dimanche 15 juillet 2018

1033 Foule pacifique et belliqueuse

La foule qui fête
La victoire contre la Croatie
Au football,
Est tout à la fois
Pacifique :
Elle ne casse rien
N'affronte personne,
Et belliqueuse :
Elle fête l'écrasement
De la Croatie.
Je lui préfère
La foule du Carnaval,
Bon enfant
Qui ne triomphe de personne
Et ne pense
Qu'à rire
Et s'amuser.

Basile philosophe naïf, Paris le 15 juillet 2018
Soir de la finale de la coupe du monde de football

vendredi 13 juillet 2018

1032 Le traumatisme visuel

Les êtres humains sont programmés pour avoir envie et besoin d'être et se sentir nus devant les autres. Et de voir les autres nus. Comme les cultures régnantes interdisent pratiquement toujours que ça soit possible et se fasse, ça crée un traumatisme : le traumatisme visuel. le traumatisme visuel explique le succès phénoménal de la pornographie attesté par son gigantesque chiffre d'affaires. Les personnes adeptes du visionnage des images pornographiques fixes ou animées sont principalement motivées par le désir de voir des humains nus, plus que par la vision d'activités sexuelles telles que la fellation, le cunnilinctus, le coït ou la masturbation. Et probablement aussi le fantasme d'être nus en public. Que ces personnes s'en rendent clairement compte ou non.

On supposera facilement que chez les naturistes le traumatisme visuel est inexistant. Ce qui n'est pas vrai. Car les naturistes ne sont pas vraiment nus. Chez eux l'érection publique est interdite et les femmes, jeunes filles et même filles plus jeunes sont fortement incitées à conserver en public les cuisses serrées. Les naturistes ne sont pas vraiment nus. Et ce code « moral » offre la particularité d'être oral. Il n'est affiché ou mentionné nul part. Une de ses conséquences est que les très jeunes hommes ayant l'érection très facile sont bien souvent amenés à abandonner, au moins momentanément, la fréquentation des lieux naturistes.

Il faut se pencher sur la proscription de l'érection publique. Elle repose sur l'idée erronée que toutes les érections sont sexuelles et forment un préambule au coït. Cette interprétation est une immense et dévastatrice mystification. La plupart des érections ne sont pas liées au coït mais provoquées par diverses autres raisons. Mais cette interprétation systématique et sexuelle de l'érection inculquée en particulier aux jeunes a des conséquences calamiteuses. Elle crée une fausse évidence qui amène d'innombrables incidents relationnels.

Le traumatisme visuel a certainement de très nombreuses conséquences néfastes qui n'ont pas encore été pleinement étudiées. Parmi ces conséquences, on trouve dans le domaine artistique la destruction ou la mutilations d’œuvres d'arts y compris magnifiques. C'est ainsi que par exemple une superbe statue en bronze de Diane faite par Houdon a vu son sexe martelé et bouché au musée du Louvre. Et que des fresques de Michel-Ange à Rome ont été barbouillées par un peintre surnommé justement pour ça « le caleçonnier ».

Basile philosophe naïf, Paris le 13 juillet 2018

jeudi 12 juillet 2018

1031 L'art de ne pas y arriver en amour

Dans notre société, dans le domaine sentimental les garçons vont très couramment fonctionner ainsi : ils rêveront de trouver une personne avec laquelle « faire l'amour ». Chose qu'ils pressentiront comme devant être « merveilleux ». Qu'ils en éprouvent le besoin. Que dans ce cas il faut trouver les gestes, les mots, les actes pour « conquérir », « séduire » l'autre partie pour qu'elle soit d'accord. Et pour laquelle être d'accord sera aussi logique, « normal », heureux.

Ce genre de pensées représente la meilleure et la plus efficace manière d'arriver à des échecs et déceptions répétées et incompréhensibles.

Pourquoi ? Tout d'abord parce que prétendre décider de faire l'amour ne conduit pas, en cas de réussite de ce projet, à faire l'amour, mais le plus fréquemment à une masturbation à l'intérieur de l'autre. Le résultat ressenti ne sera pas merveilleux, mais décevant. Contrairement aux mensonges bien rodés propagés dans notre société, l'éjaculation, si on y parvient, et la jouissance, ne sont pas toujours synonymes. Le mythe de la jouissance automatique des hommes est un mythe.

