samedi 28 novembre 2015

474 Initiatives humaines et troupeau humain

La nuit du 24 au 25 novembre 2015, j'ai fait un rêve en forme de message. Il était énoncé ainsi avec beaucoup de précision :

« Si on considère que tous les humains qui se contentent de suivre et ne prennent pas d'initiatives – y compris ceux qui travaillent 18 heures par jour et se lèvent la nuit pour aller bosser, – sont de grosses feignasses.

« Si on ne prend en compte comme humains que les humains qui prennent des initiatives. »

« Combien y aurait-il d'humains à compter sur Terre ? 10 000.

« La plupart des enfants s'emmerdent à l'école. »

« L'ennui de ces petits bouchons est une tragédie. »

« Si on leur apprenait à l'école avec, par exemple, des petites saynètes, des petites pièces de théâtre jouées par les enfants, à prendre des initiatives, ce serait déjà bien. »

Juste après mon réveil je réfléchissais au message délivré par ce rêve et considérais deux exemples illustratifs de cette absence d'initiatives chez les humains. L'un, c'est la renaissance des goguettes, l'autre celle du Carnaval de Paris. Je m'efforce depuis 2011 de faire renaître les goguettes, petites sociétés festives et chantantes comptant moins de vingt membres. Et, depuis 1993, j'œuvre à la renaissance du Carnaval de Paris.

J'ai retrouvé la base traditionnelle de la fête en France : la goguette. Ce sont des petits groupes festifs et chantants se réunissant ponctuellement pour passer un bon moment ensemble, boire, manger et chanter des chansons. Leur renaissance ne demande ni argent, ni efforts importants, ni local, ni logistique, ni dépôt de statuts. J'en parle depuis quatre ans sans guère de résultats. Pourquoi ? Parce qu'en créer une nécessite de prendre une initiative. Je l'ai fait avec une goguette que j'ai créé : la Goguette des Machins Chouettes. Pourquoi la naissance d'autres goguettes se fait-elle attendre à ce point ? Pourquoi mon message a du mal à passer ? Parce que, pour le suivre, il faut renoncer à suivre le troupeau humain qui se lamente à propos du manque de communication et de festivité, et agir. Prendre une initiative. Mais, même sans risques et pour le plaisir, la seule initiative, de par sa nature-même impressionne et fait peur. C'est tellement plus rassurant de suivre le troupeau !

Ceci explique en général pourquoi une activité ou une mode interrompue un certain nombre d'années a du mal à redémarrer quand des efforts sont faits en ce sens. Ce qui n'est plus à la mode, même de qualité, a tendance à être rejeté, délaissé. Quand j'étais petit, dans les années 1950, les chevaux de trait, ou porter des sabots, c'était ringard. Aujourd'hui, ça fait chic et écologique. Le Parisien en raffole. Il suffit dans une animation de rue de ramener quelques animaux de ferme, une vieille batteuse à vapeur et il y a foule !

Le second exemple frappant mentionné, illustrant le comportement de troupeau des gens – ici les Parisiens, – et leur peur de prendre des initiatives, c'est la renaissance du Carnaval de Paris. En 1993, je prends l'initiative de la renaissance de cette vieille et grande fête oubliée. A l'époque, c'est de l'archéologie. Personne n'en parle. Les mots « Carnaval de Paris » n'apparaissent nulle part. Le dernier cortège organisé et traditionnel carnavalesque parisien est sorti à petite échelle le dimanche 20 avril 1952 dans le 19ème arrondissement. Je commence mes recherches et démarches. Réalisant que les politiques, apparemment très favorables, à lire leurs courriers en réponse aux miens, ne vont rien faire de concret, je décide d'organiser un cortège de renaissance.

Je rassemble quelques supporters pour créer une association. Nous sommes le 23 juin 1994.

Ce soir-là, à un moment donné je déclare : « bon, alors, nous décidons de sortir le défilé de renaissance le dimanche 6 mars 1995. » Et alors là, réaction unanime de mes deux interlocuteurs et silence de la troisième personne participant avec moi à la réunion.

« Ah non, avant de prendre une décision, il faut voir comment les politiques considèrent la question ! »

Tel est le propos qu'on me tient. Je réalise alors que mes amis ont peur de décider de défiler. Je n'insiste pas. On décide de créer une association. Et, quelques temps plus tard, suite à une lettre de Dominique Blatin, Commissaire général du Concours général agricole, je le rencontre. Quand je lui évoque l'organisation d'un cortège du Bœuf Gras à Paris, il me réponds : « je ne peux pas vous empêcher de prendre l'initiative d'organiser un cortège du Bœuf Gras à Paris. » Réponse qui, n'étant pas approbative, le met à l'abri d'une demande éventuelle de soutien financier venant de ma part.

