dimanche 10 juin 2018

1015 Le sucré et les câlins

Imaginons un monde où les aliments sucrés ne pourraient être consommés qu'exclusivement en couples amoureux et dans l'intimité ou presque. Les habitudes, les lois, les interdits, les traditions iraient dans ce sens. Naturellement tout ce qui est sucré deviendrait aux yeux de tous quelque chose de plus ou moins « sexuel ». Serait défini comme un « préliminaire » ou postlude de l'acte sexuel. La seule évocation du goût sucré exciterait sexuellement la plupart des gens. Ceux qui pourraient manger sucré ou envisager de le faire sans penser au sexe serait déclaré souffrant de « manque de désir » ou troubles de la libido.

Remplacez à présent la consommation d'aliments sucrés par le fait de faire des câlins et vous aurez tout de suite une vision claire d'une aberration majeure de la société où nous vivons. D'une part elle interdit les câlins, les caresses entre humains adultes. D'autre part elle décrète que ces câlins, ces caresses sont « sexuels ».

Pas plus que la consommation d'aliments sucrés les câlins sont « sexuels ». Mais allez l'expliquer aux gens ! Ils ne vous comprendront pas, la plupart du temps.

Comme les câlins sont libérés entre deux individus au début de leur relation amoureuse, ça les amène à apprécier significativement cette relation. Et à déclarer souvent que « l'amour au début c'est toujours bien ». Mais il ne s'agit pas là de « l'amour », mais des câlins entre adultes exceptionnellement autorisés. Après, fréquemment, ça se gâte. En particulier parce qu'on n'a pas conscience de l'identité réelle des câlins entre adultes. Et cette inconscience a des effets dévastateurs en cas de rupture ou déception amoureuse.

L'individu sous-alimenté en câlins qui avait rêvé d'être alimenté en câlins ou l'a été momentanément durant sa relation amoureuse se retrouve brutalement privé de câlins. Cette situation peut être vécue comme extrêmement douloureuse de part et d'autre. Aussi bien pour celui ou celle qui décide de rompre que pour son ou sa partenaire qui n'est très souvent pas d'accord.

Le « chagrin d'amour » est bien souvent le fruit empoisonné d'un brutal sevrage en câlins. L'amour n'a ici qu'un rôle très secondaire.

Croyant les câlins liés à l'acte sexuel, l'arrêt de celui-ci conduit à arrêter les câlins. C''est souvent en fait là la première cause de la détresse ressentie par les parties en présence.

La libération générale des câlins entre adultes dans la société conduira à dédramatiser très considérablement la plupart des déceptions amoureuses. Et éviter nombre de suicides ou dépressions entraînés par ces déceptions.

Pour que cette libération intervienne, une large prise de conscience est nécessaire. Elle résultera aussi d'un recul sensible du patriarcat qui est le cadre contraignant régissant jusqu'à présent et depuis très longtemps les relations dites « amoureuses » entre les humains adultes.

Pourquoi les câlins entre adultes sont-ils sévèrement limités, voire le plus souvent interdits ? Parce que la carence en câlins conduit à stimuler en compensation le désir sexuel masculin. J'ai pu éprouver ce phénomène en 1986. Ayant pour la première fois de ma vie adulte rencontré le toucher sensuel et pas sexuel au cours d'un week-end de massages, j'ai été surpris de constater que durant les deux semaines qui suivirent, mon intérêt pour le sexe s'est complètement effondré. Je n'éprouvais spontanément aucun intérêt pour l'imagerie érotique offerte par un kiosque à journaux auprès duquel je passais très souvent. La masturbation ne m'intéressait pas du tout, contrairement aux habitudes prises depuis des années. D'autres phénomènes curieux sont à relever et j'aurai l'occasion d'en parler. Ils concernent directement mes contacts avec les femmes à ce moment-là.

Le désintérêt pour le sexe habituellement artificiellement hypertrophié est tout à fait logique, s'agissant du phénomène suivant dont on entend souvent parler :

Dans des couples établis l'activité sexuelle frénétique habituelle tend à disparaître. On invoque les méfaits de « la routine », le manque « d'imagination créative ». En fait un relatif équilibre s'étant établi dans le domaine des câlins, du dormir ensemble, tout naturellement la sexualité hypertrophiée du début s'éclipse. Mais cet équilibre est souvent, mais pas toujours, mal vécu. On croit qu'il faut suivre la norme consumériste patriarcale dans le domaine sexuel et on se retrouve insatisfait.

C'est justement parce que tout tend à aller bien qu'on cesse de baiser à tire-larigot. Mais baptisez un état de relative bonne santé « malaise » ou « maladie » et cherchez ensuite à vous « soigner ». Je vous souhaite bien du plaisir dans votre absurde entreprise ! C'est ce à quoi se consacre nombre de gens en couples avec l'aide de « sexologues » plus ou moins honnêtes et plus ou moins charlatans.

La profession de « sexologue » n'étant pas réglementée en France, un tas de gens s'affuble du titre et donne des consultations payantes. Il y a certainement des braves gens parmi ces spécialistes plus ou moins auto-proclamés, mais ça ne doit pas être le cas de tous.

Le patriarcat prétendant faire des hommes les possesseurs des femmes a déréglé les relations inter-sexuelles. Le patriarcat a souhaité que cette possession en fait imaginaire s'exprime par une sexualité masculine frénétique imposée aux femmes et ignorant la variété, la complexité et la quantité de leurs désirs. Pour le patriarcat la femme doit « passer à la casserole » le plus de fois possible, le plus souvent possible. Mais la psychologie et la physiologie ne suivent pas ce projet aberrant. Alors le patriarcat via des règles morales établies cherche à stimuler le désir masculin. Par exemple, la pudeur vestimentaire n'a pas pour but de réprimer la sexualité, mais au contraire de la stimuler artificiellement. La privation de contacts tactiles entre adultes a aussi pour but de rendre la sexualité masculine frénétique. « Tirer sur tout ce qui bouge ».

Ce conditionnement s'accompagne de mythes : « le Grand Amour », « l'épanouissement sexuel », le désir sexuel permanent, etc. Ces mythes ont la vie dure, quand bien-même ils sont soupçonnés d'être des mythes par un très grand nombre de personnes. Çà fait bien d'y croire quand même !

« L'épanouissement sexuel » est un mythe d'invention récente. Il est aussi absurde que parler d' « épanouissement culinaire » en mangeant la cuisine quotidienne de quelqu'un. Il n'existe pas d'épanouissement sexuel. Il peut au mieux exister des moments agréables et c'est tout. Bien sûr, des « spécialistes » ne manqueront pas de vous promettre de vous aider à y arriver... Et par ici la monnaie !

Quand la mécanique génitale éreintée se met en grève, la pharmacie arrive prétendant vous tirer d'affaires. L’écœurement corporel qui a fini par faire disparaître vos érections sera baptisé « dysfonctionnement érectile ». On vous prescrira des pilules miracle. L'érection reviendra, mais avec un membre insensible. Ça, les spécialistes s'abstiendront de vous en parler. Quand j'en ai parlé à un prétendu « sexologue », il est devenu sourd et a parlé d'autre chose.

Tous ces spécialistes vous promettent le Paradis sur la Terre. Aucun ne vous promet simplement une vie tranquille, agréable et équilibrée. Il faut dire que nombre de non spécialistes ne vous la souhaite pas non plus. Mais vous encourage à foncer droit dans le mur plutôt que s'arrêter et réfléchir sur ce qui ne va pas, pourrait aller mieux et comment y arriver.

Basile philosophe naïf, Paris les 9 et 10 juin 2018

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