Le soi-disant besoin sexuel automatique des mâles est une pitoyable farce. L'être humain est un tout. Baver ne signifie pas forcément avoir faim. Dans d'innombrables cas l'érection, l'émission des glandes de Cowper, l'équivalent chez la femme de ces réactions masculines, n'expriment en rien le désir de faire l'amour. Si on ne s'abrutit pas dans sa tête en se chantant des chansons sur le thème classique : « je bande donc j'en ai envie », il est très facile de réaliser que l'excitation visible au niveau des parties génitales ne corresponds pas la plupart du temps à un désir sexuel effectif.

Mais pourquoi ne pas baiser quand même ? Parce que c'est là la meilleure façon de ruiner son accord avec l'autre et s'assurer un avenir de déception et de solitude.

Trouver les gestes, les mots, les actes pour faire que l'autre « passe à la casserole » est aussi un excellent moyen pour ruiner la relation. Si on se met à concocter des plans pour parvenir à mettre son membre dans l'autre, on ne se situe plus dans la réalité de l'instant présent, mais dans un futur rêvé. On est absent. Il y a de facto rupture de la relation.

Il faut se méfier du discours bien ancré dans notre société s'agissant de ce qui est à faire dans le domaine sexuel. Et ne pas oublier que règne une famine aiguë et omniprésente dans le domaine visuel (voir nu les autres), sentimental, tactile, sensuel. Et que le sexe est une petite chose, mais qui peut facilement gâcher une belle relation.

Quand la famine règne, il faut se réalimenter très progressivement. Donc éviter d'aller vite, même si on en éprouve l'envie. Le résultat si on va vite sera dans ce cas mauvais et perturbant.

Et aller ainsi où ? Pourquoi vouloir connaître d'avance ce qu'on sera très heureux de découvrir. À condition d'éviter les chemins battus qui ne mènent nul part sinon à la déception, l'échec répété, l’incompréhension, l'amertume, le découragement et parfois même le désespoir et la colère.

Et rappelons-nous toujours que la plus efficace manière de détruire une relation d'amour consiste à faire une déclaration d'amour. Et que le silence est parfois la meilleure façon d’exprimer ses sentiments. N'écoutez jamais les conseils de ceux ou celles qui, sans risques aucun, vous télécommandent pour réaliser leurs fantasmes amoureux et vous envoient directement dans le mur. « Wait and see » comme disent les Anglais. Attends et regarde,.Et ne rêve pas. La réalité réussie et vécue est infiniment plus belle et réelle que les plus incroyables et fantastiques fantasmes dorés.

Basile philosophe naïf, Paris le 12 juillet 2018

mercredi 11 juillet 2018

1030 La contagiosité des sentiments

Il y a peu de temps je me suis mis à fréquenter un commerce alimentaire où auparavant je n'allais pas du tout ou presque.J'ai été frappé par l'extrême bienveillance et amabilité dont me témoignaient les employés, que je ne connaissais autant dire pas. Puis je me suis rappelé d'une réflexion qui dit : « on trouve ce qu'on apporte. » Tout simplement ces employés par leur attitude me renvoyait la mienne à leur égard. Étant très aimable et respectueux avec eux, ils faisaient de même avec moi.

Ce phénomène de réciprocité témoigne d'une particularité dans les sentiments humains : la contagiosité des sentiments. Celle-ci s'exprime aussi à très grande échelle, en particulier avec le patriarcat.

Le patriarcat rend les hommes agressifs vis-à-vis des femmes, qui se réduisent pour eux à des proies à conquérir, « à séduire » comme ils disent. Résultat, les femmes ont peur des hommes et restent sur leurs gardes. Mais comme les sentiments sont contagieux, une vaste conséquence de cette situation est que les hommes a leur tour ont peur des femmes. Machos ils ont beaux se sentir plus forts et dominateurs, ils ont la pétoche. Chose qu'ils n'avoueront pas, fierté oblige. La peur qui interdit toutes relations équilibrées et même toutes relations réelles en général, est omniprésente dans la société humaine. Elle est même transmise en héritage par l'éducation.

Se sentir supérieur des femmes et en même temps les craindre est contradictoire, mais l'homme n'est pas à une contradiction près. Et au lieu de se remettre en question devant cette contradiction, il persistera dans cet état contradictoire. C'est en tous cas ce que beaucoup d'hommes font.

Le plus paradoxal est que les hommes qui veulent au contraire respecter et traiter avec égard les femmes auront aussi peur d'elles, du fait de cette même contagion des sentiments.

