lundi 7 décembre 2015

482 La « pierre philosophale » sexuelle n'existe pas

Nos souvenirs de la très petite enfance nous donnent des informations précieuses sur le fonctionnement de l'instinct humain. J'ai un très vieux souvenir qui m'a interpellé. Je dois avoir trois ans, voire deux. Je suis dans une sorte de couloir. Mon père m'a abandonné là pour aller autre part. Je n'ai pas de vêtements sur moi. Ou me sens en tous cas nu. Et j'éprouve une peur panique que quelqu'un d'étranger, d'inconnu, débarque soudain. Et me voit nu. Ce n'est pas de la honte, de la pudeur, mais de la peur pure et terrorisante.

Un autre souvenir qui date de l'époque où j'ai probablement quatre ans, cinq au maximum. Nous sommes à la gare pour nous en aller. Mon père est près de moi et parle au guichet avec un employé que je ne vois pas. Et ensuite nous montons dans le train pour partir. Je trouve prodigieux que mon père sache quoi dire et faire avec l'employé du guichet pour que nous puissions ensuite monter dans le train et partir. Rétrospectivement et bien plus tard j'ai réalisé que je trouvais mon père prodigieux parce qu'il savait acheter des billets de chemin de fer !

Ces deux souvenirs cadrent bien deux aspects de notre enfance contrariée et prolongée. D'une part, pourquoi cette peur panique d'être vu nu par un inconnu ? Parce que lors de notre entrée dans l'enfance prolongée, nous nous sentons trahi par notre instinct. Nous avions cru grandir, devenir fort. Non, on nous annonce et fait comprendre que nous sommes immensément faible. Et nous sommes trahis par nous-mêmes : nos certitudes nous ont amené au stade où on nous fait comprendre que nous sommes incapable de nous débrouiller par nous-mêmes. Condamné à dépendre des grandes personnes pour un gigantesque nombre d'années. Donc, être très petit nous conduisait non à devenir autonome, mais à entrer dans le tunnel interminable de notre enfance prolongée. Au diable l'enfance qui nous a trahi ! Vite ! Il faut devenir grand ! Et qu'est-ce qui caractérise le fait d'être petit et vulnérable ? C'est singulièrement la nudité, les câlins, les caresses. Fi de ces états et échanges traîtres ! Au diable la nudité ! C'est la marque de notre débilité enfantine face aux grandes personnes grandes fortes et habillées ! C'est pourquoi j'avais peur d'être aperçu nu. J'étais en situation de faiblesse. Qu'est-ce qui pouvait alors m'arriver ? Être dévoré ? Les craintes enfantines sont si vite développées ! Il suffit d'un masque de loup pour que l'enfant voit le loup qui va le dévorer ! Certains petits enfants ont même peur des clowns !

Le deuxième souvenir à rapport au savoir des grandes personnes vus par les enfants prolongés. Alors qu'on devrait se sentir fort, on est devenu faible car on n'avait pas « le savoir ». Notre instinct nous a trahi. Et les prodigieux dieux que sont les grandes personnes sont là pour nous protéger.

Plus tard, quand nous sortons de l'enfance prolongée, nous trainons quantité de casseroles derrière nous : la volonté de pouvoir, le désespoir, la violence, le rêve. Quand « le sexe » arrive, on croit disposer de la clé pour résoudre notre détresse. La pierre philosophale sexuelle dont disposeraient les grandes personnes est enfin à notre disposition ! Elle changerait le plomb du quotidien en l'or du rêve réalisé et à notre portée. Dominer deviendrait bien et faire mal, avoir mal également. « Si j'ai eu mal, c'est que j'en avais envie », me disait une dame que j'ai connu, faisant le bilan d'une douloureuse sodomie. Erreur, il n'y a pas de pierre philosophale sexuelle qui verrait une sorte de magie résoudre le problème de la détresse née de l'enfance prolongée. Il faut remettre en question celle-ci, voilà tout. Et cesser d'avoir peur de tout. Chercher papa et maman partout. Voire chercher à se soumettre à papa sexe ou maman sexe qui donne des ordres : je bande, donc je dois... et ainsi j'arriverais au nirvana sexuel. Qui n'existe pas. Comme le Grand Amour, qui est une illusion. Les vrais couples fonctionnent différemment. La carence tactile est générale. C'est une famine générale permanente. Le bonheur est possible. Il suffit d'y croire. Chercher. Oser se remettre en question mille fois. Avancer toujours. Et persévérer infiniment au delà des limites du raisonnable !

