mercredi 19 décembre 2012

32 L'origine de certaines illusions amoureuses

Nous vivons dans une société sans toucher ou presque. L'autre jour, face à moi dans une cafétéria, une amie m'effleure involontairement la main avec la sienne et s'excuse aussitôt. A force de codifier les câlins, les réserver au domaine du « sexe », nous créons une carence calinique générale aigüe.

Le résultat est que, quand nous rêvons d'amour, bien souvent nous quittons la réalité pour nous perdre dans un monde de fantasmes. Nous nous égarons.

Dernièrement, j'observais une jolie jeune fille inconnue, brune, petite, avec de très beaux cheveux longs qui venait de monter dans l'autobus où je me trouvais. J'ai réalisé qu'il y a quelques années, observant la même personne, si j'avais eu l'opportunité de faire sa connaissance, je lui aurais aussitôt trouvé une séduction, un charme, qui aurait fait que j'aurais rêvé d'amour avec elle. Rêve totalement absurde, car concernant une inconnue dont le seul « mérite » aurait été sa beauté. Beauté qui n'a rigoureusement aucune signification quant à l'adéquation possible de cette personne avec moi. Alors, pourquoi un tel rêve absurde ? Et pourquoi je peux aujourd'hui le tuer dans l'œuf et ne pas me laisser bêtement impressionner par cette demoiselle que je ne connais pas ?

Si avant je me perdais dans de telles divagations, il y avait une raison. Notre société hait l'amour, tue l'amour, extermine câlins et caresses. Nous restons à distance les uns des autres, nous ne nous touchons pas les uns les autres, ne nous caressons pas les uns les autres. Le résultat est que le seul « contact » qui reste libre est d'ordre seulement visuel. De ce fait nous hypertrophions l'importance des formes extérieures visibles. Nous leur accordons à tort une signification qu'elles n'ont nullement. La beauté que nous portons ainsi au pinacle ne dure pas et en fait n'est absolument rien ou pas grand chose.

Tant que notre société bannira quasiment systématiquement les câlins, les illusions sur la qualité de personnes dotées de jolies formes perdureront.

Deux autres illusions amoureuses sont très développées aujourd'hui dans notre société.

L'amour : on fait de ce mot la clé d'un monde merveilleux, une sorte de Paradis palace. Elle m'aime, alors, c'est le bonheur. Il m'a dit qu'il m'aime, c'est merveilleux ! On arrête tout, le chœur des anges retentit et nous baignons dans la félicité. Ce genre d'ânerie attribué à un fatras en fait inconsistant que nous rangeons derrière un mot en cinq lettres : amour, trouve également sa source dans la prohibition générale de l'amour réel. Nous cessons de réfléchir et nous plongeons dans des rêveries sans queue ni tête. Si nous connaissions des rapports humains vivants et réels, des câlins chaleureux et nombreux, nous ne tomberions pas dans un tel état de sottise.

Enfin, dernière illusion amoureuse que nous considérerons ici : le sexe magique. Confrontés à des situations incompréhensibles et insatisfaisantes, nombre de gens croient trouver dans le sexe une sorte d'ouvre-boite magique pour accéder au bonheur. A celui-ci, ils ajoutent souvent comme clé de sureté, la jalousie. On couche, on est jaloux... et le bonheur est au rendez-vous.

Une fois de plus seul le manque de câlins réels conduit ainsi à nous rendre atrocement stupides.

Quand nous avons fini de nous égarer, si nous retrouvons en nous et avec au moins une autre personne le chemin des câlins et de l'amour réel, nous réalisons à quel point ces mirages : la beauté au dessus de tout, l'amour qui résout tout, le sexe qui résout tout, sont vains et ne mènent nulle part. C'est du vent. Alors que l'amour véritable est consistant. C'est un fruit né de la rencontre des cœurs.

Basile, philosophe naïf, Paris le 19 décembre 2012

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