lundi 16 novembre 2015

460 Si Dieu est bon, pourquoi le mal existe ?

Une très vieille question posée est la suivante : « si Dieu existe et est bon, alors pourquoi le mal existe ? »

La question posée est débattue. On utilise des concepts tels que « Dieu », « la vie », « le bien », « le mal »... sans définir leur sens. On fait comme si on savait déjà précisément ce que ces mots signifient. Alors qu'en fait on ne sait pas ce qu'ils définissent vraiment. À partir de tels attendus, il est facile de partir dans des raisonnements qui se perdent et des conclusions très incertaines.

Quand les humains en grandissant atteignent l'âge de quatre ans environ débute la période de leur « enfance prolongée ». Elle durera au moins une dizaine d'années environ. Quand on observe la définition de Dieu qu'en donnent nombre d'humains, on voit transparaître la transposition de papa et maman vus par les yeux d'un enfant. Dieu surveille, punit ou récompense. La souffrance ne doit pas, ou ne devrait pas exister.

Pour chercher à comprendre d'où vient le mal, des théories ont été avancées.

L'une consiste à affirmer que « la souffrance est bonne ». Si le négatif devient positif, il n'y a plus que du positif.

L'autre annonce que « la souffrance est méritée ». Pour diverses raisons, l'une étant « le Karma ». Soi-disant, s'il nous arrive des ennuis, nous subirions la compensation de notre inconduite dans la vie précédente.

Cette théorie a l'avantage de justifier y compris les malheurs frappant des petits enfants. S'il arrive un terrible accident à un petit bébé, c'est tout à fait normal. Ça signifie que dans sa vie précédente c'était un gros salaud. Ce genre de théorie se double d'autres affirmations. Personnellement je n'y souscris pas. Sans pouvoir non plus, on se demande comment, prouver leur invalidité.

Il y a une troisième approche qui elle me paraît beaucoup plus vraisemblable. Il existerait une logique que nous ne voyons pas. Dieu est bon quand même. Mais nous ne percevons pas clairement le fonctionnement du monde.

J'ai pensé qu'en fait la réponse pratique à la question posée est celle de l'action limitée. Pour que ça aille bien pour nous, ça dépend, pour une part de notre action à nous. Je vais prendre un exemple très simple qui m'est arrivé hier matin. Je me réveille. J'ai froid, car mes jambes sont nues sous la couette. Il faudrait que je prenne le pantalon de pyjama qui se trouve pas loin, mais je ne sais pas où, et l'enfile. J'ai la flemme de le faire et ne cherche pas à m'habiller ainsi. Me rendors. Et, quand je me réveille, sens que j'ai visiblement pris froid.

Ma responsabilité ici était d'accepter de faire l'effort de chercher le pantalon de pyjama. Je n'ai pas voulu le faire, résultat : j'ai pris froid.

Le monde, le froid, c'est Dieu. La volonté de mettre mon pyjama c'est moi. Si je ne m'assume pas, le froid est le plus fort et j'attrape froid. Cette logique serait générale. Si on ne témoigne pas d'un minimum de bon sens et d'efforts correspondants, les ennuis arrivent. Or, en fait, un nombre énorme de gens ne font rien comme efforts de réflexion, d'action. Ils se laissent vivre. Se conduisent comme un troupeau résigné et ont des problèmes. Ce qui leur arrive est logique. Si Dieu vous dit de mettre votre pyjama pour éviter de prendre froid. Que par paresse vous ne faite pas et prenez froid, c'est ce qui doit arriver, sous votre responsabilité. Dieu n'est pas là pour vous traiter comme si vous étiez incapable de raisonner, agir, prendre des initiatives. Vous avez aussi un rôle, votre rôle, a jouer.

S'agissant des petits enfants, ils sont dépendants, suivent les grandes personnes. Ils ne font rien, ni bien, ni mal. Et ont besoin des grandes personnes pour les aider à vivre. Exactement à l'image des anticorps qu'ils trouvent dans le lait maternel et ne sont pas encore à même de produire eux-mêmes.

La remarque qui sera fréquemment soulevée est : « oui, mais, il y a des gens qui sont bons, qui font des efforts, et auxquels des ennuis arrivent quand-même. »

Ce qui suppose que pour des gens « bien » la vie devrait être absolument dépourvue d'ennuis. On se demande bien pourquoi. Parce que « Dieu est bon ». Une fois encore on perçoit ici cette conception infantile de la relation de l'homme à Dieu. L'homme serait le petit enfant et Dieu le papa et la maman. Et l'homme, il est doté aussi d'une tête. Elle lui sert à quoi s'il ne s'en sert pas ?

Quantité de gens réputés « bons » ne sont pas si « bons » que ça. Par exemple, tout un tas d'hommes apparemment gentils sont persuadés que violer une femme c'est très bien. Qu'ils le fassent ou non. Et qu'ils ne le fassent pas uniquement par crainte d'avoir des ennuis.

