dimanche 20 août 2017

844 Réflexion sur l'origine du formatage sexuel humain

Quand on rencontre ce qui apparaît comme « un couple », on en déduit automatiquement un certain nombre de choses que ce « couple » est sensé faire et vivre. Et éviter de faire ou vivre. Nous avons un regard formaté sexuellement. Par exemple nous nous dirons : « ils sont jeunes et donc font l'amour souvent », ou : « ils sont heureux donc ils sont fidèles ». Alors que nous ne savons rien de leur vie intime. Et qu'il existe des couples qui ne font jamais l'amour et d'autres qui sont plus ou moins « infidèles », voire libertins. Pour assurer notre « bonheur », mot qui ne veut pas dire grand chose et est composé de « bon » et « heure », nous croyons généralement aussi à des situations formatées. Il « faudrait » rencontrer « l'amour »... Et si nous n'y arrivons pas, nous aurons « raté notre vie ». Alors qu'il existe de multiples façons de la réussir dont beaucoup n'ont rien de « sexuel ». Notre cerveau est encombré par une masse de données pas toujours utiles et même des fois carrément nuisibles, qui prétendent nous indiquer la voie juste à suivre. Et quand nous n'y arrivons pas, que nous reste-t-il à faire ? Pleurer sur « notre triste sort » ?

Par exemple : je connais des familles classiques et visiblement heureuses. Mariées, avec enfants, beaux, sympathiques, équilibrés... elles ont tout du visage du bonheur. Très bien et je m'en félicite ! Mais à côté je rencontre aussi une multitude de personnes qui ont cherché ce bonheur-là et ne l'ont pas trouvé. Et, arrivés à un âge où fonder une famille n'est plus réalisable que leur reste-t-il à faire ? Pleurer sur la dureté de la vie ? Non, la réussir autrement et c'est parfaitement possible. Par exemple : aimer son prochain ne nécessite pas de l'épouser. Et être utile aux autres peut apporter de très grandes satisfactions, de même que par exemple peindre, dessiner ou méditer.

C'est en cherchant à formater notre vie que nous la rendons souvent invivable en niant la recherche de la compréhension des choses et l'originalité de notre chemin. Il n'est absolument pas certain, par exemple, que nous soyons tous potentiellement de « bons pères » ou « bonnes mères » de famille. Il est très possible que certains d'entre nous ont plus pour « vocation » de rester célibataires. Que cet état leur convient sans pour autant être des monstres. Et que s'ils y parviennent ils auraient tort d'avoir des regrets. Dire ça, c'est déjà déranger beaucoup de personnes qui voudraient que nous soyons tous des espèces d'êtres identiques.

Quand j'avais vingt-et-un ans les filles me plaisaient, m'attiraient, mais je n'avais aucun désir de « faire l'amour ». Ma famille n'a pas apprécié. M'a manipulé et jeté dans les bras d'une vague copine pour y mettre « bon ordre ». Je me suis plié à ses diktats. Ça m'a dérangé durant au moins quarante ans. On m'a formaté. J'ai fini par me déformater et admettre une très simple vérité : on peut aimer une agréable et jolie personne sans mélanger les zizis. Mais d'où vient ce concept aberrant qui prétend que si on aime, dans certains cas, certaines situations, on doit mélanger les zizis ?

Les humains ont inventé l'amour non sexuel, où on peut désirer ou pas mélanger les zizis, et on ne doit absolument pas le faire. Et le sexe sans amour, où on peut désirer ou pas mélanger les zizis, et on doit absolument le faire.

Cette violence contre leur instinct naturel, les humains l'ont justifié, encensé, imposé au nom d'un tas d'inventions : des légendes, lois, interdits obligations, traditions, tabous divers.

On pensera ce qu'on veut du bon ordre ou pas ou de la légitimité ou pas qui en ressort. Cependant il paraît sûrement intéressant pour se situer et comprendre de se poser la question de l'origine de cet état général. État général qui a d'innombrables conséquences.

La raison du formatage sexuel des humains est la transmission de l'héritage matériel. Sans filiation, pas de transmission possible. Dans certaines sociétés himalayennes les femmes épousent simultanément leur mari et ses frères. Motif : il y a si peu de terres cultivables qu'on évite ainsi de trop les diviser par la multiplication des mariages masculins. La filiation est ainsi réduite : tous les enfants d'une même épouse et de plusieurs hommes étant considérés comme d'une filiation certes collective mais unique. C'est paraît-il ainsi que ça se passe.

Mais comment contrer l'instinct naturel des humains pour imposer des règles assurant la transmission de l'héritage ? Trois moyens seront mis en œuvre :

Le sevrage tactile qui va assurer un conditionnement destiné à durer la vie entière. Dès l'âge de quatre ans environ, le petit humain n'est plus caressé, touché, il devient « grand ». Il va se laver et s'habiller seul. Et rester habillé devant les tiers, etc. Ainsi on établit une barrière entre « le corps » indocile et « l'esprit » supérieur à suivre. Esprit qui commandera par la suite de suivre les règles morales sociétales. Parmi celles-ci on trouve le fait de devoir cacher « son corps » ou tout au moins certaines parties de celui-ci, vouées comme par hasard à la reproduction et donc impliquées dans la transmission des héritages. Et cet état de choses est d'abord organisé par un sexe contre l'autre.

Car c'est là qu'intervient une très ancienne institution créée par les humains : le patriarcat. Celui-ci assigne à la femme un rôle inférieur, subordonné. Elle n'est plus pour la tradition patriarcale la compagne de l'homme, mais juste son objet reproducteur esclavagé. Dont le travail maternel et domestique imposé n'est ni reconnu, ni rémunéré. C'est sensé être son devoir et c'est tout.

Pour conforter cette situation, la réputation qui sera faite à la femme sera celle d'une personne difficile à contrôler, fausse, menteuse, tentatrice, pousse au viol, scandaleuse.

Tous ces phénomènes ne seront pas analysés par la plupart des humains qui suivront leur conditionnement sans se poser trop de questions. J'observe par exemple les hommes qui, apercevant maintenant à Paris une très jolie jeune fille, sont amenés à la considérer non comme un être humain, mais comme un objet. Ils ne s'interrogent pas sur la barbarie de leur point de vue. Pour eux, si une jeune fille est très belle, c'est juste un objet à consommer. Ils ne comprennent pas non plus quand ledit « objet à consommer » refuse de remplir ce rôle. Et l'accusent alors de toutes sortes de défauts alors qu'il s'agit simplement de la plus simple exigence du respect de soi.

Notre société parisienne qui se vante d'être « évoluée » est très souvent très éloignée d'une vision équitable et harmonieuse de l'homme et de la femme. Certes il a été fait des progrès, y compris heureusement chez beaucoup d'hommes. Mais l'analyse globale de la situation fait très souvent défaut. Et les contradictions abondent.

Par exemple j'observais il y a une vingtaine d'années un groupe d'amis. Parmi eux il y avait un macho et dragueur puissance dix. Il se comportait avec une très grande violence morale vis-à-vis d'une jeune fille du groupe. Celle-ci à un moment-donné pleurait. Les autres personnes faisant partie du groupe d'amis n'étaient pas particulièrement machos, mais considéraient la situation comme absolument normale. Aucune n'allait consoler la jeune fille.

Dans quantité de situations on voit comme ça de bien braves gens, pas toujours très intelligents, arrêter de réfléchir. Ainsi à Paris dans les années 1970 : je vois un attroupement près d'une voiture en stationnement. M'approche et constate que dans la voiture il y a une dame qui fait un malaise. J'interpelle les présents et leur dit : « il faut appeler les pompiers. » La réponse que j'obtiens d'un des présents, je m'en souviendrais toujours : « mais son mari ne sera peut-être pas d'accord. »

Notre société a évolué depuis cinquante ans, quand les femmes n'avaient pas le droit d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de leur mari. Mais elle est encore très loin de l'harmonie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 août 2017

samedi 19 août 2017

843 Protéger la jeunesse contre l'influence de la pornographie

« Ce qui est terrible, c'est que, depuis quelques années, ce sont surtout des enfants et des adolescents qui balancent des obscénités aux femmes et aux jeunes filles. » déclare Nadia, une Marocaine quadragénaire de Casablanca interrogée par Floriane Valdayron dans le Nouvel Obs du 18 août 2017. Où trouvent-ils leur inspiration ? La réponse qui n'est pas donnée dans l'article est évidente : sur Internet. À partir de quel âge les enfants accèdent-ils à la pornographie, la vulgarité et l'obscénité présentes abondamment sur la toile ? Dès qu'ils savent utiliser Internet, soit dès l'âge de sept, huit ans ou moins. Et qui les en empêcherait ? Arrivé sur un site porno on trouve, et pas toujours, un avertissement : « si vous avez moins de 18 ans cliquez à droite et sortez, sinon entrez en cliquant à gauche ». C'est aussi simple que ça.

L'éducation sexuelle d'aujourd'hui est faite pour une immense quantité de jeunes par les sites Internet pornos. De temps en temps on entend des voix protester contre cette situation. Mais comment agir ? C'est impossible, les sites incriminés sont situés un peu partout dans le monde, se dupliquent. En fait, il faudrait répondre à cet envahissement pornographique par un discours adressé à la jeunesse et prônant une sexualité saine et respectueuse de soi et des autres. Mais qui s'en chargerait ? Personne. Et dès qu'on aborde le sujet, on voit des personnes qui affirment vouloir faire quelque chose se déchirer. Le porno, lui, continue sa route et engrange les profits financiers gigantesques qui sont sa raison d'être.

