dimanche 13 décembre 2015

489 Le regard des petites filles et l'origine de la condition féminine

Dans toutes les sociétés et toutes les époques on constate que la femme est systématiquement niée en tant qu'être humain. Et victime des pires tourments si elle affirme ou tente d'affirmer son indépendance et sa personnalité. Par exemple, il y a quelques années, sous l'emprise de l'alcool, un artiste connu tue à coups de poing sa compagne qui voulait le quitter. Procès, transfert de prisons, remises de peine aidant pour récompenser sa bonne conduite, l'assassin est libre au bout de six ans. Par ailleurs, j'ai eu l'occasion de croiser un homme qui m'a expliqué que, sous l'emprise de l'alcool, il avait tué le client d'un bar qu'il fréquentait. Il est sorti de prison au bout de dix années. Comparer ces deux histoires montre que tuer sa compagne est moins grave que tuer un homme inconnu. Où est la justice ? Où se trouve le respect de la femme ? Et tout ceci se passe dans « un grand pays européen évolué ». Alors, vous vous imaginez ailleurs comment ça se passe...

Dans notre société française où le dieu régnant est l'argent, les femmes, à travail égal des hommes, touchent en moyenne un salaire inférieur d'un tiers à celui des hommes. Ce pour la seule et unique raison qu'elles sont des femmes. Le travail domestique que les femmes fournissent à la maison n'est carrément ni reconnu, ni rémunéré. Élevez des chauves-souris ou des rats, on vous paye. Élevez vos enfants, avenir du pays et du monde, vous ne toucherez rien comme rémunération. En général il n'est pas recommandé pour une femme - surtout si elle est jeune et considérée comme jolie, - de se balader seule la nuit dans une ville, y compris Paris. Alors qu'un homme peut le faire. Pourquoi tant de violences et d'injustices envers les femmes ?

Qu'est-ce qui conduit la femme a se faire piétiner à ce point par l'homme ? Plusieurs explications existent :

Les femmes sont en général en moyenne plus petites et donc plus faibles que les hommes. Les femmes sont moins aptes à développer la violence physique directe. Elles sont handicapées pour se défendre par la responsabilité d'élever leurs enfants. Il existe enfin une quatrième raison possible.

Quand j'observe les petites filles et les petits garçons dans la rue à Paris, je suis frappé par une différence évidente dans leur regard. Les petites filles paraissent beaucoup plus curieuses que les petits garçons. Après, avec l'organisation de la société machiste où nous vivons, les filles cessent d'avoir un regard franc et direct. Pourquoi ? Parce que soi-disant un tel regard signifierait forcément une avance sexuelle ! Les femmes, surtout jeunes, développent dans les lieux publics des ruses de sioux pour observer les hommes sans en avoir l'air. Mais le regard des petites filles exprimerait quelque chose d'essentiel pour comprendre notre société.

Si on se réfère à l'origine de nos industries, cultures, civilisations, au début l'homme a seulement son instinct originel pour se guider dans la vie. Animal d'assez grande taille, mordeur et vivant en groupes solidaires, il ne connaît aucun prédateur. S'il commence à inventer des outils, des idées, c'est uniquement par jeu. Mais qui est à l'origine de ces jeux ? Ce serait la partie de l'Humanité la plus naturellement et spontanément curieuse : la partie féminine du genre humain. En créant le savoir, les filles et femmes sont à l'origine de la catastrophe qui a engendré leur triste condition. Cette responsabilité resterait inscrite dans l'inconscient collectif féminin. Les femmes sont historiquement la cause de leur situation. Savoir ce fait, d'une certaine façon, rendrait difficile et compliquerait la résistance et l'affirmation des femmes face à l'oppression machiste masculine.

Pour surmonter cet handicap, les femmes devraient pleinement endosser cette responsabilité d'être à l'origine de la Civilisation. Et, ensemble avec les hommes sensibles et clairvoyants, la rectifier. En mettant un terme au détestable et immémorial machisme universel ambiant qui nous pourrit la vie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 décembre 2015

vendredi 11 décembre 2015

488 Étrange pseudo-transfert de responsabilités

L'homme a inventé nombre de choses qui jouent un rôle important dans l'organisation de sa vie, par exemple : la propriété, l'État, la loi, la Démocratie, la Morale, ou les morales, l'argent, la République ou la Royauté, les traités internationaux, par exemple européens, la promesse ou le serment.

