samedi 21 octobre 2017

865 La question fondamentale du double salaire féminin

Il s'agit d'une question fondamentale que je n'ai jamais vu évoquer nulle part. Les femmes, depuis des temps immémoriaux, fournissent très souvent et journellement, une journée de travail domestique et maternel. Cette journée n'est ni reconnue, ni rémunérée. À quoi un fait s'est ajouté : Ces dernières décennies, en plus de leur journée de travail domestique et maternel, un très grand nombre de femmes travaille à l'extérieur de leur maison. Elles sont salariées, travailleuses indépendantes, etc. En plus de s'occuper de leur maison et de leurs enfants elles font une seconde journée de travail. Leur vie comprend tous les jours une double journée de travail.

Il est courant de voir des commentaires laudatifs faits devant cette situation. En travaillant à l'extérieur de leur foyer, les femmes s'ouvrent sur la vie sociale, s'émancipent de la tutelle matérielle et morale de leur mari, deviennent « libres », « indépendantes »... Donc, tout va bien...

C'est ce qu'on entend dire. Sans poser la question : « mais, ont-elles la liberté de choix ? » Généralement non, elles sont obligées de travailler à l'extérieur de leur foyer pour des raisons économiques. Par exemple, beaucoup de femmes se retrouvant seules à élever un ou plusieurs enfants sont par là-même contraintes de s'occuper à gagner leur vie en plus de s'occuper d'assumer leur travail domestique et maternel.

J'ai rencontré des exemples qui interpellent. Une femme élève son enfant et travaille chez elle sur Internet, a une vie sociale... Mais son travail sur Internet ne rapporte pas suffisamment. Elle est obligée d'en prendre un autre dans un bureau à l'extérieur de chez elle et mettre son enfant à la crèche. Une autre femme rêve d'avoir six enfants et passer une partie de sa vie à les élever et ne faire que ça. Mais comment y arriver sans travailler aussi à l'extérieur de chez elle ce dont elle n'a aucune envie ? Enfin, il existe des femmes que leur seconde journée de travail isole encore plus. Ce sont les assistantes maternelles, qui, en plus de leur travail domestique et maternel pour leur famille s'occupent d'élever les enfants des autres...

Il y a un point que je n'ai jamais vu soulever : si une femme fournit une double journée de travail chaque jour, elle a droit, ou plus exactement devrait avoir droit à une double paie. Celle concernant le travail domestique et maternel devant être très confortable, vue la responsabilité et l'utilité de ces activités. Ce serait satisfaire là la plus élémentaire des justices !

Paie et retraite conséquente pour sa vie professionnelle au service de la collectivité que représente son travail domestique et maternel. Voilà ce que les femmes sont en droit de revendiquer, qu'elles travaillent aussi à l'extérieur de leur foyer ou non.

Quand on parle de la rémunération des femmes « au foyer », on entend dire : « il y a les allocations familiales ». Mais il s'agit d'allocations « à la famille », en aucun cas d'une reconnaissance du labeur des femmes ! Et leur montant est misérable comparé au labeur fourni. Et dès que les enfants ont atteint un certain âge, même s'ils vivent toujours chez leur mère, il n'y a plus d'allocations.

Si on admet néanmoins l'idée que les allocations seraient une sorte de « salaires des mères », ce qu'elles ne sont pas, il faut remarquer une chose. Dernièrement en France a été annoncé leur suppression pour les foyers fortunés. Je ne vois pas pourquoi une mère de famille, si elle travaille à élever ses enfants et s'occuper de son foyer, ne devrait pas voir son travail payé sous prétexte qu'elle est riche.

Ce texte servira j'espère à ouvrir le débat sur le double salaire des femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 octobre 2017

vendredi 20 octobre 2017

864 Une confusion courante dans le domaine des mœurs

Il existe une confusion courante dans le domaine des mœurs. On la rencontre dans la société française et parisienne et très certainement ailleurs également. Mais c'est là où j'ai pu l'observer.

Elle consiste à confondre quatre choses : le toucher, la sensualité, le sexe et « l'amour ». Ce dernier mot pris dans le sens courant de « vie à deux ».

Le toucher est un langage. S'il s'exprime par la caresse, le toucher sensuel, il s'agit d'une denrée de consommation. Le sexe, c'est-à-dire l'acte sexuel, relève du registre particulier du désir sexuel. Quant à l'accord entre deux individus, qui peut inclure ou pas le toucher, la sensualité, le sexe, il concerne un petit nombre de personnes.

Dans notre culture on lie impérativement les quatre. S'il y a toucher, il doit déboucher sur la sensualité et le sexe. Et dans le meilleur des cas être compris dans « l'amour »...

D'où recherches obsessionnelles et précipitées du cocktail idéal : toucher-sensualité-sexe-amour...

Si on émet des doutes, on se voit rappeler à l'ordre : « comment ? Vous êtes contre l'amour ? » Et certains de renchérir : « moi, je ne fais pas n'importe quoi, je recherche l'amour ! » Bref, une seule alternative : l'amour avec un grand A ou n'importe quoi... Devant un tel ultimatum, il n'y a plus rien à dire.

Pourtant il existe des failles dans le système. Depuis bien des années existent les « massages de confort ». Ils se pratiquent couramment dans les services de gériatrie des hôpitaux, et chez les kinésithérapeutes, moyennant finances, bien sûr. Il est question de « confort », le mot « plaisir » est banni. Il sent le soufre...

La confusion toucher-sensualité-sexe-amour est à l'origine de la prohibition du toucher qui règne la plupart du temps. Si vous effleurez ou touchez par hasard un inconnu ou une inconnue, par exemple dans le métro parisien, il faut s'empresser de s'excuser. Sinon ça paraîtra louche.

Si vous avisez une belle nuque ou un beau bras d'un inconnu ou d'une inconnue dans un lieu public quelconque, gare à vous de chercher à y toucher de façon délibérée. Ça pourrait même finir devant les tribunaux.

Pour justifier cet état de choses, on vous dira : « mais l'autre n'a pas forcément envie d'être touché. » Soit, alors peut-on lui demander l'autorisation ? Bien sûr que non, ce serait se faire très mal remarquer. Si par contre l'inconnu tient en laisse un superbe chien, rien n'est plus positivement bienvenu que la question : « je peux le caresser ? » ou « il est très beau votre chien, je peux le caresser ? » Mais par contre il est hors de question de demander à un inconnu ou une inconnue, et même un connu ou une connue : « je peux vous caresser ? » ou « votre bras est très beau, je peux le caresser ? »

Moralité : notre culture nous rend plus proche des chiens que des humains. Les petits enfants qui, quand ils vous apprécient, se jettent dans vos bras, sont aussi plus proches de ceux qu'ils aiment que la plupart des adultes. Adultes qui sont des ex petits enfants qu'on a éduqué, civilisé, dressé... pour être plus aptes à la violence qu'à la tendresse... Elle est belle, notre civilisation ! Peut-être un jour saura-t-elle se corriger en s'améliorant ? Sans doute, mais pour cela il faut commencer par énoncer les problèmes qui se posent. Ce texte prétend modestement y contribuer.

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 octobre 2017

mercredi 18 octobre 2017

863 La réalité du système où nous vivons

Dans quel système vivons-nous ? Durant des centaines de générations il prévoyait que chaque homme puisse s'acheter une ou plusieurs femmes et en disposer comme bon lui semble. Dans des époques plus ou moins récentes on trouve traces de cette situation. Ainsi dans l'Empire Romain à la civilisation et à la législation tant vantées par nombre de livres, les hommes ont le droit de vie et de mort sur leur femme. Jusqu'en 1944 en France, le régime politique républicain prétendument égalitaire est celui de la dictature de l'ensemble des hommes sur l'ensemble des femmes. Elles n'ont pas le droit de vote. Dans les années 1880, le Code civil français précise que l'épouse doit obéir au mari, donc notamment au lit. Puisque le même Code civil précise encore aujourd'hui que les époux se doivent « fidélité », c'est-à-dire doivent coucher ensemble. Jusqu'en 1962 une femme en France n'a pas le droit d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de son mari.

Ces dernières décennies les femmes ont acquis un certain nombre de droits et de libertés en France. Mais l'essentiel est inchangé : le travail domestique et maternel n'est toujours pas reconnu, ni rémunéré. La femme reste dépendante de l'homme. Elle n'est pas libre.

Beaucoup de femmes travaillent. Ce qui fait qu'elles fournissent des doubles journées de travail. Ce sont les nourrices, assistantes maternelles et institutrices qui voient grandir leurs enfants. Et les mères n'ont toujours pas le droit à la retraite en or massif qu'elles méritent pleinement.

Prenons un exemple que je connais bien : ma mère a eu six enfants dont quatre qui ont vécu et qu'elle a élevé. Au lieu d'avoir droit à une retraite qui lui aurait permis de mener une existence digne, très confortable et largement méritée : voyager, manger des bonnes choses, se distraire, voir des spectacles, s'adonner pleinement à sa passion : la sculpture, etc. qu'a-t-elle connu ? La misère, aucune ressources, la dépendance totale des faibles ressources de son mari.

La reconnaissance du travail domestique et maternel, sa rémunération représenterait la fin de la principale et de la plus ancienne injustice existante. Comment peut-on espérer voir résolu les autres injustices existantes si celle-ci ne l'est pas ?

Cette injustice déforme les relations entre hommes et femmes. Et cela à tous les niveaux. Quand votre avenir professionnel est dépendant du bon vouloir des hommes, comment voulez-vous si vous êtes une femme que la situation soit saine, c'est-à-dire égalitaire ?

Si en France la situation des femmes a changé, la mentalité de très nombreux hommes, elle, n'a pas changé. Ce qui est inévitable tant que le problème de fond qui mine la société ne sera pas réglé par la reconnaissance pleine et entière du travail domestique et maternel des femmes. C'est une question de justice : reconnaître ce qui est.

Les femmes de tous temps ont donné la vie. Les hommes, très souvent, ont gaspillé des vies avec des conflits divers, de la misère organisée, etc. Reconnaître le travail domestique et maternel des femmes ouvrira la perspective de l'arrêt des calamités masculines et guerrières. La paix perpétuelle et universelle est aujourd'hui nécessaire. Sinon avec le progrès général scientifique et technique, si ça continue un fou finira fatalement par disposer de l'armement nucléaire. Et s'en servira.