De leur côté, en retour, il existe une quantité de femmes qui méprisent, haïssent les hommes. Et prennent plaisir à les faire souffrir. Ça peut apparaître y compris dans des micro événements.

L'autre jour, je suis à table avec deux dames que je connais un peu. Nous sommes dans une sorte de restaurant où les clients débarrassent eux-mêmes leur table. Une des deux dames, à la fin du repas où nous avons déjeuné tous les trois, se lève. Ramasse son assiette et me propose d'emporter aussi la mienne. J'accepte. L'autre dame cherche une éponge au bar et nettoie la table. Puis, toutes les deux me regardent et m'agressent verbalement : « ah, on voit qu'il a été élevée par une mère ! » Sourires entendus qui signifient : « tu es un macho ». Elles ont fait très vite, l'une d'elle m'a proposé de débarrasser mon assiette avec la sienne. Et, une fois l'opération terminée, je n'ai plus moyen de nier dans les faits leurs propos sexistes. Comme je me défends en évoquant la manière dont j'ai toujours partagé les tâches domestiques quand il m'est arrivé de ne pas être seul dans la vie, une des deux dames clos aussitôt le débat : « c'est pour rire, » dit-elle. En fait, ce n'est pas pour rire. Les deux dames ont des petits airs entendus qui disent : « celui-là, c'est un salaud et un con comme les autres. Et nous l'avons bien coincé en lui en faisant la démonstration. » Moralité de l'histoire :  je ne mangerais plus en leur compagnie.

Le conflit homme-femme est la base et la source de tous les conflits. C'est le premier de tous les conflits. C'est ce conflit, où ils ont aussi très souvent leur part de responsabilité, qui peut rendre les hommes méchants.

Et également hypocrites : je suis frappé par les déclarations d'amour de la paix et des droits de l'homme dont, à l'occasion, se fendent d'ignobles dictatures. Elles n'ont que le mot « civilisation » à la bouche et font tout le contraire chez elles.

Vers le début des années 1990, je suis tombé sur le compte-rendu d'un entretien entre un homme qui se présentait en qualité de « philosophe catholique » et un journaliste. C'était une interview de Jean Guitton parue dans le Figaro Magazine.

Une question que le journaliste lui a posé m'a frappé, je la cite de mémoire : « Si Dieu est bon, alors pourquoi la souffrance, la maladie, la mort ? »

Cette question a un caractère au moins en partie absurde. Si on est croyant, qui plus est, si on croit au Paradis, la mort ne doit pas être un problème, tout au contraire ! Si l'Au-Delà existe, alors la mort est le plus fabuleux des voyages. Mais de nombreuses traditions religieuses l'attestent, il ne faut pas se suicider, c'est-à-dire anticiper la date de départ. Et on a le devoir de préserver sa vie en général.

La tentation suicidaire est une chose qui paraît parfois extrêmement bizarre. Ainsi, elle est contagieuse. J'ai entendu rapporter le fait suivant à ce propos. Durant la guerre d'Algérie, il arrivait parfois qu'un soldat français se suicide. Dans ce cas-là, l'ensemble de sa chambrée était renvoyée dans ses foyers. Car autrement il existait un risque de contagion suicidaire.

J'ai moi-même ressenti ce phénomène étrange de contagion. J'ai assisté un jour aux obsèques d'une jeune fille que je connaissais un peu et s'était suicidé. Au moment des obsèques, je ressens bizarrement une sympathie et une proximité pour l'acte commis. J'ai l'impression que c'est finalement très sympathique de se suicider. Mais je ne vais pas aller jusqu'à suivre ce chemin hasardeux-là. Simplement, je note cette pensée étrange. Alors que je n'avais pas du tout de raison de me suicider, voilà que je voyais, très brièvement, cet acte comme quelque chose de bienvenu.

J'ai connu cet épisode il y a environ une trentaine d'années. Un autre phénomène des plus bizarres et redoutables est celui du suicide en lieu et place du meurtre. C'est une histoire abracadabrantesque. Elle aide à comprendre certains comportements sans pour autant les approuver.

Quelqu'un vit ce qu'il croit être un parfait amour. Ça casse au bout d'un certain nombre de mois. Il y a cru à fond. Et c'est fini. Sa fiancée lui a donné son congé. Il accepte la réalité. Et voilà qu'un jour il est chez elle et a soudain une envie d'être ultra-violent contre elle ! Cette envie claire et nette le surprend. Car il n'est pas du tout quelqu'un de violent. Il ne laisse rien paraître de son envie inattendue. La maitrise sans peine en se disant simplement : « je ne suis pas quelqu'un qui se conduit comme ça.. » Et ça passe.

