mardi 26 décembre 2017

878 La force de l'autosuggestion

Connaissez-vous la blague de « la conférence sur les poux » ? Elle est très simple : on commence un discours sur ces petites bestioles en expliquant comment elles nous attaquent redoutablement, en particulier en venant infester notre cuir chevelu. Que nous viennent d'intolérables démangeaisons, qu'on se gratte et se gratte et... tous les auditeurs finissent par se gratter la tête ! Telle est la force de l'autosuggestion.

Deux jeunes filles qui conversaient près de moi dans le métro parisien m'ont fait un jour le coup. J'ai fini par me gratter la tête suite à leurs propos. Elles ont bien ri en me voyant ainsi réagir.

Et l'envie de faire pipi ? Si, systématiquement vous prenez l'habitude d'aller faire pipi juste avant de sortir de chez vous... immanquablement vous finirez par avoir toujours envie d'aller aux toilettes au moment de sortir de chez vous, même pour trois gouttes !

Connaissez-vous ce genre d'exercices ? Il consiste à s'imaginer porter un poids, un effort, avec vos bras, par exemple. Le poids est imaginaire. Vous faites comme s'il était là. En agissant ainsi vous finissez par... vous muscler ! Imaginez à présent que vous pensez bien fort et régulièrement que tout le monde vous déteste, même si ce n'est pas vrai. Imaginez le résultat !

On n'en finirait pas d'énumérer ainsi les conséquences visibles de l'autosuggestion. Il en est de dramatiques, car elles amènent la naissance de vastes faux besoins. En voici quelques exemples :

Avoir beaucoup d'argent, le plus possible d'argent, que vous n'aurez jamais l'occasion d'utiliser, ça peut être excitant. Vous n'en avez pas besoin. Mais vous vous suggérez ce besoin.

Avoir le pouvoir, le plus grand pouvoir possible... même si vous n'en avez aucun besoin, c'est excitant. Vous n'en avez aucun besoin. Mais vous vous suggérez ce besoin.

Copuler avec une femme, ou un homme, ou des femmes, ou des hommes, ou des femmes et des hommes, y penser, en rêver peut être fort excitant. Alors que vous n'en avez le plus souvent rigoureusement pas besoin. Mais vous vous suggérez ce besoin, surtout si vous êtes un homme.

Confondre excitation et besoin est une des plus grandes erreurs qui se commet tous les jours avec des conséquences incalculables et dévastatrices. Il faut savoir la reconnaître, s'en méfier et l'éviter.

Les faux besoins, nous croyons les voir venir de nous, alors qu'ils sont le produit de l'idéologie dominante de la société. Idéologie qui connaît des variantes régionales.

Certains Chinois croient aux vertus aphrodisiaques de la poudre de corne de rhinocéros. Ils ont ajouté à cette bizarre pharmacopée la poudre d'écailles de pangolin. Résultat, quantité de rhinocéros et de pangolins sont massacrés et braconnés tous les ans. La bêtise de ces croyances éclate quand on sait que la corne de rhinocéros, les écailles de pangolin sont faites de kératine, substance qui forme nos ongles et nos cheveux. Plutôt que se procurer des cornes de rhinocéros ou des écailles de pangolin, rongez-vous les ongles ! Et ne protestez pas quand au restaurant vous trouvez dans votre soupe un cheveu qui flotte. Félicitez-vous plutôt de votre chance et avalez-le avec délice !

C'est facile de se moquer des Chinois amateurs de kératine curative. Mais ne sommes-nous pas aussi bête quand nous nous extasions devant la belle et abondante chevelure d'une jolie fille... et déduisons de notre émoi capillaire que cette superbe chevelue est faite pour faire notre bonheur ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 décembre 2017

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