La peur paralyse et empêche d'évoluer. Elle explique également le temps très long qu'il faut pour mener à bien des réformes simples qui vont dans le sens de l'émancipation féminine. Les hommes ont une peur panique des femmes. Quand ils leur accordent une liberté, ils ont l'impression de donner sa liberté à un troupeau de tigres qui va leur sauter dessus.

Un homme que j'ai perdu de vue depuis, me disaient il y a des années : « la très grande erreur de notre époque ça était l'émancipation de la femme . » Combien d'hommes souhaitent comme lui revenir en arrière ? Un nombre important si j'en juge par les propos qu'il m'est arrivé d'entendre de la part d'hommes qui prétendent être y compris « évolués ».

Une amie me disaient dernièrement que si j'avais ainsi entendu tant d'énormités sur les femmes proférées par des hommes quand ils sont « entre eux », les femmes ne sont pas en reste pour dire des bêtises sur les hommes quand elles sont entre elles.

Cette amie me disait aussi que la mode chez beaucoup de femmes est à présent d'imiter la stupidité masculine dans le domaine sexuel. Et elles y parviennent parfaitement.

De cela les thuriféraires des femmes oublient de parler. Mais c'est aussi là l'expression de ce que la diversité n'interdit pas l'égalité y compris dans la stupidité. Il est juste de défendre les femmes contre le patriarcat, mais ce serait une erreur de les diviniser et les imaginer vertigineusement supérieures aux hommes. Elles ont préservé certaines qualités mieux que les hommes qui ont du travail à faire pour les rafistoler chez eux. Mais les femmes ne sont pas pour autant des déesses. Elles demeurent ni plus ni moins des êtres humains avec leurs qualités et leurs défauts.

Basile philosophe naïf, Paris le 11 juillet 2018

1029 Qu'est-ce que le patriarcat ?

Le patriarcat c'est la guerre. Car il est une source de conflit permanent entre tous les humains, avec de multiples lignes d'oppositions telles que : les sexes, les comportements sexuels, l'absence d'intérêt pour le sexe et l'intérêt pour lui, les générations, les cultures, les préférences esthétiques, les classes sociales, les classes d'âges, les beaux et les moches, les gros et les maigres, les biens portants et les malades, les valides et les invalides, les aveugles et les voyants, les faibles et les forts, les « traditionalistes » et les « novateurs », les nostalgiques du « passé » et les « modernistes », les amoureux, les insensibles et les sensibles, les doux et les violents, les introvertis et les extrovertis, les bêtes et les intelligents, les riches et les pauvres, les propriétaires et les locataires, les « sans domiciles fixes » et ceux qui ont un toit, les émigrés et les non émigrés, les blancs et les colorés, les coquets et les modestes, les discrets et les indiscrets, les talentueux et les « nuls », les timides et les orgueilleux, les soumis et les soumettant, les exclus et les excluseurs, les tolérants et les intolérants, les croyants et les incroyants, les superstitieux et les rationalistes, les vieux et les jeunes, les faibles et les forts, les craintifs et les courageux... bref, entre tous contre tous. Pour exister, le patriarcat ordonne aux humains de chercher le conflit avec d'autres humains. Le conflit est omniprésent et permanent chez les humains. En voici un exemple parmi d'autres. L'autre jour, un poète talentueux écrivant en alexandrins s'est mis subitement à vomir sa haine des partisans du « vers libre ». C'était à l'entendre des faux poètes. J'étais là à l'écouter. Mais en quoi les amateurs de poésies en vers libres le dérangeaient ? Parce qu'il avait besoin d'être en conflit. Pourquoi ? Parce que le patriarcat rendant la vie violente, incompréhensible, insatisfaisante et insipide, les hommes se débattent en cherchant à l'extérieur d'eux des ennemis. Alors que l'ennemi est à l'intérieur d'eux et que c'est lui qu'il faut chasser de soi pour être mieux et même pourquoi pas ? Être bien. Le patriarcat est infiltré partout, il faut l'identifier pour en débarrasser l'intérieur de soi-même.

Le patriarcat a théâtralisé la sexualité. Au lieu d'écouter son désir, l'être humain suit le petit théâtre vénéneux du patriarcat. Qui a fait de la « nudité » le costume de scène de la sexualité théâtralisée, du lit son décor, de l'érection le signe de sa présence, de l'éjaculation son triomphe, etc. Quand on quitte tous ces faux semblants, on a l'impression de renoncer à quelque chose et se retrouver nul part. En fait on n'abandonne que des illusions et on se retrouve dans la réalité. Alors on se dit qu'on est bien seul, mais est-ce bien vrai ?