Seulement voilà : il a refusé cette explosion extérieure de la violence. Elle a donc explosé intérieurement. Et voilà qu'il se retrouve envahi par une tentation suicidaire... qui dure un certain temps. Puis s'évapore complètement. Le récit de cette expérience vécue m'a fait comprendre un peu la mécanique des crimes passionnels. Leurs auteurs sont fréquemment des personnes très calmes en temps normal. Quand elles passent à l'acte et se retrouvent emprisonnées, ce sont souvent des détenus modèles, parfaitement tranquilles.

La violence est une chose absolument détestable. Elle est hélas cultivée, notamment par les médias, qui adorent exalter la haine de l'autre. Ce dernier étant présenté comme irrécupérable. La lecture des journaux des années de guerre ou d'après-guerre est fort démonstrative de ce phénomène de représentation négative. Au début des années 1920, la presse française ne se gêne pas pour parler des « boches ». Dans l'immédiat après-guerre, vers 1946, la presse ressasse inlassablement les atrocités du conflit qui s'est achevé. Les malheureux qui l'ont subit n'avaient visiblement pas le droit de respirer un peu et profiter enfin de la vie en paix !

Par exemple en faisant la fête. La fête, c'est super important. Les étudiants parisiens, les forts des Halles et les grands journaux parisiens organisèrent un important cortège de Carnaval le jeudi de la Mi-Carême 28 mars 1946. Un journal nota à cette occasion que les autorités officielles ne cherchèrent guère à aider à l'organisation de ce joyeux défilé festif. Elles préféraient les commémorations solennelles, tristes et funèbres.

Faire de nos vies un beau jardin passe aussi par l'organisation de la joie et du plaisir sain de la fête véritable. Il n'est pas nécessaire d'argent, de pouvoir, de célébrité, pour arriver à organiser une fête réussie. C'est-à-dire une fête où on s'amuse. L'amusement c'est la vie. N'écoutons pas ceux qui veulent à tous prix nous empêcher de nous amuser en rond. Chantons, dansons, rions ensemble !

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 novembre 2015

samedi 14 novembre 2015

459 L'exposition Élisabeth Vigée-Lebrun en ce moment à Paris

Je me faisais un plaisir de visiter l'exposition consacrée à cette femme, grand peintre et portraitiste dont j'avais déjà eu l'occasion d'apprécier le talent à travers des reproductions.

J'ai été déçu et m'explique ici. On dit que cette femme a réalisé des dizaines de portraits de l'aristocratie de son temps. Ce n'est pas vrai. Elle a réalisé des dizaines de fois le même tableau, en particulier s'agissant des femmes. Elles sont toutes minces, jeunes, très jolies, en pleine santé, un teint de lis et de rose, et des dents blanches impeccables. Elles ont toutes la même attitude, la même expression, le même sourire et, ce qui est pire, le même regard. Je dirais que plutôt que leur propre regard, elles ont « le joli regard Vigée-Lebrun ».

Ma mère, née en 1907 et dont le père était dentiste, m'a dit un jour : « tu sais, jusque dans les années 1920 il y avait des gens auxquels manquaient des dents de devant, y compris chez les riches. »

Et là, chez les modèles de Vigée-Lebrun, on croirait des publicités modernes pour une marque de dentifrice ! Les dents qu'on voit sont toutes impeccablement blanches et bien alignées. On comprend mieux pourquoi les « portraits » techniquement impeccables réalisés par Vigée-Lebrun avaient tant de succès ! Aujourd'hui on a les clichés « photoshopés » où disparaissent rides, taches, défauts... Et même où les modèles perdent du ventre ! Chez Vigée-Lebrun les rectifications s'opéraient au pinceau. Alors, on peut admirer la qualité technique d'exécution, mais la vie et surtout la personnalité des modèles n'est pas là.

Dans cette exposition on a donné la part belle aux portraits. En lisant les commentaires affichés, j'ai appris que Vigée-Lebrun aimait réaliser des paysages. Elle en aurait fait plus de deux cents. On n'en voit exposés que quelques petits tout à la fin de l'exposition. À croire qu'on n'a pas su où les ranger.

Ils sont pleins de vie. J'en ai photographié un. J'ajoute la photo en illustration de ce texte.

Quand aurons-nous une vraie rétrospective de Vigée-Lebrun ?

Avec, en particulier, une quantité de ses paysages, où elle témoigne infiniment plus de sa sensibilité et son cœur que dans cette galerie commerciale de jolis portraits idéalisés ?

En réalisant des portraits, Vigée-Lebrun gagnait très bien sa vie. Dans ses paysages, elle était libre et laissait s'exprimer sa sensibilité. La vraie Vigée-Lebrun est plus dans ses paysages que dans ses « portraits ».