La cupidité sans limites des plus riches est aussi une source de menaces sur la vie-même. Il faut que l'Humanité fasse preuve de plus de conscience et de raison. Ce qui ne pourra pas arriver tant que la plus grande et la plus ancienne des injustices ne sera pas réglée. Il faut que le travail domestique et maternel des femmes soit reconnu, rémunéré et donne droit à une excellente retraite.

Basile, philosophe naïf, Paris le 18 octobre 2017

dimanche 15 octobre 2017

862 Quelques remarques sur la condition féminine

Ces derniers temps les médias sont remplis d'articles sur une affaire de mœurs dans le milieu cinématographique américain. Un grand producteur subit un tir de barrage d'accusations de harcèlements sexuels, agressions sexuelles et viols. Les victimes étant des jolies femmes auxquelles il était susceptible d'offrir des rôles et une carrière au cinéma. Parmi elles on trouve des actrices connues.

L'arbre ne doit pas cacher la forêt. Cela se passe-t-il uniquement à Hollywood ? Non, assurément, ça me rappelle même un souvenir vieux d'au moins une trentaine d'années. A cette époque s'ouvraient dans quantité de villes françaises, même petites, des petits supermarchés. Ces commerces avaient besoin de caissières. Et dans des zones qui pouvaient être pauvres d'emplois. Une rumeur persistante que je n'ai pas eu l'occasion de vérifier disait qu'une condition pour trouver cet emploi était de passer par le lit du chef. La même chose qu'à Hollywood pour les actrices.

Je suis certain qu'en lisant les accusations portées contre ce grand producteur hollywoodien, beaucoup d'hommes reconnaîtront exactement une manière d'agir mal qu'ils ont ou ont eu ou rêvé d'avoir. Il s'agit même d'une culture où nous baignons.

Les critiques contre le producteur hollywoodien soulignent son approche viandarde des femmes. Cependant je vois dans les stations du métro parisien abondance de publicités porteuses d'un message viandard s'agissant des femmes. Par exemple ces actuelles publicités de lingerie féminine montrant une jolie femme en train d'ôter avec le sourire le haut de ses vêtements cependant qu'elle ne porte comme bas visible qu'un microscopique slip. Le message est clair. La femme se résume à ce que dissimule mal ce slip.

Quels phénomènes sont à l'origine d'affaires telles que celle de Hollywood dénoncée à présent et celle des supermarchés que je ne me souviens pas avoir vue dénoncée ?

Dans notre société y compris française et parisienne, la femme, surtout si elle est jeune et considérée très jolie est traitée comme une cible sexuelle. Comme on le voit sur quantité de publicités.

Son travail domestique et maternelle n'est ni reconnue ni rémunéré. Ce qui la conduit à dépendre matériellement d'un homme ou faire des doubles journées de travail. Souvent elle ne voit pas grandir ses enfants, mais ce sont les nourrices et assistantes maternelles qui les voit grandir.

Ce qui amène l'incorrection masculine vis-à-vis des femmes, c'est aussi le pouvoir. Il est presque toujours masculin. L'agression sexuelle masculine relève aussi de la volonté de dominer.

Enfin comment cela se fait-il que des hommes apparemment correct dans plein de domaines se comportent en brutes irresponsables dans le domaine sexuel ? L'explication est dans le fait que pour ces hommes la sexualité est une toxicomanie. Ce sont des drogués pour lesquels l'éjaculation joue le même rôle que le shoot de drogue du toxicomane à drogues chimiques. Ils recherchent la masturbation dans un orifice naturel avec une démarche de drogué halluciné.

Un drogué en manque possède un comportement particulier et violent, différent de son comportement habituel. Nombre de témoignages des femmes agressées sexuellement décrivent une modification du comportement de leur agresseur qui semble comme halluciné. Il est halluciné par la vue de sa drogue. Les drogués sont très souvent des gens dangereux quand ils sont en manque.

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 octobre 2017

samedi 14 octobre 2017

861 Proposition d'un nouveau terme d' informatique

J'ai reçu un mail très doux par son contenu. L'idée m'est alors venue d'un nouveau terme d'informatique francophone :

Comment appeler un mail très doux ? Un miel, tout simplement.

Pour reprendre la première phrase de cette contribution à mon blog, je dirai donc :

« J'ai reçu un miel. »

Dès ce soir j'ai entrepris de propager ce nouveau terme d'informatique francophone auprès de plusieurs personnes proches.

Reste à le traduire. En anglais « miel » se dit honey. Peut-être un mail très doux serait appelé en anglais un homail ? Je ne fais pas partie des Anglophones. C'est à eux qu'il appartiendra de donner leur avis.

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 octobre 2014

jeudi 12 octobre 2017

860 Aller au fond du problème

Dans les années 1940, l'actrice Marlène Dietrich disait, parlant d'un célèbre réalisateur américain qui insistait pour coucher absolument avec elle et cherchait à forcer la porte de sa chambre : « j'ai résisté à Hitler, je serai capable de lui résister ! » Je cite de mémoire. Le même réalisateur à qui une jeune actrice de cinéma demandait ce qu'il appréciait le plus en elle, répondait : « vous êtes justement assise dessus ! » On voit clairement quelle manière de considérer les femmes avait ce célèbre réalisateur. Ça se passait il y a environ soixante-dix ans. Ces derniers jours un célèbre producteur de Hollywood se retrouve sous les projecteurs avec une avalanche d'accusations de harcèlements sexuels, agressions sexuelles et viols commis contre des actrices de cinéma dont de très célèbres. Ce sont des dénonciations légitimes de comportements inadmissibles et criminels. Mais qui appellent deux remarques.

La première est que ces actes étaient connus comme le loup blanc par un grand nombre de personnes. Elles ont fait silence et font pour certaines mine de tout découvrir aujourd'hui. Ce qui en dit long sur leur mentalité et leur manière de considérer les victimes et l'agresseur.

La deuxième est qu'on fait comme s'il s'agissait là d'un comportement d'un individu précis qu'il suffirait de reprouver, dénoncer, punir... Alors qu'il s'agit ici de l'expression d'un comportement de prédateur sexuel masculin qui est le fait d'une très large partie des hommes en général.

Une jeune fille de seize ans qui me connaît très bien me disait il y a peu d'années : « je n'ai pas peur de toi, parce que je te connais. » Sa sœur, récemment, me parlant, me disait à plusieurs reprises : « tu es inoffensif. » Ces compliments exprimaient à contrario qu'en règle général, avec des hommes qu'elles ne connaissent pas comme pacifiques à leur égard, elles sont en permanence sur la défensive. Comme le sont toutes les femmes et pas seulement vis à vis d'un richissime producteur hollywoodien... Et là est bien le problème. Sans absoudre le producteur en question il est nécessaire de ne pas ignorer les agissements des millions d'autres prédateurs qui pourrissent la vie des femmes en particulier et la vie de la société en général. Cette situation d'où vient-elle ? Peut-elle changer en s'améliorant ? Quand et comment ? Voici les bonnes questions que soulève cette énième affaire de mœurs touchant la « haute société ».

L'inconduite masculine très répandue est une véritable maladie de société. La société peut-elle trouver en elle les voies et moyens pour en guérir ? Ce n'est pas parce qu'un problème est très ancien et très répandu qu'il est pour autant inguérissable. Il serait bon de l'identifier clairement et en discuter entre hommes et femmes, clairement et ouvertement.

La recherche de l'harmonie est à ce prix. Les ressources de paix non utilisées sont incalculables, à condition de bien vouloir consentir à les rechercher en nous et autour de nous. Tout le monde rêve de paix tout en souffrant d'une immémoriale situation conflictuelle entre les humains et à l'intérieur d'eux-mêmes. Pourquoi la paix intérieure et extérieure serait-elle impossible ? L'Histoire humaine abonde en conflits interminables qui ont fini par trouver une fin. Le conflit entre l'homme et la femme et de l'homme avec lui-même et de la femme avec elle-même est le conflit le plus ancien. Le résoudre amènera certainement la fin de tous les autres conflits. Cette recherche de paix vaut donc vraiment la peine.

Il y a deux mille cinq cent ans environ, un sage indien qui est connu comme le Grand Bouddha déclara : « si la haine répond à la haine, quand finira-t-elle ? » Ce n'est pas la haine, ni le savoir qui représente la force, mais notre capacité à aimer en dépit de tout et malgré tout ce qui paraît s'y opposer. Aimer est le chemin. Reste à tracer la route. Mettons-nous à l'ouvrage dès maintenant !

Basile, philosophe naïf, Paris le 12 octobre 2017

mardi 3 octobre 2017

859 Et quand c'est oui...

De très justes campagnes ont insisté sur le fait que : « quand c'est non, c'est non » s'agissant de femmes auxquelles sont faites d'explicites propositions sexuelles. Ces campagnes réfutaient la vieille et infecte fable patriarcale qui prétend que quand une femme dit « non » à celui ou celle qui sollicite ses « faveurs », au fond elle penserait toujours « oui ». Il suffirait de la bousculer pour parvenir à la vérité, qui serait invariablement la satisfaction sexuelle de la personne solliciteuse.

Quand c'est non, c'est non, nous sommes d'accord. Il est intéressant de voir comment se pose la question quand c'est oui de la part de la femme.

Tout d'abord, remarquons qu'il n'existe aucune manière simple, polie et « correcte » pour dire « oui ». Mis à part le cheminement officiel via une demande en mariage. Ce qui pose problème. Je peux demander ou accepter fort civilement la dégustation d'un gâteau, une sortie au cinéma, mais aller au lit faire des galipettes non. C'est tout particulièrement vrai plus pour les femmes que pour les hommes.

Remarquons ensuite que la femme qui dit oui prend un risque en baissant sa garde. En effet, elle ne peut pas deviner par avance sur quel genre de comportement sexuel elle peut tomber. Des personnes très comme il faut peuvent réserver des surprises pas forcément positives et agréables. On peut découvrir ainsi que quelqu'un d'apparemment équilibré ne l'est pas du tout. Il peut par exemple être sommaire au lit : « six minutes douche comprise » ou encore être violent.

Une difficulté supplémentaire pour dire « oui » tient à l'automatisme du non. Habitué à toujours dire « non », une personne de sexe féminin ou masculin pourra spontanément dire « non » même si après elle en ressentira des regrets. J'en parle en connaissance de cause. Quand j'étais bien plus jeune, un jour, une jeune fille m'a demandé directement si je voulais des petites caresses. J'ai aussitôt et machinalement répondu « non » et m'en suis ensuite mordu les doigts, sans savoir faire machine arrière. Cette jeune fille m'attirait. J'ai en dépit de ça cédé à mon automatisme négatif.

