mardi 22 octobre 2013

161 Amour et déraison d'état, petite chronique de l'Apocalypse...

Notre cher président de la République me fait penser aujourd'hui à un gamin de sept ans qu'on aurait placé aux commandes d'un sous-marin nucléaire au milieu de l'océan. Il se sent débordé par ses responsabilités. Ne sachant trop comment agir, que faire, où se diriger, il s'en remet aux conseils de l'équipage : le commandant en second Manuel Valls, le maître d'équipage Jean-Marc Ayrault, l'officier mécanicien Arnaud Montebourg, l'économe Pierre Moscovici, etc. C'est une belle cacophonie. Et voilà que soudain surgit droit devant une immense mine sous-marine marquée : « mouvement lycéen ». C'est la panique à bord ! Les uns disent de reculer, les autres d'avancer, les troisièmes de ralentir, les quatrièmes d’accélérer. Bref, personne ne sait où il va. La seule chose certaine est que la mine se rapproche, de plus en plus menaçante.

Alors, pour conjurer le danger, on invective la mine : ce sont des feignants irresponsables et manipulés, ces lycéens qui menacent l'état ! Et puis, on se déchaîne contre Leonarda et sa famille. Le père a menti pour donner plus de chances à lui et sa famille de se voir accorder l'asile politique en France. Qu'auriez-vous fait à sa place ? La fille a été effrontée, mal élevée, etc. en répondant à l'allocution de notre cher président. Mais, quels propos auriez-vous tenu à sa place ? Un bon sujet de rédaction pour le baccalauréat.

Si le président avait vraiment souhaité inviter Leonarda à poursuivre seule en France sa scolarité, pourquoi n'a-t-il pas dépêché un diplomate ou deux auprès de sa famille pour négocier l'affaire ? Le problème, c'est qu'en fait son allocution télévisée où il paraissait s'adresser à Leonarda s'adressait à la masse grondante des lycéens en colère.

Un internaute écrivait hier ou avant-hier parlant de la crise lycéenne : « heureusement on n'est pas au printemps. »

Tout le monde pense à mai 1968. La crise a débuté par un événement symbolique : l'occupation de la Sorbonne par la police. Les bagarres qui ont suivi aussitôt au quartier latin amènent la condamnation immédiate à la prison d'une poignée de manifestants étudiants. Les manifestations se poursuivent alors, exigeant de « libérer la Sorbonne » et aussi les emprisonnés. On connait la suite.

Au paroxysme de la crise, quand il y a dix millions de grévistes, le chef de l'état prend la fuite à Baden Baden. Là-bas, un officier supérieur de parachutistes lui remonte le moral. Gonflé à bloc, le chef de l'état retourne en France, rassemble ses partisans, dissout l'assemblée nationale. Et, avec l'aide des syndicats, termine la crise politique et sociale.

A présent, imaginons que le chef de l'état en 1968 n'aurait pas été De Gaulle mais François Hollande... Bon, j'arrête la comparaison. On dira que je fais de la politique. A propos, le 5 novembre prochain, c'est la rentrée des lycées. C'est vrai que nous sommes en hiver. Le 9 novembre c'est le 97ème anniversaire de la Révolution d'Octobre 1917 en Russie. Comment sera-t-il fêté en France ? Le compte à rebours a déjà commencé.

On en est à 18 000 expulsions en 2013 en France. Leonarda et Khatchik sont devenus les symboles du choix entre le pragmatisme étatique et l'amour du prochain. C'est pourquoi ils ont pris tant d'importance. Les lycéens reprendront leur mouvement à la rentrée. Le président, de son côté, ne veut ni avancer, ni reculer. Indécis, il attend que le ciel lui tombe sur la tête. En ce moment, il doit regretter le temps où il était seulement maire de Tulle et président du Conseil général de la Corrèze. Mais l'ambition perd les hommes et égare les peuples. L'amour du pouvoir s'oppose au pouvoir de l'amour. Au nom « du réalisme », on va refuser d'aimer son prochain. Et on est puni en retour.

Basile, philosophe naïf, Paris le 22 octobre 2013

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