samedi 4 novembre 2017

870 La Révolution des écureuils joyeux

Hier je devais sortir tôt de mon domicile parisien. J'avais des démarches administratives à faire. C'était l'heure où les parents qui travaillent emmènent leur progéniture à la crèche, chez la nourrice, à l'école ou au centre aéré. J'ai croisé deux sympathiques jeunes papas qui paraissaient tout joyeux d'escorter ainsi leur bambin de deux ou trois ans. L'un des deux papas chantait même des chansons.

J'ai croisé également une mère de famille qui s'en allait accompagnant une fille d'environ huit ans et un garçon d'environ dix ans. Cette mère paraissait très fatiguée.

Plus loin, passant sous un échafaudage installé pour ravaler un immeuble de mon quartier, j'ai avisé un petit tas de gravas qui avait été rassemblé et attendait d'être enlevé. Je me suis dit : « balayer et ramasser ces détritus, c'est un travail reconnu et rémunéré. En revanche, mettre au monde et élever ces deux grands enfants n'est ni reconnu comme travail, ni rémunéré, ni ne donne droit à la très généreuse retraite correspondante. »

On parle beaucoup ces dernières années de la gestation pour autrui, en abrégé GPA. La gestation pour autrui est payée. Pas la gestation pour soi des enfants qu'on va élever. Pourquoi ? L'effort est différent ?

Ma mère a eu six enfants dont quatre qui ont vécu et qu'elle a élevé. Elle méritait une retraite en or massif pour ce qu'elle a ainsi fait pour toute la société. Elle n'a rien reçu de tel. Quand l'autre jour j'en parlais à une dame que je connais, elle s'est exclamé : « ma mère a eu dix enfants ! » Les femmes auxquelles je parle de cette injustice m'approuvent toutes.

Hier trois novembre, certains journaux titraient : « aujourd'hui à partir de 11 heures 44 les femmes qui travaillent le font bénévolement. » Il s'agit ici de l'écart entre les salaires masculins et féminins qui existe en France pour le même travail. Il revient à ce qu'à partir du 3 novembre à 11 heures 44 jusqu'au 31 décembre au soir les femmes ne sont plus payées pour leur travail effectué.

Mais le travail domestique et maternel ? Est-il reconnu, payé, donne-t-il droit à une retraite confortable et méritée ? Non. Les journaux en parlent-ils ? Pas plus.

Une dame que je connais a du faire durant des années des ménages en plus de son travail de bureau pour assurer le bien-être de sa famille. Elle a lu plusieurs de mes textes récents écrits à propos de la condition féminine. Et m'a dit tout à l'heure être tout à fait d'accord avec moi. Elle va donner mes textes à lire à un de ses fils.

Cette dame m'a dit qu'il faudrait une révolution pour que changent les relations homme-femme. Mais que cette révolution « on ne la verra pas ». Et pourquoi donc ? Elle doit se faire aujourd'hui et tout de suite avec un résultat significatif maintenant. Cela dépend de nous et d'abord des hommes. Ceux qui ont compris que la sexualité phallocratique et consumériste dominante n'apporte que peu d'agrément, beaucoup d'ennuis et un Niagara d'illusions peuvent s'ils le veulent y renoncer. Reconnaître le travail domestique et maternel des femmes. Et proclamer leurs choix. Comment appellerons-nous ces nouveaux hommes ? Je propose de les appeler des écureuils joyeux. Pourquoi des écureuils joyeux? Parce qu'il faut bien un nom et qu'un écureuil joyeux c'est très gracieux et joli. Cette révolution sera donc appelée : « la Révolution des écureuils joyeux. » Bien sûr, il y aura aussi un effet noisette, qui fera que par intérêts certains pourront pervertir le mot écureuil ou prétendre en être un sans l'être. Mais il nous faut des outils de langage pour avancer. Et s'ils sont utilisés à contre-sens, c'est à nous d'être capable d'identifier la situation et ne pas nous faire prendre et abuser.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 novembre 2017

lundi 30 octobre 2017

869 Le logiciel de la peur

Il existe un canal sortant de Paris pour aller vers la province. Il s'appelle le canal de l'Ourcq. Le long de celui-ci court un joli chemin de halage où on peut se promener à pied ou à bicyclette. Il y a une trentaine d'années, j'étais en banlieue de Paris et contemplais le chemin de halage de ce canal. Il était dix-neuf heures, le lieu était absolument désert. J'étais avec une amie. Quand j'ai remarqué qu'elle regardait le chemin avec un regard bizarre. Je lui ai demandé le motif de son regard. Elle m'a répondu : « je me disais que si j'étais seule, je ne pourrais pas me promener dans cet endroit à cette heure. »

