samedi 9 décembre 2017

876 Un témoignage vivant sur la fête parisienne en 1908

CHRONIQUE
On a Dansé

Jeudi dernier, il y a eu quantité de bals masqués et parés. Que de souvenirs pour les uns, que de regrets pour les autres! Il est de mode, de nos jours, de prendre un ton larmoyant en parlant des bals de Carnaval, ceux qui se sont le plus amusés à ces bals et s'y amuseraient encore — l'herbe tendre s'offrant — sont les premiers à parler de ces bals comme ils parleraient des trépasses. Je crois qu'Horace a surtout pressenti les pleureurs de ce genre quand il a parlé de ces fameux laudateurs du temps enfui. Ma foi ! je ne tomberai guère dans ce travers. J'ai été souvent dans des bals masqués, je ne m'y suis jamais ennuyé, comme il est bon ton de l'affirmer. J'aime à emplir mes oreilles du tapage enivrant de l'orchestre déchaîné, régaler mes yeux dû spectacle amusant et varié des masques, des dominos, des costumes, des contemporains circulant gaiement dans les salles, promenoirs et pourtours, et aussi je prends plaisir à deviner, sous l'écran du loup, la flamme de doux yeux noirs surpris au passage.

Voulez-vous savoir pourquoi tant de gens prétendent s'être ennuyés à ces bals? C'est qu'ils y portent l'ennui, les tracas, les préoccupations qui sont leurs compagnons ordinaires durant les étapes de la vie. Pour s'amuser dans ces bals, comme ailleurs, comme partout, il convient d'être délesté des soucis. Si vous ne laissez au vestiaire vos tourments, vos douleurs peut-être, ce poids mort fera mourir toute gaieté autour de vous. Le plaisir n'est pas dans les joyeusetés extérieures, il est en nous. La joie est comme bien des choses, affaire de volonté. Il n'avait pas tout à fait tort, le personnage de l'opérette qui s'écriait : « Soyons gais, je le veux ! » Si vous êtes incapable de cet effort, et si vous n'en sentez nullement la nécessité, que diable allez-vous faire dans ces bals? Restez chez \vous, camarade. Il n'est pas absolu nécessité de passer un habit noir et d'aller, à l'heure où les bougies sont souillées, s'écarquiller les yeux sous le flamboiement des lustres. Pourquoi s'évertuer à considérer des chicards ou des bohémiennes quand les paupières demandent à être closes et que les prunelles intérieurement s'ouvrent sur les féeries compliquées du rêve? A quoi bon chercher le bruit quand on désire dormir. Vous avez sommeil, couchez-vous. Les bals ne sont pas faits pour ceux qui attendent le marchand de sable.

Comme aucune loi de notre pays n'oblige les contribuables à verser un louis ou un demi pour contempler toute une nuit des habits noirs gravement entraînés dans une promenade giratoire, ou des déguisés tricotant des jambes au milieu d'un cercle ironique et enthousiaste, on se demande pourquoi tant de nos contemporains persistent à aller au bal, tout en déclarant s’y embêter à mort. Si tous ces croque-morts là restaient chez eux, le bal n'en serait que plus gai. .Malheureusement, il est impossible de retenir ces porte-mélancolie. Avec résignation, comme s'il s'agissait d'un devoir de famille, d'une corvée pénible, le soir de Carnaval venu, ils endossent l'uniforme noir et. vont étaler leur morne incuriosité dans les couloirs et au foyer. Ils se montrent désespérés d'avoir été au bal masqué et se trouveraient désolés de n'y avoir point été. Ils semblent être de service, et prennent en regardant passer les dominos en quête, des altitudes de factionnaires subissant la discipline tout en maugréant tout bas contre la consigne. Le moyen de s'amuser quand on est dans ces dispositions-là ! Encore une fois, que viennent-ils faire aux bals et pourquoi se donnent-ils tant de mal pour s'ennuyer au son de la musique, alors qu'il leur serait si facile de cuver leur désenchantement chez eux ?