Je quitte l'entretien et après rédige un tract où j'annonce que, suite à cette rencontre, j'ai décidé de sortir le cortège du Bœuf Gras le 6 mars 1995. Quand je fais lire mon tract, que j'ai déjà commencé à diffuser, à un des deux amis présents à la réunion de juin, il s'étrangle presque. « Ah bon ? Tu as écrit ça ? » Mais il n'ajoute rien. Et voilà comment j'ai pris l'initiative du retour du Carnaval de Paris. Si j'avais attendu l'avis des politiques, je n'aurais rien fait. Parce que les politiques – en tous les cas la plupart d'entre eux, – détestent la fête vivante et le Carnaval en particulier. Qui est chez nous la plus belle des fêtes. Et pourquoi cette hostilité ? Parce que de telles fêtes sont remplies de nombreuses petites initiatives. Et les politiques ont horreur que les électeurs prennent des initiatives. Il faut qu'ils se contentent de former le troupeau compact et votant qui les porte au pouvoir.

Chez les politiques existe aussi le comportement de troupeau. On défend une orientation politique. Mais elle ne doit jamais être trop audacieuse. Ressembler à une vraie initiative. Je connais un très célèbre exemple à ce propos.

En juin 1940 la France est vaincue militairement par l'Allemagne. Paris est occupé. Le gouvernement français s'installe à Vichy. De son côté, un général cherche à poursuivre la lutte. De Gaulle n'est que simple général de brigade à deux étoiles. Il est très loin d'être le plus haut gradé de l'armée française. Il va alors solliciter un certain nombre de hauts militaires français pour leur suggérer d'appeler à poursuivre le combat. Ils vont tous répondre qu'ils se soumettent aux ordres de Vichy. Vichy qui reconnaît la défaite et préconise une politique de collaboration avec le vainqueur.

En désespoir de cause, De Gaulle se résout à lancer lui-même l'appel à résister. C'est son célèbre « Appel du 18 juin 1940 ». Il passe à l'époque inaperçu d'un très grand nombre de personnes concernées.

Quelques temps plus tard, recevant un de ses premiers partisans à Londres, De Gaulle dira : « vous voyez, mon cher Cassin : la France libre, c'est six personnes et deux machines à écrire. »

Pour dénigrer l'action du général, les partisans de Vichy vont baptiser De Gaulle « le général micro ». Sous-entendu qu'en dehors de son micro à Radio Londres, De Gaulle ne représente absolument rien.

Et c'est grâce à son initiative le 18 juin 1940 contre le troupeau défaitiste que De Gaulle pourra affirmer la présence de la France dans la guerre. Les États-Unis, considérant que le gouvernement français avait collaboré avec l'Allemagne firent préparer de la monnaie d'occupation qui devait entrer en usage en France en tant que pays occupé par les alliés. De Gaulle va interdire son usage.

Et, le 8 mai 1945, à la signature de la capitulation allemande à Berlin, la France est représentée par le général De Lattre de Tassigny. Au dernier moment, on s'aperçut, avant l'arrivée des représentants allemands vaincus, qu'il manquait un drapeau au côté de ceux des autres puissances vainqueurs. Il n'y avait pas de drapeau tricolore français. Vite, un officier français prit du matériel de couture et confectionna un drapeau français. Il était plus petit que les autres drapeaux alliés, mais, accroché comme on pouvait, il était devant les autres.

A leur arrivée les représentants militaires allemands étaient furieux d'apercevoir les Français : « ah, ils sont là aussi, ceux-là ! » Ça n'a pas été leur seul motif d'énervement ce jour-là.

Tout ceci, et aussi la célèbre descente triomphale de l'avenue des Champs-Élysées le 26 août 1944 par De Gaulle est arrivé grâce à un acte : son initiative de lancer l'appel du 18 juin 1940, refuser la défaite, continuer le combat. Et où était les autres politiques français ? Un grand nombre suivait le troupeau qui acceptait la défaite. Encore un exemple de ce qu'est l'initiative et l'absence d'initiatives.

Pour résister à l'Allemagne nazie en 1940-1945 on risquait le pire. Pour résister aujourd'hui aux directives « européennes » calamiteuses et aux diktats du MEDEF on ne risque rien. Mais nos dirigeants politiques ne prennent aucune initiatives en ce sens. Ils suivent le troupeau dont ils font partie. Et qui nous mène au désastre économique et social.

Idem le jeune et beau Alexis Tsipras en Grèce. Quand en 2015 il fallait prendre l'initiative de rompre avec la troïka, il s'est couché. Pourquoi ? Parce qu'il était incapable de prendre l'initiative de se battre. Initiative qu'ont su prendre d'autres hommes politiques ailleurs, en Bolivie ou en Équateur.

Quand j'ai passé des années à chercher à faire renaître le Carnaval de Paris, œuvre où on ne risque rien, j'ai pu apprécier à quel point on trouve des gens qui ont peur de prendre des initiatives. Et pas seulement lors de la réunion du 23 juin 1994. Durant des années, parmi ceux disposant de leviers importants pour débloquer la situation, il n'y a eu personne qui ait décidé de m'aider.

Le cortège, prêt à défiler en février 1995 a été interdit. Il fallait un soutien élevé pour arriver à faire lever l'interdiction. Personne ne s'est hasardé à le faire. Et ça a duré des années !

Jusqu'à ce qu'un politique atypique : Alain Riou, s'est engagé pour la renaissance du Carnaval de Paris, fin 1997.