Une nouvelle de l'écrivain polonais Stanislas Lem raconte ceci : sur une planète se trouve un monde peuplé de méchants robots qui détestent les humains et les appellent « les visqueux ». Pour échapper aux robots persécuteurs, les humains vivant sur cette planète se déguisent en robots. Un beau jour les robots sont tous convoqués sur la grande place devant le palais présidentiel. Et le chef des robots s'adressant à eux leur ordonne de se dévisser la tête. Les humains déguisés en robots tremblent devant cette perspective. Mais se résignent à obéir faute de pouvoir faire autrement. Et c'est là qu'ils découvrent qu'en fait il n'y a sur la place que des humains déguisés en robots !

La philosophie de cette nouvelle est à souligner. Quand on critique radicalement le patriarcat et qu'on le fait avec une autre personne d’accord avec cette critique, le commentaire classique et désabusé qu'on entend alors fréquemment est : « oui, bien sûr, nous avons ces idées, mais nous sommes seuls. » Si on se reporte aux visqueux de la planète des méchants robots, on peut alors déclarer en retour : « sommes-nous si seuls que ça ? Ne serait-il pas temps de quitter nos déguisements ? » Bien sûr, il y a des individus violents et patriarcaux dont il faut se méfier. Mais n'y aurait-il pas aussi finalement un très grand nombre d'hommes doux et pacifiques et de femmes qui ne sont pas « masculinisées » et résignées à jouer le rôle que leur assigne les règles dominantes du patriarcat ? Le monde est possiblement bien plus doux et humain. À nous de savoir le trouver et oser vivre dans celui-ci plutôt que dans le vide absurde, caricatural, et insatisfaisant du patriarcat.

Basile philosophe naïf, Paris le 11 juillet 2018

lundi 9 juillet 2018

1028 Les remparts d'Avallon

Il y a des années, je me promenais avec celle qui était alors ma copine dans le jardin qui monte au pied du Sacré-Cœur à Paris. Je lui ai dit : « tu sais, dans quelques années, quand tous ceux qui rêvent de par le monde de visiter Paris auront les moyens de le faire et viendront, ce sera un problème car ils seront trop nombreux. » Comme je parlais un peu fort, une quadragénaire qui marchait quelques pas devant nous a tout entendu, et s'est retournée pour m'insulter, me traitant de fasciste.

Le problème de l’exiguïté des sites à visiter en regard du nombre de leurs visiteurs a déjà commencé à se poser. En 1999 je visitais la chapelle Sixtine à Rome. Les touristes dont j'étais n'avaient la possibilité d'y accéder que par groupes de plusieurs dizaines accompagnés. Notre « guide » se chargeait en fait de nous virer au plus vite pour laisser la place au groupe suivant. Un article de journal récent traite de la saturation des sites touristiques cite Venise et le château de Versailles. Et précise que 95 % des touristes visitent 5 % des sites visitables. Cette situation va s'aggraver. Et quelles solutions lui trouvera-t-on ?

On peut supposer qu'on commencera par faire payer beaucoup plus cher l'accès aux sites les plus demandés. Seuls les riches pourront visiter les lieux les plus fameux. On finira par les ouvrir vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ensuite les sites de deuxième importance capteront une partie des touristes refoulés des sites de première importance par le prix et la cohue. Par exemple, les remparts d'Avallon, en Bourgogne, qui sont très agréables à parcourir et peu fréquentés vont gagner en notoriété.

Viendra l'étape suivante : la copie. On copiera par exemple le château de Versailles en Chine, Afrique, Amérique du Sud. On créera même des parcs de copies de sites et monuments. On reconstituera également des monuments disparus, comme le château des Tuileries ou la citadelle de Bam.

Puis, avec les progrès de l'image virtuelle, on pourra chez soi visiter tous les grands monuments du monde. Enfin viendra la dernière étape. Le progrès culturel et créatif amènera à remettre en question la fringale touristique. Appréciant pleinement leur vie quotidienne, la plupart des gens cesseront de courir le monde pour le visiter. Et les grands lieux touristiques, comme jadis, seront à nouveaux déserts. Seuls quelques originaux s'obstineront à les visiter.

