vendredi 17 août 2018

1048 Un amour de vingt-cinq jours

Cet « amour » a duré vingt-cinq jours, peut-être soixante, ou quarante, même plus, même moins. Je n'ai pas compté sur le coup. L'essentiel de sa durée est qu'elle a été limitée. Durant ce temps-là j'ai eu le sentiment d'être aimé par une personne que j'aimais. Précision indispensable, ce n'était pas un amour sous la forme conventionnelle classique. Nous ne couchions pas ensemble. C'était du sentiment. Et ma foi tant pis pour les catégoriseurs qui prétendent faire coïncider l'amour avec un mode d'emploi, une sorte de cahier des charges. Où l'amour est résumé à une affaire de zizis avec un emballage de sentiments et de notes d'électricité payées en commun.

Au bout d'un moment la personne que j'aimais n'a pas supporté la situation et m'a envoyé au diable. Le plus curieux est que je n'ai pas trop mal pris la chose. Pour une fois je ne voyais rien à me reprocher et tous les torts pour la première fois étaient de l'autre côté. C'était nouveau comme situation vécue. L'amour n'était pas supportable pour l'autre. Je n'avais rien fait qui justifiait le rejet de ma personne. Ce rejet n'était en rien condamnable ou inadmissible, si ce n'est l'incohérence et la mauvaise foi du discours qui l'accompagnait. L'autre partie avait besoin d'un motif. Il aurait suffit qu'elle dise qu'elle n'avais plus envie de cette situation. Je n'aurais rien eu à redire. Toutes les choses ont une fin. Mais là j'ai eu droit à des reproches imaginaires qui n'étaient pas à l'honneur de celle qui les invoquait.

Reste le positif de la situation vécue et révolue. Il était des plus intéressant et instructif. J'en soulignerai un épisode qui m'a frappé.

Nous étions assis tous les deux dans le métro parisien. Trois jeunes filles sont venues s'asseoir non loin de nous. Elles étaient d'une très grande beauté. Leur tenue des plus déshabillée. Au point que mon amie a éprouvé le besoin de leur adresser la parole pour les mettre en garde contre les réactions éventuelles du public masculin. C'était des étrangères.

Ce qui m'a frappé, c'est qu'alors qu'elles étaient pas loin de moi je n'ai éprouvé aucun désir particulier de les regarder. Tandis que d'ordinaire je suis plutôt fasciné par la belle plastique féminine. Et que mon regard est attiré par de telles jolies personnes. Là, rien, je n'en éprouvais aucune envie. Le sentiment d'aimer et être aimé par mon amie neutralisait ma curiosité. C'était étrange et intéressant.

Par la suite, j'ai constaté que mon attirance pour admirer les jolies filles qui passent s'était défaite un peu comme un ressort encore présent mais qui s'est cassé. Puis mon amie m'a envoyé au diable et cette envie de regarder les jolies filles qui passent m'est revenue bien vite. Cette envie qui finalement n'aurait pas un motif esthétique, mais témoignerait d'une faim d'amour inassouvie. Quand elle est assouvie, cette envie s'effacerait.

Je l'éprouve sans pensées particulières ou vœux particuliers. Ceux qui se sentent aimés et aimant verraient donc changer leur manière de regarder les jolies personnes du sexe opposé. Et ce serait la conséquence des sentiments réciproques simplement vécus avec une autre personne. Ces sentiments nous feraient entrer en quelque sorte dans une autre dimension relationnelle, totalement inhabituelle. Elle pourrait effrayer ceux et celles qui n'y sont pas habitués. Ce qui expliquerait la fuite de mon amie après vingt-cinq jours. Certains oiseaux n'ont pas d'ailes et ne volent pas. Elle a été comme un oiseau qui ne vole pas et s'est subitement envolé. Elle a pris peur et mis un terme à cette situation nouvelle qui l'effrayait. Souhaitons-lui bon voyage et bon vent. Et concentrons-nous sur la perspective d'autres rencontres et d'autres éventualités. D'une ampleur, espérons-le, de plus de vingt-cinq jours.

Basile philosophe naïf, Paris le 17 août 2018

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