Tout le monde heureusement ne s'ennuie pas à ces bals toujours pittoresques et vivants. Sans parler de l'introuvable imbécile, que Dumas seul a pu découvrir cherchant une Francillon, au bal de l'Opéra et la trouvant, tous ceux qui ne sont point blasés sur les grandes assemblées joyeuses, tous ceux qui aiment le chatoiement des étoiles, le scintillement des lumières, le contact enivrant des femmes inconnues qu'il aime une seconde et avec la sensation charmante et irritante qu'elles ne sauront jamais qu'on les a aimées, désirées, et aussi les rencontres de vieux amis, les effusions cordiales dans la liberté du bal, et par dessus tout la présence des cuivres et des violons faisant rage dans l'orchestre, tout cela présente en somme un plaisir peu délicat sans doute, mais qui a sa justification dans la nature double de l'homme qui n'est pas un pur esprit.

Le bal masqué a aussi sa philosophie, Gavarni, moraliste amer et caricaturiste joyeux, n'a-t-il pas formulé l'une des plus hautes observations sociales, quand, montrant tout ce. peuple animé qui s'agite dans la salle et bondit sous le fouet de l'orchestre, troupeau affolé, troupeau affamé aussi, il fait s'écrier un débardeur penché sur l'appui d'un balcon : « Y en a-t-il des femmes!... Et dire que cela mange tous les jours... C'est ça qui donne une crâne idée de l'homme... »

Le bal masqué n'est pas lieu de plaisir pour tout le monde. Mais il est à présumer que ce n'est pas cette considération philosophique qui empêche nos contemporains de s'amuser au bal. Bien au contraire, les philosophes dans les bals sont gens d'humeur accommodante. Ils supportent les choses et prennent les gens comme ils sont, les plaisirs comme ils se présentent. Il est même à remarquer que pour certains esprits, l'Opéra est le lieu le plus favorable du recueillement philosophique. Je vous engage, à l'occasion, à y venir faire une petite retraite. Le bal et la gaieté ne sont pas aussi morts qu'on le dit en France : c'est un bruit que les imbéciles et les culs-de-jatte font courir. Ne les écoutez pas.

Étienne Seurette.

Éditorial de l'hebdomadaire La Rampe, écrit par son rédacteur en chef, 29 mars 1908 (dimanche suivant le jeudi de la Mi-Carême 26 mars 1908), retrouvé par Basile sur le site Internet Gallica le 5 décembre 2017.

vendredi 8 décembre 2017

875 Les méfaits de la mythologie sexuelle masculine

Notre société française et parisienne et certainement la société d'autres lieux aussi, souffre du désordre et des incidents créés par la mythologie sexuelle masculine. Il s'agit de conceptions fausses qui ont la vie dure et causent des dégâts considérables et variés. Je distinguerais ici trois ensembles de mythes sexuels masculins : les mythes liés à l'érection, les mythes liés à la copulation en général et les mythes liés à l'éjaculation en particulier.

Les mythes liés à l'érection font de celle-ci un événement extraordinaire, un phénomène préludant systématiquement ou devant préluder systématiquement l'acte sexuel, et ceci de façon impérative. Il faut démonter soigneusement ce tissu d'âneries. L'érection n'a absolument rien d'extraordinaire. Elle consiste en l'emplissement sanguin de structures du pénis au nom suggestif de « corps caverneux ». Ce phénomène allonge, durcit et dresse le membre. Il peut survenir pour quantité de raisons qui ne signifient la plupart du temps en aucun cas l'urgence impérative de la copulation.

Quand survient une érection, la pire erreur est de la conduire à la copulation quand celle-ci n'est pas effectivement désirée. Ce comportement très répandu qui conduit non pas à l'acte sexuel, mais à une masturbation réalisée dans un orifice naturel, amène l'excès de copulations et de recherches de copulations. Une des conséquences et non des moindres est la surpopulation. Car une grossesse peut toujours intervenir en cas de copulation, qu'elle soit authentiquement désirée ou non.

Un mythe sexuel masculin dévastateur et qui a la vie dure est celui de la jouissance suprême masculine automatique et assimilée à l'éjaculation, de préférence dans un orifice naturel. Ce mensonge est souvent cru par les femmes, car l'éjaculation s’accompagne d'accélération de la respiration masculine y compris quand la jouissance est des plus minimes, voire nulle, voire remplacée par de la souffrance. Les hommes qui croient très souvent aussi à ce boniment de la jouissance suprême et automatique éjaculatoire masculine vont connaître l'insatisfaction. Celle-ci pourra les conduire à des recherches bizarres, l'incapacité d'aimer et aussi de s'aimer soi-même.