Les tenants du respect de soi et des autres se révèlent incapable de faire quelque chose. D'autant plus qu'ils ne sont pas en mesure de tenir un discours critique de la pornographie. Celle-ci est vue par les enfants et les très jeunes en leur absence. Et la regarder avec eux y compris pour la critiquer est un délit. On invoque aussi le contrôle des ordinateurs des enfants par leurs parents. Le « contrôle parental », autrement dit la censure des adultes, est plein de trous. Il y a de plus en plus d'appareils permettant de consulter Internet.

Et puis est-ce si sûr que protéger la jeunesse contre l'influence de la pornographie préoccupe tous ceux que ce problème devrait préoccuper ? Il existe en France tout un arsenal législatif interdisant les relations sexuelles entre personnes majeures et personnes mineures de moins de quinze ans. Il y a quarante ans tout juste deux pétitions réclamèrent son abolition. La seconde réclamait l'abrogation ou la profonde modification des lois « dans le sens d'une reconnaissance du droit de l'enfant et de l'adolescent à entretenir des relations avec des personnes de son choix. » Comprenez « relations » par relations sexuelles et « personnes de son choix » personnes majeures. En clair elle revendiquait, au nom des enfants et adolescents, le droit pour les grandes personnes de faire avec eux bien des choses présentement prohibées. Ces pétitions furent signées par quantité de personnes illustres dont des médecins, des philosophes et des thérapeutes.

Ces lois sont certainement imparfaites, mais leur abrogation pure et simple risquerait fort au nom de la « liberté » de favoriser quantité de choses extrêmement antipathiques. C'est en tous les cas mon impression. Et bien sûr ce ne serait pas bien. « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! » La liberté d'expression sert au marché de la pornographie. La pornographie n'est pas un crime, mais cause beaucoup de désordres dans les têtes des jeunes et des moins jeunes. Et ceux qui au fond souhaiteraient voir abroger les lois prohibant les rapports sexuels entre enfants ou adolescents et adultes ne risquent guère de prendre des initiatives contre l'influence chaque jour plus grande de la pornographie. Les grands perdants étant l'amour, la tendresse, la communication et la paix.

Et personne ne fait un lien entre le harcèlement de rues, la violence contre les femmes, la violence et la vulgarité sexuelle en général et la pornographie qui l'encourage très largement. 

Basile, philosophe naïf, Paris le 19 août 2017

mercredi 16 août 2017

842 Encore à propos des phéromones

Je serais tenté d'appeler les phéromones « phéromones-endorphines », car elles amènent du plaisir qui est produit par les endorphines.

De retour des vacances où j'ai été entouré en permanence, je me retrouve une journée entière seul. Voilà que sans raisons particulières visibles m'arrivent des pensées tristes et noires. L'absence de phéromones amenés par le contact avec des gens en est la cause. Je sors faire des courses. À la sortie du magasin deux queues se sont constituées à deux caisses différentes. L'une comprend au moins trois ou quatre chariots bien remplis. Je suis tenté de la faire. Puis lui préfère l'autre caisse où la queue est beaucoup plus petite. En y repensant je me dis qu'à la caisse où la queue était la plus longue, je serais resté nettement plus longtemps à la portée des phéromones de personnes faisant la queue. D'où la raison de ma tentation. De retour chez moi je ressens de la tristesse que je pense causée par le manque de phéromones. Je ressors pour en récolter. Direction un bar où je prends un café. Il y a un serveur et deux clients au bar. Pour arriver à ce bar j'ai croisé deux personnes.

Au retour je tombe sur deux sympathiques jeunes gens qui se sont arrêtés devant une cour où se trouvent deux lapins vivants, l'un des lapins dans un petit enclos aménagé, l'autre dans une cage. J'entame la conversation avec ces deux jeunes. Nous bavardons quelques temps puis nous séparons. De retour chez moi je constate que le moral paraît revenu. À travers ces rencontres, j'ai eu ma ration de phéromones !

Véra, une Américaine, amie de ma mère, lui disait paraît-il : « quand ça ne va pas, que je n'ai pas le moral, je sors ! » Je repense à ce propos. Véra allait faire sa récolte de phéromones.

Le bistro, lieu traditionnel de rencontres en France est aussi un lieu de récoltes de phéromones. On bavarde. On boit. Mais l'essentiel est ailleurs. De même quand nous dormons à deux, nous nous gorgeons de phéromones. D'autant plus si nous dormons nus. Quand j'ai fait en 1986 le stage de massages qui m'a interpellé à propos du toucher, je n'ai pas relevé un phénomène. C'est qu'à passer un week-end en groupe nu à pratiquer des massages, nous avons respiré des phéromones à gogo.

Certaines expressions sont parlantes : « je ne peux pas le sentir », « j'en ai plein le nez de celui-là »... 

Certaines personnes disent apprécier « l'odeur » d'autres personnes. Elles ne relèvent pas que ces odeurs sont aussi mêlées à des phéromones.

Ceux qui veulent à tous prix « rencontrer quelqu'un », « former un couple », sont parfois simplement en manque de phéromones. Et croient que ce besoin qu'ils ressentent confusément corresponds forcément uniquement à «l'amour ». Quand un « couple » qui ne s'entendait plus depuis longtemps se sépare, souvent ceux qui se séparent, loin d'être soulagés, dépriment. Pourquoi ? Parce que, par delà leurs désaccords, ils se nourrissaient réciproquement de leurs phéromones et en sont à présent privés.

L'agoraphobie ne serait pas autre chose qu'une hypersensibilité aux phéromones causant une véritable « indigestion » de celles-ci.

Certaines impressions, certains sentiments, suscités par la vue ou la proximité de quelqu'un seraient produites plus par les phéromones que par toutes autres raisons. Les phéromones représentent un vaste continent qui demande à être exploré.

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 août 2017

841 Théorie des phéromones

Il a été découvert qu'existent des odeurs naturelles émises aussi par les humains, qui ne sont pas perçues par eux comme des odeurs, et agissent sur leurs comportements relationnels. De quelle façon et en quelle mesure, c'est l'objet de débats. Comme d'habitude on a vu avancer des propos exagérant ou minimisant ce phénomène, ou encore cherchant à le spécialiser à une chose aux contours imprécis qu'on a baptisé « sexualité ». J'avance l'hypothèse que les phéromones tiendraient un rôle majeur dans le fait simplement d'être au contact des autres et le besoin de ce contact.

Ces phéromones, qui pourraient aussi avoir d'autres rôles, nous enverraient des signaux agréables. On pourrait diviser leur action pour l'analyser :

Action virtuelle : elles nous rappelleraient des moments agréables déjà vécus. Action d'appel : elles nous attireraient vers des personnes rencontrées. Action tactile : elle contribuerait au plaisir du toucher. Carence phéromonique : le manque de phéromones créerait un sentiment de solitude qui nous inciterait à aller vers les autres en général, ou d'autres en particulier. Enfin, existerait des troubles de la perception phéromonique qui auraient divers effets.

S'agissant de la carence phéromonique, il m'arrive par exemple de ressentir subitement un sentiment de solitude qui serait simplement un effet entraîné non pas par la situation vécue mais par les phéromones. Celles-ci commanderaient en fait toutes nos démarches relationnelles, y compris celle qu'on a baptisé « l'amour ».

Résumer ainsi nos relations à l'effet d'odeurs chimiques peut paraître décevant. Mais si nous décrivons la digestion d'un excellent repas pris entre amis, nous pouvons aussi en faire un tableau tout ce qu'il y a de plus chimique. Qui ne retire rien à la qualité de ce moment passé de convivialité.

S'agissant de l'utilité des phéromones, on peut se demander si par exemple certains états dépressifs pourraient se soigner avec des parfums. Si c'est le cas, cela représenterait un apport à la médecine.

Je ne suis pas spécialiste des phéromones et en ai seulement un peu entendu parler. Il est possible que je me trompe ici à leur sujet. Mais il est possible aussi que mes idées soient justes. Dans le doute, il était en tous les cas justifié de mettre ici mes idées par écrit.

Il m'arrive parfois de ressentir subitement et sans raison nouvelle visible un sentiment de solitude. Je me dis à présent à ces occasions : « c'est juste un manque de phéromones ! » Et ça m'aide à minimiser le phénomène et me débarrasser de cette détresse.

Mieux se connaître aide toujours à mieux vivre.

Le docteur Pierre Madeuf, qui était le médecin de l'équipe de France d'athlétisme dans les années 1930, proposait de créer un Institut d'étude de l'homme sain. Plutôt que se consacrer uniquement à l'étude de l'homme malade ou déficient. Il avait raison.

Un tel institut ne manquerait pas d'étudier l'action des phéromones sur notre vie relationnelle et affective, et notre relation à nous-mêmes. Sans aller s'embrouiller dans les discours de braves gens ou moins braves gens qui ont pris l'habitude de se faire une idée fixe de la « sexualité ». Le domaine relationnel humain est infiniment plus vaste que celui des obsessions de certains chercheurs qui reportent celles-ci sur le domaine de leurs recherches. Et prétendent, au nom de la Science, réduire l'homme à l'éjaculation du monsieur dans la dame.

