dimanche 22 mars 2015

359 Rejeter l'immense et immémoriale stupidité humaine

Quand on observe l'Humanité, son histoire, on est frappé par le contraste entre « les bonnes manières » et le comportement effectif des humains. Alors que l'amour apparaît comme la vertu cardinale, règne partout et dans toutes les époques la violence la plus inouïe. Comment une telle contradiction est-elle possible ? La paix serait-elle incompatible avec la Civilisation ? L'être humain serait-il en quelque sorte « maudit » ? Il faut bien trouver une explication.

Quand on compare l'être humain avec les autres espèces animales, on constate qu'un élément de sa vie diffère radicalement de celle des autres animaux. L'être humain baise tout le temps.

Cet aspect étrange de son comportement s'accompagne d'éléments troubles et douteux.

Une profusion de règles existent, prétendant réguler, régler la sexualité des humains. Toutes ces règles sont des interdits, fréquemment accompagnés de la plus extrême violence en cas de transgressions vantées, supposées ou constatées. Et ces interdits se combinent avec un incroyable ensemble de mythes.

Un de ceux-ci des plus fondamentaux est la prétention de diviser l'homme en deux : le spirituel, l'âme, la conscience, belle et élevée. Et « le corps », vil, bas, méprisable... en un mot : sexuel.

Le débat se trouve enfermé, emprisonné dans une soi-disant fatale alternative impérative : pour ou contre « le sexe ». Sexe qui, lui-même, est très imprécisément délimité. Ses limites variant très considérablement au cours des siècles et selon les sociétés. En 1880, à Paris, quand une jolie fille laissait voir sa cheville, c'était très sexuel...

Croire que le débat se résume à l'unique alternative de baiser ou refuser de baiser, a fait que de nombreux imbéciles dans les années 70 du siècle passé ont proclamé une étrange « liberté sexuelle ». Elle se traduisait en fait non par la liberté de baiser ou non, mais par l'obligation de baiser.

L'enfer moral auquel est assimilé le « corps » s'associe à un Paradis douteux et suspect qui serait le plaisir sexuel. Le nirvana sexuel, serait-on plutôt tenté de dire. Tant est absurde et invraisemblable la somme de baratin entourant l'acte sexuel. Selon certains discours, il serait le but-même de la vie et le sommet de toutes les activités humaines. Cette grandiloquente ânerie est professée encore par d'innombrables individus qui n'ont jamais gravi de tels sommets, mais restent persuadés qu'on devrait pouvoir les gravir. Ils sont comme ces personnes qui ne se sont jamais mariées et vouent un culte au mariage qu'ils assimilent à la perfection du bonheur. Et s'étonnent beaucoup quand des couples qu'ils croyaient « parfaits » se défont autour d'eux.

Comme le mythique nirvana sexuel est sensé être atteint dans le courant de la jeunesse, quantité de personnes devenues vieilles en finissent par conclure que ne l'ayant pas vécu elles ont raté leur vie.

La sexualité imaginaire des humains génère une quantité de concepts relevant de la mythologie sexuelle où le « corps » serait « sexuel ». Le sexe étant une chose douteuse et dégueulasse, il importe donc de cacher à la vue notre « corps », c'est-à-dire nous, et, en particulier, les organes reproducteurs. Il faut aussi le plus souvent éviter absolument de toucher un « corps » étranger, même légèrement, même involontairement. Si, par exemple, aujourd'hui on effleure accidentellement un inconnu dans le métro parisien, on se doit de se confondre aussitôt en excuses.

Cette « sexualisation » à outrance des humains est vraie y compris pour les très petits enfants. On les dote d'un accoutrement ridicule pour aller à la plage. Les petites filles sont affublées de ridicules « soutiens-riens ». On nous inculque ainsi de multiples façons dès le plus jeune âge l'horreur et la peur d'une chose terrifiante, inconnue et imprévisible : le « corps ». C'est-à-dire en fait nous, un aspect indissociable de nous, tant que nous sommes vivants dans ce monde.