A la différence de la plupart des politiques, Alain Riou était capable de prendre et prenait des initiatives. C'est ce qui le faisait apprécier ou détester selon les personnes auxquelles il avait affaire.

Notamment il fut en conflit au sein de son propre parti, le parti socialiste. Les élections municipales de 2001 approchaient. Et, élu municipal de ce parti, il réalisa qu'il allait être présenté en position non éligible. Alors, pour rester élu et pouvoir faire quelque chose, il prit la très difficile initiative de quitter son parti et rejoindre les Verts. Alain m'a raconté qu'ensuite, entre les deux tours des élections municipales parisiennes de 2001, le maire socialiste du 20ème arrondissement vint voir les Verts pour leur dire de placer Alain en position non éligible sur la liste commune Verts-socialistes. Les Verts lui répondirent qu'ils étaient libres d'agir autrement !

Quand Alain fut réélu en 2001 en qualité de représentant des Verts, il me raconta très amusé que certains lui avaient dit : « le Carnaval de Paris, c'était un bon truc pour te faire réélire ! A présent tu vas le laisser tomber, bien sûr ! »

Alain considérait que la plus belle chose qu'il avait réussi c'était la renaissance du Carnaval de Paris. Il est mort le 6 décembre 2004. Le Carnaval continue. Il n'a plus un politique en tant que responsable officiel, mais un artiste peintre, poète et philosophe.

Le comportement de troupeau et l'absence d'initiatives chez les humains sont particulièrement éclatant dans d'autres domaines que la politique ou le Carnaval. Dans le domaine dit « de l'amour » c'est vraiment un phénomène courant.

Quand j'ai eu 26 ans, un gars de mon entourage m'a déclaré tranquillement : « tu as 26 ans, il serait temps que tu penses à te marier. » Ce qui m'a frappé dans ce conseil, c'est qu'il ne s'inquiétait nullement de savoir si j'aimais quelqu'un. J'avais 26 ans... et hop ! Il était temps de me marier.

Dans un milieu que je fréquente, je me retrouve célibataire. Et une dame d'un âge proche se trouve être seule dans la vie. Elle ne m'intéresse d'aucune manière. Et voilà que l'entourage se met à exercer des pressions, notamment verbales, à la limite de la grossièreté, pour voir s'arranger le couple ! Sans me demander ce que j'en pense ! Encore l'instinct de troupeau qui se manifeste.

Après quelques années de vie commune avec une amie m'arrive une rupture. Dans ces conditions, il existe un risque : vu le manque et le vide soudain, de tomber dans les bras de la première personne venue. Avec tous les inconvénients qui relèvent du couple mal assorti. Conscient de ce problème, auquel j'ai déjà été confronté, je déclare après cette rupture : « il n'y aura rien avant au minimum six mois. Je resterais seul, sauf événement vraiment extraordinaire. » Les personnes auxquelles j'ai annoncé ma décision ont paru choquées. Pour elles, si je me retrouvais seul après une vie de couple de plusieurs années, je devais logiquement me précipiter pour « retrouver quelqu'un ». Et bien non.

J'ai été amoureux transi et malheureux d'une femme durant onze ans. Finalement c'est passé. Un jour que je lui dit : « heureusement que c'est terminé », cette femme a paru surprise et offusquée.

J'ai vu dans une sorte de camp de vacances arriver une jeune fille au physique de mannequin. Tout un groupe d'hommes s'affole alors et paraît avoir pour idée fixe de coucher avec. Au point que ça m'a parut odieux, ridicule et caricatural. Parmi ces hommes, certains étaient par ailleurs en couple.

Tous ces comportements sont des comportements de troupeaux. Ne pas réfléchir. Suivre les règles et la morale effective dominante. Aucun sens critique, aucune remise en question des idées reçues dans le domaine de « l'amour ».

Ce comportement de troupeau se rencontre partout. J'ai connu un étudiant issu d'une famille aisée. Un jour, lui, qui ne manque de rien, prend un travail pénible et mal payé. Pour quelle raison ? Pour des raisons idéologiques : « il faut, il est bien de travailler, tout le monde travaille, ceux qui ne travaillent pas sont des parasites, quand on travaille on est récompensé par un salaire. » Il n'a en fait aucun besoin de travailler. Même pas pour devenir indépendant de ses parents. Car il ne sait que faire de son salaire et continue à vivre aux crochets de ses parents aisés. Sa paie ne lui sert pas ou guère. Mais il a la satisfaction de « faire comme tout le monde ». C'est une chose que j'ai vu.

Quand on accepte de prendre des initiatives, la vie change. Il y a une quantité de choses possibles et positives qu'on ne fait pas parce qu'elles sortent de la pratique commune. Et des choses pacifiques qui ne troublent pas particulièrement la vie des autres. Mais prendre des initiatives en soit fait peur à la plupart des individus.

