jeudi 31 décembre 2015

501 Qu'est-ce que la fête ?

J'ai longtemps déclaré que la fête c'était la rencontre. Et aussi un moment de créations artistiques à cette occasion. Le 28 décembre dernier, j'ai perçu un troisième élément essentiel qui définit la fête : c'est l'oubli, certes momentané, mais l'oubli complet, absolu des soucis.

J'étais ce jour-là invité à participer à une fête médiévale à Paris, avec un groupe musical et costumé. Grâce à l'organisateur, Pascal dit Raspoutine le Viking, nous faisions renaître une vieille tradition interrompue à Paris depuis 1630 : la Fête des Fous. Nous avons déambulé en musique, dansé en ronde à plusieurs reprises : sur un pont, près de la Fontaine des Innocents... Et durant ce temps-là, j'ai remarqué que j'abandonnais complètement les pensées relatives à mes soucis du moment. J'étais bien. Parfaitement heureux et insouciant. Rien que du bonheur. J'en ai parlé à un de ceux qui faisaient partie de notre groupe : « c'est la fête » m'a-t-il répondu comme commentaire. Ce ressenti m'a rappelé les propos de quelques grincheux tristes et aigris qui reprochaient au dix-neuvième siècle aux gens du peuple à Paris d'oublier leurs soucis durant le temps du Carnaval.

La presse, les médias qui prétendent nous « informer », de ce point de vue c'est vraiment à présent l'anti-fête. Ils ne nous parlent que de choses tristes et lamentables. Prétendent faire des problèmes des autres nos problèmes. Comme si ces derniers ne nous suffisaient déjà pas assez pour nous pourrir la vie trop souvent ! Mais heureusement que justement nous arrivons à oublier nos problèmes ! Comme le disait un journaliste parlant de la grande fête de la Mi-Carême parisienne au début du vingtième siècle : « amusons-nous et remettons à demain les affaires sérieuses ! »

Il y a des peuples qui sont très souriants alors que leur vie est très dure. D'autres dont la vie paraît nettement plus confortable et qui font sans arrêts la gueule. Une jeune fille de la campagne parlant des Parisiens en vacances les appelait devant moi : « les tout-tristes », faisant référence au mot « touristes » qu'elle déformait intentionnellement ainsi.

Qu'est-ce qui dans la fête nous aide à oublier ? Des costumes bizarres et inhabituels, de la musique, des rencontres nouvelles ou inhabituelles, de la danse, des échassières, des géants, des marionnettes géantes, et surtout une bonne atmosphère. Ce qui tue la fête ce sont ceux qui ramènent au cœur de celle-ci les soucis habituels, très souvent liés à la recherche du pouvoir et de l'argent. Quand dans une fête n'existe ni tarés obsédés du pouvoir, ni escrocs chercheurs de profits sur le dos des autres, la fête devient un asile, un oasis, un refuge loin des tracasseries habituelles de notre société. Qui est pourrie par la recherche obsessionnelle de l'argent pour l'argent et du pouvoir pour le pouvoir.

Quand la fête est authentique, même très petite, on y respire un air différent de l'air habituel. On se retrouve enfin entre humains. On est tous frères ! Il règne une atmosphère débonnaire de gentillesse partagée. Le Carnaval de Paris et le Carnaval des Femmes que j'organise chaque année est libre, bénévole, gratuit et auto-géré. Auto-géré signifie que chacun, chaque groupe s'organise pour venir. Il n'y a pas de chef, registres, inscriptions, bureaux, administration. On vient faire la fête et c'est tout. Ceux qui découvrent cette façon de fonctionner sont parfois surpris. Mais ils s'y font. Et tout le monde est content.

En qualité d'organisateur j'ai du mal au Carnaval de Paris et au Carnaval des Femmes a oublier mes soucis à ces occasions. Mais au moins je parviens à les faire oublier à d'autres, les rend heureux. Et c'est déjà ça de gagné pour moi, car j'aime les gens. A la fête, arriver à ne pas penser à nos problèmes. Les ignorer. Les oublier. De toutes façons ils sauront bien se rappeler à nous un jour ou l'autre. Que nous le voulions ou non. La fête a donc trois aspects, trois rôles essentiels : l'oubli complet des soucis, la rencontre, et la création artistique dans les domaines les plus divers.