Ces choses ne se trouvent pas dans la Nature. Il n'existe pas, par exemple, d'arbre sur lequel on cueille la Démocratie, de plante où fleurit la loi, d'algue du pouvoir d'État, d'oiseau de la Morale, de rat de l'argent, d'araignée de la République ou de kangourou de la Royauté. Toutes ces choses sont le fait de l'invention de l'homme. Or, on s'aperçoit, fait des plus étranges et troublants, que l'homme ayant inventé ces choses fait mine d'y obéir ! Comment, de quelle façon l'homme pourrait-il obéir à une chose qu'il a créé ? Le gendarme dit au délinquant : « obéissance à la loi. » Le politique répond à l'électeur mécontent : « ce que vous me demandez n'est pas réalisable, car il n'y a pas d'argent. » Le moraliste s'exclame : « ne faites pas ça, la Morale l'interdit ! » On déclare se soumettre à la Démocratie, chose complexe et d'invention ancienne. Qui a évolué au cours des siècles.

Les Romains disaient : « la Loi est dure, mais c'est la Loi ». La « Déclaration universelle des Droits de l'Homme et du Citoyen » proclame que « la propriété est inviolable et sacrée ». Diable ! On passe d'un droit à une limitation de droits au nom des Droits. Je ne peux pas toucher à la propriété de mon voisin. J'ai le droit de n'avoir pas le droit. Voilà qui commence à défier le raisonnement.

Il y a peu de temps, pour invoquer l'obligation pour les Grecs de se priver de nourriture au bénéfice de leurs créanciers, on a vu Juncker invoquer la primauté des traités européens sur les décisions démocratiques et électorales. Ici, une fois encore, on voit l'homme sommé d'obéir à une chose qu'il a créé. Qu'est-ce qu'un traité ? Une liasse de morceaux de papier avec des traces d'encre dessus. Même le plus beau des traités, celui qui met par la paix le terme a un conflit, est un paquet de feuilles avec des traces d'encre dessus. Alors, l'homme obéit-il à toutes ces choses qu'il a créé, ou la vérité est-elle ailleurs ? Je serai tenté de dire que l'homme fait semblant d'accorder le pouvoir sur lui à des choses. Schéma que seuls des naïfs incorrigibles peuvent croire correspondre à la réalité.

Une chose qui brille par son inexistence est la promesse ou le serment. Combien de fois ai-je promis et « suivi ma promesse » ? Pourtant, je ne suivais rien du tout. J'abdiquais mon indépendance face à celui ou celle auquel j'avais « promis ». Je « respectais ma promesse » ? Non, je me méprisais. Telle était la réalité de ma conduite.

On me dira que sans lois, promesses tenues, etc. le monde ne tournerait pas rond. Il n'a pas l'air de trop bien se porter tel qu'il est aujourd'hui. Il serait peut-être temps que l'homme cesse de prétendre obéir à des choses créés par lui, et s'en réfère à la seule valeur effective existante : l'amour.

Combien d'éléments du monde que nous croyons voir correspondent en fait à des illusions, des mirages sophistiqués ? Une question qui dérange à ce propos est la suivante : « depuis des siècles l'homme est horrifié par certains crimes abominables. Et les punit très sévèrement. Or, parmi ces crimes, certains qui le furent jadis ne sont plus rien aujourd'hui. Par exemple, en France : le crime de lèse-majesté ou le fait de manger du lard en carême. Alors, n'y aurait-il pas d'autres actes, qui aujourd'hui nous horrifient et sont très sévèrement punis, qui subiront un jour le même sort ? » Je ne me hasarderais pas à avancer ici des hypothèses en réponse à cette question. Mais la simple rigueur intellectuelle m'obligeait à évoquer cette question. Reste que le but de notre société pourrait être qu'un jour l'homme ne paraisse plus obéir ou faire semblant d'obéir à des choses qu'il a créé. Mais n'obéisse plus qu'à l'amour. Valeur qui porte en elle la tendresse, la justice et la fraternité.