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 août 2017

samedi 5 août 2017

840 Se situer ou se trouver

Dans le discours qu'il tient, l'homme éprouve des fois le besoin de « se situer ». Par exemple, il dira : « l'homme (sous-entendu donc lui) n'est pas un animal. » Le raisonnement aura ici ceci d'étrange, qu'à partir d'un concept subjectif au sens variable, « l'animal », on cherchera à définir un phénomène objectif : l'homme. C'est à dire en définitive celui qui parle. La « définition » qu'il donnera est d'autant moins significative, que le sens du mot animal est, entre autres, qu'il ne s'agit pas d'un humain. Dire « l'homme n'est pas un animal » revient à dire : « l'homme n'est pas un animal, animal qui est défini entre autres, comme n'étant pas un homme. » On n'aura juste dit que l'homme n'est pas un animal, sans préciser ce qu'est un homme et ce qu'est un animal, si ce n'est qu'ils sont différents. Nous voilà bien avancés !

Quand on apprend à lire et écrire, une des premières choses qu'on apprend à lire et surtout écrire est son prénom. L'enfant est fier de se dire : « X est mon prénom », « X, c'est moi ». Il croit savoir qui il est, alors qu'il ne le sait pas.

Ce besoin pour l'homme de se situer provient du mal qu'il éprouve à communiquer et vivre en harmonie avec son prochain. Quantité de situations et de sentiments divisent, opposent les humains entre eux. Un humain peut éprouver des sentiments hostiles envers ses semblables, par exemple : la peur, le désir possessif, l'envie, la cupidité, la colère, la paresse qui l'amène à refuser de faire des efforts pour aller vers l'autre et – ou – l'aider à aller vers lui, etc.

Ces dysfonctionnements de la communauté humaine qui devrait être fraternelle sont issues de l'Histoire. Comment peut-on y remédier ? Un remède serait la méditation tactile partagée. Elle pourrait s'imaginer ainsi : un humain toucherait l'autre de manière agréable et pacifique. Ce qui exclurait dans cet exercice tout ce qui paraît se rattacher à la sexualité, zone traditionnelle de conflits dans la société humaine.

Lors de l'éveil de nos sens, avant notre sortie à l'air libre, nous percevons le monde très largement par le toucher. Et aussi l'audition, notamment du bruit du cœur de notre mère. Cette communion avec notre entourage, il nous sera très difficile de la retrouver. Petit enfant nous subirons le sevrage tactile. Puis, une dizaine d'années après, quand commencera l'époque de la sexualité dite adulte, celle-ci sera corseté par tout un ensemble de règles, interdits, obligations qui nous tomberont dessus. Cependant que nous souffrirons d'analphabétisme tactile et que notre vision de l'être humain sera déformée et divisée par les règles et interdits de la « pudeur ».

Retrouver une certaine harmonie paraîtra extrêmement difficile, voire carrément impossible. Pour parvenir à une amélioration en allant dans le sens de l'harmonie, il faut avoir des ambitions réalisables et donc commencer modestement. La méditation partagée va pouvoir nous aider.

Se trouver c'est se sentir pleinement soi. Ça ne passe pas simplement par des discours. Il faut aussi des actes qui modifient notre perception et notre contact avec le monde et donc notamment l'entourage. J'ai déjà proposé des exercices simples. Ils consistent à ce que, en présence d'au moins une troisième personne, le traitant touche le plus agréablement possible une zone réputée « neutre » du traité. Ça pourra être par exemple la tête, les bras, le cou, la main. Le geste tactile n'aura aucune réputation sexuelle. Il s'agira ici de renouer avec la communication tactile rompue très largement et depuis des années. D'autres éléments sont à préciser. Le modèle tactile de référence c'est nous avant notre naissance. Ici nous sommes loin de développer une démarche réductrice de la relation. Démarche qui prétend faire du toucher agréable entre adultes obligatoirement un « préliminaire » de l'acte sexuel. Cette vision des choses détruisant l'échange et la relation entre les humains.

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 août 2017

mercredi 2 août 2017

839 La Civilisation en danger

Une société privée américaine vient de l'annoncer récemment. La presse et les médias en général s'en sont fait l'écho. Une cinquantaine de salariés de cette entreprise ont accepté de se faire « pucer » électroniquement. Grâce à ce microscopique objet implanté entre le pouce et l'index d'une de leurs mains ils pourront désormais ouvrir les portes ou commander leurs boissons aux distributeurs implantés dans l'entreprise. Précisions supplémentaire : ces puces ne permettent pas de tracer ceux qui la portent, c'est à dire de suivre leurs déplacements. Et s'ils le désirent, les employés pucés pourront très aisément, par une simple pression au bon endroit retirer leur puce.

Voilà qui paraît très folklorique et rassurant, en fait c'est terrifiant, pourquoi ?

On nous présente cet événement en telle sorte de nous le faire avaler comme inoffensif. On puce des gens comme des chevaux ? Oui, mais ils sont tous volontaires. Ils font même une fête interne à l'entreprise à l'occasion de leur puçage !

Cette puce ne permet pas de les tracer...

Et ils peuvent l'enlever facilement dès qu'ils le souhaitent...

Seulement voilà, ce n'est qu'un début...

Aujourd'hui ce sont des volontaires.

Demain, ce sera obligatoire.

Aujourd'hui ces puces ne permettent pas de vous tracer.

Demain, elles vous traceront.

Aujourd'hui vous pouvez facilement les ôter si vous en avez envie.

Demain, il sera très difficile, voire impossible de les ôter. De plus, ce sera interdit et les ôter sera un délit, avec prison et amendes à la clef.

Vous ne me croyez pas ? Réfléchissez !

La perspective du puçage des humains représente une menace sur la Civilisation.

Il faut d'urgence une loi qui l'interdise. Qu'elle soit adoptée dans chaque pays où subsiste encore un peu de libertés.

Sinon, la Bête immonde en rampant finira par vous envahir et anéantir totalement toutes vos libertés. Le rêve de la parfaite dictature impossible à éliminer sera réalisé. Certains y ont déjà rêvé et ont essayé. Ils ont appelé ça « le Reich de mille ans ».

Contactez vos députés pour qu'ils proposent un projet de loi qui interdit le puçage des humains. Ou bien alors attendez bien sagement... quoi ?

L'esclavage, tout simplement, avec la puce électronique et grâce à elle.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 août 2017

838 Puritanisme pornographique

La pornographie est un commerce. L'abondance de ses produits « gratuits » sur Internet ne doit pas nous leurrer. Il s'agit de produits d'appel. Tôt ou tard ils conduisent à une invitation à payer si vous souhaitez voir la suite. Ce qui fait que certains sites spécialisés en pornographie ont une véritable « bande annonce » des délices qu'ils sont sensés offrir pour aider à la masturbation des Internautes. Ce qui est remarquable au sens étymologique du terme, c'est-à-dire qui mérite d'être remarqué, c'est le message puritain et conformiste que, par delà les apparences, une telle bande annonce peut délivrer.

Un site connu montre ainsi une succession de petites scènes où progressivement un certain nombre de couples passent des bisous aux « choses sérieuses ». Or, il faut remarquer ceci : ce sont tous des « couples ». Un avertissement les accompagne à chaque fois : deux prénoms et la précision : « ensemble depuis un an » ou « deux ans », etc. Jamais plus de quatre ans, comme c'est curieux ! Le message est clair : pour baiser il faut être « ensemble ». Ou mieux : si on baise, c'est qu'on est « ensemble ». Et qui est « ensemble » ?

Des jeunes gens, tous grands, beaux, blancs, excepté un couple « mixte », la fille est noire. Ils sont tous sans défauts ni handicaps visibles, de mêmes âges à chaque fois tous les deux... Pas un vieux et une jeune, ou une vieille et un jeune, ou un qui a une jambe plus longue que l'autre...

Que de messages déjà ! Mais « beaux » qu'est-ce à dire ? Il s'agit d'un véritable « racisme », de taille : il faut être de taille moyenne, ni « trop » grand, ni « trop » petit. C'est aussi un racisme anti-gras : le ventre plat est obligatoire ! Un racisme mammaire : les seins des dames doivent avoir tel format. Un racisme anti petits zizis : la taille des zizis masculins ne doit pas être « trop » petite...

Je connais une femme qui est très petite, très jolie et très sympathique. Sa taille je ne l'ai remarqué que les premières fois que je l'ai rencontré. Maintenant je n'y fait plus attention. C'est « unetelle » que je connais.

Le gras : j'ai été amoureux d'une femme en surpoids. Même en surpoids, je la trouvais belle, parce que je l'aimais.

J'ai eu une petite amie qui avait de très petits seins, ils étaient très sensibles.

Mais dans les diktats de la pornographie n'existent aucune tolérance. Si on est petit, ou si on est une femme qui n'a pas de seins, par exemple, on part à la poubelle.

Ou alors vient le temps des mammoplasties et autres chirurgies « esthétiques » inutiles et coûteuses, avec des résultats douteux.