Basile, philosophe naïf, Paris le 31 décembre 2015

mercredi 30 décembre 2015

500 Il faut mettre un terme à la Grande Confusion

Notre société, notre culture, nos traditions, théories, idéologies et habitudes exaltent, soutiennent, justifient et confortent, voire officialisent et donnent force de loi juridique ou naturelle à un très bizarre phénomène : la Grande Confusion. En quoi consiste ce phénomène ? Il consiste à confondre et associer impérativement ensemble l'état naturel, baptisé « nudité », la tendresse, l'érection et l'acte sexuel. L'un n'irait pas sans l'autre. On nous apprend dès l'enfance à nous méfier de la nudité, la nôtre et celle des autres. Il n'y a guère que quelques décennies on allait encore plus loin. Dans les pensionnats religieux on devait se laver habillé ! Ainsi, dans les pensionnats de jeunes filles elles devaient prendre leur bain avec une longue chemise pour ne pas, oh horreur ! Se voir nues !

On nous met également en garde dès l'enfance contre le fait de toucher ou laisser toucher nos parties génitales. Jadis on faisait mieux encore : on invitait à ne jamais les laver pour ne pas nous auto-suggérer des pensées lascives et coupables... C'est ce qui est rapporté par un médecin italien lors de sa visite de pensionnats de jeunes filles aisées d'Italie vers 1840-1850. La crasse pour défendre la vertu. Il fallait l'inventer !

La tendresse est condamnée sans appel ou réduite au rôle de « préliminaires » de l'acte sexuel. Dès que l'érection arrive, le mâle est invité de se mettre au travail, qu'il ait envie de baiser ou pas. Ce n'est plus sa tête mais son zizi qui doit commander !

Baiser, ce sont soi-disant « les choses sérieuses ». Une petite amie me refusait ses bisous un jour, au motif que « elle n'avait plus quinze ans ». Il fallait donc penser à autre chose. Que j'en ai envie ou non. Cette petite amie est partie par la suite vers d'autres horizons. C'est bien mieux ainsi, en tous cas pour moi.

Notre société a fait jadis de la virginité des jeunes filles un trésor à garder intact pour le jour du mariage. Elle en a fait aujourd'hui une formalité à remplir en la perdant. Une très jeune fille m'expliquait récemment qu'elle s'interrogeait pour savoir avec quel jeune homme elle allait passer cette sorte d'examen d'entrée dans je suppose ce qu'elle croit plus ou moins être l'âge adulte. Je comprend que ce qui lui apparaît inconnu puisse l'intéresser et qu'elle se pose des questions.

Comme elle s'inquiétait de savoir si cet acte donnait nécessairement un plaisir inoubliable et extraordinaire, je lui ai répondu que non. Ce qui est la stricte vérité. Vouloir savoir si l'acte sexuel est beaucoup ou peu jouissif, c'est comme vouloir savoir si manger est peu ou beaucoup jouissif. Ça dépend.

Ce qui manque le plus dans notre société, ce n'est pas le sexe, ni même la tendresse, c'est la vie débarrassée de la Grande Confusion, enfin libérée des préjugés et comportements qu'elle entraine. Cette Grande Confusion qui rend les rapports humains rigoureusement impigeables ou presque. Qui transforme la vie en concours ou sauts d'obstacles. Qui fait de la beauté et la jeunesse un piège doré.

J'ose espérer qu'y voir plus clair permet de vraiment bien mieux vivre. Mais combien plutôt que chercher la vérité des sentiments cherchent à trouver la justification de leur vérité ? Celle qu'ils ont décidés être la vérité et dont ils ne cherchent que la confirmation et rien d'autre ? Ça n'est pas en agissant ainsi qu'il risque d'avancer et faire avancer les autres !

Ce qui est certain, c'est que plus on comprend bien les choses, moins les ennuis ont de prises sur nous. Et plus on préserve ainsi ce trésor que représentent la liberté et la tranquillité. Les autres s'agitent stupidement ? Laissons-les s'agiter !