Illustration de la difficulté à dire « oui », j'ai connu une jeune femme qui, ayant décidé d'avoir une aventure avec un ami n'osait rien lui demander. Elle finit par lui demander s'il avait chez lui de l'alcool. Elle espérait parvenir en buvant à se désinhiber et aller droit au but. L'ami n'avait pas d'alcool chez lui. Et l'aventure projetée est tombée à l'eau.

Un obstacle supplémentaire se dresse pour qu'une femme puisse exprimer son désir. C'est que souvent elle justifie ses refus avec des fables et des non-dits. Fable classique, pour repousser un solliciteur importun, elle pourra invoquer sa fidélité à son fiancé. Qu'elle sera en fait toute prête à cocufier sans souci si l'occasion qui se présente lui paraît positive et l'affaire jouable. Avouer à un homme qu'on le désire alors qu'on a joué à la sainte intouchable auprès de lui est un peu difficile et déstabilisant. Et l'avouer n'implique pas forcément la réussite du projet recherché.

Une jeune femme qu'attire un homme plus âgé va passer son temps à expliquer à son entourage qu'il n'en est rien. Qu'il pourrait être « son grand père ». Que le sexe en général ne la passionne pas, etc. Ce discours rendra difficile d'entrer dans le vif du sujet avec la personne ainsi rejetée en paroles. Il faut parfois traverser un véritable no man's land de mensonges accumulés depuis des années pour parvenir au but recherché. Ce n'est pas évident de se dénoncer en quelque sorte ainsi et avouer frontalement qu'on ment allégrement depuis toujours et à tout le monde ou presque. Ce qu'on appelle « le domaine de l'amour » est très souvent aussi le lieu privilégié du mensonge, de la manipulation et de l'hypocrisie. Qui sont trois des plus efficaces tue l'amour qui existent.

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 octobre 2017

vendredi 22 septembre 2017

858 Les méfaits du consumérisme sexuel

Il existe au moins deux approches fondamentalement différentes de l'acte sexuel : la naturelle et l'intellectuelle. En quoi consistent-elles ? Dans le premier cas elle résulte du désir authentique et réciproque. Dans le second cas elle résulte d'un conditionnement culturel. On raisonne et on se dit : « c'est bien et possible de le faire, alors, allons-y ! » En agissant ainsi, l'amour devient une cause d'angoisse : l'autre sera-t-il d'accord ? Sera-t-il satisfait ? Vais-je y arriver ? Serai-je à la hauteur ?

Exemple : une femme retrouve son amoureux qu'elle n'a pas vu depuis un certain temps. Tout d'abord, devant le rencontrer dans la journée, elle n'arrive pas à avaler quoique ce soit avant et même après les retrouvailles. Le soir elle s'égare dans ses déplacements professionnels en se trompant de station de métro. Enfin, elle mange pour la première fois de la journée et est pris d'un terrible mal de ventre qui dure une partie de la soirée. Pourquoi ces réactions ?

Au lieu de se sentir sereine et rassurée de revoir son amoureux, elle angoisse devant la perspective de devoir réaliser l'amour intellectuel. L'acte sexuel non désiré naturellement mais décidé intellectuellement. Cette perspective, elle la trouve allant de soi. Son « physique » se rebiffe. Et comme le ventre est le siège de toutes les émotions, celui-ci envoie un signal de son mal-être.

Ces maux seront attribués à « la nervosité », « l'émotivité ». Ils témoignent en fait de réactions naturelles face au désordre sexuel induit par la culture du consumérisme sexuel. Celle-ci implique de baiser le plus possible si on est jeune et amoureux, en dépit de l'absence de gloutonnerie sexuelle naturelle. La mécanique anatomique et affective n'apprécie pas cette brutalisation et le fait savoir d'une manière ou d'une autre. Chez les garçons, ça pourra être l'absence d'érection ou l'absence d'éjaculation ou l'absence de sensibilité jouissive tactile. Ces réactions ne seront souvent ni comprises, ni analysées. Tout se présente bien et il y a malaise. On parlera de malaise, « panne de désir », « dysfonctionnement érectile », etc. Ces explications impliquant un geste psychologique ou médical et pas une remise en question de la démarche consumériste sexuelle. Nombre de « spécialistes » plus ou moins autoproclamés en profiteront pour faire payer leur intervention.

Ce qui n'arrangera rien c'est l’ignorance qui fera attribuer aux réactions au niveau génital la valeur d'une sorte de commandement de pratiquer le coït. Alors que ces réactions ont très souvent une autre signification. Si un nouveau né bande, personne ne dira qu'il veut faire l'amour. Mais allez expliquer à un jeune homme que son érection n’appelle pas nécessairement le coït quand il est en galante compagnie !

Si la démarche consumériste sexuelle persiste, il y a risque que à la longue la relation avec l'autre devienne insupportable sans que le motif de ce changement de sentiment soit clair. « Tout allait bien et elle m'a quitté » est un propos que j'ai entendu plusieurs fois. C'est souvent la femme qui donne le signal de la rupture inexplicable par l'homme concerné par cette rupture. Avec l'âge, c'est bien souvent la sexualité en général qui se révélera lassante, énervante, ennuyeuse, décevante. En France et à Paris, nombre de cinquantenaires des deux sexes tirent un trait de facto sur les activités de « sport en chambre » qu'ils attribueront à la période de « la jeunesse ».

Le grand perdant restera l'amour et son compagnon naturel : la tendresse. Une prise de conscience de la réalité du phénomène est possible. Calme et sérénité viendront alors rejoindre l'amour qui ne sera pas du tout nécessairement et automatiquement « sexuel », c'est-à-dire amenant à la réalisation du coït. Nombre de gens resteront cependant dans l'ignorance de la réalité. Souvent ils diront : « l'amour je n'y comprends rien », ou bien encore : « le sexe opposé est bien trop compliqué et incompréhensible pour moi ».

Basile, philosophe naïf, Paris le 22 septembre 2017

857 Blocage sociétal

Contrairement à une idée souvent répandue dans la société française et parisienne, les femmes seraient généralement infiniment plus motivées que les hommes par le sexe et les câlins, mais cette motivation aurait beaucoup de mal à s'exprimer.

Les femmes ne l'expriment pas le plus souvent parce que règne partout dans la société, comme un poison universellement répandu, la peur diffuse, omniprésente et permanente du viol. Combinée à l'immémoriale domination patriarcale, cela donne le fait que, par exemple, si une femme habillée « sexy » est la victime d'un viol, nombreux seront les imbéciles à déclarer qu'elle l'a bien cherché. Pire, qu'elle est la responsable de son agression parce qu'elle a « provoqué ». Alors, dans cette atmosphère malsaine régnante on imagine qu'il est des plus difficile, ambigu et risqué pour une femme de déclarer qu'elle aime le sexe, ou simplement les câlins, pas nécessairement « sexuels ». L'intolérance sexuelle régnante ayant pour effet de réduire les caresses, bisous, câlins à être soi-disant des « préliminaires » de l'acte sexuel soi-disant obligatoire et obligatoirement jouissif.

Une conséquence calamiteuse et générale de cette manière obtuse et bornée de considérer la relation tactile, est que la peur du viol implique la peur panique du toucher entre adultes. Si par exemple on effleure la peau d'un inconnu ou une inconnue dans le métro parisien, on doit s'empresser de s'excuser. Comme si on l'avait agressé. Pourquoi ? Parce que le toucher entre adultes est très abusivement classé « exclusivement sexuel » ou presque. Et pourquoi si c'est « sexuel » ça doit être forcément violent et odieux ? Parce que le sexuel implique le viol.

Cette peur panique, diffuse, omniprésente et permanente est le produit de l'artificielle fringale sexuelle masculine. Pour « être un homme » un homme doit obligatoirement baiser ou chercher à baiser en permanence. Ce conditionnement dévastateur est conforté par le mythe de la puissance, qui irait de pair avec la soi-disant jouissance extrême et obligatoire de tous coïts, et la soi-disant obligation d'« honorer » toutes les femmes rencontrées en cherchant à baiser avec.

Ce conditionnement et ces mythes sexuels sont d'origine culturelle et pas d'origine « naturelle » comme on l'entend très souvent affirmer. Si l'homme s'interroge pour identifier ses vrais désirs et pas ceux issus de son bourrage de crâne et de la publicité pour le consumérisme sexuel, il se rendra compte que son désir de coït et bien moins fréquent qu'il ne le croit. Cette prise de conscience, qui n'est pas forcément évidente à atteindre, constitue une véritable libération et une réconciliation avec soi-même. Durant des dizaines d'années l'homme aura cherché « comment arriver » à baiser des femmes qui lui résistent... Là, il s'attache dorénavant à suivre son désir effectif et véritable. Il se découvre alors en paix avec lui-même et le sexe opposé. C'est ce qui m'est arrivé.

La croyance dans la légitimité du consumérisme sexuel à induit y compris des comportements féminins complémentaires du désordre masculin solliciteur permanent du coït. S'échapper aussi de cette impasse constitue pour l'homme un progrès psychologique significatif. Non pas que « le sexe » soit mauvais. Mais s'il est mal venu, artificiellement programmé, il nuit gravement à l'équilibre relationnel.Quand on suit bêtement le conditionnement hyper-sexualisé régnant, ça conduit à un véritable blocage sociétal. On rêve de baisouillage généralisé, on se branle devant des vidéos pornographiques mettant en scène ces pratiques, et on est de plus en plus seul.

Notre société n'a jamais été autant gavé de pornographie filmée ou photographiée, d'articles et livres vantant la baise à tous prix et à tous va et dans toutes sortes de déclinaisons. Et il n'y a jamais eu autant d'individus se plaignant de souffrir de la solitude. Il est grand temps d'envisager une vaste réforme des mœurs et des comportements humains pour plus de bonheur et de liberté.

Basile, philosophe naïf, Paris le 22 septembre 2017

lundi 18 septembre 2017

856 Un grandiose anniversaire

Dans trois ans, le 11 août 2020, ce sera le 2500ème anniversaire de la bataille des Thermopyles...

Cet événement doit dignement être fêté. Tout d'abord à Paris, rue des Thermopyles et aussi rue Léonidas.