Entre être un individu indépendant ou un mouton râleur, quantité de gens préfèrent le second choix. Qui les rassure. Il existe une jolie fable de La Fontaine : « Le loup et le chien ». Notre société est remplie de chiens et compte très peu de loups. Je préfère être un loup plutôt qu'un chien.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 novembre 2015

jeudi 26 novembre 2015

473 La religion matérialiste scientiste rationaliste et la « mémoire de l'eau »

Qu'est-ce que la religion matérialiste scientiste rationaliste ou religion MSR ? La religion MSR est une religion qui repose sur un système de croyances qu'on peut résumer sommairement ainsi : les adeptes de la religion MSR croient en la non-existence de Dieu et en la non-existence de l'au-delà. Ils sont les adorateurs d'une chose inerte qu'ils ont baptisé « la matière ». Elle serait à la base de tout. Selon certains croyants MSR la matière serait née de rien au moment de la genèse matérialiste baptisée « Big Bang ». La divinité matérialiste peut aussi se définir comme « le pas-Dieu ». Il y aurait, selon les croyants MSR : la matière et pas Dieu.

Ce qui est excessivement drôle, c'est que personne ne saurait déjà définir exactement Dieu. Et les adeptes de la religion MSR considèrent comme une vérité fondamentale de nier son existence. Et donc nier un être indéfini. Voilà qui est d'une précision rare comme base de pensée !

La « matière » serait régie par des règles définies comme « scientifiques ». Et donc sensées être absolues et infaillibles. Au nombre desquelles on trouve la logique. On peut facilement montrer que celle-ci est un outil de la pensée. Et qu'il est limité comme tous les outils. Ne serait-ce que par la célèbre affirmation : « cette phrase est fausse ». Mais ça n'embarrasse pas les croyants MSR.

Comme pour toutes les religions, une époque providentielle est donnée pour la naissance de la religion MSR sensée sauver le monde. Cette époque, c'est le XVIIIème siècle, baptisé : « siècle des lumières ». Siècle se terminant en France avec les plus barbares atrocités de la Terreur et des guerres de Bretagne et de Vendée. Mais les adeptes de la religion MSR ne s'embarrassent pas avec l'existence de ces « détails ». À l'exemple de Georges Clemenceau légitimant les atrocités révolutionnaires dans une intervention à la Chambre des députés, à Paris, le 29 janvier 1891 : « la Révolution française est un bloc dont on ne peut rien distraire ».

La religion MSR a développé un obscurantisme MSR. Tout ce qui lui paraît aller à l'encontre de son corpus de croyances est dénoncé violemment. En 1988 à Paris, le docteur Jacques Benveniste a expérimentalement démontré l'action de dilutions homéopathiques sur des basophiles. Il s'est vu voué aux gémonies pour avoir porté atteinte au sacro-saint « nombre d'Avogadro », une des bases de la religion MSR. Selon le nombre d'Avogadro il n'y avait plus rien dans les dilutions. Donc, les conclusions expérimentales de Benveniste – baptisées par d'autres « mémoire de l'eau », – étaient forcément fausses. Il a été sommé de démontrer par une autre méthode ce qu'il avait démontré. Ou de renoncer à sa découverte. Et il a été abondamment insulté par des prêtres de l'église MSR.

Au nombre des railleries de prêtres de l'église MSR contre Benveniste, on trouve les ricanements qui ont accompagné ses affirmations comme quoi certains effets de l'homéopathie pouvaient se transmettre via le téléphone ou Internet. Il m'a parut intéressant de répondre à ce propos aux obscurantistes matérialistes.

Si à je déclare à Paris prendre un téléphone et appeler quelqu'un à Pékin. Parler avec lui ensuite. De même, si je déclare prendre un ordinateur branché sur Internet et converser par textes avec Pékin. Personne ne trouvera cela ahurissant et fantaisiste. Alors, si la voix ou l'écriture peuvent ainsi franchir des milliers de kilomètres via le téléphone ou Internet, en quoi serait-ce ridicule de prétendre que d'autres phénomènes pourraient prendre le même chemin ?

Les obscurantistes matérialistes rejettent à priori cette prétention comme ridicule et stupide. Ce sont des crétins. Leur pensée unique – ou plutôt absence de pensée, – domine le monde. Pour le moment, car la vérité triomphera un jour de ces gros bœufs. Et on érigera des statues à Benveniste.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 novembre 2015

lundi 23 novembre 2015

472 Les mots camisoles

Un certain nombre de personnes - et probablement la plupart, dont nombre de jeunes, - croient sincèrement en France et à Paris que, entre humains adultes, « aimer » implique de devoir faire l'amour. Que les caresses entre adultes sont des « préliminaires » qui impliquent d'arriver forcément à l'acte sexuel. Considérer ainsi que quand on aime on doit faire l'amour. Que quand on fait des caresses on doit faire l'amour, car ces caresses seraient des « préliminaires »... revient à faire des mots « aimer » et « préliminaires » des mots camisoles, qui empêchent la pensée de fonctionner et les sentiments-même d'être entendus. On y ajoute d'autres fausses « évidences », comme celle que l'érection signifie désir et recherche de l'acte sexuel. Et tout est en place pour faire le malheur des humains, avec pour guide un inextricable schéma soi-disant objectif des rapports humains.