Hier, une charmante sexagénaire parisienne me disait, parlant de la condition féminine : « tu sais, je fais des insomnies. J'aurais bien aimé quand ça m'arrive de sortir la nuit faire une ou deux fois le tour du pâté d'immeubles. Ça me ferait du bien. Mais je ne peux pas le faire parce que je suis une femme. »

Il y a quelques années je sortais du métro, dans le quatorzième arrondissement de Paris. Il était minuit et demi. Au même moment, me précédant de quelques mètres sort du métro une très jolie fille. Voilà qu'elle emprunte la même rue, large et déserte, que je prends pour rentrer chez moi. Je peux donc lui donner l'impression que je la suit. Je me rends compte, à sa façon de réagir qu'elle a peur de moi. Manque de chance pour elle, elle tourne dans une petite rue où moi aussi je m'engage. Comme elle s'arrête devant le portail d'un immeuble, au moment de la dépasser, je ressens le besoin de la rassurer. Comme je passe près d'elle, je m'arrête un très bref instant pour lui dire : « je ne vous suit pas, je vais deux rues plus loin à gauche, c'est là où j'habite. »

L'année dernière j'allais en métro jusqu'au terminus de Saint-Denis de la ligne 13. J’étais avec une très jolie fille. Il y avait foule et nous n'étions pas assis l'un près de l'autre. À un moment je vois un homme d'une trentaine d'années dire quelques mots à cette jeune fille. Elle lui répond. L'échange se termine vite. Arrive le terminus de la ligne. J'ai déjà oublié ce qui s'est passé. Je veux descendre de la rame, quand la jeune fille me dit : « attends avant de descendre. Tu n'as pas vu l'homme qui m'a parlé. Il n'a pas arrêté de me regarder. Attendons qu'il s'éloigne. » C'est ce que nous avons fait.

C'est ainsi que ça se passe au quotidien à Paris et dans toutes les grandes villes du monde et pas seulement. Les femmes et les jeunes filles sont obligées d'intégrer en permanence dans leur conduite un logiciel de la peur. Ce logiciel va par exemple leur interdire de sortir seule dans la rue entre minuit et demi et quatre heures et demi du matin. L'interdit n'est pas formulé officiellement. Mais si elles osent le transgresser, c'est à leurs risques et périls. On n'en parle jamais. En tous cas les hommes n'en parlent jamais. Certaines associations féministes organisent des fois des marches féminines de nuit pour « reprendre la rue ». C'est tout ce que j'ai vu jusqu'à présent comme dénonciation publique de cette quarantaine scandaleuse.

Les femmes en suivant leur logiciel de la peur évitent la plupart des agressions qui arriveraient venant d'inconnus dans des lieux publics. Restent malheureusement les agressions commises dans un cadre privé et par des membres de leur entourage. Le commentaire fréquemment entendu devant cette situation est que la rue, ce n'est pas si dangereux. La preuve, la plupart des agressions sont commises par des membres de l'entourage connu des victimes. En fait le danger, la menace est partout, voilà la vérité. Et les hommes font comme si ça n'existait pas. On dirait que le monde des hommes et celui des femmes sont comme deux mondes différents qui ne se connaissent pas et ne se fréquentent pas. Ceux qui devraient se préoccuper du sort dramatique des femmes et qui parlent souvent de la « sécurité » ne parlent jamais par exemple du couvre-feu féminin qui leur interdit de sortir seules la nuit dans Paris.