Basile, philosophe naïf, Paris le 11 décembre 2015

jeudi 10 décembre 2015

487 Déprogrammer pour être heureux

L'art de se pourrir la vie, c'est l'art de se « programmer ». Au lieu d'attendre de ressentir quelque chose, d'avoir envie de quelque chose, de faire naturellement quelque chose, d'être ainsi dans l'instant présent, le seul qui existe, on est dans une dimension théorique, un futur conditionné au respect de « programmes », le plus souvent élaborés par d'autres, qu'on ne connait pas. Quand on programme, tout ce qui est programmé devient un drame, une compétition, un challenge, du plus facile au plus difficile. On ne vit plus. On est perpétuellement en devenir et jamais en existant. On croit qu'en programmant on se protège. En fait, on détruit sa principale richesse : la légèreté de vivre, le bonheur d'être, la tranquillité, la sérénité, le sentiment d'harmonie. On n'est plus rien car on n'ose pas être soi. On se bande les yeux devant la réalité. Qui, en dépit de notre bandeau, continue à exister. Comme elle nous dérange, nous resserrons le bandeau, nous inventant des règles, des projets, des impératifs imaginaires. « S'il fait ci, nous disons-nous, nous ferons ça. » Et si ça arrive, nous suivons le « programme » prévu, quitte à nous exploser. Je me souviens avoir promis un jour une chose. L'ayant promis, je me suis pourri la vie avec durant des années. Jusqu'à ce que l'autre à qui j'avais promis, me libère... en trahissant sa promesse d'attendre la réalisation de la mienne. On va littéralement transformer la vie en asile de fous, en usant de tels « raisonnements » !

Certains croient à des mots magiques. Des mots dont ils ne remettent pas en cause le rôle. Et dont ils ignorent le sens exact. Ainsi, j'ai lu le propos de quelqu'un qui condamnait un comportement néfaste aux autres. Au lieu de dire : « cette manière de faire nuit à son prochain, c'est pourquoi il faut la proscrire. Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fasse. Aimons-nous les uns les autres, » l'auteur de ce texte disait : « il ne faut pas le faire car la loi l'interdit ». Bien malin comme argument, sachant qu'il peut exister des lois injustes. Et que ne pas respecter la loi peut être aussi une bonne chose. Par exemple, voler de la nourriture pour nourrir ses enfants qui meurent de faim est illégal, mais peut être moral et bienvenu si c'est l'unique moyen disponible pour les nourrir et secourir. Un domaine où la programmation atteint des sommets de délire, c'est ce qu'on baptise : « la sexualité ». Ainsi je vois ces jours-ci à Paris une publicité vantant la prévention du SIDA : « je suis amoureux, je fais le test ! » Sous-entendu : « je suis amoureux, donc je dois baiser, je vais baiser ». Et pourquoi donc ? Tout le monde sait qu'on peut baiser sans aimer, pourquoi n'aurait-on pas la possibilité d'aimer sans baiser ? Notre société vit sous le règne du cul obligatoire. Soi-disant c'est le bonheur. A voir le nombre de ruptures qui arrivent, on n'a pas cette impression. Un ami me disait : « si le sexe rendait heureux, ça se saurait. » Une autre publicité actuelle montre un couple : jeunes, beaux, riches, car disposant d'un appartement très vaste et confortable, et accompagné d'un enfant. Sous-entendu : jeunes, vous devez baiser et avoir un enfant. Pourquoi devrait-on devenir une machine à baiser ? « Vous êtes contre la baise ! » me dira-t-on alors. Non, répondrais-je, je suis pour l'authenticité. Si je n'ai pas envie de baiser, je ne baise pas.

Il faut se débarrasser de cette masse de mini-programmes, ou vastes programmes parasites, qui se faufilent dans notre tête dissimulés sous des formules alambiquées telles que : « je dois », « il faut », « il ne faut pas », « ça ne se fait pas », « je m'oblige à », « je m'interdis de ». Et qui sont accompagnées par les applaudissements d'une foule esclave de programmations diverses. Rien ne la rassure plus que l'imitation de ses défauts. Le malheur programmé associé à la satisfaction perverse du « comme il faut ». Regardez un chat heureux : il mange, boit, se promène, joue, se fait caresser, dort. Il ne se pose pas un milliard de questions. Et ne s'imagine pas le plus riche, ou le plus célèbre des chats. Chat lui suffit. Que ne pourrait-on justement se dire : « être homme » ou « être femme » me suffit ? A quoi bon courir après des chimères intérieures ? Une fois qu'on a le ventre plein et un toit au dessus de sa tête, que demander de plus ? Le bonheur ? Mais, le bonheur est là, regardons-le, apprécions-le plutôt que de regarder au dessus de lui, cherchant quelque chose qui n'existe pas. Être comme le singe dans l'arbre, plus heureux qu'un empereur, telle est la plénitude du bonheur.