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 décembre 2015

mardi 29 décembre 2015

499 Prenez garde à la ligne incolore !

Notre conscience est bien malmenée et notre vie bien tourmentée par des illusions et conditionnements divers. Ceux-ci sont paradoxaux. Ainsi, par exemple, quand débute notre enfance prolongée on nous sèvre de câlins. Vers l'âge de quatre ans, où le petit singe humain est enfin autonome car il peut se nourrir seul, il va être minoré, plongé dans une enfance prolongée. Et simultanément ce sera le sevrage tactile : l'arrêt des câlins. Même certains enfants vont l'applaudir : « je suis plus un bébé ! » s'exclameront-ils en refusant des caresses.

Notre culture a hypertrophié la « sexualité » en décrétant entre autres que l'être humain au naturel, c'est-à-dire nu, était sexuel. En même temps il a réprime la nudité... d'un côté notre culture exagère l'importance de la sexualité. De l'autre, il pourchasse cette sexualité-là qu'elle proclame.

Nous recevrons des messages contradictoires : le sexe c'est mal. Il faut le cacher. Le sexe c'est beau. Il n'y a rien de plus beau. L'abstinence c'est bien, « respecter » les femmes c'est ne pas y toucher. Les succès féminins c'est bien, « respecter » les femmes consiste à en draguer le plus possible, etc.

Perdu dans la course d'obstacles qu'il rencontre dans sa quête d'authenticité, l'homme doit prendre garde à la ligne incolore et éviter de la taquiner. Qu'est-ce que « la ligne incolore » ?

Il s'agit de la ligne invisible qui sépare l'homme entre le rôle apparent qu'il joue et la réalité qu'il est au fond de lui-même. Par moments, il tend à franchir cette ligne invisible pour redevenir lui-même. Ce qui peut arriver suite à un repas trop arrosé. Mais aussi en se laissant aller à des confidences, des gestes, des attitudes qu'il évite en temps normal. Ce qui peut lui jouer des tours. Ce franchissement est souvent largement involontaire. Et n'a pas forcément toujours des conséquences positives.

Quand l'autre franchit cette ligne en votre direction, vous pourriez croire à « une ouverture », la perspective de quelque chose de beau et inattendu. Pas du tout ! Quand vous répondez positivement vous pouvez vous faire rejeter. Et si vous répondez négativement, vous faire critiquer. Exemple : une jeune fille provoque sexuellement un homme. Il l'ignore, mais, à force, finit par donner un début de réponse dans le même sens. La jeune fille va alors aller se plaindre à son entourage qu'elle a été « agressée ». L'entourage, qui la connait, et l'observe, va rire ou s'énerver contre elle et l'envoyer paître. Autre exemple : à une provocation sexuelle d'une femme l'homme ne répond pas comme elle le souhaite. Elle l'engueule aussitôt pour cela. Et deux jours après l'accuse d'en avoir « profité ». En fait il s'agit ici d'incohérences sur et autour de la ligne incolore. Pourquoi l'appeler « la ligne incolore » ? Parce que cette ligne, sorte de frontière invisible et bien réelle, doit bien trouver un nom. Ligne rouge signifie ligne à ne pas dépasser, alors, c'est « la ligne incolore ».

Les petits enfants perçoivent très bien l'existence de ligne incolore. Il y a plus de trente ans un ami me racontait avoir assisté à la scène suivante : on faisait la toilette d'un petit garçon âgé de six mois. Sa grande sœur âgée de deux ans le voit nu, s'exclame : « oh ! Un zizi ! » Elle attrape le zizi de son petit frère. « Et elle ne voulait plus le lâcher ! » a conclut mon ami en rigolant. Si nous vivions nus comme jadis l'étaient nos lointains ancêtres, la fillette n'aurait pas réagit ainsi. Voir des zizis n'auraient rien de remarquable. Mais de nos jours habituellement les zizis sont cachés. C'est pour ça qu'elle a eu cette réaction. Elle a perçu la ligne incolore, sorte de frontière invisible entre « la Nature » et « la Culture ». Et n'ayant pas encore été conditionnée contre la spontanéité a réagit spontanément et sans se cacher. Les adultes, eux, regardent les zizis sur Internet. Et font mine de ne pas être intéressés. Connaissez-vous beaucoup de gens qui déclarent regarder des sites coquins sur Internet ? Parmi ceux qui le font, il y a très certainement une quantité de gens qui font la morale aux autres. La ligne bleue a encore beaucoup de beaux jours devant elle.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 décembre 2015