Basile, philosophe naïf, Paris le 7 décembre 2015

dimanche 6 décembre 2015

481 Savoir caresser

La quasi totalité des humains adultes ne savent pas caresser. Ils confondent caresses et cul. En bientôt 65 ans de vie, je n'ai rencontré que deux fois des personnes sachant caresser. Peut-être trois fois, mais pas plus, l'ignorance est quasi générale.

Pour parvenir à caresser quelqu'un c'est toute une philosophie et un entraînement pratique. Il faut chercher impérativement à donner et pas chercher à prendre. La plupart des humains cherchent à prendre. Et leurs caresses sont quelconques, médiocres, défectueuses. Le vrai toucher ne s'apprend pas dans les livres. L'égoïsme tue la caresse véritable. J'ai aperçu deux jeunes filles qui savaient caresser la peau de leur compagnon. Une fois, c'était un soir tard dans un autobus parisien de la ligne 38. Un groupe de très jeunes touristes italiens. Parmi eux, un couple. Je voyais bien que la fille avait le toucher spécial, que je reconnais bien. Il est très loin d'être certain que le grand dadais passif ainsi servi se rendait compte du caractère exceptionnel de sa copine.

L'autre fois, c'était dans un concert. Une jeune fille et son copain était dans la salle. Elle lui faisait de petites caresses. Je percevais parfaitement bien de quel toucher exceptionnel cette fille usait. À la différence de l'Italienne de l'autobus, croisée un soir, cette fille, je sais qui c'est. Avant-hier matin, Je croisais encore son père dans la rue près de chez moi. Mais je n'ai rien à dire à cette fille. Lui dirais-je : « mademoiselle, vous avez un toucher rarissime, exceptionnel... » j'aurais l'air plutôt bête. Elle pourrait se demander : « mais, qu'est-ce qu'il me veut celui-là ? » Surtout que depuis le jour où je la vis avec son copain, elle a très bien pu abandonner ce toucher.

Ce toucher unique et particulier, je l'ai cultivé durant des années. Mais il n'a guère d'usage pour moi.

C'est au milieu des années 1980 que j'ai découvert ce toucher grâce à une petite amie. Qui, elle-même, ignorait sa singularité. Elle m'a fait incidemment sentir ce toucher. Puis ne l'a plus pratiqué avec moi. Reprenant avec moi le toucher quelconque habituel, en usage chez la plupart des personnes adultes. Quand j'ai pratiqué ce toucher sur son dos, elle l'a trouvé effrayant, car trop emportant les barrières de tension habituelle que les humains mettent entre eux et à l'intérieur d'eux. J'ai mis deux ans pour identifier ce toucher spécial. Pour l'apprécier, j'ai dû le pratiquer durant un peu plus d'un an avec une petite amie. Chose que je ne recommencerais pas avec quelqu'un d'autre. Car passer son temps à donner sans recevoir est malsain, déséquilibré et dangereux.

Si on veut vraiment faire quelque chose, il faut être présent à ce qu'on fait. Et se situer moralement dans l'instant présent. Mais chez la plupart des gens, outre la maladresse et l'inexpérience, s'ils veulent toucher quelqu'un, ils sont absents. C'est-à-dire qu'au lieu de caresser l'autre, ils se situent dans une perspective théorique. « Si l'autre accepte ma main là de cette manière, après je la mettrais là, et puis là. Et, enfin, je mettrais ma queue dans le trou. » Tel est le délire intérieur de nombre d'hommes. Les femmes pensant de leur côté : « Et, enfin, j'accepterais qu'il mette sa queue dans mon trou. » C'est une démarche à l'opposé de la volonté de vivre l'instant présent. On se situe dans l'instant d'après. On n'est pas là. Il ne s'agit pas d'un échange, mais d'un challenge, une compétition, un défi, ce que vous voudrez. Mais pas d'une caresse. Comme disent certains : « à un moment-donné, il faut se décider à passer aux choses sérieuses. » C'est tellement programmé qu'on n'a l'impression qu'à un moment de la soirée, la nuit, l'après-midi ou la matinée de câlins, on arrête soudain la spontanéité. Et on met en place le « programme coït ». Bon, à présent, il faut s'assurer que le machin est assez rigide et le mettre dans le trou. On croirait la réalisation d'une recette de cuisine : battez les blancs d’œufs en neige, incorporez-les dans la pâte, etc. Et on espère qu'à l'issue le gâteau sera réussi. Tant de médiocrité intéressée dans la démarche câline conduit forcément tôt ou tard à l'échec et la déception.