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 décembre 2015

mercredi 9 décembre 2015

486 Programmations parasites et publicité

S'efforcer de programmer abusivement leurs victimes est un des aspects les plus courants de la publicité. Elle cherche à introduire dans la tête de ses cibles, nous, un programme parasite. Un raisonnement qui présenterait comme indispensable et incontournable une chose, un service, dont on peut parfaitement se passer. Le seul but de la publicité étant de parvenir à vider nos poches.

Un des mythes publicitaires abondamment propagé ces dernières années en France pour intoxiquer les pigeons que nous sommes est le mythe du lait de vache. Celui-ci, baptisé « lait » tout court, comme s'il n'existait pas d'autres laits : de chèvre, brebis ou jument, a été travesti en sorte de boisson magique. Il faudrait soi-disant, pour se nourrir ou même simplement être en bonne santé, obligatoirement boire tous les jours du lait de vache.

Alors qu'on peut parfaitement s'en passer et bien vivre. Et que certaines personnes au contraire sont rendues malades par la consommation de lait de vache. L'origine de cette propagande fallacieuse se trouve dans la surproduction laitière et les intérêts financiers très importants qui sont confortés par la vente de produits laitiers à base de lait de vache. Un des moyens pour écouler la surproduction laitière consistant à en refiler au titre de l'aide européenne aux pauvres. Ce qui signifie que ce lait est payé par les contribuables européens pour le proposer d'office aux distributions caritatives. On y trouve systématiquement et en quantité du lait et des pâtes. Bon appétit les pauvres !

Un autre chapitre de la propagande cherchant à nous conditionner s'agissant de notre alimentation concerne la viande. Le marché de la viande rouge représente aussi des sommes faramineuses. D'où la volonté de tirer le maximum de profits en cherchant à nous faire bouffer de la viande à tire-larigot. J'ai moi-même été victime de ce bourrage de crâne. Dans les années 1960, le niveau de vie de ma famille s'étant élevé, nous avons commencé à manger de la viande à tous les repas. Alors qu'auparavant nous en mangions nettement moins souvent. Au bout d'années et années de ce régime excessivement carné, il m'a fallu faire des efforts de réflexion pour me convaincre que oui, je pouvais parfaitement faire un repas tout à fait correct et dépourvu de viande.

Une dame m'a expliqué un jour un autre tour de passe-passe de la propagande publicitaire. Il a consisté à promouvoir comme d'avant-garde la mode des tee-shirts unisexe à grande taille unique. En fait, on évite ainsi le coût du stockage de variétés féminine et masculine et tailles variées de ce type de vêtement. Soi-disant c'est d'avant-garde. Alors qu'en fait il s'agit d'une supercherie, destinée à assurer des plus grands profits aux fabricants et commerçants.

Les politiques cherchent aussi à nous programmer à leur façon. Quand j'étais un jour à Turin, un Italien m'a appris que Mussolini avait décidé que toutes les villes et villages d'Italie devaient avoir obligatoirement une rue de Rome. Ce qui m'a fait prendre conscience d'une opération de propagande ancienne dont la France a été l'objet. Il existe partout des rues, avenues, boulevards ou places « de la République ». Ce n'est pas un hasard ! On a décidé un jour, qui, où et quand ? Que le moindre bled devait honorer la République ainsi. Pour enfoncer dans le crâne du pékin moyen que la République c'est mieux que tout autre système. Pourtant les Belges, Hollandais, Anglais, Espagnols, Suédois, Norvégiens et Danois ont un roi ou une reine et n'ont pas l'air de se porter plus mal que nous. Pour asseoir la République on a abondamment promu la « fête du 14 juillet ». Vers 1900, à Paris, par exemple, la ville était discrètement traitée en un grand nombre de petites fractions, dont chacune était arrosée d'argent pour payer un bal le jour de la fête nationale. Proposez à un bistro de l'argent pour faire un bal où il ramassera les consommations ! Pas étonnant que dans ces conditions il y avait à une certaine époque des bals partout le 14 juillet ! On a ainsi fait croire à un engouement républicain. Les subventions supprimées de nos jours, les bals ont disparu presque partout.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 décembre 2015