Il y a plus de vingt ans, je me souviens avoir commencé à échanger baisers et caresses avec une dame. Qui s'est subitement exclamé : « on ne peut pas faire l'amour parce qu'il y a le SIDA ! » Je me suis empressé de lui répondre que nous n'étions nullement obligés de « faire l'amour ». Quand après deux heures de caresses et baisers nus forts agréables nous nous sommes interrompu pour prendre le thé, cette dame s'est exclamé : « qu'est-ce qu'on n'a fait ? On n'a rien fait ! » Et elle a rit. Car, pour elle, « faire quelque chose » c'était en l'occurrence « faire l'amour ». Comble de l'absurdité conduisant à nier la vivante réalité. Par la suite elle a tenu à m'accompagner pour voir comment c'était chez moi. A constaté que je n'étais pas riche, loin de là. Et, par la suite, a évité de me revoir. Visiblement pour elle, si j'avais été du même milieu social aisé qu'elle, nous aurions pu ensuite « passer aux choses sérieuses », mettre l'oiseau dans le nid et devenir « amants ». Détail comique et révélateur, les quelques fois où je lui ai téléphoné par la suite, elle arguait d'une infection vénérienne pour ne pas pouvoir me revoir. Comme si le seul échange possible et a envisager devait concerner cet endroit-là. Notre société est bien barbare avec son obsession du cul.

Quand on est très jeunes, s'agissant du sexe, on se demande : que faire ? Puis, une fois qu'on s'est fait baratiner sur le thème « l'essentiel est parvenir au coït », on se demande : quand le faire ?

On se retrouve sensé devoir acceptez ou recherchez des choses, en refuser d'autres. Ça devient très incertain et abstrait. Il y a des imbéciles qui vont considérer le sexe comme un exercice ludique parmi d'autres : un resto, un film, une baise. Non, ça n'est pas égal. A-t-on déjà vu un chagrin d'amour provoqué par une entrecôte trop cuite ou une séance de cinéma ratée ? Le sexe, ça n'est pas une chose anodine, un produit parmi d'autres, à consommer.

Et si, s'agissant du sexe, on commençait simplement par se demander : « qu'est-ce qu'on veut ? »

Et si on s'arrêtait de commettre les erreurs d'interprétation des réactions génitales. Une érection signifie une érection; Elle ne signifie nullement forcément une envie de « faire l'amour ».

A force de placer abusivement le coït au centre des relations humaines entre adultes, les humains abusés finissent par ne plus rien y comprendre. Sauf que, d'évidence, ils souffrent. Et tendent alors souvent à rejeter la responsabilité de leur souffrance sur l'autre ou sur le mauvais sort. Un homme que je connaissais s'est trouvé confronté au refus catégorique de sa femme de « faire l'amour ». Au bout d'un certain nombre d'années de mariage, elle avait décidé d'arrêter de céder aux caprices sexuels de son mari. Ce dernier n'y comprenait rien. « Ça me rend fou ! Et elle, de son côté, elle dort très bien ! » Et lui de conclure : « elle doit être lesbienne ! » Elle a fini par divorcer.

Devant l'incompréhensible et l'insatisfaisant dans le domaine dit « sexuel », on dirait que le mot d'ordre de beaucoup soit : « surtout ne pas réfléchir ! »

Basile,philosophe naïf, Paris les 22 mai et 23 novembre 2015

471 Faiblesses du langage et subtilités du conflit

Le conflit dont il s'agit ici, c'est : SIG. C'est-à-dire, en italien : « siamo in guerra », « nous sommes en guerre ». Il s'agit du conflit très ancien homme-femme. Si ancien qu'on l'attribue à la Nature-même ou à « la fatalité ». SIG est très subtil, car il amène à ne pas poser les bonnes questions. Deux très jeunes filles encore vierges ayant réalisé que je ne développais aucune menace d'agression quelle qu'elle soit envers elles, m'ont posé un jour diverses questions très directes sur le sexe et ma vie sexuelle. Elles souhaitaient ainsi satisfaire une curiosité générale sur un domaine qui les agite beaucoup à leur âge. Une de leurs questions était : « est-ce que faire l'amour c'est agréable ? » La question est très mal posée. Elle revient en effet au même que poser cette autre question : « est-ce que manger est agréable ? » Ça dépend. Manger peut être très agréable, agréable, voire extrêmement désagréable. C'est la même chose pour ce qui est de « faire l'amour ». Cependant, on notera que quantité de livres ou articles font une apologie inconditionnelle de cet acte qui en fait est totalement subordonné à l'ensemble de la relation. Bien trop souvent on fait de l'acte sexuel une sorte de summum de la relation humaine. 

Cette flamboyante ânerie règne en maître dans la tête de nombre d'individus. Quand ils abordent une créature nubile du sexe opposé ayant un joli cul, les garçons, dès treize ou quatorze ans, ont bien souvent cette idée derrière la tête. Et ça ne va pas en s'améliorant avec les années. Soi-disant que ce serait là un effet de « la Nature ». Ladite « Nature » a bon dos. On lui attribue quantité de choses. Ça permet d'éviter de réfléchir et poser les bonnes questions. Ainsi, instrumenté par la pensée unique et omniprésente du tout sexuel, j'ai fonctionné durant bien des années. Je me souviens très bien à ce propos d'un incident qui m'est arrivé il y a six ou sept ans.