Basile, philosophe naïf, Paris le 6 décembre 2015

480 Hypocrisie et sincérité dans le domaine du spectacle

Un jour, chez une amie, il y a quelques années, je rencontrais un directeur français de la branche française de Disney. Il nous a dit : « notre but c'est de faire des dollars. » Et nous a précisé que, pour cette raison, le département juridique de Disney était, dans chacune de ses sections nationales, très développé. Afin de poursuivre efficacement les contrefacteurs.

La sincérité et le but ouvertement lucratif de cet homme m'avait un peu choqué. J'avoue à présent que, sans être animé par l'esprit de lucre, j'apprécie positivement l'exposé sans fards du but de sa société. Car, qu'en est-il par ailleurs ? En des temps pas si lointains, on parlait chez nous d'entrepreneurs du spectacle. Entrepreneurs rappelant ici d'autres entrepreneurs : du bâtiment, par exemple. Ce qui laissait voir, par delà le mot magique « d'entreprise » un but lucratif commun. Faire construire des immeubles ou donner des galas musicaux se rejoignait. Puis, le vocabulaire a évolué.

Il y a un nombre d'années que je ne saurais préciser, une vingtaine, peut-être, est apparut une expression qui m'a fait bondir : « organisateur d'événements ». Comme si on pouvait « organiser un événement » ! Un événement arrive ou pas. Mais non, ici, on décide de l'organiser ! Ce concept aberrant a depuis fait florès, notamment dans l'enseignement, où existe une quantité de cursus d'« organisateurs d'événements ». Et enfin, cerise sur le gâteau, le langage promotionnel a franchi une marche de plus dans l'escalier de l'hypocrisie. Il ne s'agit même plus de personnes qui organisent, mais de « lieux ». Je lisais pas plus tard qu'hier que le lieu X était dédié à la promotion de la chanson. Le lieu nous invitait donc à participer à cette belle, grande, juste et généreuse œuvre de sauvegarde culturelle des richesses du monde... Tiens, mais qu'est-ce ? 15 euros.... bah! C'est juste le prix à payer pour pouvoir asseoir son cul dans un fauteuil du lieu. Mais le but est grandiose, pas faire de la thune, comme le vulgaire directeur précité. Mais : faire de la CULTURE. Au fait, pour entrer chez Disney ou dans ce lieu « culturel », à chaque fois, il me faut payer. Où est la différence ? Et si j'aime la culture et n'ai pas d'argent, où je vais ? Je n'ai qu'à aller me faire foutre. Ce que j'ai fait s'agissant d'un remarquable concert donné en ce lieu fameux, qui, etc., etc.

A tout prendre, je préfère la sincérité du directeur de chez Disney France : « notre but c'est que notre entreprise marche bien et donc qu'elle nous rapporte de l'argent. Nous n'avons pas honte de le dire. » Plutôt que d'entendre un discours « culturel » qui s'achève avec une sébile tendue : par ici la monnaie !

J'ai connu de dynamiques « organisateurs d'événements ». Ils se donnaient à fond, disaient-ils, pour organiser un événement. Le soir de l'événement, le responsable marchait au radar tellement il était crevé. Et puis, un jour, il n'y a plus eu d'argent. Et, d'un seul coup, plus rien de leur part. Où était leur motivation pour « organiser l'événement » ? Détail intéressant : leur grand responsable n'était pas président de leur association à but non lucratif qui annonçait organiser l'événement, et bien d'autres choses encore. Il était « directeur ». Leur président était un autre. Il faut savoir qu'un président d'association 1901 n'a pas le droit d'être rémunéré. Un directeur a le droit.