485 Amour et programmation

Voici deux jeunes femmes parisiennes que je connais indirectement un peu. Elles sont toutes les deux belles, sportives. L'une est justement passionnée par le sport, l'autre par l'art, la philosophie, le cinéma et sans doute d'autres choses encore. Elles ont un point commun : elles sont obsédées par l'idée de « se trouver un copain ». L'une et l'autre se choisissent à chaque fois un très beau jeune homme « sexuellement actif ». C'est-à-dire qui bande et baise. Et qui ne laisse pas trop trainer sa queue ailleurs que dans le trou de sa dame proclamée et attitrée. Ces deux femmes ont une jalousie de tigresse. Et, tôt ou tard, s'estiment trahies. Soit que l'amant a été éjaculer dans un autre trou. Soit qu'il ne s'est pas révélé respectueux pour une autre raison et dans un autre domaine. Et il est congédié. Ces deux jeunes femmes accumulent et additionnent les déceptions en série. Et en attribuent la responsabilité toujours à l'homme. Voire aux hommes en général, qui ne « veulent plus s'engager ». Ces deux jeunes femmes qui croient trouver l'amour recrutent en fait des abonnés au trou. « Je te baise, et seulement toi », donc c'est « l'amour ». Comment ces jeunes femmes pourtant intelligentes peuvent-elles continuer ainsi dans ce délire et cette succession de déceptions ?

Parce qu'elles ont été programmées. Un jour, on leur a mis en tête qu'elle devait se trouver leur moitié d'orange qui existe forcément quelque part, puisqu'elles sont attirantes, jeunes et jolies. La dernière fois que la mère d'une d'entre elles m'a dit que sa fille « avait trouvé un nouveau copain », je n'ai même pas éprouvé l'envie d'émettre un commentaire. J'ai juste pensé : « encore un qu'elle va larguer dans pas trop longtemps! »

Mais qu'est-ce que cette fameuse « programmation » ? Ça marche ainsi : à un moment-donné vous vous dites intérieurement : « je dois faire ça. » Et cette pensée reste en quelque sorte « collée ». Vous ne la remettez pas en question. Vous l'admettez comme s'il s'agissait d'une vérité révélée. J'ai moi aussi été programmé dans le domaine sexuel. J'avais vingt-deux ans à l'époque et les jeunes filles ne m'intéressaient pas plus que ça. Je n'envisageais absolument pas de me trouver « une petite amie pour de vraie ». Celle dans laquelle on met sa queue. Mais l'entourage a mis le holà sur ma manière de voir les choses. Ce sont ma mère et le médecin de famille qui ont décidé que je devais absolument et bien vite coucher avec une fille. Que ça me manquait ! Ils savaient mieux que moi ce dont j'avais besoin. Ces deux triple-crétins se sont mis alors en quête du trou où je devrais épancher mon sperme. C'est ma mère qui trouva le récipient. Il s'agissait d'une brave fille qui riait tout le temps. Je la connaissais un peu et ne m'étais pas affolé spécialement à son égard. Un jour que je l'ai croisé lors d'une manifestation, c'est ma mère qui m'accompagnait, qui m'a dit de lui demander son téléphone ! Moi, très naïvement, sans fleurer le complot, j'ai obtempéré et demandé le téléphone de la belle. Par la suite, j'ai continué à me faire manipuler. Pour finalement en venir à ce qu'avec cette jeune fille je suis parti en vacances. Et, triste pensée, quand je nous voyais demain dormir ensemble sous la tente, je me disais, pensant à l'acte sexuel : « il faudra en passer par là. » Ce fut bien entendu nul. Cette relation dura six mois. Mais après, j'étais programmé pour continuer. Et, comme un con, ou plutôt : comme des milliards d'autres cons, sans en avoir au fond spécialement envie, je me disais : « il faudra que je me trouve une fille », c'est-à-dire : une petite amie.