Seul dans ma vie, c'est-à-dire sans petite amie, j'avais fait la connaissance d'une jeune et jolie femme. Nous avions un peu sympathisé. Et, un jour, comme nous marchions ensemble, la jeune femme me sort impromptu : « il est exclu que nous fassions l'amour ensemble ! » Je me suis senti intérieurement blessé et contrarié. Stupidement je me suis dit : « mais, je n'ai rien fait ou dit en ce sens. La question ne s'est même pas posée et par avance elle dit non ! C'est un propos abusif ! » Je me suis senti vexé, agressé. Certes, je rêvais de coucher avec elle peut-être un jour... belle illustration de la pensée unique. Une femme égal un cul. Mais comme je me disais : « je n'ai rien dit en ce sens » j'ai interprêté les paroles de la jeune femme comme une agression qui brisait un rêve personnel dont je n'avais pourtant rien dit. J'ai mis six ou sept ans à comprendre ce que signifiait cet incident. Une jeune femme à Paris est agressée trois, quatre, cinq fois par jour quand elle se déplace seule, par des imbéciles qui voient juste un cul à consommer qui passe. Elle est donc sur la défensive face à cet harcèlement. Et, habituée à subir cette situation elle voit bien que moi, pauvre andouille, je suit la même optique.

Certes en évitant d'être grossier. En étant plus aimable que les crétins qui cherchent à l'aborder dans la rue, le métro. Crétin moi-même, je ne réalise pas que c'est facile de m'identifier quand on est habituée à croiser ou rencontrer d'autres crétins. Là, j'ouvre une parenthèse : « les femmes sont-elles contre le fait de faire l'amour? » C'est le point de vue que m'exprimait un dragueur professionnel : « elles ne veulent jamais ! » La question est une fois de plus ici mal posée.

Pour répondre à cette question, j'en poserais une autre. Il existe une banlieue de Paris appelée Gennevilliers. On peut s'y rendre. Et, pourquoi pas ? Y manger des fraises... Et, pourquoi pas ? A la crème. A présent, imaginons que tous les hommes sans pratiquement aucune exception soient obsédés par l'idée de manger des fraises à la crème à Gennevilliers avec la femme qu'ils rencontrent. Ce serait vraiment énervant pour les femmes. Pourquoi ? Parce que c'est du formatage qui nie la réalité de la vie. Avec le sexe, c'est pareil. Une femme est un être humain avec toute sa richesse, sa diversité, son originalité... et, à chaque fois qu'un homme l'aborde, ou presque, surtout si elle est belle, la seule chose qu'il sait lui proposer c'est : « allons ensemble manger des fraises à la crème à Gennevilliers »... Prétendre rétrécir systématiquement la relation homme-femme à la même petite chose, et l'acte sexuel est une petite chose, revient à nier la réalité de la femme en tant qu'être humain. D'où la réaction souvent épidermique des femmes face aux crétins masculins.

Pour rencontrer quelqu'un il faut commencer par éviter de le nier. Ce que font souvent les hommes avec les femmes. Mais les critiques faites ici sur les hommes, ne signifient pas pour autant que les femmes soient parfaites. 

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 avril 2015, avec retouches le 23 novembre 2015

470 Le piège associatif 1901

Quand on veut organiser quelque chose, une fête, par exemple, une fête importante, on s'entend souvent conseiller en France : « il faut une association déclarée selon la loi de 1901 (une ASBL, si c'est en Belgique), avoir un local, trouver des subventions, avoir des soutiens officiels. » Et là, si on suit ces conseils, on s'égare bien souvent et on s'impuissante.

Créer une association consiste à déposer en préfecture des statuts, une liste de deux personnes au minimum, un trésorier et un président, quelques autres documents, et payer son insertion au Journal officiel. Ce qui fait qu'ensuite on croit avoir fait quelque chose : « on a fondé une association ». Il y avait à l'origine deux abrutis avec une idée. À présent, il y a toujours deux abrutis avec une idée. Mais, à présent, ils se prennent pour autre chose : une association. C'est le premier piège. Il y en a d'autres. Mais s'obnubiler sur la démarche « associative » fait partie des aberrations courantes en France. Bien des rêves sombrent avec la création de la sacro-sainte « association ». Qui dit association dit : cotisations, par exemple... Au début, elles rentrent facilement. Ensuite, ça devient plus dur. Et celui qui récolte les cotisations fini par se sentir un peu comme un huissier poursuivant des mauvais payeurs.

Autre travers nuisible de cette aventure dite « associative » : le plus souvent, en France, les associations ont un bureau de trois membres : un président, un secrétaire et un trésorier. Qui dit président dit : pouvoir. Qui ajoute secrétaire dit : bureaucratie. Et avec le trésorier arrivent : l'argent et la finance. C'est tout un cadre, un carcan, mis à l'idée de départ. On a dégagé la nécessité d'un chef, de paperasses et de fric. On n'est plus du tout dans le registre de départ. On voulait faire une fête. À présent on veut un chef, des archives, un budget argent.