Les organisateurs d'événements, les lieux dédiés à, etc. me font penser à d'autres personnes désintéressées : les hommes politiques professionnels. Ils vivent de la politique. Mais proclament haut et fort que leur motivation est autre. Une cause juste, la vôtre, des intérêts à défendre, les vôtres, des gens à défendre, vous. Et, en passant, une bonne paie et d'autres avantages matériels à la clé qui tombent pour votre sauveur. Mais... toutes peines méritent salaire. Et il faut bien vivre.

Les entrepreneurs du spectacle de la politique sont comme tous les entrepreneurs du spectacle : ils font un métier. Leur but est de gagner de l'argent. À Disney on ne s'en cache pas. Bravo Disney !

Basile, philosophe naïf, Paris le 6 décembre 2015

samedi 5 décembre 2015

479 Blocage des câlins : la situation classique de Dah et Duh

Dah a moins de vingt ans. Duh en a plus de soixante. Ils manquent tous les deux de câlins, sont voisins et s'estiment bien. Pourtant, entre eux, il ne se passera rien.

Duh voudrait bien échanger des caresses avec Dah, dormir avec elle et s'en tenir là. Mais exprimer rien que ce souhait est déjà impossible dans notre société. S'il le fait, il paraîtra fou, vicieux et sournois, dragueur, inquiétant. Dah voudrait bien des câlins en général. Mais pour elle, ils sont forcément « sexuels », impliquent le coït. Avec de l'amour, amour qui est au sexe ce que la crème Chantilly est au café liégeois : la garniture adoucissante. Mais voilà, Dah fréquente un milieu où les jeunes gens gavés de pornographie rêvent de baise et d'aventures. Éventuellement avec Dah, comme second choix. Dans son milieu elle n'est pas le top modèle. D'autres culs sont bien plus courus. Alors, elle temporise, rêvant de rencontrer « le tout en un », la pizza complète : le « Grand Amour », parfaite foutaise après laquelle courent des millions de gens.

Duh, de son côté se satisfait de la situation. Car il la comprend. Et sait qu'il n'en est pas responsable. De plus, par expérience, il n'ignore pas les problèmes liés aux endorphines. En cas de manque de câlins, le jour où des câlins arrivent de la part de quelqu'un, il y a risque de surcharge d'endorphines. On grimpe sur son petit nuage, béat on perd son sens critique... et combien d'autres alors en profitent ! On appelle cet état de béatitude stupide : « être amoureux ». Le réveil est difficile.

On peut aussi rêver de rencontrer amour et câlins. Alors on commence à délirer à propos d'une personne, généralement qu'on connaît peu. Et on imagine vivre le nirvana avec elle. Souvent, en le cherchant, on arrive droit dans le mur. L'état de carence endorphinien peut également conduire à des situations de manque. On est triste sans raison. Ou, subitement, par exemple le matin seul dans son lit, on commence à enrager après un homme politique en place, qu'on n'aime pas. Ou après quelqu'un qui vous a énervé, collègue de travail, connaissance de proximité, ou autre. Ou encore on passe en revue telle ou telle grande cause et on se dit : « mais que pourrais-je faire pour que ça aille mieux ? Rien ! » Et on se désespère. Il ne s'agit là en rien de raisonnements, mais simplement du manque d'endorphines qui tourmente vos pensées. Ces pensées sont ici d'origine parasite.

La principale cause de malheur chez les humains, ce sont des souffrances intérieures qui sont d'origine humaine. Avec des conséquences d'ampleur variable, qui vont jusqu'au meurtre ou au suicide, qui est le meurtre de soi-même. Il faut cultiver notre bonne humeur comme on cultive amoureusement son potager.

Ça ne sert à rien de s'énerver après l'incapacité fréquente des humains à faire leur bonheur, alors qu'ils disposent de tout pour y arriver. Donnons simplement l'exemple. Ceux ou celles qui nous suivront : tant mieux. Ceux ou celles qui n'y arriveront pas : tant pis. La vie continue ! Vivons !

Soyons généreux avec les autres : occupons-nous de nous-mêmes. Montrons aux autres que le bonheur est d'ores et déjà possible. Sans construire des empires ou rencontrer des demis-dieux. Nous pouvons déjà faire beaucoup. À commencer par comprendre ce qui nous arrive. Et, dans la mesure du possible, choisir notre chemin. Quitter la tranchée obscure et commune du troupeau et aller vers le soleil.

