samedi 21 octobre 2017

865 La question fondamentale du double salaire féminin

Il s'agit d'une question fondamentale que je n'ai jamais vu évoquer nulle part. Les femmes, depuis des temps immémoriaux, fournissent très souvent et journellement, une journée de travail domestique et maternel. Cette journée n'est ni reconnue, ni rémunérée. À quoi un fait s'est ajouté : Ces dernières décennies, en plus de leur journée de travail domestique et maternel, un très grand nombre de femmes travaille à l'extérieur de leur maison. Elles sont salariées, travailleuses indépendantes, etc. En plus de s'occuper de leur maison et de leurs enfants elles font une seconde journée de travail. Leur vie comprend tous les jours une double journée de travail.

Il est courant de voir des commentaires laudatifs faits devant cette situation. En travaillant à l'extérieur de leur foyer, les femmes s'ouvrent sur la vie sociale, s'émancipent de la tutelle matérielle et morale de leur mari, deviennent « libres », « indépendantes »... Donc, tout va bien...

C'est ce qu'on entend dire. Sans poser la question : « mais, ont-elles la liberté de choix ? » Généralement non, elles sont obligées de travailler à l'extérieur de leur foyer pour des raisons économiques. Par exemple, beaucoup de femmes se retrouvant seules à élever un ou plusieurs enfants sont par là-même contraintes de s'occuper à gagner leur vie en plus de s'occuper d'assumer leur travail domestique et maternel.

J'ai rencontré des exemples qui interpellent. Une femme élève son enfant et travaille chez elle sur Internet, a une vie sociale... Mais son travail sur Internet ne rapporte pas suffisamment. Elle est obligée d'en prendre un autre dans un bureau à l'extérieur de chez elle et mettre son enfant à la crèche. Une autre femme rêve d'avoir six enfants et passer une partie de sa vie à les élever et ne faire que ça. Mais comment y arriver sans travailler aussi à l'extérieur de chez elle ce dont elle n'a aucune envie ? Enfin, il existe des femmes que leur seconde journée de travail isole encore plus. Ce sont les assistantes maternelles, qui, en plus de leur travail domestique et maternel pour leur famille s'occupent d'élever les enfants des autres...

Il y a un point que je n'ai jamais vu soulever : si une femme fournit une double journée de travail chaque jour, elle a droit, ou plus exactement devrait avoir droit à une double paie. Celle concernant le travail domestique et maternel devant être très confortable, vue la responsabilité et l'utilité de ces activités. Ce serait satisfaire là la plus élémentaire des justices !

Paie et retraite conséquente pour sa vie professionnelle au service de la collectivité que représente son travail domestique et maternel. Voilà ce que les femmes sont en droit de revendiquer, qu'elles travaillent aussi à l'extérieur de leur foyer ou non.

Quand on parle de la rémunération des femmes « au foyer », on entend dire : « il y a les allocations familiales ». Mais il s'agit d'allocations « à la famille », en aucun cas d'une reconnaissance du labeur des femmes ! Et leur montant est misérable comparé au labeur fourni. Et dès que les enfants ont atteint un certain âge, même s'ils vivent toujours chez leur mère, il n'y a plus d'allocations.

Si on admet néanmoins l'idée que les allocations seraient une sorte de « salaires des mères », ce qu'elles ne sont pas, il faut remarquer une chose. Dernièrement en France a été annoncé leur suppression pour les foyers fortunés. Je ne vois pas pourquoi une mère de famille, si elle travaille à élever ses enfants et s'occuper de son foyer, ne devrait pas voir son travail payé sous prétexte qu'elle est riche.

Ce texte servira j'espère à ouvrir le débat sur le double salaire des femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 octobre 2017

vendredi 20 octobre 2017

864 Une confusion courante dans le domaine des mœurs

Il existe une confusion courante dans le domaine des mœurs. On la rencontre dans la société française et parisienne et très certainement ailleurs également. Mais c'est là où j'ai pu l'observer.