On l'a résumé à ces derniers, comme on a résumé Daumier à certaines de ses caricatures, notamment politiques, en oubliant complètement ses nombreux dessins illustrant le Carnaval de Paris. Comme on a résumé la poésie de Marceline Desbordes-Valmore aux Roses de Saadi en oubliant ses poèmes sur l'insurrection des canuts lyonnais. Comme ses admirateurs ont oublié l'opéra Rienzi de Richard Wagner pas assez « wagnerien » à leurs yeux. Les admirateurs, thuriféraires, historiens, font des fois le tri dans une œuvre, décidant ce qui est « marquant », « caractéristique » ou pas. Ils peuvent se tromper. Et perpétuer leur erreur en ne présentant qu'un morceau de l'œuvre de quelqu'un tout en négligeant l'autre.
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Ce regard sélectif se retrouve également chez les historiens en général. Ainsi, quantité d'ouvrages retraçant l'histoire de Paris ignorent absolument son Carnaval ou en racontent juste quelques anecdotes. Motif : l'image historique officielle de Paris ne comprend pas cette fête

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 novembre 2015


458 Croyant et incroyant

Croyant et incroyant

Celui qui n'est pas croyant
Pense que n'importe quoi
Peut arriver
À n'importe qui
N'importe quand.
Celui qui est croyant
Pense qu'il y a
Un ordre général de l'univers
Et fait confiance à Dieu.
Celui qui n'est pas croyant
Vit dans la peur.
Et parfois dans la haine.
Celui qui est croyant
Vit dans la sérénité
Et l'amour
De lui,
De ses amis,
Et même,
De ses ennemis.

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 novembre 2015

mercredi 11 novembre 2015

457 Il faudra bien un jour que le pouvoir de l'argent fou laisse la place à celui des humains raisonnables et aimants. – Métamorphoses politiques actuelles.

Le concept de « pouvoir du peuple » est beau, rassurant et absurde. Le pouvoir est toujours détenu par définition par une minorité qui l'exerce sur la majorité. Il s'agit ici d'un oxymore. Ou bien on est le peuple, ou bien on est le pouvoir. On ne peut pas être les deux à la fois. De même qu'on ne peut être tout à la fois blanc et noir. Ce concept de « pouvoir du peuple » ou « pouvoir populaire » a été inventé pour rassurer le peuple et conforter, justifier le pouvoir de ceux qui l'exercent en son nom, à sa place, et souvent contre lui.

Un des visages donnés à ce « pouvoir populaire » c'est « la démocratie ». La démocratie athénienne antique c'était le pouvoir du « dème ». C'est-à-dire la dictature de 20 000 hommes libres sur 200 000 autres êtres humains : les femmes, les métèques, c'est-à-dire les étrangers résidents ou de passage à Athènes, et les esclaves.

Dans l'imaginaire collectif la « démocratie » c'est le pouvoir du peuple où celui-ci élit des « délégués » pour le « représenter ». En fait, ces délégués sensés le représenter représentent toujours les intérêts d'eux-mêmes et d'une minorité. Les élections passés, les élus oublient toujours les promesses qu'ils ont faites à la masse de leurs électeurs. Le seul « changement » qu'ils assument consiste à oublier leurs promesses et se mettre au service de ceux qui détiennent le pouvoir économique et financier. Cela se fait d'autant plus facilement qu'aujourd'hui, pour être à même d'être élus, de parvenir à gouverner un pays suite à des élections, il faut beaucoup d'argent. Une campagne électorale coute très cher. Le système politique en France vient d'ailleurs de nous annoncer la fin de la démocratie dans notre pays. Ça s'est fait par la bouche du leader du NPA Olivier Besancenot. Les élections régionales arrivent en décembre prochain. Et qu'a annoncé Olivier ? « Mon parti politique, le NPA, ne présentera pas de candidats. Car il n'a pas assez d'argent pour assumer les frais tels que l'envoi de professions de foi aux électeurs. Le papier coute trop cher. » Je cite de mémoire, ce ne sont pas les mots exacts, mais le sens y est.

On peut adorer ou détester le NPA. En tous les cas, une chose est certaine : il représente une tendance politique parmi les autres. Elle ne sera pas représentée auprès des électeurs lors des prochaines élections régionales en France. Pourquoi ? Parce que le NPA n'a pas assez de sous pour se présenter. La démocratie n'existe plus en France. Il y avait jadis le vote censitaire. Il fallait être riche pour avoir le droit de voter. À présent, nous avons la candidature censitaire : il faut être riche pour pouvoir se présenter aux élections importantes pour l’avenir du pays.

Comme est loin le temps où Marcel Barbu, simple particulier, se présentait aux élections présidentielles pour défendre ses idées ! C'était un inconnu qui fut candidat aux présidentielles françaises de 1965. Aujourd'hui une telle candidature ne serait plus possible. Il faut beaucoup d'argent et le parrainage de 500 élus de 50 départements. Ce qui signifie qu'avant-même de se présenter devant les électeurs, il faut avoir été reconnu, coopté par des politiciens. Où est la démocratie ?

