vendredi 8 septembre 2017

853 Consumérisme, légendes et mimétisme sexuels

Dans la pensée dominante de notre actuelle société française et parisienne règne le consumérisme sexuel. Il est souvent affublé du masque de « l'épanouissement sexuel ». Il faut absolument, on doit à tous prix trouver la cheville à mettre dans la mortaise ou la mortaise où enfoncer la cheville, sous peine d'être disqualifié socialement. D'avoir « raté sa vie sexuelle », voire sa vie tout court. Le but suprême de l'existence se résumerait à quelques secondes d'émission de liquides dans les réservoirs naturels ad hoc. Cette pitrerie étant avalisée par des masses d'écrits pseudo-scientifiques et le vocabulaire même. Le liquide de Cowper émis par le pénis en excitation n'est-il pas baptisé « liquide pré-coïtal », sous-entendu que son émission commande l'arrivée de l'acte qui suit ? De graves politiciens au détour d'une interview se sentent obligés de préciser « qu'ils y arrivent encore ». Et le moindre couillon peut s'intituler « sexologue » ou « sexothérapeute » sans risquer la moindre ire de la Justice pour contrefaçon. L'usage de ces mots n'étant pas réglementé.

Pour conforter le discours qui prétend la baise obligatoire et régulièrement pour tous, qu'on en ait envie ou non, des légendes sont là, et des modes d'emploi à suivre sont énoncés. En gros, il faut trouver « chaussure à son pied » et ensuite faire et réciproquement les putes exclusives et bénévoles. La preuve qu'on s'aime c'est qu'on met le machin dans le trou. Et jamais dans un trou d'une autre personne. Si on cherche un machin ou un trou, le premier acte de la recherche consiste à « faire le test » afin de pouvoir être prêt à l'ouvrage sans communiquer ou recevoir la maladie nommée SIDA.

Le résultat de cette « mécanisation de l'amour » est l'omniprésence du mensonge, de la ruse, la manipulation, la dissimulation. Quand le gars aborde la fille il se demande : « comment vais-je y arriver ? » La fille se dit : « il veut y arriver, qu'est-ce que je fais ? » Et l'échange des mensonges et hypocrisies commence. Le chat est devant l'assiette de poisson et déclare : « mais non, je n'aime pas ce poisson-là », voire : « je suis pratiquement végétarien ». La fille répond : « ce poisson n'est pas pour toi, j'ai déjà un copain ». Et la comédie débute et dure. Pas question d'être sincère, ce serait grossier. Le mensonge est là , partout, tout le temps, en permanence. De temps en temps le garçon fini par mettre le machin dans le trou et constate que ce n'est pas génial. Il est déçu. Alors, au lieu de se remettre en question... il cherche un trou chez une autre personne.

Quand on échappe à ce flot de stupidités, en se disant qu'on peut vivre sans elle, on se retrouve comme « auto-marginalisé. On rencontre la pression du mimétisme sexuel. « Comment ça ? Tu ne cherche pas un trou ? Mais tout le monde le fait ! Tu dois être malade ou pédé ! » Ou : « tu n'as pas encore rencontré la bonne personne. » Rester tranquille est assimilé par les autres à une déficience.

Je disais dernièrement à une sympathique dame que j'avais abandonné la course au trou. Elle m'a répondu : « ne dis surtout jamais ça à une femme, elle sera horriblement vexée ». Et voilà le conseil que je reçois à Paris en 2017. Si vous ne cherchez pas le trou, ne le dites surtout pas. Et quand on cherche le trou, à vous baffes et râteaux.

Je ne cherche pas l'amour, les câlins, les caresses, le sexe... Je ne débite pas la vie en tranches comme s'il s'agissait d'un saucisson. Je vis tout simplement et n'attend rien. Me raccorde à l'amour universel qui se décline entre humains comme l'amour du prochain. Cet amour prend ou ne prend pas une forme ou une autre. Forme toujours changeante, comme les nuages dans le ciel. Je suis heureux d'avoir dit adieu à la principale angoisse de mes contemporains : la quête inlassable et affolée de « l'amour », mot tiroir rempli d'une masse de contradictions et idées incohérentes, rutilantes et imaginaires. Je vis tout simplement, sans chercher à faire rentrer mes relations dans le cadre d'équations imaginaires. Sensées m'assurer le bonheur standard, sur mesures, permanent et égal pour tous. Cette « recherche de l'amour » équivalant souvent à un voyage en Absurdie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 septembre 2017

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