Elle consiste à confondre quatre choses : le toucher, la sensualité, le sexe et « l'amour ». Ce dernier mot pris dans le sens courant de « vie à deux ».

Le toucher est un langage. S'il s'exprime par la caresse, le toucher sensuel, il s'agit d'une denrée de consommation. Le sexe, c'est-à-dire l'acte sexuel, relève du registre particulier du désir sexuel. Quant à l'accord entre deux individus, qui peut inclure ou pas le toucher, la sensualité, le sexe, il concerne un petit nombre de personnes.

Dans notre culture on lie impérativement les quatre. S'il y a toucher, il doit déboucher sur la sensualité et le sexe. Et dans le meilleur des cas être compris dans « l'amour »...

D'où recherches obsessionnelles et précipitées du cocktail idéal : toucher-sensualité-sexe-amour...

Si on émet des doutes, on se voit rappeler à l'ordre : « comment ? Vous êtes contre l'amour ? » Et certains de renchérir : « moi, je ne fais pas n'importe quoi, je recherche l'amour ! » Bref, une seule alternative : l'amour avec un grand A ou n'importe quoi... Devant un tel ultimatum, il n'y a plus rien à dire.

Pourtant il existe des failles dans le système. Depuis bien des années existent les « massages de confort ». Ils se pratiquent couramment dans les services de gériatrie des hôpitaux, et chez les kinésithérapeutes, moyennant finances, bien sûr. Il est question de « confort », le mot « plaisir » est banni. Il sent le soufre...

La confusion toucher-sensualité-sexe-amour est à l'origine de la prohibition du toucher qui règne la plupart du temps. Si vous effleurez ou touchez par hasard un inconnu ou une inconnue, par exemple dans le métro parisien, il faut s'empresser de s'excuser. Sinon ça paraîtra louche.

Si vous avisez une belle nuque ou un beau bras d'un inconnu ou d'une inconnue dans un lieu public quelconque, gare à vous de chercher à y toucher de façon délibérée. Ça pourrait même finir devant les tribunaux.

Pour justifier cet état de choses, on vous dira : « mais l'autre n'a pas forcément envie d'être touché. » Soit, alors peut-on lui demander l'autorisation ? Bien sûr que non, ce serait se faire très mal remarquer. Si par contre l'inconnu tient en laisse un superbe chien, rien n'est plus positivement bienvenu que la question : « je peux le caresser ? » ou « il est très beau votre chien, je peux le caresser ? » Mais par contre il est hors de question de demander à un inconnu ou une inconnue, et même un connu ou une connue : « je peux vous caresser ? » ou « votre bras est très beau, je peux le caresser ? »

Moralité : notre culture nous rend plus proche des chiens que des humains. Les petits enfants qui, quand ils vous apprécient, se jettent dans vos bras, sont aussi plus proches de ceux qu'ils aiment que la plupart des adultes. Adultes qui sont des ex petits enfants qu'on a éduqué, civilisé, dressé... pour être plus aptes à la violence qu'à la tendresse... Elle est belle, notre civilisation ! Peut-être un jour saura-t-elle se corriger en s'améliorant ? Sans doute, mais pour cela il faut commencer par énoncer les problèmes qui se posent. Ce texte prétend modestement y contribuer.

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 octobre 2017

mercredi 18 octobre 2017

863 La réalité du système où nous vivons

Dans quel système vivons-nous ? Durant des centaines de générations il prévoyait que chaque homme puisse s'acheter une ou plusieurs femmes et en disposer comme bon lui semble. Dans des époques plus ou moins récentes on trouve traces de cette situation. Ainsi dans l'Empire Romain à la civilisation et à la législation tant vantées par nombre de livres, les hommes ont le droit de vie et de mort sur leur femme. Jusqu'en 1944 en France, le régime politique républicain prétendument égalitaire est celui de la dictature de l'ensemble des hommes sur l'ensemble des femmes. Elles n'ont pas le droit de vote. Dans les années 1880, le Code civil français précise que l'épouse doit obéir au mari, donc notamment au lit. Puisque le même Code civil précise encore aujourd'hui que les époux se doivent « fidélité », c'est-à-dire doivent coucher ensemble. Jusqu'en 1962 une femme en France n'a pas le droit d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de son mari.