Ensuite en Belgique où un chocolatier très connu porte le nom de Léonidas.

Et enfin en Grèce, où les Grecs sauront bien commémorer l'événement !

Nous avons trois années pour préparer la fête.

Basile, philosophe naïf, Paris le 18 septembre 2017


dimanche 17 septembre 2017

855 L'origine de la détresse humaine

L'origine de la détresse humaine tient à ceci : les humains naissent avec leur conscience originelle intacte. Mais l'homme est un singe qui va faire l'homme. Et n'arrivera plus ensuite à se situer précisément. Il sera dénaturé.

Dans le conditionnement culturel humain on trouve parmi d'autres choses l'interdiction de la nudité publique. Celle-ci a une conséquence curieuse et troublante : la castration visuelle. Les humains de sexe mâle sont privés la plupart du temps de la vue de leur appareil génital. Ce qui ne sera pas sans conséquences psychologiques importantes. Privés de cette vue la plupart du temps ils vont être obnubilés par cet organe caché. L'importance qui lui est accordée en témoigne. Il existe même des hommes qui se font opérer pour avoir un pénis plus volumineux. Cette prétention absurde et ridicule est le produit de la castration visuelle.

Un autre trouble sera suscité par le sevrage tactile. La prohibition du toucher,  l'ostracisme et la spécialisation sexuelle dont souffrira le toucher sera la source de problèmes importants.

Dans la conscience originelle existe également la prédisposition à la toilette linguale. Celle-ci sera bannie.

Arrivé à l'âge où la reproduction devient possible, parfois même avant, les humains verront la nudité, le toucher, la toilette linguale être dévolus à l'activité coïtale. La confusion qui en résultera sera très grande dans l'esprit des humains. Ils ne parviendront généralement pas à se situer précisément.

Les humains de sexe masculin seront plus troublés que leurs homologues de sexe féminin. Ces dernières chercheront à s'adapter aux hommes. Et y parviendront jusqu'à un certain point.

Ainsi, par exemple, j'ai connu une jolie fille qui, pour ne pas subir trop souvent les assauts sexuels mal venus de son compagnon, faisait logement séparé d'avec lui. Cette solution lui assurait une certaine tranquillité. Mais celle-ci cessait d'être possible en cas de naissances d'enfants qu'on souhaiterait élever à deux.

Quand un homme est obnubilé par la recherche permanente du coït, sa compagne peut essayer de s'adapter. Généralement ça ne marchera pas longtemps. La séparation, le plus souvent initiée par la femme, surviendra inévitablement.

Dans notre société française et parisienne, le sexe sera traité comme tout le reste : comme une marchandise, un produit de consommation. Ce qui fera que de très nombreux livres, revues et émissions de radio ou télévision accumuleront des âneries s'agissant de l'amour et de la tendresse. Pour les justifier on verra intervenir des individus affublés du titre de « sexologue ». Ce titre ne garanti effectivement aucune compétence. Aucune loi ne règle son usage. N'importe qui, vous, moi, pouvons dès demain nous autoproclamer « sexologue » sans risquer aucune poursuite.

La pensée unique règne un peu partout s'agissant de « la sexualité ». On aurait pu penser que la réflexion viendrait tempérer les affirmations imbéciles. Il n'en est rien. Le mot d'ordre est : « consommez ! » Peu importe les conséquences psychologiques, faisons de la sexualité un consommable. Sans foi, ni loi, ni règle, la seule étant de baiser le plus possible, le plus souvent possible avec le plus grand nombre de partenaires possible... Manger quand on n'a pas faim, baiser quand on n'en a pas envie... L'essentiel restant de toujours consommer autant et plus.

Basile, philosophe naïf, Paris le 17 septembre 2017

mercredi 13 septembre 2017

854 Le domaine des faux semblants et des paroles interdites

Je connais une jolie jeune fille qui adore le sexe. Ce qui ne signifie nullement qu'elle va faire des choses sexuelles avec le premier venu. Au contraire, elle est hyper-sélective. Elle a un copain attitré. Lui assure-t-elle l'exclusivité de ses câlins ou non ? Je n'ai aucun élément pour l'assurer ou l'infirmer. Je remarque cependant ceci : on peut déclarer adorer le tir à l'arc, la cuisine, la collection d'assiettes anciennes, le jardinage, la poterie, la pêche à la ligne, la philosophie grecque ou chinoise antiques... tout ce qu'on voudra, mais pas le sexe. Si une jolie jeune fille déclare qu'elle adore ça, on prendra mal ou on interprétera mal son propos. Il ne lui reste qu'à se taire à ce sujet.

Cette même jeune et jolie fille a un postérieur splendide. Il est hors de question de le proclamer. On peut clamer la beauté de sa maison, son chien, son chat, ses enfants... mais pas la beauté des fesses de quelqu'un. Ou alors on passe pour un coureur, un mal-élevé, ce qu'on voudra.

Il existe donc des domaines, pourtant importants, où la parole n'est pas libre. Reste à se rabattre sur un langage officiel et convenu. On peut dire qu'on est « l'ami » de quelqu'un, son « fiancé », son « mari », pas qu'on aime coucher avec. Le dire est grossier. Il n'existe aucun moyen poli pour le dire.

L'autre jour une amie m'interrogeait au sujet de la jolie jeune fille dont je parlais au début de ce texte. Je n'ai pas pu lui dire : « cette jeune fille adore le sexe », mais : « elle a un copain ». Impossible d'être sincère.

Non seulement on ne peut pas être sincère, mais de plus, si on essaye de l'être, on dit une chose et votre interlocuteur en entend une autre.

Si je dis par exemple que cette jolie jeune fille me plaît, on traduira par : « il veut coucher avec » ou : « il aurait bien aimé le faire ».

Dire les choses clairement n'est pas possible. Comment s'étonner ensuite des cafouillages innombrables dans le domaine des amours ?

Une jeune fille me demandait un jour si je voulais de sa part des petites caresses. Je m'empressais de dire non. Puis m'en mordit les doigts toute la soirée. Pourquoi j'ai dit non ? Parce que c'est « correct » de dire non. Quand est-ce correct de dire oui ? Jamais, sauf dans le cadre d'un mariage.

Le conditionnement est tellement fort qu'on suit le vocabulaire admis, sans réfléchir plus avant. On nous apprend à dire « non » quel que soit notre avis positif ou négatif.

Tout est tellement interdit qu'on fini dans le ridicule. On se tait. On est maladroit. On ne sait pas trop quoi dire. Tout ce malaise a une origine : le mythe de la baise obligatoire pour rentrer dans le monde imaginaire du « Grand Amour », qui n'existe pas.

Celui qui ne suit pas les règles dominantes, les modes omniprésentes, c'est bien simple : il n'existe pas. Et comment pourrait-il exister ? Avons-nous besoin de proclamer que nous sommes naturels et désobéissants aux modes pour être naturels et désobéissants aux modes ? Non, bien sûr, pour être cela il est impossible de se justifier ou faire des discours. Pour finir, remarquons qu'à une époque où on ne jure que par la communication, il est impossible de dire simplement « j'aime le sexe » comme on pourrait dire « j'aime la musique » ou « j'aime les oranges pressées ». Et il est impossible de dire « ce fessier est très beau » comme on pourrait dire « ce bouquet de fleurs est très beau ».
Basile, philosophe naïf, Paris le 13 septembre 2017

vendredi 8 septembre 2017

853 Consumérisme, légendes et mimétisme sexuels

Dans la pensée dominante de notre actuelle société française et parisienne règne le consumérisme sexuel. Il est souvent affublé du masque de « l'épanouissement sexuel ». Il faut absolument, on doit à tous prix trouver la cheville à mettre dans la mortaise ou la mortaise où enfoncer la cheville, sous peine d'être disqualifié socialement. D'avoir « raté sa vie sexuelle », voire sa vie tout court. Le but suprême de l'existence se résumerait à quelques secondes d'émission de liquides dans les réservoirs naturels ad hoc. Cette pitrerie étant avalisée par des masses d'écrits pseudo-scientifiques et le vocabulaire même. Le liquide de Cowper émis par le pénis en excitation n'est-il pas baptisé « liquide pré-coïtal », sous-entendu que son émission commande l'arrivée de l'acte qui suit ? De graves politiciens au détour d'une interview se sentent obligés de préciser « qu'ils y arrivent encore ». Et le moindre couillon peut s'intituler « sexologue » ou « sexothérapeute » sans risquer la moindre ire de la Justice pour contrefaçon. L'usage de ces mots n'étant pas réglementé.

Pour conforter le discours qui prétend la baise obligatoire et régulièrement pour tous, qu'on en ait envie ou non, des légendes sont là, et des modes d'emploi à suivre sont énoncés. En gros, il faut trouver « chaussure à son pied » et ensuite faire et réciproquement les putes exclusives et bénévoles. La preuve qu'on s'aime c'est qu'on met le machin dans le trou. Et jamais dans un trou d'une autre personne. Si on cherche un machin ou un trou, le premier acte de la recherche consiste à « faire le test » afin de pouvoir être prêt à l'ouvrage sans communiquer ou recevoir la maladie nommée SIDA.

Le résultat de cette « mécanisation de l'amour » est l'omniprésence du mensonge, de la ruse, la manipulation, la dissimulation. Quand le gars aborde la fille il se demande : « comment vais-je y arriver ? » La fille se dit : « il veut y arriver, qu'est-ce que je fais ? » Et l'échange des mensonges et hypocrisies commence. Le chat est devant l'assiette de poisson et déclare : « mais non, je n'aime pas ce poisson-là », voire : « je suis pratiquement végétarien ». La fille répond : « ce poisson n'est pas pour toi, j'ai déjà un copain ». Et la comédie débute et dure. Pas question d'être sincère, ce serait grossier. Le mensonge est là , partout, tout le temps, en permanence. De temps en temps le garçon fini par mettre le machin dans le trou et constate que ce n'est pas génial. Il est déçu. Alors, au lieu de se remettre en question... il cherche un trou chez une autre personne.

Quand on échappe à ce flot de stupidités, en se disant qu'on peut vivre sans elle, on se retrouve comme « auto-marginalisé. On rencontre la pression du mimétisme sexuel. « Comment ça ? Tu ne cherche pas un trou ? Mais tout le monde le fait ! Tu dois être malade ou pédé ! » Ou : « tu n'as pas encore rencontré la bonne personne. » Rester tranquille est assimilé par les autres à une déficience.