Et que dire des « prestations » sexuelles offertes par cette bande annonce ? Tous les « acteurs » font les mêmes choses : bisous, déshabillages, pelotage des seins des femmes, pelotage des sexes des femmes, fellations, puis on conclut et enfin on reste enlacés à se sourire... Le message est clair : tout ce cirque n'a qu'un seul et unique but : mettre le zizi du monsieur dans la dame et tout le monde sera très contents au final. Aucune caresses du dos, des bras, des jambes, du cou, de la tête, du visage, des mains, des pieds, des oreilles, des poitrines masculines... Rien ! Juste un parcours prédéterminé pour « aller au but » qui serait soi-disant satisfaisant... La femme étant l'accessoire masturbationnel de l'homme pour sa pleine et entière satisfaction. Ils appellent ça « la sexualité » ! C'est d'un triste ! Cette version « relookée » du « devoir conjugal » n'a rien de bien excitant !

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 août 2017

mardi 1 août 2017

837 À propos de certains comportements criminels liés aux endorphines

Les endorphines ont très bonne réputation. Auto-produites, s'auto-éliminant naturellement à la différence des drogues de synthèse, on ne cesse d'entendre vanter leur rôle agréable et positif. Pourtant, contrairement à cette très bonne réputation très largement colportée dans la presse et sur Internet, les endorphines ne sont pas si innocentes que ça. Elles peuvent aussi causer le pire.

Vous êtes amoureux ? Sur votre nuage vous voyez la vie en rose bonbon ? Survient une rupture, avec l'arrêt brusque du déversement d'endorphines causé par vos échanges amoureux et rêveries amoureuses. Vous êtes en état de manque. On pourrait appeler ce manque une dépression endorphinique. Si le manque est violent, le suicide vous guette. La vie n'a plus de sens pour vous. Le drogué n'a plus sa drogue. Il se sent mal. Vite ! La fenêtre, une corde, un revolver ou du poison et finissons-en ! Qui n'a pas connu ne serait-ce qu'au moins une fois une telle tentation suicidaire ?

En France, le suicide est la cause numéro un de décès dans la jeunesse. Et le motif numéro un de ces suicides c'est « l'amour ». Traduisez : l'arrêt brusque du déversement endorphinien, le manque...

Sont-elles donc alors si inoffensives que ça, les endorphines ? Non, bien sûr, là elles tuent, et souvent des êtres jeunes et en bonne santé.

Le suicide peut également suivre le deuil d'un être cher. Là, l'arrêt brusque des endorphines sera baptisé « désespoir », traduisez : brusque manque de drogue.

En cas de rupture ou absence d'entente entre un homme et une femme intervient parfois aussi un phénomène pire que le suicide. C'est le meurtre de la femme qui a clos la relation ou l'a refusé. Le meurtre est très souvent suivi par le suicide du meurtrier. Cette pratique criminelle touche toutes les couches et tous les milieux de la société. On l'appelle « le féminicide ».

D'où proviennent tous ces crimes ? De l'arrêt brutal des endorphines auto-produites par le futur assassin. Au contact ou à la pensée d'une femme il se shootait. La femme était sa dope. Elle se rebiffe ? Se refuse à lui ? Il la tue. Puis se tue.

Il ne s'agit en aucun cas d'excuser ou justifier le crime commis avant de se suicider. Un meurtre reste un meurtre. Mais il s'agit d'analyser la situation pour, espérons-le, développer une prévention, pour réduire le nombre de victimes.

Le rapport entre les endorphines et l'argent est la cause de crimes ou comportements légaux mais antipathiques dans les domaines économiques et financiers.

Le comportement irrationnel d'accumulation d'argent sans fin ni autre but que l'accumulation d'argent a des conséquences nuisibles des plus vastes. Très loin de profiter de la masse financière accumulée, les ultra-riches souvent en demandent toujours plus. Quitte à utiliser des moyens malhonnêtes pour gagner plus et éviter de payer leurs impôts. Cet amas d'argent sans usage autre que sa contemplation sert aux ultra-riches à s'auto-droguer avec leurs endorphines.

Les endorphines peuvent donc ainsi provoquer et provoquent d'innombrables malheurs et pas que du bien, comme persistent à vouloir nous le faire croire articles, livres, vidéos et interviews divers. Il serait très utile de se livrer à une étude sérieuse du rôle des endorphines dans nos vies et cesser de faire à leur propos des louanges inconditionnelles. Mieux connaître les endorphines et leur rôle précis permettrait de mieux nous connaître et ainsi certainement améliorer nos vies.

Basile, philosophe naïf, Paris le 1er août 2017

dimanche 30 juillet 2017

836 Explication du mécanisme du féminicide

Un jour, un policier m'a dit que parmi les individus dangereux il ne craignait rien plus physiquement que les drogués en manque. « Ce sont les plus dangereux », m'a-t-il dit.

Chaque année des centaines de femmes meurent assassinées par leur conjoint ou ex conjoint ou homme qui les courtisait. Les assassins ont les profils les plus divers et se suicident souvent une fois leur crime accompli. Quelle est l'origine précise de cette hécatombe ? Mieux la connaître permettrait de prévenir et éviter au moins une partie de ces meurtres.

Il y a quelques années la femme qui était ma compagne me quitte. Quelques temps plus tard je suis chez elle pour récupérer des affaires à moi. Je suis ravagé intérieurement mais accepte cette situation. Après tout, mon ex compagne a parfaitement le droit de me quitter et choisir de faire sa vie autrement qu'avec moi. Je ne cherche pas à contester son choix, dont je souffre.

Il s'est passé alors un très bref incident très troublant et bizarre. J'étais pas loin de mon ex. J'étais triste. Elle, pour un motif que j'ai oublié, mais qui n'avait pas d'importance particulière, s'est trouvée à un moment joyeuse et franchement très gaie. J'étais debout et tenais dans ma main droite un objet assez lourd et dur. Et soudain l'envie claire, nette, ouverte et précise m'a traversé l'esprit de fracasser la tête de mon ex avec cet objet. J'ai été surpris d'avoir une pareille pensée, un tel désir même une fraction de temps extrêmement bref, mais largement suffisante pour mettre cette folie à exécution. J'ajoute que je suis absolument non violent et n'ai jamais de ma vie frappé ou insulté quelqu'un. Une telle impulsion criminelle est vraiment aux antipodes de ce que je suis et ai toujours été. J'ai aussitôt contré cette pensée par une autre, apaisante : « je ne suis pas quelqu'un qui se conduit comme ça. » La pensée méchante est partie et n'est pas revenue. Mais elle m'a donné une vision précise des auteurs de crimes passionnels, qu'on nomme à présent « féminicides ». Cet incident m'a tellement troublé que jusqu'à aujourd'hui je n'avais pas osé en parler. J'en avais même honte. Quand cet incident est arrivé, si j'avais été violent, alcoolique, drogué, aurais-je hésité à suivre cette impulsion criminelle ? Peut-être pas et je serais devenu un criminel. Comme je suis quelqu'un de très pacifique qui a néanmoins eu cette pensée folle, ça signifie à mon avis certainement une chose. Un tel comportement criminel subit peut affecter à l'occasion des personnes habituellement très pacifiques.

Très souvent, après avoir commis leur crime, les auteurs de féminicides se donnent la mort. Je n'avais pas commis ce crime. Mais par la suite, et durant des mois, j'ai été harcelé par l'idée suicidaire. J'ai résisté à cette autre folie. Mon médecin traitant m'a aidé par son écoute. Et puis, au bout d'une année entière, la tentation suicidaire s'est évaporée, comme si elle n'avait jamais été là.

Ces conséquences vécues d'une rupture m'interpellent. Il ne s'agit pas d'un état conscient, mais d'autre chose. Je ne prétends pas ici pour autant excuser ou justifier les assassins, mais analyser leurs motivations. En connaissant mieux la forme et le fonctionnement exact de leur démarche criminelle, on trouvera peut-être des éléments permettant de réduire le nombre de victimes. On appelle cette démarche en langage scientifique « profilage ». On profile les criminels.

La base de la démarche criminelle serait ici le manque d'endorphines. Cette drogue naturelle est auto-produite chez un homme au contact d'une femme. Il en est subitement privé. Alors sa réaction devient sanguinaire. Rappelons la pensée du policier citée au commencement de cette page. Le drogué en manque est le plus dangereux de tous les individus dangereux. Il est ici dangereux pour la femme au contact de laquelle il s’auto-droguait et pour lui-même. Cette constatation concernant la réaction au manque subit d'endorphines aidera-t-elle à limiter demain le nombre de victimes ? Je l'espère. Une campagne de prévention des féminicides devrait en tous cas en tenir compte.

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 juillet 2017

samedi 29 juillet 2017

835 Éveil, sommeil, addiction, éveil ou sommeil

Une dame bouddhiste m'expliquait l'autre jour que depuis des années elle pratiquait la méditation et rêvait de « parvenir à l'éveil » sans trop savoir ce que c'était.

L'éveil, nous le connaissons tous, quand, avant notre naissance nous acquérons progressivement nos différents sens. Cet état se prolonge un peu durant nos débuts post nataux. Ainsi, le nouveau-né ne découvre pas tout de suite que les choses qui s'agitent devant ses yeux quand il est allongé sur le dos sont ses propres membres, bras et jambes.

Et puis on commencera à nous stériliser. Sevrage tactile et répression de la créativité vont faire de nous des petits humains « civilisés et à part entière ». Fini, les jolies couleurs, les contacts chaleureux, faciles, fréquents et tactiles, on devient des humains refroidis.