lundi 28 décembre 2015

498 Trouver ou retrouver la confiance et l'amour, libre, sans peurs et sans souffrances

A partir d'un certain âge, quantité de gens voient qu'en cherchant l'amour ils ont récolté ou récoltent le plus souvent de la souffrance. Que leurs mauvaises expériences les amènent à avoir des peurs dès qu'il pense s'agir d'amour. Qu'ils craignent de ne pas rester libre. En résumé : ils ont perdu la confiance en eux. Et il leur manque l'amour. Mais celui-ci leur apparaît piégé. Ils pensent à la responsabilité de cette calamiteuse situation. C'est, au choix : le manque de chance, le poids de l'éducation, la faute à l'autre, à l'autre sexe, à la bêtise humaine, etc. Toutes ces explications ne donnant pas pour autant une clé pour améliorer la situation, mais enfonçant plutôt le moral.

Les mots eux-mêmes sont piégés. Ainsi prétendre vivre l'amour librement a pour sens de se vautrer dans l'orgie. Dès qu'on remet en cause des règles existantes, on entend souvent le cri du cœur : « je ne fais pas n'importe quoi ! » Sous-entendu qu'on n'aurait le choix qu'entre le conformisme étroit et le délire le plus complet. Et avec ça, le mensonge et la manipulation règnent.

Échapper au désastre général exige de se remettre en question. Et pour cela d'identifier les pièges sur le chemin de « l'amour », ou tout au moins de sa recherche.

Il me semble qu'il y en a cinq principaux : l'ivresse sentimentale, l'ivresse tactile, l'ivresse sexuelle, l'amour isolé et l'amour enfermé. Je vais à présent les détailler ici.

On parle souvent de l'ivresse alcoolique, de la toxicomanie en général. Du plaisir qu'on en retire et des inconvénients qu'elle entraîne. L'homme peut s'auto-souler avec une substance qu'il produit lui-même : ses endorphines. L'ivresse endorphinique peut avoir les conséquences les plus dramatiques. Quand on se gargarise avec un amour passionnel, on est drogué. Les effets ressemblent à ceux obtenus avec des drogues artificielles. On perd son sens critique, on exagère les qualités de l'autre, on se croit indispensable à lui ou à elle, alors qu'en fait on en est devenu dépendant. Quand j'ai vécu ce genre de dérèglement, l'objet de mes illusions, la source de mes shoots d'endorphines m'apparaissait comme quelqu'un de formidable, alors qu'elle était tout à fait ordinaire. Sa beauté je l'imaginais et la voyais, alors qu'à un moment-donné elle était devenue obèse. La sagesse populaire a résumé ce genre de déformation de la vision : « l'amour rend aveugle ». Je m'imaginais ne pas pouvoir vivre sans la source de mon auto-droguage. Je me souviens dans un restaurant comment je me délectais de sa vue cependant qu'une petite voix intérieure me rappelait à l'ordre : « arrêtes de la regarder comme ça ! »

J'étais ivre. C'est bien agréable. Mais se bourrer la gueule, est-ce que c'est un but dans la vie ? Et, attention aux lendemains de cuite, aux atterrissages ! Le sevrage brusque causé par la rupture conduit chaque année des dizaines de millions d'hommes et de femmes au suicide. De pas grand chose on fait une montagne. Et le jour où on le perd, on n'est plus rien, on perd le goût de vivre. Il vaut mieux éviter de se saouler.

L'ivresse sentimentale n'est pas la seule. Il existe également deux autres ivresses au moins. L'ivresse tactile est causée à l'occasion par des caresses. J'ai connu par deux fois ce genre d'état déficient. Une fois j'étais allongé sur mon lit, l'objet de mes rêves s'était allongée sur moi. Nous étions habillés. Je lui ai un peu caressé un sein, et voilà que « je ne me suis jamais aussi bien senti ». En fait j'avais un coup dans le nez ! L'autre fois, c'était au lit avec ma copine de l'époque qui m'a caressé le dos et je ne n'ai jamais senti une caresse plus agréable. Au point d'en brosser des théories par la suite ! J'avais vidé une bouteille d'endorphines... Il m'a fallu vingt-sept années pour laisser tomber cette dangereuse illusion. Non, il n'existe pas une terre promise des câlins. Les câlins ne sont pas si importants que ça. On peut parfaitement s'en passer.