La coupure entre le monde masculin et le monde féminin est colossale. J'ai déjà eu le sentiment de voir ainsi coexister deux mondes qui ne se connaissent pas et ne se fréquentent pas. C'était il y a des années. J'ai eu alors l'occasion d'accompagner un vétérinaire dans ses visites dans des fermes d'élevages bovins, ovins ou caprins. Le contact direct avec le monde paysan m'a donné le sentiment qu'il existe en France et probablement aussi ailleurs deux mondes parfaitement différents. Et ne se comprenant pas réciproquement : le monde agricole et le monde citadin.

Aujourd'hui je fais une constatation similaire de mur d'incompréhension entre deux mondes théoriquement proches : les hommes et les femmes. Par delà les apparences éventuelles, ces deux mondes ne se connaissent pas. Et cette situation rend globalement le monde incompréhensible à ceux qui cherchent à le comprendre.

Prenons un exemple : la sexualité. Quelle est la première activité sexuelle chez les humains ? La masturbation masculine adulte, c'est-à-dire comprenant l'éjaculation. Les hommes en parlent-ils entre eux ? Jamais ! En parlent-ils avec les femmes ? Encore moins. Comment cette activité est-elle traitée dans les livres et journaux ? Par des affabulations risibles. Pour commencer il est affirmé un peu partout que l'éjaculation est synonyme de jouissance, d'orgasme. C'est une affabulation. La plupart du temps l'homme concerné ne ressent pas grand chose. Comme me disait un ami parlant de cette soi-disant jouissance automatique accompagnant l'éjaculation : « si c'était vrai, ça se saurait ».

Beaucoup d'hommes et de femmes croient que l'érection exprime un désir de coït, alors que ce n'est pas le cas la plupart du temps.

Le sommet du comique dans les propos tenus sur la sexualité humaine est atteint par ce commentaire fréquemment rencontré : « la masturbation est utile pour connaître son corps ». Sachant qu'en trente ans un homme pourra se masturber plusieurs milliers de fois, il s'agit très certainement d'une connaissance encyclopédique !

La discrétion des hommes s'agissant de leur principale activité sexuelle est trahie par le chiffre d'affaires colossal et à l'échelle mondiale de la pornographie. Elle est loin l'époque des rares cartes postales cochonnes vendues discrètement sous le manteau sur les grands boulevards parisiens ! Aujourd'hui, confortablement installé devant votre ordinateur vous avez le choix de presque tous les fantasmes possibles et imaginables. De très nombreux hommes se gavent de pornographie. Qu'en pensent les dames ? Je serais tenté de penser que ce déluge d'images ne les met pas à l'aise.

Dans le domaine de la sexualité, notre société est globalement malade, refuse de le voir et se soigner. Le premier pas pour résoudre le problème passe par le respect des femmes. Or de quel respect peut-on parler tant que le travail domestique et maternel des femmes n'est ni reconnu, ni rémunéré et ne donne pas droit à une très confortable retraite ?

Obligée de tenir la maison et s'occuper de ses enfants sans être reconnue comme travaillant ni être rémunérée et avoir droit à une retraite pour son labeur, la situation de la femme relève de l'esclavage. Car le travail imposé et non reconnu ni rémunéré s'appelle l'esclavage. Comment pourrait-on espérer être respecté et traité correctement quand on connaît une situation d'esclave ?

On peut parler tant qu'on veut d'éducation à faire, de progrès moraux à accomplir pour que la femme n'ait plus à avoir peur de l'homme. Mais ça commence par la pleine et entière reconnaissance du très précieux travail domestique et maternel féminin et l'accès à la très confortable retraite correspondante. Ne pas le reconnaître réduit tous les discours tenus sans cela à n'être que des bavardages de personnes qui s'écoutent parler. Et ne cherchent nullement à résoudre le premier, le plus grand et le plus ancien problème de la société : celui de la condition des femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 octobre 2017