Et le local ! Qui dit local dit location, qui dit location dit argent, qui dit argent dit subvention, qui dit subvention dit... aller mendier aux politiques la restitution d'une fraction de l'argent de nos impôts, que le fisc nous a confisqué, pour eux, sous la menace de poursuites en cas de refus. La subvention est à l'association ce que le sucre est au chien. Le chien fait le beau pour obtenir le sucre. L'association fait la belle pour toucher sa subvention. Mais, à la différence du chien, l'association ne reçoit pratiquement jamais son sucre. Ou alors, au prix de la rédaction d'un dossier très ennuyeux à fabriquer, elle reçoit un quart ou un cinquième de sucre.

Certains termes sensés indiquer la marche à suivre brillent par leur caractère au bout du compte erroné. Pour être sûr d'obtenir une subvention, il faut « un dossier en béton ». Comme si c'était une question d'arguments. Pour y arriver il faut trouver « les bonnes personnes ». Comme s'il existait forcément quelque part un responsable attendant le moment pour vous recevoir, vous écouter et satisfaire votre attente.

Quand l'idée de départ s'incarne dans une structure dite « associative », on peut faire rentrer ainsi le loup dans la bergerie. L'initiateur de l'association, celui qui en a été l'âme, va devenir juste un membre parmi d'autres. Résultat : il suffira qu'il soit mis en minorité par le vote pour être, y compris, chassé de l'association qu'il a créé ! Ce genre de mésaventures est arrivé un nombre immense de fois à des personnes ayant cru renforcer leur projet, et l'ayant affaibli avec un cadre associatif.

Moins il y a de pouvoir déclaré, de bureaucratie et d'argent, mieux c'est. Les formidables associations de Carnaval de Dunkerque et des villes alentours ne sont pas toutes déclarées. Et beaucoup d'entre elles ne disposent pas d'un local propre, mais sont basées dans des cafés. Ce qui ne les empêche pas d'être la base d'organisation de parmi les plus formidables des carnavals.

Basile, philosophe naïf, Paris les 18 et 23 novembre 2015

469 L'insouciance n'est pas l'indifférence

L'insouciance est une valeur essentielle à défendre contre la morosité, l'angoisse, l'anxiété, le catastrophisme. L'insouciance n'est pas l'indifférence, mais le refus de se « prendre la tête » en permanence avec tous les malheurs du monde. On peut très bien être conscient des problèmes du monde et se distraire et s'amuser. Renoncer à la distraction n'empêchant pas ces problèmes d'exister. Pour vivre il faut savoir s'en abstraire. Sinon ça signifierait laisser toute la place existante aux malheurs du monde. Et comme ils ne sont pas prêts de s'interrompre, ça signifie renoncer à vivre vraiment, tout simplement.

Certains prétendent qu'il faut « partager » les malheurs des autres. Qu'est-ce que ça veut dire ? Une anecdote chinoise me revient à ce propos. Elle se passe à Pékin vers 1900. Un diplomate européen glisse et tombe dans la boue dans une rue de Pékin. Cette mésaventure se passe juste devant deux importants dignitaires chinois, des mandarins vêtus de superbes tenues en soie. Ces deux mandarins se roulent aussitôt par terre dans la boue pour ne pas que l'Européen se sente humilié devant eux. Ils partagent son malheur... Mais, est-ce bien raisonnable ?

Devons-nous faire pareil au sens figuré quand un ennui touche quelqu'un de proche ? Se sentir autant que possible aussi triste que lui ? Est-ce la meilleure façon de soutenir son moral ? Je pense que non. Au contraire, aider consiste à faire penser à autre chose. Pour ma part, j'ai réussi il y a des années à faire rire un ami qui vivait un deuil cruel. Ce qui lui a fait du bien. Au lieu de le laisser s'enfoncer dans sa tristesse, je l'ai hissé hors de celle-ci le temps où il a ri grâce à moi. Il en est resté étonné. J'ai su par la suite qu'il avait confié à un ami commun : « tu te rends compte ? Il a réussit à me faire rire ! »

Un autre domaine où sévissent les empêcheurs de vivre, est celui de la peur. Un fameux trouillard disait un jour : « ignorer la peur, c'est de l'inconscience. Il faut avoir peur ! » Cette personne joue sur les mots pour justifier sa trouille. En fait, on peut être prudent, conscient des dangers et précautions à prendre, et ignorer la peur. J'ai une très belle anecdote à ce propos.