La troisième ivresse que je passerais ici en revue est l'ivresse sexuelle. Il peut arriver que subitement un acte sexuel quelconque dégage une surcharge d'endorphines et une brève ivresse intense. N'identifiant pas la nature du phénomène - on s'est incidemment « bourré la gueule » aux endorphines, - on cherchera à « retrouver » cet instant délicieux et fulgurant. Et plus on le cherchera, moins on le trouvera. J'ai connu ainsi un homme qui recherchait depuis des dizaines d'années ce qu'il avait ressenti avec sa petite copine quand il avait dix-huit ans. Il était bien sûr systématiquement insatisfait. Car rechercher par le raisonnement de parvenir à un état de soulerie est un non sens. Mais si ces ivresses sentimentale, tactile ou sexuelle sont des plus agréables sur le coup, que de dégâts elles occasionnent ensuite dans la vie ! Si on n'a pas la prétention de réduire notre vie à l'alcoolisme, il faut raisonnablement se détourner de l'ébriété endorphinique, après l'avoir identifié pour ce à quoi elle se résume : un surcroit d'endorphines provoqué par des circonstances données.

L'amour isolé et l'amour enfermé sont deux autres obstacles à l'épanouissement humain. Comme on se sent dramatiquement en manque d'amour, de caresses, de sexe, le jour où on pense avoir rencontré la bonne personne, on tend à s'isoler avec. On voit moins les amis, on s'enferme avec l'autre dans des activités à deux, un logement commun... et on arrête de vivre pour se gargariser.

L'étape qui suit cet auto-isolement est l'auto-enfermement. On s'organise des motifs pour croire qu'il est impossible de sortir de cet isolement. Certains chercheront à avoir des enfants pour verrouiller leur union. Pauvres enfants réduits au rôle de « ciment » de « l'union » des parents ! Qui peuvent aussi se croire enfermés dans leur isolement par « l'officialisation » de leur concubinage !

Le jour où le rideau des illusions se déchire, ça peut faire très mal ! Et pourtant, si on sait reconnaître les obstacles, les pièges, il est facile de les éviter ! Si vous commencez à délirer à propos de quelqu'un, arrêtez de boire !

Évitez de vous isoler si quelqu'un vous plaît et de vous enfermer avec. C'est tout à fait possible à condition d'avoir conscience des pièges qui existent. Et alors on retrouve la confiance. Non pas la confiance aveugle et suicidaire dans « l'autre », mais la seule vraie confiance : la confiance en soi-même et dans la vie.

« Donner sa confiance » : mais il n'y a rien à donner ! Il suffit d'être. Et clairement tracer les limites aux autres. Ce n'est pas si difficile si on sait ce qu'on veut et on annonce clairement aux autres ces limites fixées par nous. On amènera les autres à s'incliner ou passer leur chemin. Et c'est tant mieux.

Comme je goute aujourd'hui ma belle solitude et mes lendemains prometteurs. A condition de savoir où mettre les pieds, le chemin est toujours fleuri et verdoyant ! Certes, on me fera remarquer qu'il est dur de renoncer à de belles choses, fussent elles de beaux pièges ou de belles illusions. C'est vrai, c'est difficile. De même que renoncer à boire est difficile à l'ivrogne. Et continuer à boire paraît plus facile. Chacun ses choix, certains ne renoncent pas. D'autres renoncent. Mais renoncer à des illusions, c'est prendre le risque de l'authenticité. N'est-elle pas infiniment préférable à l'illusion ?