dimanche 29 octobre 2017

868 Point de vue d'un homme

Un publiciste français témoignait, je crois vers 1900, d'une ironie désabusée. Parlant des rendez-vous sexuels réguliers qu'il avait avec sa maîtresse, il écrivait : « le meilleur moment, c'est quand on monte l'escalier. » Environ 120 ans plus tard rien n'a changé. La soi-disant jouissance automatique, régulière et extrême des hommes au lit relève toujours du pure fantasme et de la mystification pure et simple. La plupart du temps les hommes, même s'ils parviennent, pas toujours facilement, à éjaculer dans un orifice naturel, sont parfaitement frigides. Nous faire croire que la visible excitation génitale, l'érection, suivie de l'émission de divers liquides organiques correspond à une immense jouissance masculine participe de la fable de la supériorité de l'homme sur la femme. Si vous coupez le son en visualisant une quelconque vidéo pornographique sur Internet et observez attentivement la physionomie des hommes comme des femmes impliquées, vous constaterez très aisément une chose. Que ces personnes s'emmerdent et ne jouissent pas de la manipulation effective de leur plomberie sexuelle. Ce qui est désolant, c'est de penser que nombre de jeunes gens et jeunes filles croient s'instruire dans le domaine sexuel en visualisant ces âneries à caractère commercial.

Tout à l'heure un ami disait devant moi : « seul l'homme fait l'amour pour son plaisir. Les autres animaux cherchent juste à se reproduire. » Qu'en savons-nous exactement ? Avons-nous interviewé le rat, le lapin, le bigorneau, sur leur vie sexuelle ? Avons-nous vu le lion se préparant à l'accouplement se dire : « bon, à présent, je vais m'accoupler, mais ce ne sera pas pour le plaisir, mais exclusivement en vue de me reproduire » ? Nous n'en savons rien de ce que pensent et ressentent les autres animaux s'agissant de leurs accouplements.

Quand on parle de sexualité humaine on parle le plus souvent des relations homme-femme. Mais ces relations existent-elles toujours quand accouplement il y a ? La mésentente est fréquente. Souvent la relation est conflictuelle et chacun utilise les armes dont il dispose. La violence est masculine. Le mensonge est féminin. Telle est la tendance, l'homme étant en moyenne plus fort physiquement, la ruse, le mensonge et la manipulation sont les armes les plus efficaces que peut lui opposer une femme. Ce qui ne signifie pas, bien évidemment, qu'il n'existe pas aussi des femmes violentes physiquement et des hommes hypocrites et menteurs.

Quand j'évoque l'injustice fondamentale que représente la non reconnaissance et la non rémunération du travail domestique et maternel des femmes, et l'absence de retraite correspondante, j'entends tout de suite : « mais où va-t-on prendre l'argent ? » Il s'agit d'une réforme fondamentale de la société pour en finir avec la principale injustice et source de conflits et de violences. Il faut donc y parvenir. Et commencer déjà à en parler. Ceux qui nous proposent des améliorations de notre société, à ma connaissance n'en parlent jamais. C'est à souligner.

Les femmes n'en parlent pas beaucoup. Tout au moins pour ce qui me concerne je n'ai jamais entendu l'une d'entre elles spontanément m'en parler sans que je lui en ai parlé juste avant. Il faut dire que le problème est immense, très ancien. Et aussi que les femmes sont généralement plus conciliantes et pacifiques que les hommes. Il sera néanmoins nécessaire un jour d'ouvrir en grand le débat. Le plus tôt sera le mieux.

Améliorer le monde est possible. Le rendre enfin humain l'est aussi. Il faut trouver les voies et les moyens pour y arriver. Très probablement il faudra inventer des solutions nouvelles. Car celles proposées jusqu'à présent n'ont pas réussi. Le monde est globalement toujours aussi barbare dans son ensemble qu'il l'était il y a des milliers d'années. C'est pourquoi, que ce soit de la politique ou de la diplomatie, je doute sérieusement qu'elles nous apportent un jour ce dont nous avons tous besoin : la paix et l'harmonie du monde, et donc d'abord entre les hommes et les femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 octobre 2017

jeudi 26 octobre 2017

867 Qu'est-ce qu'« aimer son prochain » ?

Pourquoi vivons-nous ? A cette question je répondrai : « nous vivons pour aimer. » Aimer la peinture, la musique, la chanson, la poésie, la bonne cuisine, la mer, les chats, les gens, la paix, la tranquillité, les belles choses...