Je disais dernièrement à une sympathique dame que j'avais abandonné la course au trou. Elle m'a répondu : « ne dis surtout jamais ça à une femme, elle sera horriblement vexée ». Et voilà le conseil que je reçois à Paris en 2017. Si vous ne cherchez pas le trou, ne le dites surtout pas. Et quand on cherche le trou, à vous baffes et râteaux.

Je ne cherche pas l'amour, les câlins, les caresses, le sexe... Je ne débite pas la vie en tranches comme s'il s'agissait d'un saucisson. Je vis tout simplement et n'attend rien. Me raccorde à l'amour universel qui se décline entre humains comme l'amour du prochain. Cet amour prend ou ne prend pas une forme ou une autre. Forme toujours changeante, comme les nuages dans le ciel. Je suis heureux d'avoir dit adieu à la principale angoisse de mes contemporains : la quête inlassable et affolée de « l'amour », mot tiroir rempli d'une masse de contradictions et idées incohérentes, rutilantes et imaginaires. Je vis tout simplement, sans chercher à faire rentrer mes relations dans le cadre d'équations imaginaires. Sensées m'assurer le bonheur standard, sur mesures, permanent et égal pour tous. Cette « recherche de l'amour » équivalant souvent à un voyage en Absurdie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 septembre 2017

dimanche 3 septembre 2017

852 « Le coup de Kamar »

Un illustre philosophe des temps passés à écrit un jour : « seule sur Terre la bêtise humaine peut nous donner une idée de l'infini. » Au risque de passer pour le plus affreux des machos et antiféministes patriarcaux, j'enrichirais ainsi cette phrase : « seules sur Terre la bêtise humaine et l'hypocrisie féminine peuvent nous donner une idée de l'infini. » J'écris cette phrase aujourd'hui et pourtant je ne pense pas être un vilain macho et un adulateur du patriarcat. Mais voilà : au cours des millénaires, que dis-je ? Des dizaines des milliers d'années passées, les femmes ont été maltraitées, écrasées, dominées, agressées, insultées de myriades de façons par la plupart des hommes. Encore aujourd'hui nous sommes très loin du respect réciproque et de l'harmonie entre l'homme et la femme.

Physiquement en général plus faibles que les hommes, les femmes ont développé un système de défense et résistance terriblement sophistiqué. Et comme elles ont l'intelligence, la sensibilité et l'intuition, elles ont élevé l'hypocrisie au rang des Beaux-Arts. Moi, qui suis presque maladivement attaché à la sincérité suis encore effrayé devant les abîmes qu'ouvre ce système de défense. Système qui n'existerait pas si les hommes étaient en moyenne plus respectueux et aimables avec les femmes.

Dans ce système de défense auquel j'ai été confronté quand bien-même je ne cherchais pas à agresser, j'ai pu relever une manière de faire que j'ai baptisé « le coup de Kamar ».

Je l'ai baptisé ainsi en référence à une chatte tricolore qui porte le nom de Kamar. Mot qui signifie en arabe « petite Lune ». Cette chatte que je connais bien s'est spécialisée dans la forme d'approche consistant à venir se frotter à vos jambes, accepter quelques caresses et zou ! Vous balancer un bon coup de griffe.

Pour réaliser le coup de Kamar il faut une fille belle, maligne et séduisante et un homme un peu benêt, respectueux, poète, bref, moi par exemple.

La fille fait mine d'être séductrice. Si le benêt commence à répondre positivement, elle fait durer un peu la situation et puis c'est le moment du coup de griffe. Mais pas n'importe quel coup de griffe. Un coup de griffe culpabilisant le malheureux poète trop sensible et benêt. Soi-disant il aurait manqué de respect, même de façon imaginaire. Le but atteint est pour la fille d'inverser les rôles patriarcaux : l'homme d'ordinaire domine et maltraite. Là, c'est à la fille de dominer et maltraiter. Il s'agit d'une jouissance vaine, superficielle, perverse. Mais sans doute délicieuse pour celle qui en est l'origine et la bénéficiaire.

J'ai énormément souffert du « coup de Kamar » auquel j'ai eu droit à plusieurs reprises. J'avais le plus parfait profil pour en être la victime désignée. À présent quand on tente de me faire le coup, je fais mine de tomber dans le piégé. Je vais m'excuser sans insister tout en ricanant intérieurement. Il est d'autant plus difficile de m'avoir, que je n'attends rien. Quand on est en demande de caresses, de sexe ou d'amour on devient automatiquement débiteur et dépendant. Là je ne suis plus débiteur ou dépendant. De plus je me méfie de tous gestes qui pourraient servir à valider le coup de Kamar. Si une fille est belle, si séductrice apparaît-elle, j'éviterais soigneusement de commencer à y « mettre les mains ». Après avoir pris cette précaution, les reproches qui me seront faites seront des plus ridicules. Je ferais mine de les prendre au sérieux et ne m'en excuserais que plus vivement pour mon inconduite imaginaire, promettant qu'elle ne se reproduira plus. On le voit bien ici, la vie est quelquefois compliquée. Certains hommes et ici certaines femmes s'évertuent à la compliquer plus encore. Il n'y a pas de quoi s'en faire. Il vaut mieux en rire et réagir de façon adaptée.

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 septembre 2017

lundi 28 août 2017

851 Balivernes et saloperies à la mode

À lire quantité d'écrits sur Internet, le sexe serait une occupation ludique au même titre que jouer au volley sur une plage, aller au restaurant le samedi soir ou faire un tour de manège de chevaux de bois. L'objet à consommer serait l'être humain partenaire de ces jeux distractifs et sexuels.

Et nous n'aurions pas le choix ! Il faudrait en passer par là et très régulièrement, sous peine d'être moins intelligents, choper le cancer, etc. Si ! Si ! Je l'ai lu, il ne faut pas rire... C'est très sérieux. Notre bonheur en dépend !

Et puis, par ailleurs nous apprenons que les femmes sont généralement insatisfaites de ces jeux sexuels, craignent les agressions sexuelles et les viols, qu'il y a une multitude de séparations dont elles prennent le plus souvent l'initiative et qu'un nombre immense de personnes des deux sexes déclarent souffrir de la solitude. Avec parmi elles nombre de personnes jeunes et remplies de qualités.

Mais ça, ce serait par ailleurs et ça n'aurait pas de rapports avec le traitement de la sexualité comme une activité consumériste et purement jouissive. Alors qu'il est bien évident que les deux sont parfaitement liés. Croire que « faire l'amour » ou se brosser les dents c'est pareil. Ou que « faire l'amour » et manger un gâteau au chocolat c'est pareil, conduit à des désastres et malheurs innombrables dans la vie des gens.

Quand on se penche plus en détails sur les discours vantant le sexe léger et ludique, où chacun est la pute bénévole de l'autre, on constate une ignorance fantastique régnante.

L'éjaculation est baptisée « orgasme », alors qu'elle peut être décevante et même douloureuse pour l'éjaculateur. L'érection est assimilée au désir d'acte sexuel alors qu'elle ne signifie rien de tel la plupart du temps. La masturbation masculine dans un vagin est systématiquement assimilée au fait de « faire l'amour ». Le but patriarcal proclamé de la « sexualité » est l'éjaculation du monsieur dans la dame. Alors qu'une femme peut très bien jouir sans.

Quand depuis les années soixante du siècle passé on a parlé d'émancipation sexuelle de la femme, on l'a assimilé au fait que la femme drague comme un macho, doit se masturber comme un macho, aimer la pornographie comme un macho... Bref, le modèle que la femme « libérée » doit suivre, ce serait le macho... Et pourquoi le macho devrait-il être le modèle à suivre ? Sous le règne machiste ce n'est pas la joie. N'existerait-il pas d'autres façons d'agir, aimer et penser que celles du macho ?

Je lisais hier un article vantant sans détours le fait qu'il faudrait « faire l'amour » de préférence le matin plutôt que le soir. Passons sur les détails et remarquons le vrai motif inavoué et sous-jacent de ce discours. L'homme qui cherche systématiquement à se masturber régulièrement dans le vagin de sa partenaire en croyant ainsi « faire l'amour », finit par se heurter à la Nature. Il va alors avoir de plus en plus de mal à bander. Sans réaliser le motif de ce sain refus de son zizi qui renâcle aux travaux forcés, le baiseur furieux va se rabattre sur le matin pour retenter la chose. Pourquoi ? Parce qu'au réveil il arrive qu'il bande. Cette érection n'a rien à voir avec le désir d'acte sexuel. Mais qu'importe, il va la détourner et chercher à l'utiliser pour satisfaire son désir malade. Après avoir échoué la veille au soir du fait de son zizi mou, l'homme va réveiller sa copine. Déranger son doux sommeil réparateur pour recommencer ses exercices ineptes. Et créer ainsi un motif de plus pour la rupture et la séparation qui pointeront finalement leur nez pour remettre les choses en ordre. Le plus souvent l'homme, ahuri et déçu, n'y comprendra rien. Il se dira : « je faisais tout pour satisfaire ma copine au lit et à présent elle se casse ! C'est à n'y rien comprendre aux femmes ! »

Basile, philosophe naïf, Paris e 28 août 2017

dimanche 27 août 2017

850 « De toutes façons elles ne veulent jamais ! »

« De toutes façons elles ne veulent jamais ! » Ce fut le cri du cœur d'un dragueur professionnel aux multiples « conquêtes » auquel il y a des années je posais la question : « mais quand les femmes ont-elles envie de faire l'amour ? » Ce dragueur ignorait le phénomène de la parasexualité. Par pur et simple égoïsme il ne voulait pas voir que les femmes qui aiment les bisous n'ont pas nécessairement envie de baiser et rebaiser pour la satisfaction de leur « seigneur et maître ».

La parasexualité fait penser à la sexualité, c'est-à-dire à l'acte sexuel, mais en est détaché. J'en ai eu divers exemples. Ainsi cette étudiante des Beaux-Arts qui, quand je la rencontrais, m'embrassait à pleine bouche. Sans jamais pour autant avoir cherché autre chose. Pour nombre d'hommes ce genre de câlin s'assimile à un appel au coït. Résultat, les filles qui aiment les bisous sur la bouche vont le plus souvent s'abstenir.