Par exemple : si au lieu de persister dans la quête douloureuse et stérile d'une créature de rêve, vous vous investissiez dans la création d'une goguette ? Petit groupe chantant de moins de vingt membres se rassemblant ponctuellement pour passer un bon moment ensemble. C'est gratuit, simple, demande juste du doigté et de la persévérance. Et c'est du bonheur garanti à chacune des réunions !

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 décembre 2015

vendredi 4 décembre 2015

478 Des gants en permanence

Que diriez-vous de quelqu'un qui porterait en permanence, jour et nuit, des gants ? Qu'il n'est pas raisonnable et que sa manie n'est pas saine pour ses mains. Pourtant, ce comportement malsain est courant chez plein de gens s'agissant des pieds et plus encore du sexe et du cul. Combien de gens emballent en permanence leurs pieds dans des chaussettes, des chaussures ou des pantoufles, et leur sexe et leur cul dans un slip, un caleçon et par dessus un pantalon ? Mais, laissez donc les pieds, le sexe et le cul respirer et voir la lumière du jour !

En été, à Paris, nombre de femmes et de jeunes filles portent des sandales. La plupart des hommes, eux, de leur côté, font fermenter leurs nougats dans des conteneurs plus ou moins étanches, comme les malsaines chaussures de basket. Au point que je surnomme ces hommes : « les pieds qui puent ».

Le sexe et le cul, quand sont-ils à l'air libre et pas à étouffer, serrés dans un tissu fleurant la sueur, la merde et l'urine ? Ils ont droit de sortir juste pour la miction et défécation, la toilette et l'acte sexuel. Pauvre sexe et pauvre cul maltraités ! Eux aussi veulent vivre au grand air et ont besoin de respirer !

On a décrété le sexe et le cul voués... au sexe et au cul. Soi-disant spécialisés pour la pratique de cette caricature de la relation humaine qu'on a baptisé : « l'amour physique ». Comme s'il existait un coupable, sale et délectable amour à caractère « physique », qui formerait une activité bien distincte de l'amour tout court, immaculé, pur et blanc. Selon nos lois en vigueur, laisser voir sexe ou cul est par définition une « exhibition sexuelle » et un délit. Au Québec la loi parle d'« exposition des parties génitales ». Par définition une partie de l'être humain est à cacher. Même encore il n'y a pas si longtemps, pour « faire l'amour », certains requéraient l'obscurité totale ! Autre bizarrerie que j'ai connu dans les années 1980 avec une petite amie née en 1939 : que je l'aperçoive nue était sans problèmes. En revanche, il ne fallait en aucun cas que je l'aperçoive en train de se déshabiller !

Porter des vêtements en permanence vingt-quatre heures sur vingt-quatre est malsain et anti-hygiénique. Notre personne toute entière a besoin du contact tranquille de l'air libre au minimum une heure par jour. Être habillé en permanence favorise la maladie et les désordres psychologiques.

Je connais quelqu'un qui est habillé en permanence jour et nuit et se lave rarement. Sa santé n'est pas fameuse. Il ne s'interroge pas sur son hygiène en particulier vestimentaire. Il préfère se cacher dans ses vêtements, y compris à son propre regard. Chose d'autant plus aisée que la morale dominant notre société a fait également de la « nudité » une catégorie esthétique. Ne peuvent envisager de se « montrer » nu que ceux qui « ont quelque chose à montrer », c'est-à-dire qui sont jugés « beaux » selon les critères esthétiques à la mode. Sinon, aux autres, il ne reste plus qu'à se cacher. On avait déjà l'équation nudité égale orgie. On a de plus l'autre équation : soyez nu seulement si vous êtes beau. La nudité, qui n'est pas autre chose que notre état naturel, est élevée au rang de drame. Seule la beauté la justifierait éventuellement.