Pour trouver l'argent, il faut se débrouiller. Ce qui a des implications y compris politiques. Le plus simple est d'être riche personnellement ou d'avoir une épouse ou un mari riche. Quand DSK eu ses ennuis à New York en 2011, il lui fallut trouver en urgence de quoi payer une caution de 5 millions de dollars pour satisfaire la justice new-yorkaise. Il les trouva. Et ce sans faire une campagne de souscription. Par la suite, on raconte que pour faire abandonner les poursuites en procédure civile que lui faisait son accusatrice, DSK sortit encore quelques millions de dollars.

Si on n'est pas riche soi-même, ou si on n'a pas une épouse ou un mari riche, il faut chercher l'argent. Plusieurs possibilités s'offrent alors. Solliciter un organisme riche, par exemple une secte. Solliciter une grande société privée ou une banque. Ou, enfin, accepter l'aide, bien évidemment intéressée, d'un gouvernement étranger riche qui a besoin de soutiens. Il s'agit généralement de dictatures. Tout ceci comporte bien sûr des gages de reconnaissance en retour.

Si on ne veut pas se compromettre, on reste droit, propre. Et on n'arrive jamais au pouvoir. On peut faire ce choix. Il existe des organisations politiques qui ont renoncé de facto à la perspective d'accéder un jour au pouvoir.

Mais si seuls les riches ou amis des riches vont gouverner et qu'on n'est pas d'accord avec leur orientation, que peut-on faire ?

Revenir aux fondamentaux d'origine. Avant l'invention du suffrage universel, la politique se réglait par l'affrontement direct, plus ou moins violent ou pas violent. La perte de confiance dans un système politique qui ignore les petits et les pauvres amène progressivement des pans entiers de la société à revenir aux fondamentaux anciens de la politique. En commençant pas les couches les plus mouvantes.

Les artisans en ont fait la démonstration avec l'écotaxe et ses portiques de contrôles. Les bonnets rouges se sont fait vilipender par certains représentants de la gauche officielle : il y avait parmi les manifestants des patrons et des employés... il n'empêche qu'ils ont gagné. Les portiques ont été abandonné.

La politique ultra-libérale devait faire disparaître la profession d'artisans taxis. Après avoir acheté très cher leur licence, « la plaque », c'est-à-dire le droit de travailler onze heures par jour en gagnant des clopinettes, les chauffeurs de taxis allaient se retrouver au chômage.

Alors, ils sont descendus dans la rue, faire y compris un très mauvais sort à leurs concurrents. Les taxis ont gagné eux aussi.

Autre couche de la population réputée incontrôlable : les écologistes, non pas avec attachés-caisses et cravates arpentant les ministères. Les écologistes barbus style Larzac années 1970. Ils se sont mobilisés ces temps derniers contre divers projets officiels. A Notre-Dame-des-Landes ils s'opposent à la création d'un aéroport voulu par la firme Vinci avec l'appui de certains politiques locaux ou parisiens. Depuis de longs mois, les « Camilles » comme ils s'appellent, tiennent les zones humides et les bois face aux CRS et gendarmes mobiles. Ces derniers sont formés et entrainés pour l'affrontement urbain, pas pour déloger des originaux installés dans des arbres !

À Sivens, le gouvernement a voulu « mettre le paquet » pour éviter la réédition de sa présente déconfiture à Notre-Dame-des-Landes. Il a donné des instructions à ses troupes en ce sens. Et le malheur a voulu qu'une des grenades offensives lancées a tué un jeune manifestant écologiste.

Le gouvernement a annoncé dernièrement qu'il va reprendre les zones humides et les bois où doit s'élever le futur aéroport projeté à Notre-Dame-des-Landes. Il a donc en vue – selon la terminologie en usage pour ces situations, – une « opération de maintien de l'ordre ».

Le problème est que si le gouvernement remporte une victoire sur le terrain, celle-ci se doublera d'une défaite politique. Mais nos gouvernants ne sont sans doute pas à une bourde près.

Ce qui est dommage, c'est que demain sur le terrain il y aura probablement des risques d'énervements. Avec des dégâts possibles, même très légers, qu'il serait préférable d'arriver à éviter.

Tout ceci amène à constater des phénomènes de réorganisation politique étranges et nouveaux. Ainsi, « la gauche » devient « de droite ». La politique ultra libérale de l'Union européenne, du Fond monétaire international et de la Banque centrale européenne est appliquée avec enthousiasme par des ministres et députés étiquetés « de gauche ».

Les exemples ne manquent pas. Les plus éclatants sont la France et la Grèce. En France, ça fait à présent trois ans que le pouvoir officiellement de gauche mène une politique plus à droite que la droite. Dernier fleuron de celle-ci : la promesse de liquider le code du travail. Pour « le simplifier » on va en ôter tout ce qui dérange les patrons quand ils sont en bisbilles avec leurs employés.

En Grèce, après avoir vilipendé l'austérité, le parti baptisé « radical de gauche » par la presse de droite en France est devenu l'applicateur zélé de toutes les recettes de la troïka. Sont venus à Athènes soutenir ce parti lors des dernières élections, les représentants de Die Linke, parti allemand classé à gauche, très à gauche, et le dirigeant national du PCF.