Quand des années après survient le moment de notre vie où la reproduction devient possible, cette nouvelle fonction surgit dans un paysage de désolation. Depuis des années nous ne peignons plus avec de jolies couleurs, et le reste de notre vie a pris la couleur franche du gris civilisé. Nous avons appris à obéir et nous ennuyer.

Quand la sexualité adulte touche les garçons, vers l'âge de douze-treize ans, ils découvrent la masturbation masculine adulte. Et deviennent tout de suite ou presque accrocs au shoot endorphinien de l'éjaculation.. C'est une drogue pour eux, qu'ils consomment très régulièrement.

Ils vont étendre leur pratique masturbatoire à la recherche de partenaires dans lesquels ils chercheront à se masturber, pas à faire l'amour. Tout en étant convaincu de le faire. Préjugés et idées diverses conforteront leur démarche. Les garçons peuvent-ils s'éveiller un jour ? Certainement pas en continuant à se soumettre au sommeil de la raison avec la pensée unique patriarcale régnante.

Éviter de réfléchir devient un sport à pratiquer tous les jours. J'entendais hier raconter une histoire survenue à un Français habitant durant quelques années en Égypte. Une villa voisine de la sienne est habitée par une famille de Norvégiens. Il réalise un jour que ses voisins quand ils sont chez eux sont tous nus en permanence. Au lieu de se dire : « tiens ! Avec la terrible chaleur ambiante, ils ont raison, ces Norvégiens. Je vais faire comme eux ! » il se dit : « ce sont des Norvégiens, des mœurs norvégiennes ». Et comme il n'est pas Norvégien il se dit n'être pas concerné. Il évite de réfléchir et remettre ses habitudes en question. Il fait comme si les Norvégiens étaient des êtres à part.

C'est aussi là qu'on réalise le poids du conditionnement qu'on a subi. En 2013, j'ai décidé de rompre avec les vêtements. C'est à dire être nu le plus souvent possible seul chez moi sans choquer, ni déranger personne. Je m'élève intellectuellement contre la prétention de faire de l'état naturel baptisé « nudité » un état qui serait lié à « la sexualité ». Pour ne plus ressentir du tout ce lien, il m'a fallu trois années de pratique. C'est dire que je comprends que des personnes n'ayant ni cette démarche, ni cette manière de penser, ne puisse s'empêcher de suivre l'idée erronée que l'absence de vêtements est une situation « sexuelle ». Le conditionnement pèse sur les gens au moins autant sinon plus que les idées. Il est l'équivalent dans notre culture du dressage chez les animaux. Sauf qu'ici ce sont les humains eux-mêmes qui dressent d'autres humains.

Quand ce conditionnement ne prête pas à des conséquences douloureuses il est sans gravité. Mais c'est loin d'être malheureusement toujours le cas. Il en est ainsi de nombre de pratiques barbares souvent perpétuées par des victimes elles-mêmes, comme par exemple l'excision dans certains pays ou le viol rituel des très jeunes filles par les « hyènes » au Malawi.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 juillet 2017

834 L'art de grimper aux rideaux à l'orientale

Une dame de culture orientale a horreur des caresses et s'éclate comme une bête en faisant juste la chose. Explication : sa culture orientale l'a ouverte sur la méditation. Cet exercice mental, ou plutôt cet état mental auquel on adhère, vous place en situation psychique d'être pleinement présent sans le parasitage de pensées ayant trait à autre chose que la situation, le moment vécu. Ainsi est donné liberté totale au shoot d'endorphines lié à l'acte sexuel. Ce qui explique que la dame avec un acte sexuel sommaire grimpe systématiquement aux rideaux.

L'orgasme et la méditation se confondent. La plupart des gens l'ignorent. Probablement environ 99,99 % de la population...

Ce rapport entre les deux phénomènes explique que généralement on grimpe aux rideaux peu de fois dans sa vie. Ensuite, on sort de la méditation très simplement : on cherche à retrouver ce qu'on a vécu. Et plus on cherche, moins on trouve. Il suffit de chercher pour ne pas trouver.

Alors, on imagine des scénarios, des recettes, des règles, toutes généralement plus inefficaces les unes que les autres. Et surtout on tourne systématiquement le dos à la seule voie qui mène à grimper aux rideaux si cette voie veut bien aller ce jour-là dans cette direction.

Les propos sur le fait de se connaître l'un l'autre pour grimper plus aisément aux rideaux, etc. relèvent de l'aberration. On grimpe un jour aux rideaux et plus après. Et si on analyse la situation où on a grimpé aux rideaux, elle était apparemment des plus quelconques. Qu'est-ce qui s'est passé alors de différent ? Pour des raisons particulières on ne s'est pas embarrassé de pensées qui annihilaient l'état méditatif. Ce moment atteint sans intentions de l'atteindre, on ne risque pas ensuite de le retrouver tout simplement parce qu'on cherche à le retrouver.

C'est aussi pourquoi en amour « au début c'est toujours bien ». Parce que c'est inattendu et on l'accepte sans le pré-penser. Après, on veut retrouver ce qu'on a connu et c'est terminé.

Il n'y a rien de plus compliqué pour certains que parvenir à être simple. Simple comme l'enfant qui, avant sa naissance, perçoit et entend, découvre et accepte, s'éveille à la vie. Plus tard, une fois né, on nous apprend à ignorer la vie en pensant. Pensant le plus possible et ne vivant pas. Pour vivre, il faut arriver à des états de non pensée, soit de méditation.

Et quand cet état est concomitant à une pratique sexuelle, masturbation ou acte sexuel, on grimpe aux rideaux.

Ce qui généralement n'arrive que peu de fois dans la vie, car on ne sait pas méditer, surtout dans ces moments-là, durant ces activités-là.

On peut aussi méditer en faisant de la peinture, du jardinage, en se promenant dans la Nature, etc. Un ami qui vivait à Palavas-les-Flots m'a raconté cette belle histoire. Il connaissait un homme qui était vendeur chez un marchand de poissons de la ville. Cet homme était toujours d'une formidable et très belle humeur joyeuse. Un jour il lui a demandé quelle était sa recette pour avoir une telle joie de vivre. Ce vendeur de poissons lui a répondu que sa recette était la suivante : « chaque jour je vais m'allonger sur la plage durant deux heures et je ne pense à rien. » Ce vendeur de poissons était un grand sage. Pour beaucoup de gens c'était juste un très joyeux vendeur de poissons.

Beaucoup de choses justes ne s’apprennent pas par la réflexion mais avec la simple pratique.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 juillet 2017

833 Le grand désastre de la sexualité automatique et soi-disant libérée

Pour une dame de mes connaissances mon comportement est simple à analyser. Comme j'ai eu des problèmes d'agression dans mon enfance, je fuis la sexualité en inventant des théories justificatrices. Une autre dame de mes connaissances m'expliquait hier qu'elle n'avait « aucun problème avec le toucher ». Par delà la diversité apparente des sujets traités, ces deux dames abordaient le même sujet : le grand désastre de la sexualité automatique et soi-disant libérée.

C'est une chose qui officiellement n'existe pas, comme quantité d'autres règles, conditionnements et interdits soi-disant naturels, inévitables, sécurisants et allant de soi.

Qu'est-ce à dire ? Je ne refuse rien mais exige une chose : l'acte sexuel ne doit survenir pour ce qui me concerne qu'à la condition nécessaire, impérative et pas suffisante d'exprimer un désir réel, authentique et réciproque. Or, qu'en est-il dans notre belle société occidentale, française et parisienne soi-disant « libérée » ? Certains gestes, certaines situations, certaines réactions « physiques » impliqueraient l'acte sexuel automatique. C'est « la sexualité automatique et soi-disant libérée ». Je suis dans un lit avec une jolie demoiselle ? Boum ! Faut y aller ! J'ai réussi à embrasser une jolie demoiselle sur certains endroits tels que la bouche, les fesses ou les seins ? Boum ! Faut y aller ! J'ai une érection ? Etc, etc.

Comme « alibi » on va invoquer la logique, la « Nature », et tutti quanti... Mais alors, si agissant ainsi avec tant de « logique », de « naturel », tout se passe généralement aussi mal, d'où cela provient-il ?

Et pourquoi tant de « couples » se séparent ? Tant d'hommes et de femmes souffrent du sentiment d'être seul ? Jusqu'à paraît-il aujourd'hui trente pour cent des étudiants de France ?

Nous vivrions soi-disant dans une société « libérée » qui a fait sa « révolution sexuelle » dans les années soixante-dix du siècle dernier. Sur Internet il n'y a jamais eu aucun de pornographie disponible en libre-service et autant d'articles pseudo-scientifiques nous expliquant l'art de grimper aux rideaux en cinq leçons.

N'importe quel individu, fut-il un embobineur ou une embobineuse, est en droit de s'affubler du titre de « sexologue ». L'usage du terme n'est l'objet d'aucune réglementation officielle. Et venir nous bramer ses conseils et critiques dans les oreilles. S'il a usé son fond de jupe ou de pantalon sur les gradins d'un amphi de fac de psycho, il ajoutera : « psychologue ». Comme ça, ça fera bien : « psychologue sexologue » ! Il sera bien payé, y compris quand il dit ou écrit des bêtises.

Le grand problème est qu'au lieu de s'écouter, nous écoutons la détestable petite musique de la sexualité obligatoire. J'ai fait ci, elle fait ça, donc on doit faire la chose... Ou on doit partir en courant pour l'éviter.