Les illusions ne sont pas le seul obstacle sur le chemin de la confiance. Mais c'est le plus perfide. Car il nous désarme, nous livre, nous déstabilise. La remise en question des illusions est le premier pas vers la confiance retrouvée. Condition nécessaire pour trouver enfin l'expression d'un amour équilibré et non d'un sentiment déstabilisant. Certains croient que la peur, la souffrance, la fuite, la déception, le désespoir, voire la folie et le suicide, sont inhérents à l'amour. En fait, ils sont plus ou moins inhérents à ce que nous croyons à tort être la recherche de l'amour. Et qui n'est qu'une traître et triste caricature. Si l'amour vous fait peur, déçoit, fait souffrir, désespère, rend fou, donne envie d'en finir, ce n'est pas l'amour. C'est autre chose. Qu'il importe absolument de rejeter pour avancer.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 décembre 2015

jeudi 24 décembre 2015

497 Les seins des Balinaises et le cul des Berlinois

L'évolution des mœurs se manifeste de diverses façons que l'on ne s'avise pas toujours de relever. Un ami, il y a plus de vingt ans, me racontait la chose suivante qu'il avait remarqué à Bali : traditionnellement les femmes ne cachaient pas leurs seins à la vue d'autrui. Mais, influence occidentale, les jeunes femmes et jeunes filles généralisaient chez elles le port de ces caches-nichons qu'on baptise hypocritement « soutiens-gorges ». Résultat, il avait la surprise de voir évoluer en public des vieilles dames seins nus et des jeunes femmes les seins dissimulés.

A Berlin, dans de grands parcs, il est parfaitement licite de se balader à poil. Sauf que cet été un Berlinois m'a fait savoir que cette habitude se perdait à présent. Les vieux continuaient à se dessaper. Mais les jeunes préféraient rester habillés. C'est le même phénomène qu'à Bali avec les nichons.

Quand j'ai visité la Roumanie en 1970 et 1971, un phénomène étrange pour moi m'a frappé : dans les transports en commun, pour se tenir, les voyageurs se retenaient sans problèmes à d'autres voyageurs, y compris inconnus d'eux ! On n'imagine pas à Paris un inconnu vous prendre le bras ou l'épaule pour se prémunir des secousses éventuelles du véhicule de transports en commun ! J'ignore si cette habitude roumaine est toujours existante.

S'en rapprochant, un homme m'a raconté que dans la Marne, quand on doit descendre d'un bus, par exemple, on attrape la partie à portée des gens qui doivent se pousser pour vous laisser passer. N'importe quelle partie, c'est ainsi que ça se passait dans son village. Mais, quand il a débarqué à Paris, il y a quelques décennies, quel scandale quand il a fait comme chez lui. Voulant descendre d'une rame de métro, pour faire se pousser une jeune femme, il l'a attrapé par la partie la plus proche de lui : ses fesses ! On a tout de suite pensé qu'il était un dragueur vulgaire !

Dans le domaine dit plus ou moins « sexuel » nous sommes habitués à des bizarreries sans nous en apercevoir. Les humains sont « intouchables ». Si vous effleurez par hasard quelqu'un que vous ne connaissez pas dans un lieu public, vous vous excusez aussitôt. Cet absence de contacts a généré un mouvement des « câlins gratuits ». Avec une pancarte, prévenant en anglais qu'il s'agit de « free hugs », vous proposez un câlin dans la rue... S'il faut ainsi préciser que c'est « gratuit », ça signifie bien qu'en règle générale, un câlin c'est « payant ». C'est-à-dire que ça implique le coït.

C'est bien dans cet optique qu'un prêtre annonçait dans une cérémonie de mariage, dans les années 1970, à l'église parisienne Saint-François-Xavier : « les mariés sont autorisés à se donner un baiser en public, devant tout le monde ! » Sous-entendu : à présent, mon cher marié, baises-là ! C'était d'autant plus curieux qu'à mon avis les mariés avaient déjà croqué la pomme depuis longtemps.