Qu'est-ce qu'« aimer son prochain » ? Je donnerai trois exemples :

Un homme politique très connu : je le trouve sincère, sensible, intelligent, sympathique... Et déteste sa politique. Je ne confonds pas les deux dans mon exécration : mon prochain et ce qu'il fait en suivant ses détestables convictions. J'aime mon prochain et réprouve son action. L'un n'empêche pas l'autre.

Deuxième exemple, un criminel affreux : je n'approuve ni n'excuse ses actes, ni ne m'oppose à ce qu'on l'empêche d'agir et nuire. Mais reconnais que si affreux soit-il, un homme a toujours tout au fond de lui au moins une très petite étincelle d'humanité qui doit être reconnue et respectée.

Troisième exemple : faire le bien autour de soi dans la mesure du possible, sans oublier ses devoirs envers soi-même. Nous ne sommes pas là pour nous donner à dévorer par les autres.

Toujours essayer de faire le bien et ne pas faire le mal, c'est la théorie simple à énoncer. Après vient la pratique dans toute la complexité de la vie.

Ceux qui ne savent pas aimer, souvent ne pense qu'à accumuler. Plus leur tas d'or est grand, plus ils croient grande leur réussite. Alors que celui-ci concrétise leur plus complet échec.

Je ne possède pas grand chose de matériel, mais j'ai l'essentiel : tout l'amour que je parviens à donner et à recevoir, échanger et partager. Quand on connaît la valeur de l'amour, il est inutile qu'on vous l'explique. Quand on ignore la valeur de l'amour, il n'y a rien non plus à essayer de vous expliquer.

Aimer quelqu'un peut consister à passer un après-midi entier à jouer aux échecs avec lui.

Aimer c'est agir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 octobre 2017


mardi 24 octobre 2017

866 Sortir de la situation de « mariage généralisé »

Aujourd'hui une sexagénaire très gentille s'est exclamé devant moi, proférant un point de vue souvent entendu dans notre société : « Au fond, on est toujours seule ! » Mais d'où vient la banalité de ce propos triste ? Qu'est-ce qui suscite de tels points de vue ?

Je me suis empressé de faire à cette dame deux remarques : l'une, qu'on ne doit pas confondre la solitude avec le sentiment de solitude. L'autre, que les personnes présentées comme des « modèles » de bonheur à deux n'en ont souvent que les apparences. Ce avec quoi elle a été d'accord.

Un important malaise général existe néanmoins. Il faut savoir identifier ses sources. Une anecdote récente peut nous éclairer à ce propos. Une actrice de cinéma célèbre racontait qu'étant agressée sexuellement par un homme, pour se défendre elle s'était écriée : « mais je suis amoureuse ! J'ai un amoureux ! » La portée théoriquement dissuasive d'un tel propos souligne un aspect sinistre de notre société. Si pour échapper à un dangereux malappris une femme doit arguer qu'elle n'est pas « seule », ça signifie que toutes celles qui sont « seules », c'est-à-dire non pourvues visiblement d'un partenaire sexuel régulier, sont « à la disposition de tous les hommes ». Voilà la vérité. Cette manière de mépriser les femmes peut être rapproché de l'impossibilité aujourd'hui pour une jolie fille de se balader seule dans un grand jardin parisien sans se faire systématiquement emmerder par des imbéciles.

Il y a quelques années, un ami qui passait des journées entières au jardin du Luxembourg pour y peindre des aquarelles, me rapportait sa stupéfaction. Il avait constaté qu'il y avait des hommes qui passaient leur temps à tourner dans le jardin et importuner systématiquement toutes les jeunes filles qui étaient assises seules sur un banc.