Il en sera ainsi de milliards de câlins sacrifiés sur l'autel du renoncement pour éviter de se faire encombrer par les exigences sexuelles systématiques et malvenues des dragueurs en tous genres.

Comment une femme pourrait-elle envisager de dormir avec un homme sans risquer pour autant de « passer à la casserole » ? Résultat, elle dormira souvent plus volontiers avec son chien ou son chat qu'avec un homme.

Une dame divorcée et septuagénaire me disait récemment que le seul moment de sa vie où elle a réussi à dormir paisiblement c'est quand elle avait son mari auprès d'elle.

Allez expliquer à quelqu'un que vous souhaitez juste dormir avec lui ou elle ? C'est impossible. Et le dragueur professionnel cité au début de ce texte l'admettait ainsi : « dormir seulement avec une femme sans rien faire ? Certes, la première nuit d'accord, mais pas après. »

Au nom d'une « sexualité » sommaire, systématique et envahissante on nie et interdit la parasexualité.

Et quand une femme cherche une relation parasexuelle avec un homme, elle doit se débattre en permanence pour éviter de se plier à ses exigences sexuelles. C'est si difficile que finalement elle est en permanence sur la défensive. Bien des femmes ne témoignent jamais de leur tendresse naturelle, sauf avec des animaux ou des petits enfants. Les hommes sont disqualifiés par leur comportement.

Les grands perdants sont l'amour, la paix et l'harmonie. Mais qui s'en soucie vraiment ? Pour les femmes parvenir à autre chose que ce qu'elles vivent paraît impossible. Pour les hommes il n'existe pas autre chose.

Quand fort heureusement des situations meilleures que celles habituelles surviennent, elles ne risquent pas d'être trop connues. Je disais un jour à un ami que j'avais dormi sept nuits d'affilée dans le lit d'une amie jeune et jolie sans que nous ayons comme on dit « fait l'amour ». Il n'en croyait pas ses oreilles. D'autres fois j'ai rencontré des réactions similaires. Quand j'ai hébergé une jolie fille deux nuits de suite sans qu'il se passe rien, comme on dit, plusieurs amis ont émis des doutes quand je leur en ai parlé. Encore dernièrement une amie à qui j'évoquais le fait d'héberger quinze jours une jolie fille a « plaisanté » sur le fait qu'il ne fallait pas que je la mette enceinte. Cette plaisanterie exprimant en fait sa tendance à ne pas admettre qu'on puisse côtoyer ainsi une jolie fille sans faire des cabrioles sexuelles. Comme est fâcheux le sort subi par l'amour ou – et – la parasexualité ! La tendresse a hélas encore bien des jours difficiles devant elle.

Basile, philosophe naïf, Paris le 27 août 2017

849 Sexualité ou parasexualité

On connaît tous plus ou moins le célébrissime et très freudien « Complexe d’Œdipe » : le petit garçon souhaite posséder sexuellement sa mère et tuer son rival sexuel de père. Je n'ai pas rencontré toutes les variétés possible de comportements et admets que Freud a possiblement rencontré de tels petits garçons. Pourquoi pas ? Là où je m'inscris en faux contre lui, c'est quand il prétend généraliser ce mode de fonctionnement à l'ensemble des petits garçons de tous les temps et du monde entier, passé, présent et futur.

Déjà en considérant mon propre exemple. J'ai été élevé dans les années 1950 dans un milieu familial terriblement complexé et coincé sexuellement, où on ne parlait pas de ça à table. N'allant pas à l'école et n'ayant aucun ami, je ne risquais guère d'entendre parler de l'acte sexuel. Comment aurais-je pu rêver très petit pratiquer un acte dont je n'ai découvert l'existence que seulement vers l'âge de treize ou quatorze ans ?

Par ailleurs, pas du tout violent et jamais battu je ne me souviens pas avoir nourri des projets meurtriers à l'égard de mon père. Et j'ai bonne mémoire.

On objectera ce qu'on voudra pour démonter mon argumentation. Par contre il est une chose qu'on peut passer au feu de la critique : c'est l’interprétation que fait Freud de phénomènes qu'il aurait observé. Il déclare que l'homme qui pénètre avec son pénis le vagin d'une femme la possède. Mais en réalité il ne possède strictement rien. C'est là une interprétation culturelle qu'on peut suivre ou non. Quantité de traditions culturelles l'affirment et jusqu'au vocabulaire, mais cette « possession » est une vue de l'esprit. On l'a même inscrite dans la loi française : « Les époux se doivent soutien mutuel et fidélité. » Durant la cérémonie municipale et laïque du mariage civil, le maire déclare aux nouveaux mariés : « Je vous déclare unis par les liens du mariage. » Ces fameux « liens » relèvent également d'une vue de l'esprit. Il s'agit là de conventions destinées à garantir la filiation héréditaire pour la transmission des héritages.

Freud avance ensuite que si existe un rival, ici le père, le petit garçon veut le tuer. Il donne donc pour définition du rival l'objet d'une jalousie exclusive et meurtrière. Mais tous les hommes ne témoignent pas nécessairement d'une telle forme de jalousie. Et certains ne sont y compris pas jaloux du tout.

On dirait ici que Freud a attribué un comportement unique à des millions de gens différents qui ne suivent pas du tout forcément un même comportement. Il a aussi parlé de « sexualité enfantine ». Il s'est arrêté à des apparences et a généralisé là aussi à sa façon.

Certes, on voit de très petits enfants qui « se touchent » par exemple. Mais peut-on pour autant mettre cette activité circonstancielle et ponctuelle sur le même plan que le comportement adulte ? Un dragueur professionnel va passer des années et d'innombrables heures à chercher à « capturer » ses proies. Le petit enfant va se toucher puis passer à autre chose. C'est là une activité parmi d'autres et elle n'est pas plus importante pour lui que d'autres activités. Certes, elle ressemble un peu à ce que nous considérons comme étant la sexualité adulte. Elle ressemble seulement et n'en est pas l'équivalent. Dans ces conditions il est plus exact de parler de l'existence d'une parasexualité enfantine et pas du tout d'une sexualité enfantine. C'est essentiel pour comprendre les choses de tâcher de les définir au mieux. Cette parasexualité existe aussi chez les humains ayant atteint « l'âge adulte » et n'est pas sans conséquences importantes. Son existence est la plupart du temps niée alors qu'elle représente une part très importante du comportement humain. L'admettre remet très largement en cause l'existence même du patriarcat et de bien de ses aspects très envahissants.

Basile, philosophe naïf, Paris le 27 août 2017

samedi 26 août 2017

848 L'expérience est une lanterne qui n'éclaire que soi

La vraie philosophie est d'abord action puis réflexion. L'inverse est pauvre et limité. Si je déclare : « l'homme est un animal », ça reste une hypothèse. Si je vis une expérience qui me le démontre directement, naît ma conviction. Je vais prendre un exemple : la nudité est traitée dans la société où nous vivons comme érotique et sexuelle. En fait, l'état de nature, c'est-à-dire sans vêtements, n'est ni érotique, ni sexuel.

Nous pouvons nous répéter un million de fois : « l'état de nature n'est ni érotique ni sexuel ». Habitués au contraire par notre conditionnement, nous continuerons à ressentir le contraire. Il y a quatre ans j'ai décidé de prendre le taureau par les cornes. Aussi souvent que possible, sans choquer ni déranger personne, j'ai décidé que je serais à l'état de nature quand je suis seul. Durant trois années cet état m'induisait des pensées liées au sexe. Au bout de trois années ce fut terminé. J'en ai été délivré. On la voit, l'importance inestimable de l'expérience. En dépit des idées que je trouvais juste, j'ai mis trois années pour me débarrasser du conditionnement « nudité égal sexualité ». Il a fallut l'expérience et aussi la réflexion. Mais sans l'expérience vécue je n'y serais pas arrivé.

Depuis, une année a passé et n'a fait que renforcer ma conviction dans le sens de la complète neutralité de l'état de nature. Cependant je comprends très bien que les personnes qui m'entourent, elles, sont toujours conditionnées comme je l'ai été.

Elles ne risquent pas de me suivre si je témoigne de mon ressenti actuel. Elles n'ont pas passé comme moi trois années à se déconditionner. Ce déconditionnement a des effets intéressants. Se sentir à l'aise sans vêtements et sans être de ce fait envahi par des pensées « sexuelles » est un confort, un plaisir, une sérénité rares. Voir les jolies filles dans la rue comme autre chose que des objets sexuels, mais comme des êtres humains est certainement au moins en partie le résultat de cette pratique de l'état de nature.

La base première du succès de la pornographie est la sexualisation abusive de la nudité. Cette base enlevée, que reste-t-il ? Des comportements stéréotypés et mécaniques, des expressions et réactions remplies d'artificialité. Quand on s'est débarrassé de l'équation « nudité égal sexualité », la pornographie perd très largement son intérêt, tout effet excitant. Il apparaît absolument évident que les personnes qui se font filmer ou photographier s'ennuient et prennent la pose, parfois acrobatique. La seule chose qu'ils attendent et qui les motive, c'est leur chèque à l'issue de la séance photos ou vidéo. Par millions, les humains conditionnés consomment la pornographie en croyant y voir la sexualité. Il ne s'agit là que d'une caricature patriarcale à but lucratif. La base de la pornographie, c'est le patriarcat qui réduit les femmes à des domestiques dans lesquels l'homme se masturbe.

Se rapprocher de la Nature en nous n'est pas toujours très confortable. Aujourd'hui je me promenais dans Paris sous une chaleur très forte. J'ai souffert du fait de devoir porter des vêtements pour sortir de chez moi. A mon retour, remis en tenue naturelle et adaptée à la chaleur, il m'a fallut une heure au moins pour me retrouver à mon aise habituelle. En fait, quand on s'habitue à la tenue naturelle on se retrouve mal à l'aise habillé. La réaction inverse est beaucoup plus courante. Bien des gens ne se sentent à leur aise qu'une fois habillés. C'est le produit de leur conditionnement initié dès leur petite enfance. Je voyais récemment des petits enfants sur une plage. Tous étaient revêtus de leur tenue de bains. Ce qui signifie qu'à une époque de leur vie où ils ne connaissent pas grand chose de la vie on leur inculque d'office la honte de « leur corps ». Quand j'avais cinq ans, durant des vacances au bord d'un lac savoyard, je m'étonnais. Pourquoi existait pour moi l'obligation imposée par ma famille de porter une culotte de bains incommode mouillée et qui visiblement ne servait à rien ? La réponse hypocrite de ma mère fut : « c'est pour l'hygiène ».