Tout un commerce frauduleux naîtra de cette insatisfaction. Certains commerçants sans scrupules prétendront résoudre le problème imaginaire ressenti. Ils proposeront la prise d'aphrodisiaques tous plus factices les uns que les autres. Par exemple ils préconiseront la consommation de poudre d'écailles de pangolin ou de corne de rhinocéros. Cette corne et ces écailles sont composées de kératine, la même substance qui forme nos ongles et nos cheveux. Leur accorder un pouvoir magique rappelle la pratique jadis d'ingérer comme médicament de la poudre de perles dissoute dans du vinaigre. Voire pire, l'ingestion de perles rouges de cinabre, qui n'est rien d'autre que du sulfure de mercure d'une belle couleur rouge. Sa consommation en guise de médicament d'immortalité coûta jadis la vie au premier empereur de Chine.

Mais les mythes sexuels masculins créent sans doute plus de nuisances que la disparition des rhinocéros ou des pangolins victimes des fabricants de pseudo-aphrodisiaques. La recherche aveugle du profit et de la richesse matérielle ne serait-elle pas une compensation de l'insatisfaction ressentie du fait du manque de la mythique jouissance suprême masculine automatique ?

Mettre au jour les mythes sexuels masculins conduit progressivement à une sérénité indéfinissable pour ceux qui ne la connaissent pas. On « retombe sur ses pieds ». On retrouve son bon sens enfantin. On laisse de côté la course aux mirages... D'une certaine façon renoncer aux mythes sexuels masculins, à la frénésie, aux obsessions et divagations que leur croyance entraîne, n'amène rien de particulier. Et en même temps quelque chose d'original par sa rareté : l'oubli des recherches sans issues et déceptions inévitables causées par la croyance dans le Père Noël Cupidon.

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 décembre 2017

lundi 4 décembre 2017

874 Beau

Beau comme une femme
Qu'on a croisé
Et qui s'éloigne.
Et qu'on regarde s'éloigner
En admirant
Le mouvement souple et régulier
De ses jolies jambes
Gaînées d'un collant noir,
Sa silhouette fine,
Sa nuque lointaine,
Et son je ne sais quoi
Qui vous a charmé
Quand vous l'avez croisé.

Basile philosophe naïf,
Paris le 4 décembre 2017

lundi 27 novembre 2017

873 Conséquences de la non reconnaissance du travail féminin

Quelles sont les conséquences de la non reconnaissance par les hommes du travail gestationnel, maternel et domestique des femmes ? Elle tend à ransformer les femmes en ventre calculateur et sexe mendiant... Car leur désir d'enfanter se heurte à la violence du refus masculin de reconnaître, très bien rémunérer et donner une retraite en or massif aux femmes pour ce travail essentiel.

Quand une femme envisage une relation privilégiée dite « d'amour », « conjugale », « de mariage » avec un homme, elle est bien forcée de se demander si l'homme assumera sa tâche d'époux et père. L'avenir et la sécurité des futurs enfants en dépend. On ne saurait reprocher à la future mère possible de mesurer précisément les conséquences de son choix sur le sort de sa future progéniture.

Les rêveurs et les poètes, les amoureux de la fantaisie seront exclus d'office. De plus, la potentielle future mère va s'inquiéter de l'horloge biologique qui lui assigne un délai au delà duquel elle ne pourra plus enfanter. On est ici très loin du romantisme.

Une mère un jour m'exprimait sa satisfaction d'avoir eu un enfant avec un homme violent et macho dont elle a du par la suite se débarrasser en le mettant dehors et divorçant. Le fait qu'il était violent et macho et qu'elle ait du l'éliminer de sa vie était pour elle secondaire. L'essentiel était d'avoir réussi à devenir mère.

Une amie qui me disait vivre un parfait amour avec un homme me disait un jour l'avoir quitté. Motif : il ne savait pas tenir un budget. « Mais tu me disais être amoureuse de lui, » lui ai-je fait remarquer. « Tu sais, on dit ça... » m'a-t-elle répondu. Son projet était d'avoir des enfants. Par la suite elle a réalisé son plan avec un autre homme. Ce ne sont pas là des histoires d'amour entre amoureux, mais des histoires de ventre. C'est très peu romantique.

La non reconnaissance et non rémunération du travail gestationnel, maternel et domestique conduit quantité de femmes à dépendre matériellement de l'autre sexe, de leur compagnon. Le sexe féminin devient alors le sexe mendiant.