Il y en eu quelques-unes. Ça n'a jamais bien fonctionné. Ce qui est normal. Ce n'était pas le fruit de mon désir mais du conditionnement de merde qu'on m'avait mis dans la tête. Enfin, après quatre dizaines d'années, j'ai fini un jour par remettre en question mon conditionnement. J'avais réussi à m'exploser encore plus rudement que toutes les autres fois. Et alors une lueur d'authenticité a éclairé la nuit. « Mais, si au fond je n'en ai pas envie, pourquoi avoir poursuivi si longtemps absurdement ce but et avec quels résultats ! Ne pas baiser n'est pas un drame. » J'ai remis en question la chaîne que je portais depuis quatre décennies. Et me voici enfin libre de ce conditionnement stupide que trainent encore les deux jeunes femmes dont je parlais au début de ce texte.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 décembre 2015

mardi 8 décembre 2015

484 Qu'appelle-t-on « la Nature » ?

On vante la Nature. Ceci est naturel, c'est donc bien. Ceci ne l'est pas. C'est à proscrire. Mais qu'appelle-t-on « la Nature » ?

Une amie me disait : « il ne faut pas boire du lait. C'est mauvais. L'homme est le seul animal qui boit le lait d'une autre espèce animale que lui. C'est pourquoi c'est à éviter. »

L'homme est aussi le seul animal qui mange des aliments cuits, porte des vêtements et se retient de pisser et chier devant les autres, pour aller se vider aux toilettes, ou dans un coin tranquille et isolé si c'est en pleine campagne. Donc : ne buvons pas de lait, refusons de le faire ! Ne mangeons que des aliments crus. Vivons nus. Et pissons et chions dès que nous en avons envie, y compris devant les autres et au milieu du salon.

La « Nature » est une vue de l'esprit. En revanche existe un ordre général de l'univers. Qui fait, par exemple, de l'amour une force fondamentale qui régit les êtres et les choses. Deux atomes s'attirent. Deux amoureux s'attirent. C'est une même loi, un même phénomène. Mais ça ne signifie pas qu'il faut forcément ajouter : « c'est bien » ou « c'est mal », parce que c'est naturel. Un tsunami, un tremblement de terre, une épidémie de peste, une piqure de moustique, un coup de soleil, c'est naturel. Ce n'est pas « bien » pour autant.

On dirait parfois que, plutôt que se servir de sa réflexion, l'homme cherche des sortes de « lois » supérieures qui lui permettraient d'éviter de réfléchir. Il trouverait alors très commode de se soumettre à elles. Il en est ainsi, par exemple, des « lois naturelles ». On a vu les mêmes hommes condamner l'adultère, qui peut être condamné, si on veut, mais qui est une chose naturelle. Et condamner l'homosexualité comme « contre-nature », alors qu'elle existe dans la Nature chez diverses espèces animales. Le mot « Nature » se décline à toutes sortes de sauces, pas toujours objectives, loin s'en faut.

Et si on revenait aux fondamentaux ? « C'est bien », c'est-à-dire : ça me paraît bien. Ou : « c'est mal », c'est-à-dire, ça me paraît mal. Ne serait-ce pas déjà beaucoup plus simple? La Nature n'est plus là, dès que j'utilise la lumière artificielle ou prends un cachet contre la migraine. Arrêtons de l'invoquer !

Ce qui est drôle, c'est voir se disputer des gens qui sont en fait d'accord. On voit les partisans de « la Science » invectiver les partisans de « Dieu ». Mais que disent-ils les uns les autres ? Les premiers disent : « il existe un ordre général de l'univers, régis par les lois de la Science. » Les seconds disent : « il existe un ordre général de l'univers, régis par les lois de Dieu. » Sur l'essentiel, ils se rejoignent : « il existe un ordre général de l'univers. » La seule divergence est le nom donné à la source de cet ordre. Les uns l'appellent « la Science », les autres « Dieu ». Mais il n'y a pas de divergence fondamentale.

Certes, ensuite on trouve des divergences. Par exemple, les uns ne croient pas en l'existence de l'au-delà. Les autres y croient. Mais, bien malin celui qui pourrait prouver scientifiquement que l'au-delà existe ou n'existe pas. Pour étayer ici la négation, j'entends dire : « c'est évident que l'au-delà n'existe pas, car cette pensée nous arrange. » Piètre démonstration, si je dis : « c'est évident que demain n'existe pas, puisque la nuit venue, le retour du soleil m'arrange », ou « c'est évident que le printemps n'existe pas, puisque l'hiver étant là, l'arrivée du printemps m'arrange », que trouvera-t-on à me répondre ? D'autres disent : « l'âme n'existe pas, on ne l'a jamais vu. » Et alors, la radioactivité existait depuis toujours, avant qu'on la découvre !

