mercredi 13 février 2019

1150 L'origine du désordre et comment il finira

Quelle est l'origine du désordre qui règne depuis des milliers d'années dans notre Humanité ? Désordre qui suscite des troubles divers et des insatisfactions profondes et générales ? Cette origine est au moins pour une très large part historique et circonstancielle et ne relève pas d'une sorte de fatalité naturelle. Cette origine remonte au delà de l'invention de l'écriture, il y a plus de dix mille ans. C'est à ce moment-là qu'apparaissent l'agriculture et l'élevage. Ce qui signifie que les humains ont compris au moins dès cette époque que l'acte sexuel amène la grossesse et la parturition notamment chez les humains. Mais ont-ils tout compris de ce processus fondamental de la génération ? Absolument pas.

Les humains ont saisi le rôle de l'homme ensemençant la femme. Sperme signifie « semence ». Mais ils ignorent totalement l'iovule et l'ovulation. La perte de sang menstruel qui la signale les effraye et les inquiète. Ils y attachent des peurs ancestrales. Ce sang surgissant à intervales réguliers, hors du temps des grossesses, fait pour beaucoup de la femme adulte quelque chose de très inquiètant et très douteux. Jusqu'au vingtième siècle, par exemple, on dit en France dans au moins certaines régions, qu'une femme qui a ses règles fait tourner le lait en l'approchant et doit donc se tenir à l'écart de la confection des fromages. De même sa proximité ferait tourner le jambon durant sa maturation.

Il faudra attendre l'année 1827 pour qu'un savant germano-balte du nom de Karl Ernst von Baer découvre l'ovule chez les mammifères et donc notamment chez la femme. Et c'est seulement environ treize ans plus tard que deux médecins français, Félix Archimède Fouchet et Charles Négrier vont expliquer le mécanisme de l'ovulation.

C'est donc durant au moins dix mille ans que les humains, de bonne foi, ont cru que seul le mâle était acteur actif de la reproduction, la femelle se cantonant au rôle d'une sorte de terre passive et rendue inquiètante par le sang menstruel.

Quelles ont été les conséquences de cette si longue ignorance ? Enorme, gigantesque et calamiteuse, car qui dit « terre » dit propriété de la terre. L'homme, le mâle, s'est voulut propriétaire de la terre féminine. Et cela à des époques où la génération était une question de vie ou de mort bien plus qu'aujourd'hui. Pour s'occuper et nourrir les parents âgés, pour former la base des armées, il fallait des hommes et donc des bébés en nombre.

Dix mille années au moins, jusque dans les années 1840... cela fait juste 179 ans que les humains ont pu prendre connaissance du rôle actif de la femme dans la reproduction. Les hommes ont conservé de ce temps d'ignorance quantité de traditions. Ne croient-ils pas que la force réside dans les testicules ? Quand un homme est courageux, on dit qu'il en a, ou que « il a des couilles ». L'expression est vulgaire et je m'excuse de la citer ici pour les besoins de mon exposé. D'autres hommes estiment de façon aberrante qu'avoir un grand pénis est un motif de fierté et avoir un petit pénis est une source de honte.

Les humains mâles sont le plus souvent très ignorants du fonctionnement de leur sexualité. Une croyance très répandu chez eux veut que l'érection et ses phénomènes annexes vaudraient nécessairement désir, besoin, urgence de la réalisation de « l'acte sexuel ». C'est archi-faux et totalement stupide et dévastateur la plupart du temps. Ces phénomènes interviennent en quantité d'occasions et la plupart du temps pour d'autres rasons. Le sommeil ou le plaisir, sont les motifs les plus fréquents.

L'érection nocturne durant le sommeil, nocturne ou matinale, est la raison qui amène fréquemment l'homme à déranger sa compagne qui dort encore, pour une prestation sexuelle minable et mal venue. L'homme se réveille et constatant son érection est suffisemment ignorant pour croire le coït bienvenu.

Ces pratiques masculines courantes tendent à décevoir, irriter et déranger les femmes qui se sentent alors utilisées et réduites au rang d'objet.