Pendant que « la gauche » suit ce chemin, il me semble que la place devenant vide, un phénomène étrange arrive dont peu de gens parlent. Une partie de « la droite »... devient de gauche.

L'exemple le plus frappant est celui du pape François. Il a multiplié des déclarations hostiles à l'argent-roi. Certes, il reste le pape et conserve des positions conservatrices traditionnelles dans le domaine des mœurs et sur le mariage. Mais, dans le domaine social, il est nettement plus « à gauche » que les ministres socialistes français mettant en application législative les consignes données par le MEDEF !

Et, derrière ce pape, certains jeunes catholiques commencent à se poser le problème de l'écologie et de la misère... contre le capitalisme !

Ainsi, certains éléments de « la droite » deviennent « de gauche ». Cependant que de très larges parties de « la gauche » deviennent « de droite ». Affaire à suivre. Cette évolution est en marche.

Certains commentateurs présentent différemment les choses : ils disent que la différenciation droite-gauche ne veut plus rien dire.

Derrière le théâtre bruyant qui voudrait nous faire croire que seuls existent « la gauche », « la droite », « l'extrême gauche » et « l'extrême droite », croissent des forces qui vont venir déranger les scénarios pré-écrits.

Ceux qui sincèrement veulent le bien des autres et suivent des chemins politiques classiques devront accepter de douloureuses remises en question. Et abandonner des certitudes périmées.

Il faudra bien un jour que le pouvoir de l'argent fou laisse la place à celui des humains raisonnables et aimants.

L'amour : un mot que, remarquons-le, on entend bien plus souvent prononcer dans des sermons sous la voûte des églises, des temples, des mosquées, des synagogues ou des pagodes, que dans des assemblées politiques et des discours officiels.

L'amour qui est tout. Et sans lequel l'homme n'est rien. L'amour, qui est plus fort que l'argent. Que l'argent ne saurait acheter.

L'amour, qui est la vie-même. Et sans lequel rien n'existe. Qui sauvera le monde plus efficacement que tous les bavardages solennels des politiciens professionnels à la COP 21 en décembre prochain.

Basile, philosophe naïf, Paris le 11 novembre 2015

456 Conséquences dramatiques de l'excès de coïts

Comme je l'ai déjà écrit par ailleurs, une des plus grandes aberrations de notre société est d'avoir fait de l'acte sexuel entre humains un produit de consommation. Ce qui réduit les humains à l'état d'objets à consommer. Certains hommes jaugent les femmes comme un boucher jauge une bête de boucherie qu'il achète sur pied. « Voyons la bouche, le regard, les seins... Très bien ! Je consomme ! » Le désir véritable est remplacé par un calcul. Et quand l'organisme dit non, se cabre, refuse de s'impliquer dans des divagations, on fait appel à la science. On traite des « pannes de désir » comme des pannes de voitures. C'est juste un dysfonctionnement. Il faut remettre la machine en route. Sans chercher à réfléchir pourquoi en fait « ça ne marche pas ». Alors que l'acte sexuel ne doit se pratiquer qu'à la condition exclusive, mais pas forcément suffisante, qu'il existe un vrai et authentique désir réciproque. Désir qui est rare. Pour aller au coït, on se contente le plus souvent de la possibilité « technique » de la réalisation de l'acte, jointe à une relative excitation. Les humains, dans leur ignorance abyssale de leur sexualité, croient en particulier que l'érection masculine et les réactions génitales féminines correspondantes expriment le désir et même l'urgence de l'acte sexuel. Alors que ces réactions physiologiques interviennent fréquemment en l'absence du désir, qui est un sentiment très particulier. La colossale et dévastatrice stupidité humaine conduit au galvaudage de l'acte sexuel. Ce galvaudage va ronger la relation et finir par la rendre insupportable à l'un des partenaires. Il ne supportera plus l'autre et va rompre. Ce schéma relationnel explique la plupart des ruptures incompréhensibles entre des amoureux qui avaient, semble-t-il, très bien débuté leur idylle.

Fait à souligner, le mécanisme de la distanciation des relations et de la rupture ne sera pas clairement analysé et identifié. La catastrophe arrivera. Et on ne saura pas vraiment comment l'expliquer. Ça marchait si bien. Et à présent voilà que plus rien ne fonctionne. On était si bien. Et voilà qu'on est très mal.