Ces dernières décennies les femmes ont acquis un certain nombre de droits et de libertés en France. Mais l'essentiel est inchangé : le travail domestique et maternel n'est toujours pas reconnu, ni rémunéré. La femme reste dépendante de l'homme. Elle n'est pas libre.

Beaucoup de femmes travaillent. Ce qui fait qu'elles fournissent des doubles journées de travail. Ce sont les nourrices, assistantes maternelles et institutrices qui voient grandir leurs enfants. Et les mères n'ont toujours pas le droit à la retraite en or massif qu'elles méritent pleinement.

Prenons un exemple que je connais bien : ma mère a eu six enfants dont quatre qui ont vécu et qu'elle a élevé. Au lieu d'avoir droit à une retraite qui lui aurait permis de mener une existence digne, très confortable et largement méritée : voyager, manger des bonnes choses, se distraire, voir des spectacles, s'adonner pleinement à sa passion : la sculpture, etc. qu'a-t-elle connu ? La misère, aucune ressources, la dépendance totale des faibles ressources de son mari.

La reconnaissance du travail domestique et maternel, sa rémunération représenterait la fin de la principale et de la plus ancienne injustice existante. Comment peut-on espérer voir résolu les autres injustices existantes si celle-ci ne l'est pas ?

Cette injustice déforme les relations entre hommes et femmes. Et cela à tous les niveaux. Quand votre avenir professionnel est dépendant du bon vouloir des hommes, comment voulez-vous si vous êtes une femme que la situation soit saine, c'est-à-dire égalitaire ?

Si en France la situation des femmes a changé, la mentalité de très nombreux hommes, elle, n'a pas changé. Ce qui est inévitable tant que le problème de fond qui mine la société ne sera pas réglé par la reconnaissance pleine et entière du travail domestique et maternel des femmes. C'est une question de justice : reconnaître ce qui est.

Les femmes de tous temps ont donné la vie. Les hommes, très souvent, ont gaspillé des vies avec des conflits divers, de la misère organisée, etc. Reconnaître le travail domestique et maternel des femmes ouvrira la perspective de l'arrêt des calamités masculines et guerrières. La paix perpétuelle et universelle est aujourd'hui nécessaire. Sinon avec le progrès général scientifique et technique, si ça continue un fou finira fatalement par disposer de l'armement nucléaire. Et s'en servira.

La cupidité sans limites des plus riches est aussi une source de menaces sur la vie-même. Il faut que l'Humanité fasse preuve de plus de conscience et de raison. Ce qui ne pourra pas arriver tant que la plus grande et la plus ancienne des injustices ne sera pas réglée. Il faut que le travail domestique et maternel des femmes soit reconnu, rémunéré et donne droit à une excellente retraite.

Basile, philosophe naïf, Paris le 18 octobre 2017

dimanche 15 octobre 2017

862 Quelques remarques sur la condition féminine

Ces derniers temps les médias sont remplis d'articles sur une affaire de mœurs dans le milieu cinématographique américain. Un grand producteur subit un tir de barrage d'accusations de harcèlements sexuels, agressions sexuelles et viols. Les victimes étant des jolies femmes auxquelles il était susceptible d'offrir des rôles et une carrière au cinéma. Parmi elles on trouve des actrices connues.

L'arbre ne doit pas cacher la forêt. Cela se passe-t-il uniquement à Hollywood ? Non, assurément, ça me rappelle même un souvenir vieux d'au moins une trentaine d'années. A cette époque s'ouvraient dans quantité de villes françaises, même petites, des petits supermarchés. Ces commerces avaient besoin de caissières. Et dans des zones qui pouvaient être pauvres d'emplois. Une rumeur persistante que je n'ai pas eu l'occasion de vérifier disait qu'une condition pour trouver cet emploi était de passer par le lit du chef. La même chose qu'à Hollywood pour les actrices.

Je suis certain qu'en lisant les accusations portées contre ce grand producteur hollywoodien, beaucoup d'hommes reconnaîtront exactement une manière d'agir mal qu'ils ont ou ont eu ou rêvé d'avoir. Il s'agit même d'une culture où nous baignons.

Les critiques contre le producteur hollywoodien soulignent son approche viandarde des femmes. Cependant je vois dans les stations du métro parisien abondance de publicités porteuses d'un message viandard s'agissant des femmes. Par exemple ces actuelles publicités de lingerie féminine montrant une jolie femme en train d'ôter avec le sourire le haut de ses vêtements cependant qu'elle ne porte comme bas visible qu'un microscopique slip. Le message est clair. La femme se résume à ce que dissimule mal ce slip.

Quels phénomènes sont à l'origine d'affaires telles que celle de Hollywood dénoncée à présent et celle des supermarchés que je ne me souviens pas avoir vue dénoncée ?

Dans notre société y compris française et parisienne, la femme, surtout si elle est jeune et considérée très jolie est traitée comme une cible sexuelle. Comme on le voit sur quantité de publicités.

Son travail domestique et maternelle n'est ni reconnue ni rémunéré. Ce qui la conduit à dépendre matériellement d'un homme ou faire des doubles journées de travail. Souvent elle ne voit pas grandir ses enfants, mais ce sont les nourrices et assistantes maternelles qui les voit grandir.

Ce qui amène l'incorrection masculine vis-à-vis des femmes, c'est aussi le pouvoir. Il est presque toujours masculin. L'agression sexuelle masculine relève aussi de la volonté de dominer.

Enfin comment cela se fait-il que des hommes apparemment correct dans plein de domaines se comportent en brutes irresponsables dans le domaine sexuel ? L'explication est dans le fait que pour ces hommes la sexualité est une toxicomanie. Ce sont des drogués pour lesquels l'éjaculation joue le même rôle que le shoot de drogue du toxicomane à drogues chimiques. Ils recherchent la masturbation dans un orifice naturel avec une démarche de drogué halluciné.

Un drogué en manque possède un comportement particulier et violent, différent de son comportement habituel. Nombre de témoignages des femmes agressées sexuellement décrivent une modification du comportement de leur agresseur qui semble comme halluciné. Il est halluciné par la vue de sa drogue. Les drogués sont très souvent des gens dangereux quand ils sont en manque.

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 octobre 2017

samedi 14 octobre 2017

861 Proposition d'un nouveau terme d' informatique

J'ai reçu un mail très doux par son contenu. L'idée m'est alors venue d'un nouveau terme d'informatique francophone :

Comment appeler un mail très doux ? Un miel, tout simplement.

Pour reprendre la première phrase de cette contribution à mon blog, je dirai donc :

« J'ai reçu un miel. »

Dès ce soir j'ai entrepris de propager ce nouveau terme d'informatique francophone auprès de plusieurs personnes proches.

Reste à le traduire. En anglais « miel » se dit honey. Peut-être un mail très doux serait appelé en anglais un homail ? Je ne fais pas partie des Anglophones. C'est à eux qu'il appartiendra de donner leur avis.

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 octobre 2014

jeudi 12 octobre 2017

860 Aller au fond du problème

Dans les années 1940, l'actrice Marlène Dietrich disait, parlant d'un célèbre réalisateur américain qui insistait pour coucher absolument avec elle et cherchait à forcer la porte de sa chambre : « j'ai résisté à Hitler, je serai capable de lui résister ! » Je cite de mémoire. Le même réalisateur à qui une jeune actrice de cinéma demandait ce qu'il appréciait le plus en elle, répondait : « vous êtes justement assise dessus ! » On voit clairement quelle manière de considérer les femmes avait ce célèbre réalisateur. Ça se passait il y a environ soixante-dix ans. Ces derniers jours un célèbre producteur de Hollywood se retrouve sous les projecteurs avec une avalanche d'accusations de harcèlements sexuels, agressions sexuelles et viols commis contre des actrices de cinéma dont de très célèbres. Ce sont des dénonciations légitimes de comportements inadmissibles et criminels. Mais qui appellent deux remarques.

La première est que ces actes étaient connus comme le loup blanc par un grand nombre de personnes. Elles ont fait silence et font pour certaines mine de tout découvrir aujourd'hui. Ce qui en dit long sur leur mentalité et leur manière de considérer les victimes et l'agresseur.

La deuxième est qu'on fait comme s'il s'agissait là d'un comportement d'un individu précis qu'il suffirait de reprouver, dénoncer, punir... Alors qu'il s'agit ici de l'expression d'un comportement de prédateur sexuel masculin qui est le fait d'une très large partie des hommes en général.

Une jeune fille de seize ans qui me connaît très bien me disait il y a peu d'années : « je n'ai pas peur de toi, parce que je te connais. » Sa sœur, récemment, me parlant, me disait à plusieurs reprises : « tu es inoffensif. » Ces compliments exprimaient à contrario qu'en règle général, avec des hommes qu'elles ne connaissent pas comme pacifiques à leur égard, elles sont en permanence sur la défensive. Comme le sont toutes les femmes et pas seulement vis à vis d'un richissime producteur hollywoodien... Et là est bien le problème. Sans absoudre le producteur en question il est nécessaire de ne pas ignorer les agissements des millions d'autres prédateurs qui pourrissent la vie des femmes en particulier et la vie de la société en général. Cette situation d'où vient-elle ? Peut-elle changer en s'améliorant ? Quand et comment ? Voici les bonnes questions que soulève cette énième affaire de mœurs touchant la « haute société ».

L'inconduite masculine très répandue est une véritable maladie de société. La société peut-elle trouver en elle les voies et moyens pour en guérir ? Ce n'est pas parce qu'un problème est très ancien et très répandu qu'il est pour autant inguérissable. Il serait bon de l'identifier clairement et en discuter entre hommes et femmes, clairement et ouvertement.

La recherche de l'harmonie est à ce prix. Les ressources de paix non utilisées sont incalculables, à condition de bien vouloir consentir à les rechercher en nous et autour de nous. Tout le monde rêve de paix tout en souffrant d'une immémoriale situation conflictuelle entre les humains et à l'intérieur d'eux-mêmes. Pourquoi la paix intérieure et extérieure serait-elle impossible ? L'Histoire humaine abonde en conflits interminables qui ont fini par trouver une fin. Le conflit entre l'homme et la femme et de l'homme avec lui-même et de la femme avec elle-même est le conflit le plus ancien. Le résoudre amènera certainement la fin de tous les autres conflits. Cette recherche de paix vaut donc vraiment la peine.

Il y a deux mille cinq cent ans environ, un sage indien qui est connu comme le Grand Bouddha déclara : « si la haine répond à la haine, quand finira-t-elle ? » Ce n'est pas la haine, ni le savoir qui représente la force, mais notre capacité à aimer en dépit de tout et malgré tout ce qui paraît s'y opposer. Aimer est le chemin. Reste à tracer la route. Mettons-nous à l'ouvrage dès maintenant !

Basile, philosophe naïf, Paris le 12 octobre 2017

mardi 3 octobre 2017

859 Et quand c'est oui...

De très justes campagnes ont insisté sur le fait que : « quand c'est non, c'est non » s'agissant de femmes auxquelles sont faites d'explicites propositions sexuelles. Ces campagnes réfutaient la vieille et infecte fable patriarcale qui prétend que quand une femme dit « non » à celui ou celle qui sollicite ses « faveurs », au fond elle penserait toujours « oui ». Il suffirait de la bousculer pour parvenir à la vérité, qui serait invariablement la satisfaction sexuelle de la personne solliciteuse.

Quand c'est non, c'est non, nous sommes d'accord. Il est intéressant de voir comment se pose la question quand c'est oui de la part de la femme.

Tout d'abord, remarquons qu'il n'existe aucune manière simple, polie et « correcte » pour dire « oui ». Mis à part le cheminement officiel via une demande en mariage. Ce qui pose problème. Je peux demander ou accepter fort civilement la dégustation d'un gâteau, une sortie au cinéma, mais aller au lit faire des galipettes non. C'est tout particulièrement vrai plus pour les femmes que pour les hommes.

Remarquons ensuite que la femme qui dit oui prend un risque en baissant sa garde. En effet, elle ne peut pas deviner par avance sur quel genre de comportement sexuel elle peut tomber. Des personnes très comme il faut peuvent réserver des surprises pas forcément positives et agréables. On peut découvrir ainsi que quelqu'un d'apparemment équilibré ne l'est pas du tout. Il peut par exemple être sommaire au lit : « six minutes douche comprise » ou encore être violent.

Une difficulté supplémentaire pour dire « oui » tient à l'automatisme du non. Habitué à toujours dire « non », une personne de sexe féminin ou masculin pourra spontanément dire « non » même si après elle en ressentira des regrets. J'en parle en connaissance de cause. Quand j'étais bien plus jeune, un jour, une jeune fille m'a demandé directement si je voulais des petites caresses. J'ai aussitôt et machinalement répondu « non » et m'en suis ensuite mordu les doigts, sans savoir faire machine arrière. Cette jeune fille m'attirait. J'ai en dépit de ça cédé à mon automatisme négatif.

Illustration de la difficulté à dire « oui », j'ai connu une jeune femme qui, ayant décidé d'avoir une aventure avec un ami n'osait rien lui demander. Elle finit par lui demander s'il avait chez lui de l'alcool. Elle espérait parvenir en buvant à se désinhiber et aller droit au but. L'ami n'avait pas d'alcool chez lui. Et l'aventure projetée est tombée à l'eau.

Un obstacle supplémentaire se dresse pour qu'une femme puisse exprimer son désir. C'est que souvent elle justifie ses refus avec des fables et des non-dits. Fable classique, pour repousser un solliciteur importun, elle pourra invoquer sa fidélité à son fiancé. Qu'elle sera en fait toute prête à cocufier sans souci si l'occasion qui se présente lui paraît positive et l'affaire jouable. Avouer à un homme qu'on le désire alors qu'on a joué à la sainte intouchable auprès de lui est un peu difficile et déstabilisant. Et l'avouer n'implique pas forcément la réussite du projet recherché.

Une jeune femme qu'attire un homme plus âgé va passer son temps à expliquer à son entourage qu'il n'en est rien. Qu'il pourrait être « son grand père ». Que le sexe en général ne la passionne pas, etc. Ce discours rendra difficile d'entrer dans le vif du sujet avec la personne ainsi rejetée en paroles. Il faut parfois traverser un véritable no man's land de mensonges accumulés depuis des années pour parvenir au but recherché. Ce n'est pas évident de se dénoncer en quelque sorte ainsi et avouer frontalement qu'on ment allégrement depuis toujours et à tout le monde ou presque. Ce qu'on appelle « le domaine de l'amour » est très souvent aussi le lieu privilégié du mensonge, de la manipulation et de l'hypocrisie. Qui sont trois des plus efficaces tue l'amour qui existent.

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 octobre 2017