Et alors, dans 132 ans, soit en 2150, un lecteur curieux lira ces lignes et se dira, amusé : « tiens ! Ce Basile avait donc prévu ce moment où nous sommes arrivés ! »

Mais cet état d'incuriosité, par sa simple réflexion, on peut si on veut d’ores et déjà l'atteindre aujourd'hui.

Basile philosophe naïf, Paris le 9 juillet 2018

1027 Sexe patriarcal et tabagisme

Le sexe patriarcal et le tabagisme ont d'importants points communs. Ils peuvent amener l'un et l'autre du plaisir à celui ou celle qui le pratique. Ainsi qu'une accoutumance plus ou moins forte qui fait qu'on a du mal à envisager de s'en passer. Et c'est seulement au bout de dizaines d'années de pratique que les conséquences les plus calamiteuses se manifestent. Sentiment de solitude et d'échec de la vie sentimentale pour le pratiquant du sexe patriarcal, cancer pour le fumeur.

Le pratiquant du sexe patriarcal va d'échec sentimental en échec sentimental. Au bout d'un certain laps de temps ses histoires d'amour finissent toutes en fiasco. Mais il garde bon espoir tant qu'il est jeune et beau. Il ne se remet pas en question. S'il échoue c'est bien sûr la faute à l'autre, au manque de chance... Allons ! La prochaine sera « la bonne ». Il ne la rencontrera jamais.

L'élément constant dans toutes ses histoires d'amour qui finissent toutes mal c'est lui et sa conduite qui mine la relation. Pratiquer la masturbation dans un orifice naturel de sa partenaire est pour un homme le plus sûr moyen de détruire à terme une relation.

Une histoire d'amour qui débute est fragile. Elle est comme une plante très petite. Il faut l'entourer de soins. On la repère par l'unisson que forme la vibration de deux cœurs. Comme quand deux cordes d'un instrument de musique se mettent à vibrer ensemble par sympathie. Il faut alors remarquer le phénomène et ne pas le contrarier. Il faut conserver son calme et avoir confiance. Ne pas chercher à forcer, brusquer, aller plus vite que la musique.

Par exemple ne pas faire des grands discours définissant le moment venu. Ni en parler autour de soi. L'unisson est là. Il faut à présent le suivre pas à pas. Sans préjuger de savoir où il va. Il n'y a pas de plans à tirer sur la comète. L'unisson trace sa route et indique son chemin. Il faut rester à l'écoute sans faire de discours. Arroser soigneusement la petite plante de l'amour qui pousse, l'abriter du vent et des tempêtes. Ignorer le regard des autres.

« Tu es amoureux ? » à cette question posée par un tiers, ne surtout pas répondre. C'est l'amour qui décide de la marche à suivre et de la vitesse de sa concrétisation. Sachant que l'omniprésence du sexe patriarcal dominant et perturbant toutes les relations humaines conduit à une famine sentimentale et sensuelle plus ou moins généralisée. Quand on est gravement sous-alimenté il ne faut pas se réalimenter trop vite sous peine d'aller très mal. Pour l'amour c'est pareil. Quand on détecte un unisson il ne faut pas se précipiter mais aller à un rythme ralenti artificiellement sous peine de tout casser.

J'ai connu deux exemples d'unissons où je n'ai pas eu la réaction juste. Le premier s'est passé quand j'ai incidemment rencontré dans un café loin de chez moi une personne que je n'avais jamais vu auparavant. Au lieu de lui demander une adresse mail ou un numéro de téléphone, je l'ai convié à une réunion musicale où elle n'est pas venue. Je l'ai perdu de vue parce que je n'ai pas été assez incisif. Dans le deuxième cas je l'ai été trop. Ayant rencontré l'unisson j'ai réagi par écrit avec enthousiasme. La plante était fragile. L'autre m'a fui et cessé de donner de ses nouvelles.

Jardiner des petites plantes est une tâche délicate. Quand le sexe patriarcal est là, il stérilise le terrain. Quand on se débarrasse de lui il faut apprendre à judicieusement jardiner sans prévoir trop précisément ni se poser trop de questions. L'essentiel est d'être à l'écoute et dans le vrai. Il a été dit très justement : « aimes ton prochain comme toi-même ». Ce qui signifie aussi qu'il faut parvenir à s'aimer et accepter d'être aimé. Ce n'est pas toujours aussi facile et évident que ça. Mais, à force d'efforts, on fini par y arriver.

Basile philosophe naïf, Paris le 9 juillet 2018