Les interdits visuels liés à la nudité ont un caractère machiste. En France, depuis 1914, les hommes ont le droit de se trouver torse nu à la vue des autres, les femmes non. Elles sont donc ici une fois encore traitées en inférieures des hommes, privées d'un droit réservé aux hommes. Ce qui est étrange et cocasse, c'est de constater que la nudité est présentement et depuis longtemps légale sur les plages d'Allemagne du nord et de Scandinavie. Et qu'en France c'est un délit passible de peines sévères. Je me souviens d'un documentaire passé à la télévision française il y a plus de vingt ans. On y interviewait en Suède une respectable grand mère suédoise. Et à un moment-donné on la voyait descendre une échelle pour aller se baigner dans la mer. Le cameraman français avait fait des prodiges d'angles bizarres de prises de vue afin qu'on ne voit pas simplement qu'elle était nue !

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 décembre 2015

jeudi 3 décembre 2015

477 Conception d'un restaurant à cuisines humanistes

Dans un restaurant, on trouve des cuisiniers, des aides cuisiniers et des serveurs, c'est-à-dire le service de cuisine et le service de salle. Je n'ai pas d'idées pour améliorer le sort du service de salle, mais pour celui de la cuisine oui.

Qui reste le plus longtemps dans un restaurant ? Les clients ou les employés de la cuisine ? Ce sont ces derniers, évidemment. Donc c'est à eux qu'il faut la situation la plus confortable possible, ce qui rendra leur travail plus facile et améliorera leurs résultats. Quand on travaille dans de bonnes conditions on fait mieux les choses.

C'est pourquoi ce sont les cuisines qui doivent avoir la place d'honneur dans un restaurant, soit à l'entrée-même du restaurant, avec ouverture sur l'extérieur et lumière du jour. De larges baies vitrées permettront aux employés des cuisines d'être au contact de l'extérieur tout en travaillant. La clientèle, elle, verra ce qui se confectionne, comment, dans quelles conditions. Finies les arnaques aux sachets en plastiques tout prêts et ébouillantés, vidés dans une assiette et présentés fallacieusement comme si c'était mitonné en cuisine ! Finies, les cuisines sales ! La propreté, l'authenticité et l'identité des cuisiniers seront visibles aux yeux du public.

Le restaurant où il sera invité à manger se situera en arrière des cuisines. S'il ne bénéficie que de la lumière artificielle, ça n'est pas grave : ça ne dure que le temps d'un, repas.

Quand ce sont des restaurants usuels, des self-services, par exemple, leur décoration est fréquemment tout à fait quelconque. Et c'est bien dommage. J'en ai vu et apprécié un exemple contraire à Turin il y a environ vingt ans. Situé pas loin de la place principale de la ville, c'était un self-service tout à fait classique et de bonne qualité. J'y ai mangé deux fois au moins. Mais quelle décoration ! On aurait cru se trouver déjeunant dans un musée, au milieu d'œuvres d'arts précieuses ! C'était d'excellentes copies de sculptures ou peintures, agencées avec goût.

Cette expérience m'a enseigné une chose : c'est une réussite que d'aménager avec autant d'attention qu'un musée un lieu où on vient simplement manger avant de retourner travailler. C'est une détente et un plaisir que se retrouver à cette occasion au milieu d'un décor si riche, raffiné et inhabituel.

Je n'ai pas connu d'autres exemples similaires. Mais celui-là, je ne l'ai pas oublié.

Ces réformes de bon sens de l'aménagement des restaurants me rappellent une idée que j'ai eu il y a des années concernant les salles de bals. Dans celles-ci on est invité à transpirer. Pourquoi ne pas leur accorder les commodités des salles de sports ? C'est-à-dire doter ces lieux de distractions de vestiaires spacieux et douches ? Ce serait très sain et agréable de disposer en ces lieux de telles installations. Plutôt que de devoir repartir, souvent la nuit et l'hiver dans le froid, avec des vêtements trempés de sueur !

Il existe des traditions, des habitudes, qu'il serait bon de bouleverser, concernant l'agencement de nombre de lieux de vie dans notre société. Sans parler, par exemple, des vêtements usuels qu'il faudrait complètement repenser en fonction du confort réel de ceux et celles qui les portent.

La couleur aussi est une des grands oubliées de la décoration et des créations vestimentaires. Notre époque, à plus d'une raison de se trouver qualifier d'époque triste. Alors que la couleur pourrait être présente partout, elle est bien souvent chassée au profit de palettes de tons ternes, de gris, de marrons, de noirs. Mais pourquoi diable assimiler les couleurs du deuil à « l'élégance » ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 décembre 2015

mardi 1 décembre 2015

476 Le mythe laïque du Sergent recruteur

Affiche ancienne de recrutement.