Justement, cette dame qui n'a « aucun problème avec le toucher », elle croit que certains touchers impliquent l'acte sexuel quand bien-même on n'en aurait pas envie. C'est le devoir conjugal revu et simplifié. Je te touche là, donc, si tu ne « résiste » pas, on fait la chose. Ce mode de fonctionnement est celui de nombreux « couples ». Et justement un beau jour ils se séparent les « encouplés » ! N'y aurait-il pas une relation de cause à effet entre ce mode de fonctionnement sexuel « automatique » et leur séparation ? Si, justement ! Mais pour le voir il faut ouvrir les yeux. Et renoncer à ces dévastateurs « automatismes » sexuels. J'espère avoir été clair. De toutes manières je serai amené à reparler de la question.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 juillet 2017

vendredi 28 juillet 2017

832 Pas vraiment nus

Bien souvent les naturistes ne sont pas vraiment nus. Il suffit déjà de consulter Internet en cherchant des pages avec le mot « Naturisme » pour voir une masse de photos de lieux de vacances, de campings et de plages. Par delà les motivations commerciales des annonceurs, le message est clair. Si on se met nu au soleil, c'est pour éviter les marques de maillots et faire du bronzage intégral. On a un alibi, une excuse pour se mettre nu, mais ne craignez rien, dans la vie vraie on est toujours habillés. Ouf ! Nous voilà rassurés, la morale traditionnelle est pratiquement sauve.

Confirmant cette gêne j'ai remarqué que des publications naturistes ont des fois un peu trop de photos de groupes nus prises de dos. Ainsi on ne voit aucun zizi.

Nu n'est pas notre état normal, tel est le message délivré par diverses revues naturistes qui étalent sur leur couverture des photos de jolies femmes nues de moins de trente ans. Le Naturisme apparaît alors réduit à un prétexte pour montrer des femmes nues. Est-ce conscient et volontaire ?

Combien de fois j'ai pu lire dans ces revues des plaidoyers pour justifier la nudité publique ! Mais quel besoin existe de la justifier ? Ce serait plutôt ceux qui s'exhibent en public avec de ridicules petites pièces d’étoffes sur eux qui auraient à se justifier ! Et à qui on devrait réserver des lieux particuliers pour leurs étranges pratiques ! Ce serait des plages et campings textiles.

Certains naturistes font du naturisme clandestin. Une dame âgée qui fréquentait avec son mari un club naturiste qui depuis a fermé, insistait sur une chose. Le fait que là où ils habitaient leurs voisins n'étaient pas au courant. Et ne devaient surtout pas l'être.

En 1976, en vacances dans un camping naturiste au bord de l'Ardèche, je photographie la rive en face. Un homme âgé et antipathique arrive comme une flèche venant de la rive en face et veut me frapper : « tu as photographié ma femme ! » Est le motif qu'il invoque. Je n'avais pas fait attention à ce que au loin sur l'autre rive il y avait des naturistes nus dont la femme en question. Mes excuses et mon air ahuri ont calmé l'excité. Un vacancier sympathique et costaud qui observait la scène de loin est même arrivé à mon secours mais n'a pas eu besoin d'intervenir !

Au tout début des années 1980, en vacances dans les Landes, j'observais que sur la grande plage de Biscarosse pratiquement toutes les femmes étaient seins nus. Depuis ce temps-là, j'ai l'impression que beaucoup de femmes ont recommencé sur les plages à dissimuler leurs seins sous cet objet hypocritement baptisé « soutien-gorge » et qui n'est en fait qu'un cache-nichons. Cette évolution est compréhensible. Les femmes n'étaient pas à l'aise et à égalité avec les hommes qui vont la poitrine à l'air sur les plages. Quand une femme était seins nus, que de fois elle était « par hasard » allongée sur le ventre sur la plage ? Ou debout elle croisait les bras couvrant ses appelants mammifères ?

Les femmes n'étaient pas vraiment à l'aise et à égalité avec les hommes, et ne le sont toujours pas. Traitées en objets sexuels beaucoup d'entre elles préfèrent avoir le torse couvert pour sentir moins les regards masculins viandarts autour d'elles.

Au tout début des années 1980 on avait l'impression que les plages françaises se dirigeaient vers la généralisation des seins féminins nus et puis de la nudité intégrale, comme sur les plages ordinaires de certains pays. Depuis, on est largement retourné en arrière.

Tant que beaucoup d'humains croiront que la simple nudité est « sexuelle » on en restera là. Et les marchands de ridicules vêtements de bains auront un avenir commercial devant eux.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 juillet 2017

mercredi 26 juillet 2017

831 Peut-on auto-produire son bonheur ?

Il y a une trentaine d'années, je regardais une émission de télévision. Sur un plateau on voyait se dérouler un débat avec une ex ballerine danseuse étoile, qui avait fait vœu de perpétuelle virginité au sein de l'église catholique. Cette femme ayant formulé ce vœu se définissait comme étant une « vierge consacrée ». Face à elle il y avait plusieurs interlocuteurs cherchant à la déstabiliser. En même temps on les sentait gênés. Car leur interlocutrice très jolie dégageait un sentiment de bonheur extatique. On la sentait se sentir très bien dans la démarche sexuelle qu'elle avait choisie.

À l'inverse, je connais une femme qui m'explique qu'elle éprouve souvent et franchement l'envie de faire l'amour. Chose qui n'arrive pas, ce qui la déçoit fortement.

De ces deux dames aux démarches contradictoires, peut-on dire que l'une a raison et l'autre tort ? Qu'elles ont toutes les deux une démarche légitime et différente ? Laquelle est plus proche du bonheur ? Et qu'est-ce que le bonheur ?

Le bonheur corresponds à un dégagement interne d'endorphines. Ce sont des drogues naturelles. Dans une certaine mesure cette émission dépend de nous et pas de ce qui nous arrive précisément. Ce qui signifie qu'on peut se rendre heureux à priori avec n'importe quoi, dans n'importe quelle situation. Il suffit de s'autosuggestionner que tout va bien pour que, dans une certaine mesure, nous nous sentions bien.

Cependant, cette faculté a ses limites. Déjà face aux contraintes de la réalité. Elles pourront contribuer à nous délivrer du fantasme, du songe, de la rêverie qui nous met en joie. C'est pourquoi il est préférable que les conditions de vie que nous rencontrons correspondent vraiment au bonheur.

Ce qui soulève la question : existe-t-il un bonheur objectif, si oui à quoi correspond-t-il ?

Si j'observe ces deux dames aux démarches contradictoires, je ne peux qu'enregistrer leur point de vue. Étant donné ses propos et l'impression qu'elle donne, je peux penser que la première est heureuse. Et que la seconde serait heureuse à condition de connaître la réalisation de ses rêves.

Sinon, je peux aussi considérer que ces deux dames sont des êtres humains ayant tous les mêmes besoins précis. Que s 'ils sont satisfaits elles iront tout à fait bien.

Là ma démarche philosophique suscitera les hurlements de certains de mes interlocuteurs. Comment ? Nous ne serions pas des êtres parfaitement uniques, dotés de sentiments et réactions parfaitement uniques ? Et bien non, nous ne sommes que la déclinaison répétée d'une même demi personne : l'être humain homme ou femme. Si nous parvenons à comprendre dans une mesure suffisante comment elle fonctionne, nous pouvons significativement améliorer notre vie.

Revenons aux deux dames du début de cette page. Si ça se trouve elles éprouvent toutes les deux la très banale réaction féminine hostile au harcèlement sexuel des mâles obsédés en permanence par le coït mécanique. L'une et l'autre sr défendront alors chacune à sa façon. La seconde insistera pour affirmer une sexualité qu'elle ne vit pas. Pourquoi ? Parce que les hommes qui l'attirent ne veulent pas d'elle, pardi ! Comme par hasard ils seront tous dans ce cas. Ce discours sexuel dissimulera un très banal rejet au nom de l'amour des hommes baiseurs sommaires. Ce rejet sera fait par l'autre dame au nom de Dieu. Deux démarches apparemment différentes, un même but. Par derrière le mur des mots il faut savoir identifier la réalité des intentions et des situations vécues. Ces deux dames fuient, évitent ou repoussent les hommes harceleurs en brandissant chacune un drapeau différent.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 juillet 2017

830 Le discours des lions

En France, au début des années 1960, la grève était une arme revendicative uniquement réservée au monde du travail. Il n'était pas question de parler de grève chez les étudiants et encore moins chez les lycéens. Ces derniers étant plutôt considérés comme des enfants. Et puis une petite organisation politique trotskiste lambertiste présente à Paris, le CLER, Comité de Liaison des Étudiants Révolutionnaires, a initié une action paraissant absurde à beaucoup d'étudiants : la grève. Quand des militants du CLER en grève se présentaient à un examen, ils rendaient volontairement une copie blanche. Étonnement et incompréhension chez quantité d'étudiants qui voyaient ainsi ces militants gâcher à leurs yeux volontairement le cours de leurs études. Plus d'une cinquantaine d'années après, la grève étudiante ou lycéenne fait partie du paysage.

Dans le domaine « sexuel », il en est aujourd'hui comme de la grève étudiante hier. Prétendre volontairement ne pas chercher à baiser, refuser la baise, dérange. Une amie, qui ne cherche pas à me draguer, a passé hier un bon moment à chercher à me convaincre de chercher à baiser. Car je lui expliquais que très simplement, en l'absence d'un réel désir, je préférais ignorer la chose et m'en portais très bien.