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 août 2017

847 Le patriarcat derrière le masque de « la sexualité »

Le patriarcat règne partout depuis très longtemps et trouve à se déguiser et s'affubler de titres et légitimations grotesques tels que « la sexualité ». Soi-disant nous aurions là affaire au naturel, à l'inévitable et au bienvenu qui se résume en ceci : le but de la relation homme-femme est l'éjaculation du monsieur dans la dame et le recommencement inlassable de ladite opération. Au nom de quoi tout le reste n'est que « préliminaires » et autres domaines subordonnés à la sacro-sainte émission de sperme qui est prétendument synonyme d'extrême jouissance de l'homme, ce qui est rarement le cas. On ajoute aussi parfois que quand l'homme « honore ses conquêtes », elles jouissent. Mais pas que, certains machos déclaraient dans les années 1940 en France que « le sperme nourrissait la femme ». On se demande comment l'injection vaginale d'un produit essentiellement composé d'albumine, soit de blanc d’œuf, peut nourrir qui que ce soit.

Au nom de la « sexualité » on va proposer deux chemins possible. Le premier : l'homme « renonce à la sexualité ». Si on dit qu'il renonce, ça signifie qu'à priori il devait la pratiquer.

Le second chemin : l'homme ne renonce pas... Mais ce chemin est ici déguisé de multiples façons. On parlera ici soit de « fonder une famille », soit de « rencontrer l'Amour » ou « le Grand Amour », soit de draguer, soit de violer... Dans tous les cas on reste sur le même terrain : le but esr l'éjaculation du monsieur dans la dame, qui doit ensuite se reproduire « autant des nombreuses fois que l'homme désire et doit désirer le faire s'il est un homme ».

Un site Internet prétendument scientifique déclarait dernièrement que l'homme, pour rester en bonne santé, devait baiser vingt-et-une fois par mois. Pourquoi vingt-et-une ? Parce que les week-end il a mieux à faire ? Certains sites Internet prétendent légitimer la baise obligatoire parce qu'elle préviendrait le cancer de la prostate. Les femmes rétives aux jeux d'alcôve avec monsieur seraient dont des criminelles : elles ouvriraient la voie au cancer chez l'homme qu'elles rejettent. Il est permis de rire ?

Pour conforter le blabla patriarcal omniprésent qui résume la femme à un accessoire masturbatoire de l'homme, nous avons les sexologues et sexothérapeutes. Ces titres ne sont nullement réglementés en France. Si je voulais, je pourrais dès demain me présenter en qualité de « sexologue », aucune loi me l'interdit. Un certain nombre de personnes ne se gênent pas pour le faire. Dans les années soixante-dix du siècle dernier, un des plus fameux sexologues de l'époque a même signé un appel en faveur de la libéralisation des relations sexuelles entre enfants ou adolescents et grandes personnes. On peut donc dire ou écrire tout ce qu'on veut en se proclamant sexologue ou sexothérapeute. Personne ne viendra vous remonter les bretelles au nom d'une quelconque déontologie.

Là où le patriarcat va avoir du mal à continuer à imposer son discours falsificateur, c'est si, face à sa prétention d'hyper-sexualiser l'homme je réponds. Non pas : « à bas ou vive le sexe ! » Mais tout simplement : « je ne suis pas hyper-sexualisé . Je ne me reconnaît pas dans le portrait de l'homme que me propose la patriarcat. La vraie vie c'est autre chose ».

Et à la question : « mais alors que faites-vous ? » Je réponds : « place à la vie, tout simplement, dans toute sa richesse et sa diversité. Dehors les schémas piégés et piégeants qui ne conduisent qu'à des impasses ! Le sexe est subordonné au reste des relations humaines et non l'inverse, comme on le voit fréquemment proposé. » Par mesure d'hygiène on est prié de renoncer au patriarcat et se conformer à la réalité. En cherchant à se conformer au patriarcat l'homme devient une caricature. La femme tend alors à le rejeter. Faut-il s'en étonner ? C'est en corrigeant ses défauts patriarcaux que l'homme retrouvera le chemin de l'échange et de la tendresse. Chacun peut et devrait s'y employer.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 août 2017

vendredi 25 août 2017

846 L'art de ne pas faire ce qu'il y a à faire

Deux jeunes Parisiens, beaux, intelligents, gentils, sympathiques, cultivés, ayant de l'humour, et quantité d'autres qualités, indépendants matériellement ont chacun, qui s'en étonnerait ? Une copine jeune, jolie, etc, etc. Avec qui ils partagent chacun leur vie... Pardon ! Partageaient ! Les deux relations se sont terminées cet été par une séparation. Tout paraissait OK et tout est à présent terminé. Que font alors ces deux jeunes hommes ? Ils se disent qu'avec les atouts dont ils disposent ils vont trouver chacun une nouvelle copine. Et l'histoire va recommencer.

En aucun cas ces deux jeunes hommes ne se posent l'évidente question : « il y avait tout pour que ça marche bien et ça continue et ça s'est terminé, pourquoi ? » Non, ils ne se posent pas cette question. C'est fini avec Suzette ? Allons chercher Rirette !

Le motif de ces ruptures c'est le banc de sable sur lequel ces relations se déclarent : il s'agit de libertinage encadré. On « sort » avec une demoiselle. Puis, on décrète qu'on est « ensemble », ce qui signifie qu'on ne va pas « voir ailleurs » et on ajoute une adresse commune. La base de ces « relations » proclamées consiste à mettre son zizi dans la zezette d'une demoiselle avec son accord. Et de l'y remettre régulièrement. On le clame bien fort à tout son entourage et le tour est joué !

Là où le bât blesse, c'est que le « contrat » de ce genre de « relation » est de nature patriarcale. Les garçons vers l'âge de douze ou treize ans découvrent la masturbation masculine adulte comprenant l'éjaculation. Ils en deviennent accros. Et la pratiqueront régulièrement toute leur vie durant, ce qui signifie des milliers de fois en tout. Ils vont élargir cette pratique masturbationnelle à l'utilisation d'un ou une partenaire et se masturberont dedans, croyant souvent ainsi « faire l'amour » et satisfaire l'autre. La cause à terme de nombre de séparations, c'est l'incroyable insistance des garçons pour parvenir à se masturber dans un ou plusieurs des orifices naturels de l'autre.

J'ai fait partie du troupeau des ânes masculins hyper-sexualisés. J'ai pris conscience tardivement de ce problème. Durant très longtemps je croyais de bonne foi qu'il me fallait absolument trouver une « partenaire sexuelle ». Cette incommensurable ânerie patriarcale m'a conduit d'échecs en échecs avec les filles. Puis un jour tout parut aller bien avec une fille. Et, au bout de deux ans de Paradis j'ai connu deux années et quatre mois d'enfer. J'ai cherché à comprendre pourquoi. La piste s'est ouverte pour ma compréhension, quand, parlant avec mon ex, elle me dit qu'au fond elle n'avait jamais voulu jouer au petit train avec moi. Et m'interrogeant moi-même j'en conclu que moi aussi je n'avais jamais voulu jouer au petit train avec elle. Alors pourquoi avoir poursuivi la quête imbécile de l'harmonie sexuelle en faisant ainsi les cons ? La réponse est que nous nous sommes pliés à l'immonde patriarcat qui prétend qu'on doit faire ces choses quand elles sont « techniquement possible » même quand on n'en a pas envie. Et comment en était-je arrivé à un pareil comportement ? Quand à l'âge de vingt-deux ans ma famille et le médecin de famille m'ont manipulé pour me jeter dans les bras d'une vague copine. Tout ceci afin de me « déniaiser ». Ce fut une sorte de viol social où je me résignais à « en passer par là » sans réaliser dans quelle voie tordue cela m’entraînait. J'ai mis quarante-trois ans pour en sortir et m'extraire de cet impasse où d'innombrables individus se retrouvent coincés.

Les deux jeunes hommes dont je parle au début de ce texte sont toujours pris dans cette impasse. Si sympathiques soient-ils ils restent persuadés malgré tout qu'une jolie fille ce n'est pas d'abord une jolie fille, mais c'est d'abord un orifice où on met sa queue. Et même si nombre de filles acceptent d'incarner ce rôle, à la longue elles en ont marre, d'où rupture. Il faut s'interroger sur son propre comportement, sur ce qui ne va pas dans celui-ci, pour sortir du cycle des relations-ruptures. Mais pour ça il faut le vouloir. Nombreux sont les hommes qui refusent de le faire. C'est très dommage.

Basile, philosophe naïf, Paris le 25 août 2017

mercredi 23 août 2017

845 L'art de déstabiliser « la pensée unique »

Je connais une jolie fille. Et remarque que d'autres hommes que moi, qui ne connaissent que son aspect morphologique la résument à celui-ci. Ce n'est pas pour eux un être humain, mais un outil potentiel pour se masturber dedans. C'est odieux et ridicule. D'autant plus que ces hommes ne sont pas les plus arriérés qui soient. Réagir comme eux c'est se soumettre à la pensée unique, qui fait des hommes des êtres hyper-sexualisés. Soi-disant, si un homme rencontre une jolie fille qu'il ne connaît pas, il doit forcément chercher à se masturber dedans. Ce qu'abusivement on baptise « faire l'amour » et qui n'est le plus souvent en fait au mieux qu'une double masturbation combinée.

La pensée unique dit que l'homme étant hyper-sexualisé doit agir ainsi. S'il ne le fait pas, c'est pour diverses raisons. Hyper-sexualisé il ne trouve pas la fille à son goût. Ou il lui est interdit de l'utiliser ainsi à cause d’interdits juridiques, moraux ou – et – religieux. Ou il ment, feint de ne pas être intéressé. C'est une ruse utilisée pour arriver à ses fins. Ou il souffre de problèmes psychologiques qui le font reculer et renoncer à ce dont il a envie. Ou il est intéressé par un autre genre de partenaires. Il est par exemple attiré par les garçons. Ou il a d'autres pratiques sexuelles, par exemple : c'est un libertin qui pratique des orgies et n'est pas intéressé par « une simple aventure ».