Une dame, plus très jeune, m'a dit il y a peu d'années : « j'ai renoncé à aller lire seule au parc des Buttes Chaumont. J'étais systématiquement abordée et ennuyée. »

Une très jolie fille de mon quartier me vantait un jour le petit square voisin : « au moins là je peux aller me reposer seule sans me faire embêter... »

Une belle dame septuagénaire parisienne me disait dernièrement : « à partir de l'âge de treize ans je n'ai plus pu aller seule acheter le pain tranquille. »

La situation générale des femmes dans notre société française et parisienne et dans d'autres lieux aussi, est qu'elles sont en quelque sorte de facto mariées d'office avec tous les hommes. La volonté de ces femmes important peu. Si elles ne sont pas visiblement « en couple » elles sont « bonnes à prendre ». Et donc à emmerder. Cet état de choses pourrit l'atmosphère, perturbe et souvent interdit les relations entre hommes et femmes.

Cette situation de mariage généralisé a une origine : le comportement masculin. Les hommes, quand ils sont encore des jeunes garçons, découvrent la masturbation masculine adulte, c'est-à-dire comportant l'éjaculation. La masturbation va devenir très souvent pour eux une véritable drogue qui va les accompagner ensuite tout le long de leur vie. Le ressenti accompagnant l'éjaculation sera comme le flash de drogue du toxicomane consommateur de substances hallucinogènes de synthèse. Un homme pourra se masturber au cours de sa vie jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de fois. Qu'on ne prétende pas que cette pratique n'a pas des conséquences sur son comportement sexuel !

À partir d'un certain âge le garçon va porter au pinacle la masturbation pratiquée dans un orifice naturel d'un tiers. Il croira ainsi à chaque fois « faire l'amour ». La recherche de la masturbation intra-vaginale, intra-anale ou intra-buccale deviendra pour lui une sorte d'obsession. Elle sera confortée par la recherche du pouvoir et divers mythes sexuels.

Ne dit-on pas qu'un homme qui pénètre avec son pénis le vagin d'une femme qu'il « la prend », « la possède », qu'elle « lui appartient » ? Certains hommes d'habitude plutôt pacifiques peuvent se révéler extrêmement violents s'ils apprennent qu'un autre homme a couché avec leur partenaire sexuelle habituelle.

Le célèbre fabuliste français Jean de la Fontaine disait à propos de « l'infidélité » conjugale : « mes amis, qu'est-ce que le cocuage ? Quand on l'ignore ce n'est rien. Quand on le sait, c'est peu de choses. » Je cite de mémoire.

L'idée de possession sexuelle est liée à l'idée de pouvoir. Quant aux mythes, ils sont multiples : par exemple celui du bonheur qu'apporterait toujours et automatiquement l'acte sexuel.

L'agressivité sexuelle permanente des hommes vis-à-vis des femmes considérées comme des proies potentielles permanentes va bloquer la communication entre les hommes et les femmes. Les gestes de tendresse étant interprétés systématiquement comme des invitations sexuelles se retrouveront la plupart du temps bannis.

Il faut sortir de l’ambiguïté du « mariage généralisé ». Peut-être ça pourra se faire par un accord de non-mariage. Deux personnes se déclarant publiquement non-mariées et non-femme et non-mari. La proposition pourra paraître étrange. Elle reste à étudier. Ce qui est certain c'est que la situation présente de mariage généralisé est dévastatrice, sauf peut-être pour quelques-uns.

Imaginons que ma proposition soit suivie, se concrétise. Demain me voilà non-marié avec une ou plusieurs femmes. Ce qui signifie que je renonce avec elles à ce faux privilège qui serait celui de courir en permanence après toutes les femmes. Je suis le non-mari de mes non-femmes... Et le contrat de non-mariage est l'occasion de réaliser une très belle fête de non-mariage.

Le contrat de non-mariage pourra être calligraphié sur une belle feuille de papier. Chacune des personnes concernées en recevant un exemplaire. Un lieu sympathique pourra être choisi pour la cérémonie de non-mariage, un bar, un café associatif, par exemple. Un registre de non-mariages pourra y être conservé.

Il ne s'agit ici ni d'une critique ni d'une parodie du mariage classique, mais d'autre chose. Une libération des rapports humains des chaînes de l'envahissant patriarcat. Celui-ci, au nom de privilèges masculins bien souvent imaginaires, empêchant des bonnes relations de s'établir entre représentants des sexes opposés.

