lundi 1 janvier 2018

880 Les amateurs et les marchands de peurs

Si quelqu'un a peur de quelque chose et que vous lui dites partager cette peur, quelque part vous le rassurez et lui faites plaisir. Pourquoi ? Parce qu'il se dit : « j'ai bien raison d'avoir peur de cette chose. Je n'ai pas à avoir de honte de ça. Voici quelqu'un qui est proche de moi. Ouf ! Tremblons ensemble ! » Tandis que si, inversement, vous déclarez ne pas avoir peur de ladite chose qui fait peur à l'autre, vous le mettez mal à l'aise. Il pourra se dire : « si j'ai peur de ça et pas lui, c'est que je suis un trouillard. Voici un comportement déshonorant de ma part ! Si j'ai peur et pas lui, ça peut aussi vouloir dire que je ne comprend pas. Je suis un imbécile ! Et celui-là qui n'a pas peur est loin de moi, n'a pas d'empathie pour le trouillard et l'imbécile méprisable que je suis. » Il existe un confort de la peur. Si je déclare : « comme tout le monde je tremble devant l'idée de mourir », je rassure. Si je dis : « je n'ai pas peur de mourir », c'est louche et déstabilisant pour mon auditoire trembleur. Les personnes profondément pieuses et croyants dans un au-delà confortable et rassurant dérangent absolument le matérialiste athée que terrorisé l'idée de mourir. J'ai été matérialiste athée et j'ai effectivement un soir été terrorisé tellement l'idée de ma mort me faisait peur. Aujourd'hui et depuis déjà bien des années je suis devenu croyant et je me fiche des matérialistes fiers de trembler, s'ils me méprisent. Les autres me font pitié.

La peur à laquelle sont attachés tant de gens offre un marché. Le marché de la peur nourrit bien des discoureurs s'adressant à des croyants incertains de leurs croyances. Il y a aussi un marché de la peur via les médias. Ils vendent de la peur aux gogos et à gogo. Et gare à celui qui ne ressent pas la tremblotte réglementaire !

Par exemple, quand arrive le réveillon de Noël ou du Jour de l'an, les médias nous bassinent avec les fantastiques mesures de sécurité concomitantes. Les télés nous fournissent des images de policiers et gendarmes sur le terrain. Il y a des années, le hasard fit que je regardais le programme de télévision du soir du réveillon en compagnie notamment d'un retraité de la police. Arrive le discours médiatique habituel, illustré par un gendarme au clavier de son terminal informatique dans son fourgon. Il est en bras de chemise. On pourrait penser qu'il est vêtu ainsi parce que son véhicule est chauffé. Pas du tout, le retraité de la police, qui connaît bien les uniformes, s'exclame, parlant du gendarme à l'écran : « mais, il est en tenue d'été ! Ce bout de film d'actualités a été tourné en été ! »

Autre marché de la peur marchandisée : les accidents d'avions, d'autocars, les carambolages, etc. Les médias adorent nous faire peur et nous font un pataquès de tous les accidents spectaculaires. Leur bavardage désagréable et stérile après un accident peut durer des semaines. Le public en redemande. Il aime avoir peur. De la peur lui est copieusement servie. Il jouit de sa peur.

Autre domaine de prédilection des marchands de peur médiatisée : les viols et agressions sexuelles en général. Ces temps derniers une quantité énorme d'articles a été consacré à un producteur hollywoodien agresseur de femmes cherchant un rôle au cinéma. Certes, il est juste de dénoncer ces crimes. Mais ne serait-il pas utile également de rappeler que quatre-vingt-dix pour cent des viols sont commis par un familier ou un proche parent de la victime ? Les marchands de peur sont beaucoup plus discrets pour le rappeler. De même ils sont remarquablement discrets pour parler des agressions sexuelles féminines commises sur des garçons. J'en ai subi, enfant, adolescent et adulte... on en parle le moins possible. Le jour où la parole générale sera vraiment libérée, on sera surpris de l'ampleur du phénomène et des dégâts consécutifs.

Parmi les professionnels qui nous arrosent de peur, il y a aussi des politiques qui nous annoncent tous les jours la fin du monde... Pour l'empêcher, est-il urgent d'agir ? Pas du tout, selon eux il est urgent d'attendre souvent plusieurs années les prochaines élections, pour voter pour eux !

Basile, philosophe naïf, Paris le 1er janvier 2018

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