On accorde une importance quasi-magique à l'acte sexuel. Dans les années 1980, j'ai entendu rapporter une affaire criminelle qui s'était passée en Bretagne. Un sadique avait sévi dans une famille. Au nombre des victimes était une fillette de cinq ans. Choquée, elle ne parlait plus. On avait procédé à un examen. Constaté qu'elle était vierge, son hymen intact. Et conclut contre toutes les apparences : « ce qui lui est arrivé n'est pas bien grave, étant donné qu'elle est encore vierge ! » Dans le même milieu familial, m'a-t-on raconté, une jeune mère, faisant la toilette de son petit garçon âgé de quelques mois, s'exclamait : « oh ! Un zizi ! » et prenait dans sa bouche le sexe de son enfant. Entendant raconter ce fait, choqué, j'en ai parlé à mon père. Qui m'a répondu textuellement : « ce n'est pas grave, c'est sa mère ». J'ai été surpris d'entendre cet avis venant de sa part, lui qui était plutôt conservateur dans le domaine des mœurs. Enfin, pour conclure, je dirais que pour nous c'est toujours les autres les sauvages. Mais on est toujours le sauvage de quelqu'un.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 décembre 2015

mercredi 23 décembre 2015

496 Rester au lit un jour de pluie

Quand la pluie tombe, la Nature s'endort. Les oiseaux des bois, des champs et des forêts restent silencieux. Personne n'aime être mouillé ! Ah si, on voit des bêtes qui sortent en masse dès le matin, qu'il pleuve ou pas : ce sont des humains. Qui partent à l'école ou travailler. Ils n'en ont pas envie, quand ils voient la pluie dégouliner. Mais ils y vont quand même ! Et après ça, vous en voyez invoquer la Nature pour justifier leur sexualité ! Ils sont incapables de suivre la Nature dans ce geste élémentaire consistant à boycotter la pluie en restant au lit. Et s'agissant de la sexualité, ils invoquent la Nature pour justifier leurs agissements ! Quelle belle absurdité !

Beaucoup de nos désirs, souhaits, rêves, sensations de besoins sont formatés par notre Culture, notre éducation. Si, à la fin d'un repas, nous avons envie de manger quelque chose de sucré, c'est uniquement le résultat d'un conditionnement qui nous a habitué au dessert. Un ami, qui avait un très bon coup de fourchette, me disait : « si dans un repas il n'y a pas au moins une viande, j'ai encore faim après. Je sais que c'est une habitude culturel, un conditionnement ».

J'ai longtemps cherché « la femme de ma vie ». Et cela me paraissait tout à fait naturel. Je me suis aussi dit que si j'avais été un pieux musulman, j'aurais cherché « les quatre femmes de ma vie » et cela m'aurait probablement aussi paru tout à fait naturel. 

Si on ne connaissait que la choucroute garnie comme nourriture, à chaque fois qu'on aurait faim, on aurait envie de manger de la choucroute garnie. Or, dans notre société, les caresses et bisous entre adultes sont systématiquement et abusivement associés à l'acte sexuel. Donc, si on a envie de caresses et bisous entre adultes, on a l'impression d'avoir envie de baiser.

Cette erreur, cette confusion, est aggravée par l'interprétation erronée de la physiologie humaine. Une érection masculine, son équivalent complémentaire féminin, sont assimilés à l'envie de baiser. Or cela peut arriver pour quantité d'autres raisons.

La pénétration anal d'un godemiché provoque chez l'homme le fonctionnement de ses glandes de Cowper. C'est une réaction automatique qui ne signifie pas qu'il soit en attente de rapports homosexuels. De même que s'il se réveille en érection près de son amie au lit, il n'a pas du tout de raisons justifiées pour lui sauter dessus. Il s'agit encore là d'automatismes physiologiques.

Notre Culture a prohibé à un point invraisemblable le toucher, la caresse. Je remarque l'autre jour deux jeunes filles et un jeune homme dans le métro parisien. Ils descendent à la même station que moi. Je me lève et me retrouve près d'une des deux jeunes filles, derrière elle. Derrière moi est l'autre jeune fille et le jeune homme.

Devant moi je vois la chevelure magnifique, longue et ondulée de la jeune fille qui me précède. J'ai ressenti l'envie de toucher ses cheveux. Mais, impossible, les deux autres derrière moi l'auraient vu et n'auraient pas accepté mon geste. Pourtant la jeune fille à la chevelure n'aurait rien senti. Mais c'est ainsi. Même un geste de toucher qui n'est pas senti est ici interdit. On confine à un sommet d'absurdité. Et c'est notre Culture.