Tout l'argumentaire de cette amie se résumait ainsi : « je devais avoir envie de baiser. » Si je ne me trouvais pas mal de ne pas baiser, c'est que j'avais des problèmes. Et si je déclarais ne pas m'en trouver mal, c'est que je me protégeais et me mentais à moi-même. En résumé : « baisez, c'est obligatoire, naturel et bon pour la santé. »

Le poids de la pensée unique est étonnant. J'aurais dit à mon amie : « je suis végétarien », ou : « je ne mange jamais de pommes », ou : « je ne bois pas de café », aurait-elle ainsi passé au moins trois quarts d'heure à chercher à me convaincre du caractère faux et illégitime de ma démarche ? Je ne crois pas.

Ne pas baiser, volontairement, ne pas s'en cacher et surtout ne pas paraître s'en trouver mal, au contraire, voilà bien une façon de vivre qui dérange. Proclamer qu'on fréquente des clubs échangistes, qu'on est bisexuel, gay ou polyamoureux, voilà qui fait d'agréables sujets de conversation. Mais déclarer qu'on ne baise pas, volontairement et qu'on s'en trouve bien et le paraître, ça dérange. Parce que ça remet en question les autres, qui patauge dans la baise et s'en trouve souvent mal et déçu. Mais se consolent en se disant que tout le monde souffre et se trouve dans le même cas.

De l'avis de beaucoup la sexualité doit être normée et active. Même si cette activité se résume à se lamenter qu'on n'y arrive pas. Un jour des amis chez qui j'étais en vacances se sont inquiétés. J'étais seul et ne m'en plaignais pas.

Toute la sexualité est sensée être normée. Ainsi par exemple on vous dira que les lions vivent avec une troupe de lionnes. Un mâle a plusieurs femelles pour lui tout seul. En fait ce n'est pas exactement ça. Le lionceau mâle arrive à l'âge de trois ans. Il est alors chassé du groupe. Et vivra seul, à moins de parvenir à chasser un lion qui a sa troupe de femelles et prendre sa place. Donc, la plupart des lions vivent seuls et n'ont aucune vie sexuelle.

À entendre les discours normatifs, l'homme, lui, doit baiser pour son plaisir toute l'année. Et pourquoi donc ? Est-il heureux ainsi ? À regarder les dragueurs impénitents que j'ai connu, sauf deux d'entre eux, ils ne m'ont pas paru spécialement heureux et épanouis. Je n'ai pas eu l'impression que leur situation était spécialement enviable.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 juillet 2017

829 Lendemain de stage de massages

Dans ma dernière contribution, je parlais de mon stage de massages et terminais ainsi mon propos : « Je n'ai pas su poursuivre l'expérience de ce stage de manière pratique à l'extérieur. Car j'avais les préjugés de mon époque, je croyais à l'existence du « sexuel ». Qu'il existait une zone de la communication entre humains adultes qui implique automatiquement la recherche du coït. » Qu'est-ce à dire ?

J'avais eu l'occasion de vivre un toucher très agréable et pas du tout sexuel. En écrivant cette phrase je me rends compte que je me mets en désaccord avec sans doute au moins quatre-vingt pour cent de la population, sinon plus. La plupart des gens croient que les caresses entre adultes débouchent sur le coït. Ils trouvent cette situation juste et positive, ou injuste et horrible, mais y sont attachés. Plus même : rien que la vue des gens, baptisés « nus » pour la circonstance, est considérée comme « sexuelle ».

J'étais passé à travers le miroir et avais vécu autre chose. Comment allais-je transposer cette expérience dans la vie de tous les jours ? Ce fut impossible du fait même du matraquage normatif sexuel dominante. De la « pensée unique sexuelle » régnante qui nous brame à longueur de journées dans les oreilles : « baisez, c'est très bien !!! » ou : « ne baisez pas, résistez, baisez c'est très mal !!! »

J'avais recueilli les coordonnées de la jeune et très jolie fille de dix-sept ans avec laquelle j'avais sympathisé durant le stage. Je pris contact avec elle pour la revoir. Elle habitait pas loin de mon lieu de travail. Mais déjà ma vision de la situation était déformée par le matraquage sexuel régnant, qui n'a fait que s'amplifier depuis cette époque. Ça se passait il y a trente-et-un ans.

L'expression même de ce matraquage, je m'en souviens très bien, est que j'ai eu un moment d'appréhension avant de téléphoner à cette jeune fille. Je me suis dit : « oui, mais il y a le SIDA. » Qu'était-ce à dire ? Que d'emblée, rencontrant une demoiselle sympathique je pensais au coït. Alors que je n'avais pas éprouvé le moindre désir de la chose avec elle. Pourquoi alors penser au coït et craindre la contagion du SIDA ?

Pour la très simple raison que la « pensée unique sexuelle » n'arrête pas de nous bramer dans les oreilles que nous devons baiser à tout va. Quand bien-même nous n'éprouverions aucun désir mais connaîtrions juste la possibilité « technique » de réaliser l'acte.

Partant sur de telles bases, nos retrouvailles ne risquaient pas de suivre un cheminement original. La jeune fille et moi, quand nous nous sommes revus, n'avions en gros rien à nous dire. Nous ne nous sommes pas revus par la suite et j'ai même oublié son prénom.

La « pensée unique sexuelle » a ainsi triomphé de notre relation tactile possible. Au nom du « mieux » qui serait soi-disant la recherche du coït, on évite de se lancer dans la recherche et l'exploration du continent inconnu de la tactilité. L'inconnu fait toujours peur. D'autant plus qu'il nous rappelle l'impressionnant et incompréhensible monde de la vie intra-utérine et de notre très petite enfance où nous avons pleinement vécu notre tactilité.

C'est tellement plus simple et rassurant de nier tout ça au nom de la baise, que souvent nous ne réussissons pas à réaliser parce « l'autre ne veut pas ». C'est toujours la faute à l'autre, jamais à nous-mêmes. C'est très commode de penser ainsi. On n'y est pour rien, ce sont les autres qui n'ont pas compris ou « ne sont pas gentils ». Ouf ! Prenons vite la fuite et cachons-nous pour ne rien voir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 juillet 2017

mardi 25 juillet 2017

828 La carence tactile source d'une terreur non domiciliée

Avant notre naissance nous baignons dans un univers tactile et phonique : l'intérieur de la femme qui nous porte. Nous partageons sa chaleur et entendons le bruit régulier et rassurant de son cœur. Si nous avons un jumeau ou une jumelle c'est encore plus tactile. Les jumeaux ou jumelles se tiennent étroitement compagnie, nus, se touchant et serrant l'un contre l'autre, durant des semaines et des mois. Ils ne l'oublieront jamais complètement.

Petits, nous sommes hyper-communicants : as de la peinture, de la danse et du rythme, du chant, de la poésie et surtout du toucher et des câlins. Toute cette créativité passera au broyeur de la Civilisation vers l'âge de quatre ans environ. Ce sera le sevrage tactile, la liquidation de notre créativité poétique, vocale, chorégraphique et picturale. Quand plus tard nous chercherons à renouer avec le toucher, nous serons incapables, ignorants, analphabètes tactiles. Et intoxiqués par le bourrage de crâne sexuel de notre société, qui prétend abusivement asservir les caresses au coït.

Regardez bien la photo des grands criminels, qu'ils soient « de droit commun », « politiques », « financiers », « économiques » ou « militaires ». Ce sont presque tous des hommes et pas des femmes. Ils manquent tragiquement de caresses. Alors ils compensent en commettant des crimes.

L'oubli de notre prospérité tactile intra-utérine et ensuite enfantine, l'oubli du sevrage tactile et de la liquidation de notre créativité poétique, vocale, chorégraphique et picturale suscitera en nous un trouble et une terreur d'origine inconnue. Elle sera « non domiciliée ». Nous chercherons à lui trouver une domiciliation. Attribuer à cette terreur une origine claire. Qui ne sera pas la bonne.

Subitement un problème habituel va vous tarauder. Derrière ce problème devenu envahissant se cachera en fait la carence tactile, niée, ignorée et bien présente.

Que de conduites absurdes cette peur non domiciliée à son véritable domicile, sa véritable origine, va entraîner ! On verra, par exemple, des gens riches avoir peur sans raison de devenir pauvres et s'accrocher à leur argent comme si leur vie en dépendait. Ils deviendront avides et avares.

Quand j'ai effectué un stage d'un week-end de massages en 1986, après quelques heures de massages partagés, j'ai pu observer des changements ou des révélations de comportements dont le souvenir m'est resté. Notre groupe était composé de trois hommes dont un gay et six femmes, si je me souviens bien. On devait dormir sur place. Ça se passait dans un grand appartement parisien. Le premier soir l'homme qui était gay, prétextant une obligation, nous a quitté pour dormir ailleurs. Au moment de son départ, l'un de nous a esquissé le geste de lui tendre la main. Puis s'est arrêté et tout le monde a rit. Il apparaissait évident à chacun de nous qu'on ne saurait quitter cet homme autrement qu'en l'embrassant. Dans notre groupe se trouvait une très grande et belle jeune fille blonde aux yeux bleus. Elle avait dix-sept ans. Elle était donc mineure. Ce qui a suscité au début du stage la grimace de la dame qui l'organisait. J'avais sympathisé avec cette jeune fille. Et à plusieurs reprises il nous arrivait de nous rejoindre face à face et puis nous serrer dans les bras l'un l'autre. Il n'y avait rien de « sexuel » dans notre geste. Pourtant nous étions nus durant les séances de massages. C'était juste et spontanément vécu comme des simples câlins très agréables. De la pure tactilité. Durant les deux semaines qui ont suivi le stage, j'ai spontanément perdu tout intérêt pour la pornographie et la masturbation. Bizarrement mes érections étaient devenues ligneuses, elles n'avaient jamais été aussi dures. On aurait dit du bois. Ce phénomène a duré aussi deux semaines, puis a disparu. Je n'ai pas su poursuivre l'expérience de ce stage de manière pratique à l'extérieur. Car j'avais les préjugés de mon époque, je croyais à l'existence du « sexuel ». Qu'il existait une zone de la communication entre humains adultes qui implique automatiquement la recherche du coït.

