, quelle horreur. On a aussi droit aux ennuis collatéraux : votre partenaire va plutôt bien, mais a un fils très malade.

Une compagne voulait me voir abandonner mon logement pour vivre officiellement avec elle. Elle pouvait aussi ainsi solliciter un logement HLM plus grand, pour deux personnes. Puis, elle m'a viré de sa vie. « Mais, alors, je me serai retrouvé où ? À la rue ? » lui ai-je demandé. « Pas du tout, je t'aurais hébergé quand-même. Tu n'aurais pas été à la rue », m'a-t-elle répondu. Faut-il la croire ? En tous cas, sincère ou non, quelques temps après, trouvant son loyer trop cher, elle a liquidé son logement. Est partie s'établir loin, en province. Parisien, si j'avais été avec elle, je me serai retrouvé à la rue quand-même. Il y a aussi les ennuis binaires indirects. Deux jolies dames que j'ai rencontré ne peuvent imaginer de relations avec un homme seul que « en couple ». S'encoupler avec moi ne leur convenant pas, elles ont refusé mon amitié. Le « couple » les rend impuissantes en amitié.

Si vous voulez vous marier, faites comme vous voulez. Mais regardez à deux fois avant de vous lancer ! C'est comme pour adopter un chien ou un chat. Il y a les avantages... et puis... tout le reste.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 octobre 2014

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