J'ai mis plus de quarante ans pour comprendre le processus. Les autres ne le comprenant pas, partent à la recherche de remèdes qui ne font qu'aggraver leur sort. Sentant confusément que quelque chose cloche dans le domaine sentimental, ils cherchent à résoudre le problème par la recherche d'une séduction supérieure. Ainsi, par exemple, ils donnent trop. Ou accumulent trop. Ça peut consister en dons de valeurs matériels. Ou accumulation de celles-ci. La chrematistique, dérangement consistant à accumuler sans fin le plus d'argent possible, est un trouble d'origine sexuelle. On croit sans le comprendre et l'analyser clairement, que « l'amour » qui paraît fuir, vous sourira enfin si on est riche, très riche, trop riche. Ou si l'on est généreux, très généreux, trop généreux. On offre ce à quoi on tient le plus. La personne qui reçoit les cadeaux les reçoit avec plaisir. Mais n'est pas « séduite » pour autant. D'autant plus qu'avec le comportement hypersexualisé l'amour est en fait impossible. L'obsession du coït tue les sentiments. Réduit les humains à devenir des sex machines. Plus rien ne fonctionne. Le coït lui-même devient fade et décevant.

Conquérir le plus de « pouvoir » possible, voler, dominer, toutes sortes de comportements déviants et plus ou moins acceptés par la société deviendront un but pour l'amoureux malheureux qui en fait tourne le dos à l'amour. J'ai raconté dans ce blog comment à 22 ans l'amour m'amenait à prendre le risque de voler un rideau dans un train. D'autres voleront des biens autrement plus importants. Des dictateurs affameront des pays entiers. Et ce crime aura pour source le trouble de leur sexualité. Trouble qu'ils ne résoudront pas avec de tels moyens.

Avec le temps, la société toute entière a fini par marcher sur la tête. Les plus affamés sont souvent les paysans qui produisent les aliments. Les plus bêtes se retrouvent commandant les plus intelligents. La force se met au service de l'arbitraire, et ainsi de suite. Une société qui tourne le dos à l'amour est une société malade et qui se traine. Seul l'amour peut rendre au monde son équilibre.

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 novembre 2015

mardi 10 novembre 2015

455 Comment je n'ai pas été arrêté pour vol

Quand on est amoureux, on est con. Je vais vous raconter une histoire qui illustre ce fait. Elle m'est arrivée il y a longtemps. J'avais vingt-deux ans.

J'étais amoureux et partais en vacances en Autriche, camper avec ma belle dans le Salzkammergut. Nous avions pris le train à Paris. Et voilà qu'à l'issue d'un changement de train, je ne me rappelle plus où, peut-être à Vienne, une surprise arrive. Nous nous retrouvons dans une voiture roumaine, partagée en deux moitiés. L'une, où nous nous trouvons, les deuxièmes classes. L'autre, plus luxueuse et confortable, les premières. Un luxe tout relatif, celui d'un pays de l'Est et des années 1970.

Allant flâner par curiosité du côté des premières, j'avise que les compartiments vides de celles-ci sont dotés de rideaux. Et quels rideaux ! Ils sont estampillés d'un motif répétitif qui est le logo des chemins de fer roumains : CFR. Qui signifie : Căilor ferate româniei. Une idée alors me traverse l'esprit : « et si j'en piquais un ? Quel superbe souvenir ! »

Mais, me dis-je : « pourquoi faire ce rideau ? » Et là, une pensée totalement imbécile me vient : « je vais l'offrir à ma belle, elle se taillera une robe dedans. » Pensée parfaitement stupide, le rideau n'ayant rien de bien décoratif. Comme je l'ai dit : « quand on est amoureux, on est con. »

Aussitôt dit, aussitôt fait, ou presque. J'entreprends de décrocher un rideau. Mais c'est un rideau solidement accroché ! Je tire, tire dessus ! Ça y est ! Quelque chose se déchire ! Il craque ! Je me vois déjà repliant l'objet de mon larcin sur la banquette et l'emportant en catimini. Oh zut ! Il est encore accroché quelque part ! Je recommence à tirer pour finir victorieusement l'opération.

Quand, soudain, leur bruit de pas étouffé par la moquette au sol, le compartiment est envahi par une foule de gens. Dû moins, une foule à l'échelle du lieu : un compartiment de train. Il y a bien peut-être là cinq à six personnes. C'est des fonctionnaires allemands qui passent en revue le train. L'un d'eux s'adresse à moi. Il est de taille moyenne, frisé, de bonne corpulence, âgé d'environ une trentaine d'années. Je remarque à sa boutonnière un petit insigne rond en métal émaillé. C'est écrit dessus, en allemand : « commissaire de police ». Il appartient donc à la police allemande des chemins de fer. Il me demande si j'ai un billet de première. Et comme je lui réponds que je voyage en secondes, il me prie poliment de retourner dans les secondes. Ce que bien sûr je m'empresse de faire. À quelques minutes près, j'étais pris en flagrant délit de vol et dégradation dans une voiture de chemin de fer ! Les visiteurs impromptus m'auraient trouvé en train de replier tranquillement le rideau volé. Et alors, adieu les vacances ! Et bonjour les ennuis... Quand on est amoureux, on est con. Offrir à une jeune fille un rideau assez moche qu'elle n'a pas demandé, pour s'y tailler une robe, elle qui ne fait jamais de couture, et en fait plutôt : réaliser un exploit. Emporter un rideau de train roumain. Donc de train venu de Roumanie, pays que j'avais à l'époque déjà par deux fois visité.