Cette peur, cette horreur, cette hostilité à cette chose traître, horrible et délicieuse génère une violence invraisemblable dans les rapports humains. Et ce dans le domaine où la douceur et la tendresse devrait régner.

Le malaise est omniprésent. Quand on aborde avec une personne ce qu'elle pense être « le sexe » ou « l'amour », on la voit fréquemment subitement devenir littéralement quelqu'un d'autre.

Des gens d'ordinaire pacifique et doux deviennent violents, et on trouve ça normal. Si un mari « trompé » ou une épouse « trompée » réalise « son infortune », et en réaction frappe, casse, saccage... on trouve que c'est logique et normal. La violence et la dramatisation sont considérées par beaucoup comme normales, admissibles, logiques, inévitables...

Cette violence, cette hostilité va se spécialiser, singulièrement dans le domaine des mœurs. On verra ainsi prospérer l'hétérophobie chez certains homosexuels, c'est-à-dire la haine des « hétéros ». L'homophobie sera très répandue chez ces derniers. Les « bisexuels » seront victimes de la biphobie. Les transsexuels de la transphobie. Et ceux ou celles qui auront souffert dans leurs relations avec les femmes feront de la gynéphobie. Ceux ou celles qui auront souffert dans leurs relations avec les hommes feront de l'androphobie. Et tous feront éventuellement de la sexophobie. Ceux ou celles qui seront soupçonnés, accusés ou condamnés pour des actes considérés comme des crimes sexuels seront pourchassés et rejetés avec une violence extraordinaire. Ceux ou celles qui seront soupçonnés, accusés ou condamnés pour avoir souhaité, pratiqué ou simplement vanté une pratique considérée comme sexuelle et jugée « bizarre » ou non conformiste seront traités de même.

Il suffit qu'un candidat aux élections soit seulement accusé de délit sexuel, que la chose soit prouvée ou non, jugée ou non, pour voir aussitôt toute sa carrière compromise, voire brisée.

Chose plus injuste encore, les victimes sont aussi condamnées par l'opinion publique générale. Il n'est pas de bon ton d'avouer qu'on a été violé, par exemple. Les victimes d'abus sexuels dans leur jeunesse sont accusées de chercher fatalement à commettre de tels abus à leur tour une fois devenues adultes. Quant aux discours assimilant les abus sexuels commis contre des très jeunes à un « meurtre psychique », la conclusion qu'elle implique pour les victimes est : « ma vie est foutue. Il ne me reste plus que le suicide comme solution. »

Et, à côté de la violence de la condamnation des criminels sexuels, on voit également ceux-ci être admirés. Tout ceci montre qu'il existe un malaise général qui se traduit de manière visible ou non. La base de ce malaise est simple à énoncer : l'être humain a intellectualisé l'acte sexuel, en faisant une sorte de passage obligé permanent dans la relation affectueuse. Cette façon de voir, ou plutôt de ne pas voir, implique que si c'est possible, il faut faire l'acte ou le tenter, même si on n'en a pas envie. Cette pratique, cette prétention délirante, est venue bousculer l'essentiel des bonnes relations humaines adultes. En prendre conscience, réagir, consiste simplement à ne plus suivre ce comportement erroné. Il ne faut « faire l'amour » que quand existe un désir réalisable, réel et réciproque, sinon l'éviter absolument. Et aller vers la « Terra incognita » de la vie réelle que la plupart des humains s'obstinent depuis des millénaires à refuser d'aller visiter : eux-mêmes. La vraie vie, ce n'est pas hier, demain ou ailleurs, c'est aujourd'hui et ici. Elle n'est pas hors de notre portée, il suffit de voir, approcher, y aller, mettre la main sur ce qu'on s'obstine à refuser de voir. La vie est là. Acceptons-là. Il nous faut approfondir les chemins oubliés de la fête et de l'amitié vraie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 22 mars 2015

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