samedi 26 janvier 2019

1139 Théorie du garde-manger sentimental

Imaginons une femme jeune, belle et seule. Elle rêve de rencontrer un homme pour une brève aventure, ou pour vivre avec lui durant un laps de temps plus long, ou bien encore pour faire sa vie avec et fonder une famille. Dans tous les cas, elle souhaite naturellement rencontrer le meilleur. Il faut qu'il soit jeune et beau et aussi encore d'autres choses.

Faut-il qu'il ait de l'argent ? Voyons un cas de figure. Une jeune femme a une activité professionnelle qui lui plaît beaucoup mais qui est très peu rémunérée, voire aléatoire. Elle veut conserver cette activité. Elle veut aussi disposer pour vivre d'un appartement spacieux, avec une salle de bains, bien situé dans Paris. Pour disposer d'un tel logement il y a alors trois possibilités. Ou bien les parents de la femme en question sont riches et le lui offre. Ou bien elle hérite d'un tel appartement. Ou bien l'homme avec lequel elle décide de vivre dispose d'un tel lieu de vie à partager avec elle.

Si c'est la troisième possibilité dont va bénéficier cette femme, il sera extrêmement mal vu de dire que cette femme est intéressée.

Revenons-en à l'homme que choisit la femme pour compagnon. Il faut qu'il soit jeune, beau, disposant d'un espace de vie confortable, et aussi soit agréable et sympathique. Je suis agréable et sympathique. Mais n'ai aucune chance auprès de la femme imaginée plus haut. Pourquoi ? Parce que je suis à ses yeux vieux, pas particulièrement beau et mal logé. Si je m'intéressais visiblement à une telle femme, elle aurait vite fait de me rembarrer. À moins qu'elle soit amoureuse de moi.

J'ai eu l'occasion avec deux jeunes et jolies femmes de leur dire récemment que je les aimais beaucoup mais ne le désirais nullement, ce qui est vrai. Je me suis attiré leurs foudres en retour. Bien que n'étant ni sentimentalement, ni sexuellement attirant pour elles, elles ont très mal pris mon propos. Et m'ont, chacune à leur façon, fait un procès d'intention. J'avais beau affirmer ne pas les désirer, selon elles, je les désirais quand-même. Ce comportement apparemment absurde connaît deux explications.

La première est la plus évidente. En déclarant ne pas désirer ces femmes je remets en question leur pouvoir de séduction.

La deuxième raison est moins immédiatement évidente. Je l'ai baptisé « le garde-manger sentimental ». La femme rêve du meilleur. Elle craint cependant aussi de ne pas parvenir à la réussite. Rester seule ou se retrouver finalement seule. Alors il lui restera au choix l'un des hommes qui la désirent depuis longtemps sans espoir. Ces hommes elle en a fait une sorte de garde-manger sentimental pour les vieux jours, en cas de famine.

Mais si les hommes du garde-manger sentimental s'en échappe, il ne reste plus aucune roue de secours sentimentale pour finir sa vie avec quelqu'un. D'où le très mauvais accueil fait à mon propos : « je t'apprécie beaucoup et ne te désire pas ».

Si vous êtes un homme gentil et sympathique, vivant seul, sachez que sans le savoir vous êtes peut-être ainsi rangé dans le garde-manger sentimental d'une ou plusieurs dames.

J'avais voulu répondre aux deux dames qui m'ont nié l'affection non sexuelle que je leur voue. Finalement je ne leur répondrai pas. Je me contenterai d'écrire ce texte explicatif, qu'elles ne liront probablement pas.

Basile philosophe naïf, Paris le 26 janvier 2019

Aucun commentaire:

Publier un commentaire