Un de mes amis m'a raconté qu'un jour il a été appelé dans un magasin où son fils de quinze ans à l'époque s'était fait prendre pour vol. Cet ami a demandé à son fils, d'habitude honnête, pourquoi il avait chapardé. Celui-ci, qui avait volé un objet dont il n'avait absolument pas spécialement besoin, lui a répondu : « pour voir ce que ça fait ». C'était en fait très exactement pour épater les copains.

De même que moi, à vingt-deux ans, j'ai voulu un jour d'été 1973 épater ma copine en lui offrant un rideau de train roumain. D'autres, pour épater leur copine, où s'en trouver et séduire ainsi, vont commettre des larcins autrement plus importants, avec des conséquences bien plus redoutables. J'y reviendrais.

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 novembre 2015

lundi 9 novembre 2015

454 Comment je n'ai pas agressé sexuellement Madeleine

Quelle est l'origine des agressions sexuelles commises par des hommes sur des femmes ? Ce sont des monstres ! Ce sont des brutes ! Ils méritent la prison, la mort, la castration ! Des monstres, des brutes ? Je ne suis pas un monstre, ni une brute. Je n'ai jamais frappé personne. Pourtant, j'ai très précisément ressenti un jour l'envie de commettre une telle agression. Envie à laquelle j'ai su résister victorieusement et heureusement pour moi et l'autre. Mais, cette expérience m'a un peu éclairé sur le cheminement qui peut amener un homme pacifique et doux à devenir une brute et un monstre.

Quand j'avais un âge peu avancé, peut-être quatorze ou quinze ans, j'ai commencé une relation sexuelle déjantée avec une jeune fille. Le soir, sans rien dire, ni elle, ni moi, elle faisait semblant de dormir et je la pelotais sous sa couverture, dans son lit. Cette relation a duré plusieurs années. Quand je suis arrivé à l'âge de dix-neuf ans, pour la première fois de ma vie j'ai quitté seul le logis familial. Et suis parti pour deux mois visiter les correspondants que j'avais en Roumanie.

Dans le train du retour, le 9 novembre 1970, j'ai fait la connaissance de Madeleine, une jeune femme française. Elle est monté juste avant la sortie de Roumanie, dans la gare de Curtici, où elle a fait ses adieux à un jeune homme roumain. Nous avons sympathisé elle et moi, dans la voiture qui paraissait vide à part nous. Nous partagions un compartiment couchettes. La nuit est venue. Je me suis couché dans la couchette du bas à gauche. La jeune femme dans celle du milieu à droite.

Le lendemain matin, je me réveille avant elle. Derrière le store baissé de la fenêtre il fait déjà jour. Paris approche. Et voilà que je suis pris d'une terrible envie de me lever. Pour aller glisser ma main sous la couverture de Madeleine et peloter son intimité ! J'ai dû faire des efforts terribles pour résister à cette envie ! Finalement, au bout d'un certain temps que je résistais à cette envie insistante et très forte, elle s'est réveillé et levé. Nous avons replié les couchettes. Et, arrivés à Paris, nous sommes quittés en parfaite cordialité. Et ne nous sommes jamais revus.

Mais quels efforts moraux j'ai dû faire pour éviter de suivre mon désir de faire avec elle ce qui aurait été la plus bête et lâche agression sexuelle !

C'est la première fois que j'ose raconter cette histoire vieille de presque 45 ans jour pour jour à l'instant où j'écris. Je me souviens très bien de la date, car le jour de mon arrivée tous les journaux français titraient : « De Gaulle est mort ». Il est mort le 9 novembre 1970. Je suppose que le temps d'imprimer les journaux, c'était déjà le 10 novembre.

L'envie à laquelle j'ai réussi à résister était simple : il fallait faire avec ma voisine du compartiment couchettes exactement comme je faisais habituellement avec l'autre jeune fille. Comment ai-je réussi à résister efficacement ? Probablement parce que je suis resté toujours très pacifique. Alors, comment aurais-je réagi à cette envie si j'avais été élevé dans un milieu violent ? Ou, tout simplement, si ma perception de la réalité aurait été amoindrie par une boisson alcoolisée ? Je serai très probablement passé à l'acte. Il n'y a pas si loin finalement entre l'homme sain et le déséquilibré.

Par la suite, j'ai échangé quelques courriers avec Madeleine, qui habitait en Bretagne. Nous nous sommes perdus de vue depuis une quarantaine d'années. Elle m'a probablement oublié. Elle est peut-être grand mère à l'heure qu'il est. Mais moi je n'ai pas oublié ce combat contre la tentation que j'ai mené ce matin de novembre 1970. Il pourrait être utile et éducatif que d'autres personnes qui ont résisté à de telles inadmissibles tentations racontent leur expérience. Ça pourrait aider à prévenir des problèmes et clarifier la pensée d'humains tentés.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 novembre 2015