Il y a plus de deux cents ans, on trouvait dans le royaume de France des hommes qui étaient chargés de recruter de la chair à canon pour alimenter les guerres. Qui sont, comme chacun sait, la distraction préférée des rois. La gloire d'un roi se mesure au nombre de maisons pillées et incendiées, civils et militaires tués ou estropiés, et femmes et jeunes filles violées en marge des victoires ou des défaites. Plus un roi a semé la mort et la désolation par ses caprices conquérants, plus il est « grand ». Et, quand il passe sa vie durant à emmerder le monde entier avec ses appétits de « conquêtes », il accède au titre envié de « grands conquérants ». Pour avoir ruiné des contrées entières avec son appétit stupide, Alexandre II de Macédoine est devenu « Alexandre le Grand ». Et la gloire du Roi Soleil Louis XIV se mesure en large partie avec les malheurs que ses fantaisies guerrières ont causé à des dizaines de milliers de gens qui ne lui avaient rien demandé. Si ce n'est de leur foutre la paix.

Donc, pour assurer la prospérité de la connerie des rois, il fallait des soldats. Or, en ces temps-là, point de conscription pour rafler à domicile tous les jeunes hommes valides. Il fallait aller les chercher. Pour cela fonctionnaient les « Sergents recruteurs ».

Ils se promenaient dans le pays. Invitaient à boire les jeunes gens. Leur vantaient le prestige et la beauté de la vie militaire. Et s'efforçaient surtout de leur faire signer un engagement. Signer, pour des hommes analphabètes consistant à tracer une croix en bas d'un document imprimé.

Une fois la croix tracée, ils étaient « engagés ». Et s'ils ne suivaient pas leur engagement, les soldats du roi se chargeaient de les attraper comme déserteurs et envoyer aux galères.

Toute la subtilité de la chose consistait à faire croire aux malheureux qui avaient signé, souvent en état de complète ébriété, qu'ils étaient responsables de leur sort. Car ils avaient signé. Tel est le mythe laïque du Sergent recruteur. En fait, ce papier n'était strictement rien. Juste un peu de cellulose avec des traces d'encre dessus. Mais, soi-disant, ce morceau de papier commandait et ôtait sa liberté à l'homme ainsi « engagé ». La réalité était qu'en fait l'engagement reposait sur la chasse aux réfractaires, qui, ayant stupidement barbouillé d'une croix le bas d'une feuille, prenait conscience de leur intérêt et fuyaient.

Faire croire qu'un bout de papier barbouillé d'encre commande aux humains est un mythe toujours vivant. Il a eu des conséquences odieuses et étonnantes dans les années 1830 en Algérie. Les Français colonisant l'Algérie arrivaient dans un pays de droit oral et pas de droit écrit. Avisant de belles propriétés agricoles, ils interrogeaient ceux qui étaient visiblement les propriétaires : « c'est à vous ? » « Oui », répondaient les propriétaires. « Vous avez des titres de propriétés ? Des documents écrits attestant que c'est à vous ? » Ils n'en avaient pas. Et on leur confisquait leurs propriétés.

Aujourd'hui, quand on détruit tranquillement tout ce qui fonctionne dans un certain nombre de pays, c'est toujours au nom du mythe du Sergent recruteur. Si on doit foutre en l'air ce qui assure la qualité de la vie en France et pas seulement, c'est parce qu'on a « signé les traités européens ». Et demain parce qu'on aura signé le TAFTA et le TISA entre l'Europe et les USA, versions modernes de la croix tracée au bas de l'engagement militaire de jadis. Mais que valent ces signatures ?

En fait, elles n'ont aucune réalité. Quand le gouvernement hongrois a décidé de reprendre le contrôle de la banque centrale de Hongrie, il y a peu d'années de ça, les « Européens » ont poussé des cris d'orfraie. Puis se sont écrasés. Le mythe du Sergent recruteur n'a pas plus de réalité que la croyance qu'on accorde à la valeur magique d'un peu d'encre au bas d'un morceau de papier.

Basile, philosophe naïf, Paris le 1er décembre 2015