mardi 21 novembre 2017

871 Un argument démagogique classique

Quand une théorie scientifique paraît minoritaire, nouvelle, hérétique, vient l'argument massue pour éliminer toutes discussions : « la majorité des scientifiques pensent autrement. » Quel bel argument ! Il fut un temps où la majorité des savants croyaient la terre plate. Ou bien étaient persuadés que la terre était au centre de l'univers et le soleil tournait autour.

Alors, on vote pour savoir si la terre est plate ? Les scientifiques vont décider. C'est à la majorité simple ou à celle des deux tiers ?

Quand en 1983 je demandais son avis à un vulgarisateur du palais de la Découverte sur une théorie de l'univers que j'avais imaginé, sa réponse fut en particulier : « les scientifiques ne se posent pas comme ça la question. » Comme ce sont « les scientifiques », l'autorité a parlé. Il ne reste plus qu'à se taire et s'incliner, oublier ses idées et renoncer à en discuter. Ce jour-là ce fut le prestige des scientifiques qui s'est considérablement réduit en moi.

Dans les années 1980 je suis tombé sur un livre où toute la première partie prenait la défense d'un médicament, l'allergine, extrait du bacille de Koch par un médecin français en 1903. La seconde partie du livre était consacrée à la polémique opposant les partisans des conclusions théoriques de deux scientifiques français : Antoine Béchamp et Louis Pasteur.

La première partie retint mon attention. Et comme il était dit que l'allergine avait été très injustement retiré de la vente en 1958, l'envie me vint d'en parler à des médecins ou des pharmaciens. Sans prétendre donner un avis sur l 'efficacité de ce remède, inciter à s'y intéresser.

Et si cette allergine permettait de soigner des pathologies nouvellement apparues depuis 1958, comme le SIDA ? J'en parlais autour de moi ; On me rit au nez. Pensez ! Un artiste peintre diplômé des Beaux-Arts qui se mêlent de parler de science médicale ! Je passais plusieurs années à me faire ainsi à chaque fois rembarrer. Finalement, il y a vingt ans je me retrouvais inquiet pour une amie pour laquelle on avait prescrit de l'haloperidol. Ce puissant neuroleptique avait servit de camisole de force chimique et de moyen de nuire à des opposants soviétiques. Inquiet, je voulus me renseigner. C'est ainsi que je débarquais à la bibliothèque située dans la faculté de pharmacie près du jardin du Luxembourg à Paris. J'allais me documenter sur l'haloperidol. Mais, pour le coup, je me dis : « je ne suis pas scientifique, je n'y connais rien, mais les scientifiques que je rencontre refusent de s'intéresser à l'allergine. Alors je vais faire ma recherche quand même, même si je suis ignorant. »

Et c'est ainsi que, outre mon information prise sur l'haloperidol, je fis une recherche sur l'allergine. Un ouvrage datant de 1937 écrit par André Jousset son créateur me mit sur deux pistes supplémentaires. Je revins de la faculté de pharmacie avec les photocopies de deux articles et d'une fraction du livre. Avec ces documents je croyais pouvoir intéresser des scientifiques. Pensez ! Ces documents furent accueillis comme des curiosités historiques.

J'en parlais un jour à un chercheur qui me dit que je n'avais aucune chance de me faire entendre. Je n'ai pas abandonné mon idée d'intéresser des scientifiques à l'allergine. Ce médicament tellement bien oublié qu'il existe à présent une spécialité pharmaceutique homonyme qui n'a rien à voir. Dernière étape à ce jour de mon parcours promotionnel de l'allergine : un article bien documenté consacré à André Jousset et parlant bien sûr de sa création, l'allergine, il paraît aujourd'hui dans Wikipédia . S'il attire l'intérêt de chercheurs en médecine pour l'allergine, ce sera enfin la réussite de ce but que je poursuis depuis plus de trente ans. Car un médicament extrait du bacille de Koch tel que l'allergine ne peut pas il me semble être une chose anodine et négligeable.

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 novembre 2017

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