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 décembre 2015

483 La « programmation » ou l'art de se pourrir la vie

Il existe un moyen des plus simples de se pourrir la vie, que je baptiserais : « la programmation ». Vous avez l'idée d'une chose désagréable à faire. Par exemple : aller dans un endroit désagréable où il y a du pour et du contre pour aller. C'est le soir. Vous vous dites : « bon, demain j'y vais. » Rien ne vous oblige vraiment à le faire. C'est juste une pensée qui vous vient. Le lendemain, vous vous réveillez et levez de très méchante humeur. Une pensée vous obsède et vous poursuit : « il va falloir que j'aille à cet endroit désagréable aujourd'hui ! »

Pourtant, rien ne vous y oblige. Vous pouvez très bien remettre ou annuler ce déplacement. Mais là, vous avez l'impression de ne pas être libre de votre choix. Vous devez y aller. Et comme c'est une perspective désagréable, vous commencez à traîner, angoisser, culpabiliser...

En fait, strictement rien ne vous ôte la liberté d'agir autrement. Par exemple : de remettre cette chose désagréable à plus tard. Vous pouvez très bien respirer et vivre librement votre journée. La seule et unique chose qui vient vous tourmenter, en réalité, c'est la programmation. Le fait que hier soir vous avez « prononcé » mentalement cette phrase : « demain, je dois aller à cet endroit. »

Pour vous débarrasser de cette situation désagréable et vivre pleinement et librement votre journée, il vous suffit de déprogrammer. Vous dire : « si j'ai l'impression de devoir faire ça à présent, alors que rien ne m'y oblige, et même que c'est beaucoup mieux de remettre ça à plus tard, c'est à cause de cette programmation. Je n'ai pas à en tenir compte. » Et ouf ! Ça va beaucoup mieux ! Vous êtes libre.

Si on ajoute que le genre de pensées : « il faut que je fasse ça demain » est classiquement consacrée à un acte désagréable et ennuyeux, on comprend que la programmation vous pourrisse d'autant plus la vie. On s'invente ainsi des obligations qu'on n'a pas. Si, un jour, vous vous tourmentez à cause d'une chose ennuyeuse que vous pensez devoir faire, pensez à vous demander : « mais n'ai-je pas lancé hier soir, ou la semaine dernière, une programmation qui fait que je crois, que j'ai l'impression de devoir absolument faire cette chose maintenant. Alors qu'en fait rien ne m'y oblige ? »

La programmation est une forme de désordre subtil, car elle vous prive de réflexion, sens critique, liberté. C'est juste une affirmation bête : « aujourd'hui avant telle heure, ou : à telle heure, je dois appeler cette emmerdeuse. Ou : aujourd'hui, c'est mardi, je dois aller à cet endroit qui m'emmerde passablement. » Et bien non. Rien ne m'y oblige. Ce sont juste des pensées de programmation parasite que j'ai énoncé mentalement hier soir. Je m'en débarrasse et vis tranquillement ma vie.

La programmation fait partie de ces pensées toxiques au même titre que d'autres. Par exemple : « Ça s'est passé l'année dernière et j'ai l'impression que c'était hier. Comme le temps passe vite ! » Ou bien : « si je fais ça, qu'est-ce qu'on va penser de moi ? » Ça n'a aucune importance. Ce qui compte c'est ce que vous allez penser de vous. Il vaut infiniment mieux avoir raison tout seul que se tromper avec les autres.

Je vois fréquemment des gens dirent : « bon, ils se plaignent de leur situation, mais ne font rien pour que ça change. » Et alors ? Les « gens » sont libres d'être cons. Où est le problème ? Pourquoi n'aurait-on pas la liberté d'être totalement stupide et abruti ? La seule chose que vous avez à faire étant de s'efforcer de ne pas suivre le mauvais exemple. Quantité de gens sont de parfaits ânes. Ils font de très grands efforts pour réussir à être malheureux. Et leurs efforts sont récompensés. Plutôt que s'en désoler, félicitons-les pour leur persévérance. Et rions sous cape de leur bêtise. Nous n'avons pas pour rôle de jouer les Monsieur Propre qui arrangent toutes les affaires du monde.

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 décembre 2015