Une autre erreur sexuelle très courante chez les hommes est de croire que la pénétration avec le pénis en érection d'un orifice naturel d'un tiers vaut « acte sexuel ». C'est encore une fois le plus souvent archi-faux. Il s'agit le plus souvent juste d'une masturbation dans un orifice naturel d'un tiers. Il ne s'agit pas d'un acte sexuel qui requiert un accord et un désir réciproque qui en fait sont ici absents et remplacés par des conventions sexuelles consuméristes.

Une autre croyance sexuelle très répandue consiste à croire que jouissance masculine et éjaculation sont synonymes. Au point que jouir est un verbe utilisé couramment dans le sens d'éjaculer. Bien qu'accompagnée de phénomènes tel que l'acceleration de la respiration de l'homme concerné, l'éjaculation n'est pas le plus souvent accompagné d'une jouissance digne d'être appelée ainsi. Elle peut même être douloureuse. Mais on continue à lire un peu partout que la jouissance masculine et l'éjaculation sont synonymes.

L'évaluation de la jouissance éjaculatoire est l'occasion de très nombreux boniments. L'homme peut ne rien ressentir ou presque en éjaculant, on continuera à parler de sa « jouissance ». Comme si elle ne pouvait, par définition, être autre chose que fabuleuse et automatique. Ce qui est, ben évidemment, archi-faux/

Un domaine où règne chez un très grand nombre d'hommes une ignorance majeure est celui de l'amour et du désir. Le désir authentique et véritable est des plus rares. Tous les actes sexuels tentés sans véritable désir sont faux et mal venus. Cela est le cas de la plupart des pénétrations dites « actes sexuels » qui ne sont au fond que des masturbations intra-orificielles.

Devant toutes ces insatisfactions les récits les plus fabuleux vont fleurir. On prétendra que c'est à force de rater des accouplementsque les partenaires concernés vont finir par « bien se connaître » et réussir leur vie sexuelle ! Comme s'il ne s'agissait que de connaissance et de volonté ! La réussite imaginaire en amour dépendrait d'une sorte de notice technique. On voit répéter cette ânerie : « quand on se connait bien on sait ce qui fera plaisir à l'autre ». Seule l'authenticité peut faire plaisir à l'autre. Mais qui la recherche aujourd'hui ?

Ecoutez bien des hommes parler des femmes quand ils sont « entre eux ». Ils sont très vulgaires et désabusés. A les écouter on dirait des petits enfants capricieux commentant des gâteaux au chocolat qui inexplicablement leur échapperaient. Un homme, pourtant plutôt intelligent par ailleurs, m'a dit un jour textuellement : « je ne comprend pas pourquoi une femme peut-elle refuser de faire l'amour avec moi ».

Si on écoute les propos des femmes sur les hommes, ce n'est très souvent guère mieux. A les écouter les hommes sont « tous les mêmes », ne veulent pas « s'engager », etc. Ce serait juste une question de recettes que les hommes se refuseraient à suivre. Mais l'affaire est plus complexe.

Notre société parisienne vit aujourd'hui à l'heure de la sexualité consumériste. Éventuellement conditionnelle : « je couche avec toi à condition que nous fassions logement et factures en commun. » Ou bien encore à l'heure de la Grande Illusion amoureuse. Si ça a l'air d'aller on se dit avec ravissement « c'est peut-être le Grand Amour Miracle qui Arrange Tout ». Les endorphines assoupissent plus ou moins la raison. Une aventure simple et agréable devient un événement d'importance et la promesse de durer indéfiniment. Le réveil de cette illusion sera douloureux. Il n'existe pas de sentiment miracle. Le Grand Amour n'existe pas, sauf dans des romans et des films.

Les doux ou durs délires amoureux laissent la place à l'insatisfaction. On se consolera avec diverses addictions et compensations. La propriété, la nourriture, l'alcool, le tabac, le sucre, le sexe tarifé, la violence... Tout sera bon pour oublier notre insatisfaction. Plutôt que se remettre en question, droguons-nous pour oublier notre souffrance !

C'est seulement par une large prise de conscience que nous sortirons de tous ces cercles vicieux. Ce texte prétend très modestement contribuer à cette émancipation de l'Humanité. Émancipation qui la verra se libérer du poids des chaînes d'une croyance passée. Croyance qui faisait de l'homme l'unique acteur actif de la reproduction humaine.

Basile philosophe naïf, Paris les 12 et 13 février 2019

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