Dans tous les cas, il reste toujours défini par la pensée unique comme « hyper-sexualisé ». Là, on peut, et à mon avis on doit, déstabiliser ladite pensée unique. Au lieu d'entrer dans un vaste débat sur les pratiques sexuelles bienvenues ou pas, il faut tout simplement affirmer la simple vérité : l'homme n'est pas naturellement hyper-sexualisé. C'est le résultat d'un conditionnement qu'exprime la pensée unique. Et suite à mon évolution et ma prise de conscience critique je n'y suis plus ici subordonné. Le résultat d'une telle évolution est très intéressant.

Elle permet d'ouvrir un champ de recherches et réflexions pour une véritable relation équilibrée entre l'homme et la femme et entre les hommes et entre les femmes. Il tourne le dos à quantité de chemins d’égarements et de recherches de problèmes divers et variés. Recherches qui m'ont fait dire : « de nombreux humains font de grands efforts pour s'attirer des ennuis... et leurs efforts sont récompensés ! » La femme cesse d'être de facto un gibier et l'homme cesse d'être un chasseur.

Ce qui peut mettre mal à l'aise y compris les victimes désignées de cette chasse. Car elles se retrouvent soudain dans des conditions où leur rôle habituel de fuir ou se défendre perd son sens. C'est le vide, l'inconnu. Et le vide et l'inconnu font souvent plus peur que l'inconfort habituel.

Quand j'ai fini par me dire que tout le problème venait de la prétention à l’hyper-sexualisation inévitable et naturel de l'homme, j'ai pensé aussi : « si j'exprime cette manière de voir on ne va pas me croire. C'est impossible ! »

Les hommes effectivement ne me croient pas, car ça les remettrait en question. Ils sont habitués à leur petit confort patriarcal. Fiers, ils se disent chacun de leur côté : « moi, je suis un grand chasseur de femmes ! », même si la plupart du temps ils reviennent de leur chasse bredouilles. Se dire qu'il faut renoncer à ce comportement stupide et établir des relations simples, équilibrées et responsables avec les femmes leur déplaît absolument. Car ils ne sont plus alors « les seigneurs et maîtres ». Les femmes elles, pour le peu que j'ai pu voir, sont beaucoup plus à l'aise avec le renoncement à la prétention à l'hyper-sexualité masculine inévitable et naturelle. Cependant, le caractère inhabituel de la situation que ce renoncement entraîne ne les met pas forcément à l'aise. Une amie insiste pour me dire que non, ce n'est pas possible ! Selon elle je serais comme tous les hommes, mais mes problèmes m'auraient amené à inventer des théories pour justifier ma fuite et mon renoncement. Mon attitude en soi la dérange alors qu'elle n'a aucun désir d'avoir une aventure avec moi.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 août 2017

dimanche 20 août 2017

844 Réflexion sur l'origine du formatage sexuel humain

Quand on rencontre ce qui apparaît comme « un couple », on en déduit automatiquement un certain nombre de choses que ce « couple » est sensé faire et vivre. Et éviter de faire ou vivre. Nous avons un regard formaté sexuellement. Par exemple nous nous dirons : « ils sont jeunes et donc font l'amour souvent », ou : « ils sont heureux donc ils sont fidèles ». Alors que nous ne savons rien de leur vie intime. Et qu'il existe des couples qui ne font jamais l'amour et d'autres qui sont plus ou moins « infidèles », voire libertins. Pour assurer notre « bonheur », mot qui ne veut pas dire grand chose et est composé de « bon » et « heure », nous croyons généralement aussi à des situations formatées. Il « faudrait » rencontrer « l'amour »... Et si nous n'y arrivons pas, nous aurons « raté notre vie ». Alors qu'il existe de multiples façons de la réussir dont beaucoup n'ont rien de « sexuel ». Notre cerveau est encombré par une masse de données pas toujours utiles et même des fois carrément nuisibles, qui prétendent nous indiquer la juste voie à suivre. Et quand nous n'y arrivons pas, que nous reste-t-il à faire ? Pleurer sur « notre triste sort » ?

Par exemple : je connais des familles classiques et visiblement heureuses. Mariées, avec enfants, beaux, sympathiques, équilibrés... elles ont tout du visage du bonheur. Très bien et je m'en félicite ! Mais à côté je rencontre aussi une multitude de personnes qui ont cherché ce bonheur-là et ne l'ont pas trouvé. Et, arrivés à un âge où fonder une famille n'est plus réalisable que leur reste-t-il à faire ? Pleurer sur la dureté de la vie ? Non, la réussir autrement et c'est parfaitement possible. Par exemple : aimer son prochain ne nécessite pas de l'épouser. Et être utile aux autres peut apporter de très grandes satisfactions, de même que par exemple peindre, dessiner ou méditer.

C'est en cherchant à formater notre vie que nous la rendons souvent invivable en niant la recherche de la compréhension des choses et l'originalité de notre chemin. Il n'est absolument pas certain, par exemple, que nous soyons tous potentiellement de « bons pères » ou « bonnes mères » de famille. Il est très possible que certains d'entre nous ont plus pour « vocation » de rester célibataires. Que cet état leur convient sans pour autant être des monstres. Et que s'ils y parviennent ils auraient tort d'avoir des regrets. Dire ça, c'est déjà déranger beaucoup de personnes qui voudraient que nous soyons tous des espèces d'êtres identiques.

Quand j'avais vingt-et-un ans les filles me plaisaient, m'attiraient, mais je n'avais aucun désir de « faire l'amour ». Ma famille n'a pas apprécié. M'a manipulé et jeté dans les bras d'une vague copine pour y mettre « bon ordre ». Je me suis plié à ses diktats. Ça m'a dérangé durant au moins quarante ans. On m'a formaté. J'ai fini par me déformater et admettre une très simple vérité : on peut aimer une agréable et jolie personne sans mélanger les zizis. Mais d'où vient ce concept aberrant qui prétend que si on aime, dans certains cas, certaines situations, on doit mélanger les zizis ?

Les humains ont inventé l'amour non sexuel, où on peut désirer ou pas mélanger les zizis, et on ne doit absolument pas le faire. Et le sexe sans amour, où on peut désirer ou pas mélanger les zizis, et on doit absolument le faire.

Cette violence contre leur instinct naturel, les humains l'ont justifié, encensé, imposé au nom d'un tas d'inventions : des légendes, lois, interdits obligations, traditions, tabous divers.

On pensera ce qu'on veut du bon ordre ou pas ou de la légitimité ou pas qui en ressort. Cependant il paraît sûrement intéressant pour se situer et comprendre de se poser la question de l'origine de cet état général. État général qui a d'innombrables conséquences.

La raison du formatage sexuel des humains est la transmission de l'héritage matériel. Sans filiation, pas de transmission possible. Dans certaines sociétés himalayennes les femmes épousent simultanément leur mari et ses frères. Motif : il y a si peu de terres cultivables qu'on évite ainsi de trop les diviser par la multiplication des mariages masculins. La filiation est ainsi réduite : tous les enfants d'une même épouse et de plusieurs hommes étant considérés comme d'une filiation certes collective mais unique. C'est paraît-il ainsi que ça se passe.

Mais comment contrer l'instinct naturel des humains pour imposer des règles assurant la transmission de l'héritage ? Trois moyens seront mis en œuvre :

Le sevrage tactile qui va assurer un conditionnement destiné à durer la vie entière. Dès l'âge de quatre ans environ, le petit humain n'est plus caressé, touché, il devient « grand ». Il va se laver et s'habiller seul. Et rester habillé devant les tiers, etc. Ainsi on établit une barrière entre « le corps » indocile et « l'esprit » supérieur à suivre. Esprit qui commandera par la suite de suivre les règles morales sociétales. Parmi celles-ci on trouve le fait de devoir cacher « son corps » ou tout au moins certaines parties de celui-ci, vouées comme par hasard à la reproduction et donc impliquées dans la transmission des héritages. Et cet état de choses est d'abord organisé par un sexe contre l'autre.

Car c'est là qu'intervient une très ancienne institution créée par les humains : le patriarcat. Celui-ci assigne à la femme un rôle inférieur, subordonné. Elle n'est plus pour la tradition patriarcale la compagne de l'homme, mais juste son objet reproducteur esclavagé. Dont le travail maternel et domestique imposé n'est ni reconnu, ni rémunéré. C'est sensé être son devoir et c'est tout.

Pour conforter cette situation, la réputation qui sera faite à la femme sera celle d'une personne difficile à contrôler, fausse, menteuse, tentatrice, pousse au viol, scandaleuse.

Tous ces phénomènes ne seront pas analysés par la plupart des humains qui suivront leur conditionnement sans se poser trop de questions. J'observe par exemple les hommes qui, apercevant maintenant à Paris une très jolie jeune fille, sont amenés à la considérer non comme un être humain, mais comme un objet. Ils ne s'interrogent pas sur la barbarie de leur point de vue. Pour eux, si une jeune fille est très belle, c'est juste un objet à consommer. Ils ne comprennent pas non plus quand ledit « objet à consommer » refuse de remplir ce rôle. Et l'accusent alors de toutes sortes de défauts alors qu'il s'agit simplement de la plus simple exigence du respect de soi.

Notre société parisienne qui se vante d'être « évoluée » est très souvent très éloignée d'une vision équitable et harmonieuse de l'homme et de la femme. Certes il a été fait des progrès, y compris heureusement chez beaucoup d'hommes. Mais l'analyse globale de la situation fait très souvent défaut. Et les contradictions abondent.

Par exemple j'observais il y a une vingtaine d'années un groupe d'amis. Parmi eux il y avait un macho et dragueur puissance dix. Il se comportait avec une très grande violence morale vis-à-vis d'une jeune fille du groupe. Celle-ci à un moment-donné pleurait. Les autres personnes faisant partie du groupe d'amis n'étaient pas particulièrement machos, mais considéraient la situation comme absolument normale. Aucune n'allait consoler la jeune fille.

Dans quantité de situations on voit comme ça de bien braves gens, pas toujours très intelligents, arrêter de réfléchir. Ainsi à Paris dans les années 1970 : je vois un attroupement près d'une voiture en stationnement. M'approche et constate que dans la voiture il y a une dame qui fait un malaise. J'interpelle les présents et leur dit : « il faut appeler les pompiers. » La réponse que j'obtiens d'un des présents, je m'en souviendrais toujours : « mais son mari ne sera peut-être pas d'accord. »

Notre société a évolué depuis cinquante ans, quand les femmes n'avaient pas le droit d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de leur mari. Mais elle est encore très loin de l'harmonie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 août 2017