Autre moment absurde : je suis dans l'escalator d'une station de métro parisien, un jeune couple est juste devant moi. J'ai eu envie de caresser le dos de la jeune fille. Le dos, pas les seins, les fesses ou l'entrejambe, bref un endroit classé « sexuel » dans notre société ; eh bien, là aussi ce geste était impossible. Pourquoi ? Parce qu'il serait assimilé à une agression ! Et une agression à caractère sexuel alors qu'il s'agissait du dos. C'est aussi là notre Culture.

Et elle n'empêche pas les viols et les agressions.

Dernier exemple que je pense avoir déjà évoqué :

J'étais récemment assis dans une rame bondée du métro parisien. Arrive un couple accompagné par trois fillettes d'environ huit ou neuf ans d'âge, qui restent debout. Deux places se libèrent pas loin de moi et deux fillettes s'asseyent. La troisième reste debout. Elle a l'air fatiguée. Et la pensée suivante me vient : « si je propose à cette fillette inconnue de s'asseoir sur mes genoux, on va me regarder comme un pervers. Parce que je suis un homme. En revanche, si j'étais une femme, on trouverait ça normal et généreux ». 

Ces bizarreries culturelles se retrouvent avec le traumatisme psychologique et culturel de « la pudeur ». On doit, par exemple sur les plages, dissimuler quelques endroits de notre personne avec des « vêtements de bains ». C'est ainsi en France. Tandis que sur les plages du nord de l'Allemagne ou de la Scandinavie tout le monde est tout nu. En France, les partisans du naturisme noircissent des pages entières de leurs revues pour justifier leur choix. Alors que ce discours justificateur n'a pas lieu d'être. Ce serait aux « textiles » adeptes du « maillot de bain » de se justifier et avoir leurs enclos réservés.

Quand on est nu en public, on peut ou bien penser qu'on se montre aux autres, ou simplement qu'on est soi-même en présence des autres. En 1992, sur une plage naturiste près de Toulon, j'observais comment différentes étaient les attitudes de ceux qui se sentaient « déshabillés », pas vraiment à leur aise. Par rapport à ceux qui assumaient pleinement leur nudité comme quelque chose de naturel et allant de soi. Faisant partie de cette dernière catégorie, il y avait en particulier deux vieux papys provençaux, bronzés comme des biscuits, qui bavardaient paisiblement l'un avec l'autre.

Le seul casse-tête anatomique chez les naturistes hommes c'est la terreur érectophobe : la frousse de se retrouver subitement en érection publique. Et, chez les naturistes dames, la gêne de laisser voir leur fente pubienne. Toutes ces peurs ne sont mises par écrit nulle part dans aucun règlements affichés dans les sites naturistes.

L'assimilation systématique de l'érection à la sexualité relève d'un abus. Celle-ci peut intervenir sans qu'aucun coït ne soit à l'ordre du jour. Dans le domaine des réactions génitales classées « sexuelles » existe également l'émission du liquide des glandes de Cowper chez l'homme. Ce liquide a été baptisé très abusivement « liquide pré-coïtal », alors qu'il suffit de peu de choses guère coïtales pour susciter son éventuelle émission. J'en ai moi-même fait l'expérience il y a une trentaine d'années de cela, en Auvergne. J'étais en vacances chez des amis qui possédait une superbe chienne lévrier russe. C'était un animal très voluptueux. Or, l'ayant juste caressé sans aucune arrières-pensées, j'ai été fort troublé de constater chez moi une réaction de mise en route des glandes de Cowper.

J'ai d'abord été mal à l'aise. Puis, en y réfléchissant, j'ai réalisé très clairement que je n'avais éprouvé aucun désir sexuel pour cet animal. Simplement le plaisir de le caresser m'avait fait cet effet.

Je relève le ridicule de la pornographie et la stupidité de la sexualité dont elle fait étalage sans réserve. Pour un observateur attentif il est évident que la plupart du temps les « acteurs » qui s'adonnent à des galipettes sexuelles devant les caméras ne ressentent rien. Leur comportement est des plus ridicules. Ainsi, il est classique de voir le sujet d'une fellation conserver sagement les mains le long du corps et ne rien faire avec. Il est aussi rempli d'initiatives que le client d'un coiffeur en train de se faire couper les cheveux. