lundi 6 juillet 2020

1356 Intelligence avec l'ennemi ami

A soixante-et-onze kilomètres au nord de la capitale
Au moment de la seconde guerre mondiale,
Le père Cantarel et le père Gaspard
Ont rendez-vous avec l'Histoire.
Le lieu du rendez-vous est un village
Dans le département de Seine-et-Oise
Et dans l'arrondissement et le canton de Pontoise.
Les trois cents et quelques villageois et villageoises
Vont voir en juin quarante arriver et s'installer
A Arronville, quelques territoriaux allemands,
Ce seront là les occupants.
Dire « les occupants » est peut-être un peu violent,
Car dans ce village paisible il n'y a ni collaborateurs
Ni résistants, juste à cette heure
Des Français et des Allemands s'ennuyant
Et souffrant du rationnement,
Pour ce qui est des Français, car avec ou sans argent
C'est difficile de trouver des aliments.
Le père Cantarel est un modeste paysan
Il produit un peu de blé, de betteraves
Il a plein de poules et quelques cochons,
Mais il a surtout déjà huit gosses
Et un neuvième qui arrivera à la Libération.
Les enfants ont faim et nettoient bien les os,
Car le blé de leur papa paysan
Est confisqué par l'occupant.
A côté, une grande propriété
A été réquisitionnée comme réserve cynégétique
Pour un haut dignitaire allemand jamais là.
Les territoriaux allemands du village
Ont appris la situation critique
De Cantarel pour nourrir ses enfants en bas âge.
Discrêtement, ils posent des collets
Dans la propriété réservée
Et vont offrir leurs lapins
Pour les enfants qui ont faim.
Ce manège discret fonctionnera très bien,
Les autorités n'en sauront rien.
Pour le père Gaspard
La discrêtion n'aura pas court.
Pianiste retraité doué musicalement
Il rencontre des occupants,
L'un joue du violon,
L'autre du violoncelle.
Hitler et De Gaulle se font la guerre,
On fraternisera autour de Jean Sébastien Bach,
Mozart, Bethoveen et Honegger !
Plutôt que s'ennuyer chacun de son côté,
Le Français et les Allemands forment ensemble
Un orchestre de chambre !
En guise de guerre
Ils déchiffrent des partitions
Et donnent au village des concerts !
A la Libération
Les lapins de Cantarel
Sont restés clandestins,
Il n'a pas été ennuyé.
Mais le père Gaspard a été inquiété
Pour avoir collaboré musicalement
Avec les musiciens allemands.
On le condamne à deux mois de prison,
Mais au village il n'y a pas de prison.
Alors, en désespoir de cause
Et pour la bonne cause
On le condamne à être
Secrétaire de mairie bénévole
Durant quelques temps
Au moment où il a du temps libre.
Ici fini la terrible histoire
Du rendez-vous avec l'Histoire
Du père Cantarel et du père Gaspard
A Arronville, dans le département de Seine-et-Oise
Et dans l'arrondissement et le canton de Pontoise.

Basile
Paris, le 6 juillet 2020

1355 Agathe for ever, per sempre

Ma très chère Agathe,
J'ai eu aujourd'hui la chance,
La joie et le privilège
De te revoir
Et revoir tes très jolis yeux bleus malicieux,
Le bleu malicieux
Est un bleu nouveau,
Voisin du bleu orangé
Et du bleu vanille fruité,
C'est un bleu unique
Et inimitable.
On le trouve seulement dans tes yeux.
Tous les grands artistes
Depuis Apelle jusqu'à moi
Ont cherché à le reproduire
Ou l'anticiper avant ta naissance
Et n'y sont pas arrivé.
Le bleu malicieux se trouve uniquement
Et exclusivement dans tes yeux
Très précisément à l'instant
Où tu souris malicieusement.
J'ai admiré une fois encore
Aujourd'hui
Ton bleu malicieux.
Tous ceux qui ont été illuminé,
Aspergé par ton regard
Ont soit perdu la raison
Soit ont nagé dans le bonheur.
Beaucoup ont cherché
A obtenir de toi
Quelque chose.
Certains ont certainement voulu
Te réduire à leur merci,
D'autres te faire des enfants,
D'autres te faire entrer au couvent.
Moi je ne te demande rien,
Seulement que je puisse
M'embraser d'amour
Et de confettis citron vanille
Outarde de Dijon et chocolat
Au feu intense de tes yeux
Pour m'inspirer de très beaux poèmes
Où je pourrais inlassablement
Psalmodier, chanter
En répétant ton prénom
Durant un siècle ou deux,
Et remerciant infiniment
Holokun, Exipéuse, Amalasunta,
Saint Chrone, Saint Thétique et Saint Pathique
De m'avoir fait connaître
Tes yeux malicieux.
Ô toi lumière des lumières
Infiniment bleue,
Océan boréal,
Lueur vespérale,
Déesse des déesses,
Et même déesse 19
Citroën
Voiture incomparable
Tirée par Pégase, Bucéphale,
Les chevaux du soleil,
Les sirènes d'Ulysse
Et les six rennes du Père Noël,
Ô toi Ture de Zinc
Et Toi la Matelas,
Je m'incline, m'agenouille,
Me prosterne, m'aplatis devant toi, Agatholâtre et adorant,
Très pondéralement, avec la pythie wapiti du dodo dodelinant,
Me sacrant ton très humble polygone du carnaval des nombres,
Avec ma cosmétique thuyyilique numérique et sans nombres,
Je te salue en rêvant avide d'une bissectrice météore et adore,
Et d'une racine carrée exaltée de nos futures rencontres à bord
Des trente continents, quarante hémisphères et vingt tabors !

Basile
Paris, les 4, 5 et 6 juillet 2020

dimanche 5 juillet 2020

1354 La chatte de gouttière et la lionne africaine

Une chatte de gouttière timide
Avait mis au monde une lionne.
Cette lionne, en rugissant
Faisait trembler toute la brousse.
Elle a obtenu des diplômes,
Fait une brillante carrière professionnelle,
Eu deux beaux enfants,
S'est acheté
Un bel appartement.
La lionne superbe
Était fière de sa réussite.
Et tous les chats du quartier
L'admiraient
Et rêvaient de faire
Comme elle.
Mais sa maman, jalouse ? Impressionnée ?
Ne voulut plus voir son enfant.
Alors, devant le trouble
De cette superbe lionne amie,
Je lui ai écrit
Cette poésie.

Basile
Paris, le 5 juillet 2020

1353 Le pain de Sabine

Avant de manger ton pain
Je l'ai embrassé.
Avant d'entamer ton pain
Je l'ai photographié.
Ton pain merveilleux
Avec lequel on sait
Ce qu'est une mie fondante.
Ton pain
Fait avec de l'amour
Et de la farine.
Ton pain
Avec lequel
On retrouve
Dans sa bouche
Le goût de tes mains,
Le souffle de ton cœur
Et la passion de ton âme.

Basile
Paris, le 5 juillet 2020


jeudi 2 juillet 2020

1352 Un poulet cuit à l'aspirine

Il fut un temps
Où certaines mœurs
Homosexuelles
Pour ne pas les nommer
Étaient condamnées
Au motif
Qu'elles étaient « contre Nature ».
Mais faire sonner son réveil
Avant l'aube
Et se lever
Quand il fait encore nuit
Est aussi « contre Nature ».
Et aussi
Quitter les bras de sa douce fiancée
Pour retrouver son patron
Est-ce bien conforme
Aux commandements de la Nature ?
Cuire des aliments,
Les saler,
Les manger
Dans une assiette
Avec une fourchette
Est également « contre Nature »,
Car avez vous vu
Courir des poulets cuits
Avec une salière sur le dos
D'origine naturelle
Pas loin de l'arbre à assiettes
Et de l'arbuste à fourchettes ?
Mon discours vous fait
Mal à la tête ?
Vous voulez
Prendre un cachet d'aspirine?
Malheureux !
L'aspirine n'est pas un produit naturel !
C'est un produit artificiel
Comme la blouse du pharmacien.
Vous qui lisez
Êtes habillé ?
Mais la Nature nous a fait nus.
J'ai longtemps cherché
Et pas trouvé
L'arbre à caleçons et l'algue à sous-tifs.
Vos vêtements sont colorés ?
Mais si la Nature
Avait voulu
Que nous portions
Des vêtements de couleurs
Elle aurait fait naître
Des moutons de couleurs !
Cet argument n'est pas de moi
Mais de Tertullien
Un illustre théologien.
En résumé
Et pour conclure,
Faites votre vie
Comme vous voulez l'entendre,
Mais n'invoquez pas
La Nature
Pour vous justifier !
Vos choix fussent-ils
Les plus justes,
Aimables
Et positifs du monde !
Ce qui est naturel
N'est pas toujours bon.
Et il est recommandé de préférer
Les barbes à papa
Aux champignons vénéneux
A la Fête à Neu Neu !
Enfin et pour finir :
Quand vous êtes dans une fête,
Si vous vous retenez pour ne pas uriner
Au milieu du salon
Et attendez d'aller au cabinet,
N'est-ce pas là
Contrarier la miction naturelle et donc la Nature toute entière ?
Je vous laisse méditer sur le feuilleton « Miction impossible »,
Et sur la Nature libre, ses fruits, ses fleurs et ses champignons.

Basile
Paris, les 28 juin et 2 juillet 2020

1351 La bergère de Paris

C'est la bergère de Paris
Dieu qu'elle est jolie !
Oui c'est elle
C'est bien elle
La jolie demoiselle,
Elle s'appelle Gaëlle.
Quand on l'aperçoit
Sur les Grands Boulevards
On l'admire
Comme une œuvre d'art.
Au pied de la Tour Eiffel
C'est encore elle
La plus belle.
Partout où elle passe
Rien qu'à sa vue
Tous nos malheurs s'effacent.
Au Quartier latin
Les étudiants, les lycéens
Ne pensent qu'à elle.
Près des Beaux-Arts
Quai Malaquais
Et dans les bars
Tous les rapins
Voudraient la croquer,
Et tous les sculpteurs
Passer des heures
A l'immortaliser.
Sur les Champs-Elysées
On ne vient plus pour le défilé
Mais pour admirer Gaëlle,
Elle est si belle
Que cette année
Le défilé a été supprimé.
La Seine est toute embouteillée
De bateaux arrêtés
Qui plein d'espoir
Attendent de voir
Gaëlle passer.
Au musée du Louvre
Les portes juste s'entrouvrent,
Car les visiteurs habituels
Sont partis admirer la plus belle
C'est à dire Gaëlle.
Devant cette situation
A la Vénus de Milo
De stupéfaction
Les bras sont tombés.
A Montmertre
Sur la place du Tertre
Le Grand Manu des Beaux-Arts
Joue des airs bizarres
Avec sa trompette
Pouet ! Pouet !
En attendant impatiemment
La venue de la plus belle
Gaëlle!
Au Moulin à Café
Gaëlle j'ai vu passer.
A l'Elysée
Sous le choc de sa vue
Le Grand Manu qui préside
S'est jeté à l'eau
Et a proposé à Gaëlle
De prendre la présidence
De la France
La place de Philippe
Et de Brigitte,
Mais Gaëlle n'a pas voulu
Dire oui au Grand Manu,
Elle a déjà fait sa vie
Et a un tendre ami.
Gaëlle est très amoureuse
Elle a tout pour être heureuse !

Basile
Paris, le 2 juillet 2020

mercredi 1 juillet 2020

1350 Des mots nouveaux pour améliorer le monde

Les malades qui gouvernent le monde,
Qui sont hélas presque tous des hommes
J'en ai bien honte
Car j'en suis un,
Dérangent, n'honorent pas les femmes
Et ont transposé leur malaise
Jusque dans la langue-même
Outil de la réflexion
Et de la communication.
Ils ont baptisé le nerf important
Dont relève notamment
Notre appareil génital
« Nerf honteux ».
Nos organes reproducteurs étant baptisé
« Parties honteuses ».
Il y a quelques années
Un naïf ignorant le latin
Aurait pu croire achevée
Cette frénésie puritaine.
Le nerf irriguant nos parties génitales
Était rebaptisé « nerf pudendal ».
Que nenni ! La bêtise
Y compris drapée sous le voile
De la fausse connaissance
A la vie dure !
Comme je le dit parfois
Pour m'en moquer
Et détendre l'atmosphère :
« Seuls Dieu
« Et la connerie
« Sont éternels.
Pudendal
Mot qui rime avec banal,
Chacal,
Fécal,
Animal,
Pas très jolis,
Mais aussi Chantal
Un très beau prénom
Utilisé par les femmes
Qui enchantent nos vies,
Est tout simplement dérivé du latin pudendus
Qui signifie « honteux » !
Ça suffit ! Arrêtons cette comédie !
Que les malades se soignent
Et rebaptisons notre nerf.
Je propose de le rebaptiser
« Nerf félicien »,
En référence au latin felicitas
Qui signifie « bonheur ».
A partir de dorénavant
Nerf honteux
Je te rebaptise nerf du bonheur !
Un autre mot est à jeter.
C'est le mot « vagin »
Qui vient du mot fourreau.
Fourreau d'une arme !
Le vagin est ainsi défini
Par rapport à l'homme,
Et c'est juste l'étui de quoi ?
Du pénis qui serait une arme
Rangée dans cet étui !
Plus ignoble tu meurs !
Urgence il y a
De rebaptiser le vaillant vagin
Et lui donner un nom honorable et indépendant !
Je propose le mot « aven »
Dont le n se prononce.
Il désigne en géologie
Une grandiose cheminée naturelle,
De plus
Il est simple à prononcer,
Fait deux syllabes
Et emploie un v
Comme le mot vagin
A remplacer.
Aven est un mot
Facile à prononcer
Et à reprendre
Dans d'autres langues
Que le français.
Autant de facilités offertes
Per buttare alla spazzatura
Jeter à la poubelle
L'ignoble mot vagin
Et le remplacer par un autre !
Dernier mot que je propose
Pour améliorer le monde :
Le mot ovulité
Qui désigne la capacité à remplir
Cette fonction : l'ovulation.
Une capacité fondamentale
De la féminité.
Sans elle
L'espèce humaine disparaît.
Nerf félicien, aven, ovulité
Trois mots que je propose
Pour améliorer le monde.
Qu'en pensez- vous ?
Bienvenue à ces trois mots nouveaux !
Et que disparaissent à jamais
Les ignobles vagin et pudendal
Insultes à notre belle langue
Et à notre très honorable
Vie génitale !
Bienvenue à toi ovulité
Sans laquelle
Nous ne serions plus rien,
Même pas un atome de poussière
Au milieu du bal général
Des nébuleuses
Et galaxies !

Basile
Paris, le 1er juillet 2020