Je disais un jour à une sympathique jeune fille : « mais si tu es amoureuse d'un jeune homme qui n'a pas d'argent, qui est pauvre et va le rester, tu le quitte ? » Elle a hésité un instant pour me répondre et puis m'a dit oui.

Pour nombre de femmes l'amour c'est important et agréable, mais c'est juste un plus. L'essentiel est ailleurs. Peut-on leur reprocher leur matérialisme intéressé ? Non, c'est aux hommes qui les mettent dans une situation de dépendance matérielle qu'on peut reprocher de créer cette situation.

Certes, de nos jours bien des femmes travaillent aussi à l'extérieur de leur foyer et gagnent de l'argent. Mais le poids des traditions reste bien présent. On ne se débarrasse pas en un siècle ou deux de l'empreinte de phénomènes qui duraient depuis de très nombreux milliers d'années.

Encore de nos jours si une femme reste à la maison s'occuper de son foyer et de ses enfants et ne gagne pas d'argent à l'extérieur, ça ne choque personne. En revanche si un homme est « entretenu » par une femme, c'est très mal vu. C'est « un gigolo ».

Pour justifier la recherche d'un compagnon qui a de l'argent, les femmes intéressées avancent pour motif qu'elles ne veulent pas avoir « un mari qu'elles devront entretenir ». L'argent ne les intéresse pas, ce serait juste une question morale.

Basile, philosophe naïf, Paris le 27 novembre 2017

dimanche 26 novembre 2017

872 La première des violences faite aux femmes

La première des violences faite aux femmes c'est de refuser de reconnaître leur travail gestationnel, maternel et domestique et ne pas le rémunérer. Toutes les autres violences viennent de là. Si les femmes disposaient des moyens matériels correspondant à la juste rémunération de leur travail elles auraient tôt fait de renforcer, développer ou créer les services de protection dont elles ont besoin. La prostitution fruit de la misère sociale des femmes disparaîtrait ainsi que la prostitution iconographique représentée par la pornographie. Si tant de femmes acceptent de servir la pornographie c'est parce qu'elles souffrent du manque de moyens matériels.

Une femme qui prête son ventre pour une gestation pour autrui est rémunérée. Une femme qui attend son enfant ne reçoit rien comme rémunération correspondant à ce travail. Une assistante maternelle qui élève les enfants des autres est payée. Une mère qui élève ses enfants c'est... du bénévolat. Une femme qui fait le ménage chez les autres est payée. Une mère de famille qui range la maison familiale, prépare à manger, fait les courses, gère le budget de la famille ne reçoit rien pour son travail.

Quand le travail gestationnel, maternel et domestique n'est pas payé, c'est parfois la misère, qui fait souffrir la mère et ses enfants.

A la non reconnaissance du travail gestationnel, maternel et domestique, à sa non rémunération, à l'absence de retraite correspondante, s'ajoute une autre injustice. Le non accès à la qualification professionnelle ou sa non reconnaissance s'agissant du travail effectué par la femme en dehors de la maison. Un des aspects de la non reconnaissance de la compétence professionnelle des femmes est le fameux « plafond de verre ». Il interdit l'accès des femmes aux postes importants de responsabilités professionnelles.

La première des violences faites aux femmes est-elle reconnue par les politiques ? Non, ils font de beaux discours pour dénoncer la violence physique directe faite aux femmes mais pas celle-là. Sont-ils inconscients, indifférents, cyniques ? On peut hélas se poser la question.

Les discours c'est très joli. Mais les actes consistant à donner deux semaines à tous les employeurs pour mettre à niveau les rémunérations des femmes avec celles des hommes pour un travail et une qualification correspondantes, sous peine d'une terrible amende... C'est pour quand ? Pour la saint Glinglin,.

Quant à la reconnaissance et la rémunération du travail gestationnel, maternel et domestique des femmes et le droit à la très généreuse retraite correspondante, on n'en parle même pas. Les politiciens qui parlent de la défense des femmes et ne parlent pas de ça passent à côté de l'essentiel.