Basile, philosophe naïf, Paris le 25 juillet 2017

lundi 24 juillet 2017

827 Le grand meuble en bois et la promenade le long du canal de l'Ourq

Dans les années 1980 j'ai eu à un moment-donné une petite amie. Sexuellement ça a toujours été très nul. Ce qui était, je le comprend bien à présent, tout à fait inévitable, car nous avons suivi la pensée unique sexuelle régnante. Nous cherchions à trouver le bonheur dans la gymnastique patriarcale réglementaire dont le but suprême est le mélange d'humeurs diverses d'origine féminine ou masculine. Mélange recherché et obtenu indépendamment d'un quelconque vrai désir réciproque.

Les deux moments les plus beaux que nous avons vécus n'étaient largement pas « sexuels ». L'un, c'était quand, très bricoleuse, cette dame construisait une grand meuble avec du bois de récupération. Je l'observais et parlais avec elle, assis sur un petit escalier. L'autre moment fut une balade à vélos par une belle journée ensoleillée le long du chemin de halage du canal de l'Ourq.

Si je n'avais pas été infecté par la pensée unique sexuelle régnante, je me serais moins polarisé sur la gymnastique décevante dont la perfection, imaginaire, rêvée et absente, me manquait. Un peu comme un convive insatisfait qui, à un banquet, est incapable d'apprécier les plats servis. Même délicieux, il leur manque toujours quelque chose qui en fait n'existe pas.

Ce mythe du bonheur en fait introuvable, n'est pas le seul qui hante les relations difficiles entre l'homme macho et la femme victime du machisme.

Il existe par exemple toute une mythologie prétendant que quand elle a cédé au jeune homme, la jeune fille qui d'abord ne voulait pas, trouve son pied avec le jeune homme. La jeune fille est en fait généralement déçue et ennuyée. Un acte forcé n'est pas agréable à vivre.

Une dame que j'ai connu, qui avait épousé son mari vers 1944, me disait que commentant la prestation sexuelle de leur mari, elle et ses copines disaient toutes : « à chaque fois j'attends qu'il ait fini sa petite affaire pour aller me laver. » Une amie me racontait que sa mère, dans les années 1960-1970, à chaque fois que son mari l'honorait, angoissait. Elle se levait tout de suite après en catastrophe et s'envoyait avec la pomme de douche un jet d'eau glacée dans le vagin, espérant ainsi éviter de tomber enceinte. Le mari, que j'ai connu, paraissait un brave homme. L'imaginer allongé paisiblement sous les draps cependant que sa femme procédait ainsi, m'a laissé songeur.

Le cinéma à l'occasion cautionne la fable de la jouissance automatique de la jeune fille qui cède aux attentes sexuelles du jeune homme. Je me souviens d'un film de Jean Renoir où une jeune fille emmenée dans les bois par un jeune cavaleur qu'elle ne connaît pas, lui résiste quand il l'assaille. Puis tombe dans ses bras. Et bien des années après, mariée à un triste et quelconque bellâtre, croisant le jeune homme qui l'a violé, appelons les choses par leur nom, lui dit : « j'en rêve tous les soirs. » Dans un film comique sorti au milieu des années 1960, on voyait un jeune homme sautant en parachute avec une jeune fille. Aboutir ensemble à terre sous le parachute. La jeune fille protestait, puis protestait de moins en moins. Enfin la toile relevée par les deux jeunes gens, ils échangeaient un sourire radieux et complice. Message évident : « si une fille vous résiste, sautez-lui dessus, elle n'attend que ça. » Et, bien patriarcalisé, la salle et moi trouvions ça normal et amusant... 

Voilà comment, à travers chef d’œuvres ou films de distractions, le cinéma distille le poison patriarcal. Même dans les livres pour enfants, les publicités les plus anodines, les chansons sentimentales, partout, partout, partout, on vous met dedans. Quand je me retrouve en compagnie d'une dame avec laquelle j'ai l'air de m'entendre, aux yeux de l'entourage, nous voilà mariés. Si je parle agréablement avec une jolie fille, on dira que je drague. Avant, j'éprouvais l'envie de protester. À présent je ne dirai plus rien. Tant pis si on dira et croira que je suis en couple ou que je drague.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 juillet 2017

826 La « pensée unique sexuelle »

Une jeune fille peut très bien prendre le parti d'être léchée, sucée et doigtée par un jeune homme et y trouver de la détente et du plaisir. Sans pour autant avoir envie de « faire l'amour », c'est à dire de recevoir un pénis en érection dans le vagin. En léchant, suçant et doigtant la jeune fille, le jeune homme peut très bien prendre son plaisir et bander sans pour autant avoir envie de faire l'amour avec la jeune fille. Mais la jeune fille va se dire : « si j'ai envie d'être léchée, sucée et doigtée par ce jeune homme et y prend du plaisir, c'est que j'ai envie de faire l'amour avec lui ». Elle se dira aussi : « si ce jeune homme me lèche, suce , doigte, y prend du plaisir et bande, c'est qu'il a envie de faire l'amour avec moi. » Et le jeune homme se dira : « si cette jeune fille accepte avec plaisir d'être léchée, sucée et doigtée par moi, c'est qu'elle a envie de faire l'amour avec moi. » Il se dira aussi : « si je bande, c'est que j'ai envie de faire l'amour avec elle, et me voir ainsi lui donne envie aussi. »

D'autres idées pourront venir renforcer cette conviction erronée : « de quoi aurais-je l'air à présent si je dis non. » « Il faut bien en passer par là, ça fait partie de la relation. » « À la longue on se connaîtra mieux et ça se passera mieux. » « Il faut s'accorder sexuellement. » « Nous sommes amoureux, c'est normal de faire l'amour ensemble. » « Comme nous voulons avoir des enfants, ce serait très mal venu de refuser à présent. » « Si je dis non, il va aller voir ailleurs. » « Il est tellement gentil que je ne peux pas lui refuser ça ». « Quand il va me pénétrer avec son pénis, je vais pousser des cris comme si je jouissais, comme ça il finira plus vite et on pourra passer à autre chose : se laver et dormir dans ses bras qui sont si doux », « si je continue à manquer de désir, j'irais consulter un spécialiste », etc. Tout un tas d'affirmations allant toutes dans le même sens : il faut y aller.

Alors, on y va. On met le zizi dans la zezette, on secoue. Le résultat est nul. Mais chacun des deux jeunes gens se dit : « ce n'était pas si mal. Je n'ai pas senti grand chose, mais l'autre a joui. Ce sera mieux une autre fois. » « C'est bien de faire plaisir à l'autre ». « Ça ne peut pas être parfait tous les jours ». Et ainsi on va se plier à l'ordre moral sexuel machiste dominant, à la pensée unique sexuelle. Qui n'est rien d'autre que le devoir conjugal d'antan repeint avec de jolies couleurs factices qui ont prétendument noms : liberté et épanouissement sexuel.

Durant une période plus ou moins longue les deux jeunes gens continueront à pratiquer régulièrement un pseudo acte sexuel qui est le fruit d'un malentendu. Et qui est, au plan « physique », au mieux une double masturbation combinée baptisée abusivement « relation sexuelle ». Puis, l'un des deux, sans analyser forcément trop le malentendu, ne le supportera plus et ce sera la rupture.

Loin de les aider, livres, articles de journaux ou revues, émissions de radio ou télévisions, sites Internet et « spécialistes » autoproclamés enfonceront un peu plus les deux jeunes. Ceux-ci vont être abusé par tout un jargon pseudo scientifique destiné à leur fourguer la pensée unique sexuelle. Si on remarque qu'il n'y a pas de désir, au lieu d'en prendre acte et analyser la situation, on décrétera qu'il y a « panne de désir », « problèmes dus à la routine », « dysfonctionnement érectile », etc.

L'essentiel contenu dans ces discours est qu'il n'existe pas d'autre voie que se conformer aux diktats de la sexualité officielle machiste régnante. Sexualité officielle machiste régnante qui affirme que le but de « la sexualité », voire de la vie-même est l'éjaculation du monsieur dans la dame.

Le plus souvent le jeune homme se fait le transmetteur de la sexualité officielle. Normal, cette idéologie le présente en vainqueur. Les jeunes filles étant moins enthousiastes en moyenne pour « passer à la casserole », on dira qu'elles « cèdent ». Que l'homme propose et la femme dispose. Mais la pression machiste dominante sera terrible et s'exercera d'abord sur et contre les femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 juillet 2017