Le contrat de non-mariage n'est au fond pas autre chose qu'un contrat de paix. On rentre les griffes, on fait pattes de velours et on décide de vivre en paix. C'est-à-dire de vivre enfin. Et alors oui, plus personne ne sera tenté de s'exclamer : « au fond on est toujours seul ! »

Notre société française et parisienne et pas seulement elle, derrière la farce d'une soi-disant liberté sexuelle, promeut une solitude sentimentale, physique et affective intense. Des millions de personnes, y compris jeunes, belles et en bonne santé souffrent du sentiment de solitude... Je lisais récemment un article qui déclarait que trente pour cent de la jeunesse étudiante française se plaint de souffrir de la solitude. Il existe un vrai malaise relationnel qui mérite d'être soigné avec des moyens efficaces. Les tranquillisants l’endorme, mais ne le soigne pas. Pour y remédier, si on tentait le non-mariage ? Parlons-en ! 

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 octobre 2017

samedi 21 octobre 2017

865 La question fondamentale du double salaire féminin

Il s'agit d'une question fondamentale que je n'ai jamais vu évoquer nulle part. Les femmes, depuis des temps immémoriaux, fournissent très souvent et journellement, une journée de travail domestique et maternel. Cette journée n'est ni reconnue, ni rémunérée. À quoi un fait s'est ajouté : ces dernières décennies, en plus de leur journée de travail domestique et maternel, un très grand nombre de femmes travaille à l'extérieur de leur maison. Elles sont salariées, travailleuses indépendantes, etc. En plus de s'occuper de leur maison et de leurs enfants elles font une seconde journée de travail. Leur vie comprend tous les jours une double journée de travail.

Il est courant de voir des commentaires laudatifs faits devant cette situation. En travaillant à l'extérieur de leur foyer, les femmes s'ouvrent sur la vie sociale, s'émancipent de la tutelle matérielle et morale de leur mari, deviennent « libres », « indépendantes »... Donc, tout va bien...

C'est ce qu'on entend dire. Sans poser la question : « mais, ont-elles la liberté de choix ? » Généralement non, elles sont obligées de travailler à l'extérieur de leur foyer pour des raisons économiques. Par exemple, beaucoup de femmes se retrouvant seules à élever un ou plusieurs enfants sont par là-même contraintes de s'occuper à gagner leur vie en plus de s'occuper d'assumer leur travail domestique et maternel.

J'ai rencontré des exemples qui interpellent. Une femme élève son enfant et travaille chez elle sur Internet, a une vie sociale... Mais son travail sur Internet ne rapporte pas suffisamment. Elle est obligée d'en prendre un autre dans un bureau à l'extérieur de chez elle et mettre son enfant à la crèche. Une autre femme rêve d'avoir six enfants et passer une partie de sa vie à les élever et ne faire que ça. Mais comment y arriver sans travailler aussi à l'extérieur de chez elle ce dont elle n'a aucune envie ? Enfin, il existe des femmes que leur seconde journée de travail isole encore plus. Ce sont les assistantes maternelles, qui, en plus de leur travail domestique et maternel pour leur famille s'occupent d'élever les enfants des autres...

Il y a un point que je n'ai jamais vu soulever : si une femme fournit une double journée de travail chaque jour, elle a droit, ou plus exactement devrait avoir droit à une double paie. Celle concernant le travail domestique et maternel devant être très confortable, vue la responsabilité et l'utilité de ces activités. Ce serait satisfaire là la plus élémentaire des justices !

Paie et retraite conséquente pour sa vie professionnelle au service de la collectivité que représente son travail domestique et maternel. Voilà ce que les femmes sont en droit de revendiquer, qu'elles travaillent aussi à l'extérieur de leur foyer ou non.

Quand on parle de la rémunération des femmes « au foyer », on entend dire : « il y a les allocations familiales ». Mais il s'agit d'allocations « à la famille », en aucun cas d'une reconnaissance du labeur des femmes ! Et leur montant est misérable comparé au labeur fourni. Et dès que les enfants ont atteint un certain âge, même s'ils vivent toujours chez leur mère, il n'y a plus d'allocations.