C'est vrai, les hommes ont des problèmes. Quand ils arrivent à l'âge de treize ans environ, ils découvrent la masturbation masculine adulte, c'est-à-dire comportant l'éjaculation. Ça deviendra leur principale activité. Ils vont se masturber des milliers voire des dizaine de milliers de fois au cours de leur vie adulte. Et n'en parleront jamais. Ils vont chercher aussi à se masturber dans des orifices naturels qui pourront être féminins. La sexualité des hommes réglée ainsi sera harceleuse et frénétique. Ils deviendront des emmerdeurs. Et comme ils refuseront de reconnaître le travail gestationnel, maternel et domestique des femmes, ils chercheront à leur faire connaître l'esclavage domestique. Ce sera leur arme pour imposer aux femmes de leur servir de branloirs. Reconnaître, rémunérer et accorder une retraite s'agissant du travail gestationnel, maternel et domestique des femmes, voilà le premier pas pour anéantir les violences faites aux femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris, le 26 novembre 2017




mardi 21 novembre 2017

871 Un argument démagogique classique

Quand une théorie scientifique paraît minoritaire, nouvelle, hérétique, vient l'argument massue pour éliminer toutes discussions : « la majorité des scientifiques pensent autrement. » Quel bel argument ! Il fut un temps où la majorité des savants croyaient la terre plate. Ou bien étaient persuadés que la terre était au centre de l'univers et le soleil tournait autour.

Alors, on vote pour savoir si la terre est plate ? Les scientifiques vont décider. C'est à la majorité simple ou à celle des deux tiers ?

Quand en 1983 je demandais son avis à un vulgarisateur du palais de la Découverte sur une théorie de l'univers que j'avais imaginé, sa réponse fut en particulier : « les scientifiques ne se posent pas comme ça la question. » Comme ce sont « les scientifiques », l'autorité a parlé. Il ne reste plus qu'à se taire et s'incliner, oublier ses idées et renoncer à en discuter. Ce jour-là ce fut le prestige des scientifiques qui s'est considérablement réduit en moi.

Dans les années 1980 je suis tombé sur un livre où toute la première partie prenait la défense d'un médicament, l'allergine, extrait du bacille de Koch par un médecin français en 1903. La seconde partie du livre était consacrée à la polémique opposant les partisans des conclusions théoriques de deux scientifiques français : Antoine Béchamp et Louis Pasteur.

La première partie retint mon attention. Et comme il était dit que l'allergine avait été très injustement retiré de la vente en 1958, l'envie me vint d'en parler à des médecins ou des pharmaciens. Sans prétendre donner un avis sur l 'efficacité de ce remède, inciter à s'y intéresser.

Et si cette allergine permettait de soigner des pathologies nouvellement apparues depuis 1958, comme le SIDA ? J'en parlais autour de moi ; On me rit au nez. Pensez ! Un artiste peintre diplômé des Beaux-Arts qui se mêlent de parler de science médicale ! Je passais plusieurs années à me faire ainsi à chaque fois rembarrer. Finalement, il y a vingt ans je me retrouvais inquiet pour une amie pour laquelle on avait prescrit de l'haloperidol. Ce puissant neuroleptique avait servit de camisole de force chimique et de moyen de nuire à des opposants soviétiques. Inquiet, je voulus me renseigner. C'est ainsi que je débarquais à la bibliothèque située dans la faculté de pharmacie près du jardin du Luxembourg à Paris. J'allais me documenter sur l'haloperidol. Mais, pour le coup, je me dis : « je ne suis pas scientifique, je n'y connais rien, mais les scientifiques que je rencontre refusent de s'intéresser à l'allergine. Alors je vais faire ma recherche quand même, même si je suis ignorant. »

Et c'est ainsi que, outre mon information prise sur l'haloperidol, je fis une recherche sur l'allergine. Un ouvrage datant de 1937 écrit par André Jousset son créateur me mit sur deux pistes supplémentaires. Je revins de la faculté de pharmacie avec les photocopies de deux articles et d'une fraction du livre. Avec ces documents je croyais pouvoir intéresser des scientifiques. Pensez ! Ces documents furent accueillis comme des curiosités historiques.

J'en parlais un jour à un chercheur qui me dit que je n'avais aucune chance de me faire entendre. Je n'ai pas abandonné mon idée d'intéresser des scientifiques à l'allergine. Ce médicament tellement bien oublié qu'il existe à présent une spécialité pharmaceutique homonyme qui n'a rien à voir. Dernière étape à ce jour de mon parcours promotionnel de l'allergine : un article bien documenté consacré à André Jousset et parlant bien sûr de sa création, l'allergine, il paraît aujourd'hui dans Wikipédia . S'il attire l'intérêt de chercheurs en médecine pour l'allergine, ce sera enfin la réussite de ce but que je poursuis depuis plus de trente ans. Car un médicament extrait du bacille de Koch tel que l'allergine ne peut pas il me semble être une chose anodine et négligeable.

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 novembre 2017

samedi 4 novembre 2017

870 La Révolution des écureuils joyeux

Hier je devais sortir tôt de mon domicile parisien. J'avais des démarches administratives à faire. C'était l'heure où les parents qui travaillent emmènent leur progéniture à la crèche, chez la nourrice, à l'école ou au centre aéré. J'ai croisé deux sympathiques jeunes papas qui paraissaient tout joyeux d'escorter ainsi leur bambin de deux ou trois ans. L'un des deux papas chantait même des chansons.

J'ai croisé également une mère de famille qui s'en allait accompagnant une fille d'environ huit ans et un garçon d'environ dix ans. Cette mère paraissait très fatiguée.

Plus loin, passant sous un échafaudage installé pour ravaler un immeuble de mon quartier, j'ai avisé un petit tas de gravas qui avait été rassemblé et attendait d'être enlevé. Je me suis dit : « balayer et ramasser ces détritus, c'est un travail reconnu et rémunéré. En revanche, mettre au monde et élever ces deux grands enfants n'est ni reconnu comme travail, ni rémunéré, ni ne donne droit à la très généreuse retraite correspondante. »

On parle beaucoup ces dernières années de la gestation pour autrui, en abrégé GPA. La gestation pour autrui est payée. Pas la gestation pour soi des enfants qu'on va élever. Pourquoi ? L'effort est différent ?

Ma mère a eu six enfants dont quatre qui ont vécu et qu'elle a élevé. Elle méritait une retraite en or massif pour ce qu'elle a ainsi fait pour toute la société. Elle n'a rien reçu de tel. Quand l'autre jour j'en parlais à une dame que je connais, elle s'est exclamé : « ma mère a eu dix enfants ! » Les femmes auxquelles je parle de cette injustice m'approuvent toutes.

Hier trois novembre, certains journaux titraient : « aujourd'hui à partir de 11 heures 44 les femmes qui travaillent le font bénévolement. » Il s'agit ici de l'écart entre les salaires masculins et féminins qui existe en France pour le même travail. Il revient à ce qu'à partir du 3 novembre à 11 heures 44 jusqu'au 31 décembre au soir les femmes ne sont plus payées pour leur travail effectué.

Mais le travail domestique et maternel ? Est-il reconnu, payé, donne-t-il droit à une retraite confortable et méritée ? Non. Les journaux en parlent-ils ? Pas plus.

Une dame que je connais a du faire durant des années des ménages en plus de son travail de bureau pour assurer le bien-être de sa famille. Elle a lu plusieurs de mes textes récents écrits à propos de la condition féminine. Et m'a dit tout à l'heure être tout à fait d'accord avec moi. Elle va donner mes textes à lire à un de ses fils.

Cette dame m'a dit qu'il faudrait une révolution pour que changent les relations homme-femme. Mais que cette révolution « on ne la verra pas ». Et pourquoi donc ? Elle doit se faire aujourd'hui et tout de suite avec un résultat significatif maintenant. Cela dépend de nous et d'abord des hommes. Ceux qui ont compris que la sexualité phallocratique et consumériste dominante n'apporte que peu d'agrément, beaucoup d'ennuis et un Niagara d'illusions peuvent s'ils le veulent y renoncer. Reconnaître le travail domestique et maternel des femmes. Et proclamer leurs choix. Comment appellerons-nous ces nouveaux hommes ? Je propose de les appeler des écureuils joyeux. Pourquoi des écureuils joyeux? Parce qu'il faut bien un nom et qu'un écureuil joyeux c'est très gracieux et joli. Cette révolution sera donc appelée : « la Révolution des écureuils joyeux. » Bien sûr, il y aura aussi un effet noisette, qui fera que par intérêts certains pourront pervertir le mot écureuil ou prétendre en être un sans l'être. Mais il nous faut des outils de langage pour avancer. Et s'ils sont utilisés à contre-sens, c'est à nous d'être capable d'identifier la situation et ne pas nous faire prendre et abuser.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 novembre 2017