Une jolie fille rentre chez elle seule le soir dans un quartier désert. Un jeune homme inconnu la suit. La rattrape et lui fait une clé au cou. Visiblement c'est un maniaque sexuel. La jeune fille ne s'affole pas et commence à lui parler doucement. Elle l'interroge : « qu'est-ce que tu fais ? » Elle lui parle, lui fait la morale avec des termes mesurés, et, ça aurait pu ne pas marcher mais ça marche. Elle lui fait prendre conscience du caractère désordonné de sa conduite. Tant et si bien qu'il fini par la lâcher et laisser partir. Elle se serait affolé, aurait crié, ça se serait certainement très mal terminé. Cette jeune femme m'a raconté une mésaventure du même ordre arrivée à une copine à elle comédienne. Cette comédienne rentre tard le soir dans un quartier désert et réalise qu'un homme la suit. Alors, elle entreprends d'avoir le comportement le plus répugnant possible. Se mettant un doigt dans le nez et slurpant sa morve, se grattant bruyamment, etc. Tant et si bien que l'apprenti sadique qui la suivait fini par s'en aller dégouté, abandonnant celle qu'il avait choisi pour proie.

En fait il faut savoir ce qu'on entend par « ignorer sa peur ». On peut très bien décider d'ignorer sa peur et le faire très raisonnablement. Il m'est arrivé une petite histoire illustrative de cette démarche. Je suis monté à pied faire l'excursion jusqu'en haut du pic du Midi de Bigorre. Seul, à l'aller, pas fier, je me trainait plus ou moins à quatre pattes ou sur les fesses dans les passages de caillasse. Au retour, j'avais rencontré un homme âgé qui redescendait en même temps que moi. Je me suis dit : « il ne faut pas que je lui fasse peur en ayant visiblement peur de tomber et me faire mal. » Résultat : dans les passages de la descente un peu difficile, dans la caillasse, je réussissais parfaitement et facilement à marcher debout sur mes deux jambes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 novembre 2015

468 Lettre à une stagiaire de vingt ans

Vous m'avez écrit pour solliciter « un stage dans ma structure ». Je ne vois aucun inconvénient à vous aider à clore vos études. Cependant, j'imagine que vous pensez trouver bureaux, structures, administrations, subventions et réunions pour préparer le Carnaval de Paris.

Je dois vous prévenir que vous arrivez dans une structure originale.

Le Carnaval de Paris est un événement autogéré organisé sur la base d'une structure dormante horizontale mise en route ponctuellement chaque année par une nébuleuse de direction où s'inscrit un commandement central régie par la « règle du gâteau », les traditions christiques et les traditions aristocratiques impériales russes.

Le développement de cet événement - dont le succès se confirme chaque année, - pourrait et devrait se faire à travers la renaissance du mouvement traditionnel français des goguettes, petites sociétés festives et chantantes de moins de vingt membres, régies par la « règle du gâteau ».

La « règle du gâteau » se base sur l'expérience culinaire et pâtissière : un gâteau, quand il est bon, sa pâte crue est bonne au goût. Cuite, elle est meilleure. De même, la préparation de la fête doit être agréable et la fête l'être également. Si la préparation commence à être pénible, ça signifie qu'on fait fausse route. Il est préférable d'organiser agréablement une fête avec 2000 participants - ou même juste 75 participants, - plutôt que de souffrir en organisant une fête avec 500 000 participants.

Le but d'organisation de la fête c'est le plaisir, y compris de ses organisateurs, et en aucun cas le pouvoir, la richesse matérielle ou la célébrité. Quantité de fêtes réussies sont réussies et restent inconnues du grand public.

La référence aux traditions christiques signifient que le motif premier du Carnaval est l'amour de son prochain. La référence à l'aristocratie impériale russe tient à ce que le refondateur du Carnaval de Paris est issu d'une famille noble russe qui durant cinq siècles servit les tsars dans la cavalerie de la garde impériale. La famille ayant fuit la Russie - suite à la Révolution bolchévique de 1917, - a quitté la tradition militaire depuis deux générations. À présent, le refondateur du Carnaval ne sert pas les tsars, mais sert le Carnaval. Son but est de rendre à cette occasion le plus de gens heureux possible. Comme il le rappelle souvent : « s'amuser est une affaire très sérieuse ». Et même, sur le mode humoristique, il dit plutôt : « s'amuser est la seule activité sérieuse ».

Vu le fonctionnement original du Carnaval de Paris, quelle pourrait être votre implication pratique ? Elle pourrait s'inscrire dans la reconstruction du mouvement des goguettes, base traditionnelle de l'organisation de la fête populaire en France. Il y avait jadis des milliers de goguettes chez nous.

Si, à l'issue de votre stage, vous avez réussi à mettre en route un nombre même très restreint de goguettes, votre stage sera pleinement réussi. Une goguette, c'est un groupe chantant de moins de vingt personnes, qui se réunit ponctuellement pour passer un moment agréable et chanter des chansons. C'est la clé de la réussite des plus beaux carnavals de France, à Dunkerque et dans les villes alentours. Là, en chantant et dans une joie indescriptible, et une chaleureuse fraternité, toute la population participe à la fête. Les goguettes portent dans cette région le nom de « sociétés philanthropiques et carnavalesques ». Le nombre de leurs participants est le plus souvent de douze, exceptées trois ou quatre sociétés qui en comptent une cinquantaine. Si vous voulez participer à cette renaissance à Paris, vous êtes la bienvenue. Et vous aurez de quoi faire et agréablement. Alors, à bientôt peut-être.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 novembre 2015