mardi 28 mai 2013

113 Qu'est-ce que « la sexualité » ? (essai)

La sexualité telle qu'on l'entend en parlant des humains n'est pas une donnée scientifique mais une donnée culturelle. Elle combine l'horreur de la nudité, l'horreur du plaisir dit « physique » en général (câlins, caresses, bisous...) et l'horreur du sexe. On peut aussi la définir comme combinant la gymnophobie, horreur de la nudité, l'érectophobie, horreur de la vision du pénis en érection, la vaginophobie, horreur de la vision du sexe féminin, la câlinophobie, horreur des câlins et la sexophobie, horreur du sexe.

L'érectophobie et la vaginophobie sont omniprésentes dans les arts figuratifs. Combien de milliers de pénis masculins apparaissent dénudés dans la statuaire et la peinture, tous ou pratiquement tous flaccides ! Concernant la vaginophobie, c'est encore plus flagrant : d'innombrables statues et peintures montrent des femmes à l'anatomie imaginaire. Une sorte de bouclier de chair lisse finissant le ventre vers le bas. Le cas le plus caricatural est celui de la Diane de Houdon, statue en bronze exposée au musée du Louvre, dont la fente pubienne initialement présente a été ensuite carrément bouchée !

Un phénomène révélateur du trouble « sexuel » chez les humains a été baptisé par Freud : « période de latence ». La sexualité serait présente chez les tout petits. Puis s'assoupirait jusqu'à l'adolescence. En fait, l'analyse n'est pas objective. Le phénomène « de latence » est provoqué. Il n'est pas naturel.

Au début, les tout petits n'étant pas encore marqués par la culture de la société où ils sont né ont des gestes et comportements en conséquence : ils urinent et défèquent dès qu'ils en ont envie. Arrachent leurs vêtements et se promènent nus. Se touchent sans se préoccuper du regard des présents.

On leur apprend avec la propreté la honte de leurs excréments. On leur inculque la honte de la nudité, la leur et la vision de celle des autres. On leur interdit de se toucher et on les sèvre de câlins.

Tout ce dont ils sont ainsi privé se retrouve incorporé à un impressionnant chapitre aux contours vagues et flous : la « sexualité ». On y rattache la reproduction et on croit avoir ainsi défini une notion scientifique. Bien malin celui qui saurait définir où commence exactement ladite sexualité ! A moins, bien entendu, de qualifier de « sexuel » tout et n'importe quoi.

Mais pourquoi un tel acharnement à condamner et pourchasser la nudité et le plaisir dit « physique » ?

Pour une très simple raison : ils sont antinomiques au travail.

Et si cette chasse commence dès l'enfance, c'est que tout simplement, jadis et durant des dizaines de milliers d'années les petits enfants travaillaient ! Ce qui est encore le cas dans de nombreux pays pauvres. Dans les pays plus riches, le travail a été remplacé par l'école, tout autant opposée à la nudité et aux câlins. C'est une question d'ordre social.

La répression de la sexualité est inhérente à l'organisation du travail. La seule sexualité reconnue comme compatible avec le travail étant le travail sexuel, c'est-à-dire la prostitution.

Le travail précède les discours tendant à justifier ses conséquences dans le domaine de la nudité et des câlins. L'évolution-même des règles sexuelles est liée à l'évolution de l'organisation du travail en général. Et d'une manière même très paradoxale : ainsi la polygamie a été autorisée, encouragée par l'Église en Allemagne à la fin de la Guerre de Trente Ans car on manquait d'hommes !

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 mai 2013

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