Si on admet néanmoins l'idée que les allocations seraient une sorte de « salaires des mères », ce qu'elles ne sont pas, il faut remarquer une chose. Dernièrement en France a été annoncé leur suppression pour les foyers fortunés. Je ne vois pas pourquoi une mère de famille, si elle travaille à élever ses enfants et s'occuper de son foyer, ne devrait pas voir son travail payé sous prétexte qu'elle est riche.

Ce texte servira j'espère à ouvrir le débat sur le double salaire des femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 octobre 2017

vendredi 20 octobre 2017

864 Une confusion courante dans le domaine des mœurs

Il existe une confusion courante dans le domaine des mœurs. On la rencontre dans la société française et parisienne et très certainement ailleurs également. Mais c'est là où j'ai pu l'observer.

Elle consiste à confondre quatre choses : le toucher, la sensualité, le sexe et « l'amour ». Ce dernier mot pris dans le sens courant de « vie à deux ».

Le toucher est un langage. S'il s'exprime par la caresse, le toucher sensuel, il s'agit d'une denrée de consommation. Le sexe, c'est-à-dire l'acte sexuel, relève du registre particulier du désir sexuel. Quant à l'accord entre deux individus, qui peut inclure ou pas le toucher, la sensualité, le sexe, il concerne un petit nombre de personnes.

Dans notre culture on lie impérativement les quatre. S'il y a toucher, il doit déboucher sur la sensualité et le sexe. Et dans le meilleur des cas être compris dans « l'amour »...

D'où recherches obsessionnelles et précipitées du cocktail idéal : toucher-sensualité-sexe-amour...

Si on émet des doutes, on se voit rappeler à l'ordre : « comment ? Vous êtes contre l'amour ? » Et certains de renchérir : « moi, je ne fais pas n'importe quoi, je recherche l'amour ! » Bref, une seule alternative : l'amour avec un grand A ou n'importe quoi... Devant un tel ultimatum, il n'y a plus rien à dire.

Pourtant il existe des failles dans le système. Depuis bien des années existent les « massages de confort ». Ils se pratiquent couramment dans les services de gériatrie des hôpitaux, et chez les kinésithérapeutes, moyennant finances, bien sûr. Il est question de « confort », le mot « plaisir » est banni. Il sent le soufre...

La confusion toucher-sensualité-sexe-amour est à l'origine de la prohibition du toucher qui règne la plupart du temps. Si vous effleurez ou touchez par hasard un inconnu ou une inconnue, par exemple dans le métro parisien, il faut s'empresser de s'excuser. Sinon ça paraîtra louche.

Si vous avisez une belle nuque ou un beau bras d'un inconnu ou d'une inconnue dans un lieu public quelconque, gare à vous de chercher à y toucher de façon délibérée. Ça pourrait même finir devant les tribunaux.

Pour justifier cet état de choses, on vous dira : « mais l'autre n'a pas forcément envie d'être touché. » Soit, alors peut-on lui demander l'autorisation ? Bien sûr que non, ce serait se faire très mal remarquer. Si par contre l'inconnu tient en laisse un superbe chien, rien n'est plus positivement bienvenu que la question : « je peux le caresser ? » ou « il est très beau votre chien, je peux le caresser ? » Mais par contre il est hors de question de demander à un inconnu ou une inconnue, et même un connu ou une connue : « je peux vous caresser ? » ou « votre bras est très beau, je peux le caresser ? »

Moralité : notre culture nous rend plus proche des chiens que des humains. Les petits enfants qui, quand ils vous apprécient, se jettent dans vos bras, sont aussi plus proches de ceux qu'ils aiment que la plupart des adultes. Adultes qui sont des ex petits enfants qu'on a éduqué, civilisé, dressé... pour être plus aptes à la violence qu'à la tendresse... Elle est belle, notre civilisation ! Peut-être un jour saura-t-elle se corriger en s'améliorant ? Sans doute, mais pour cela il faut commencer par énoncer les problèmes qui se posent. Ce texte prétend modestement y contribuer.

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 octobre 2017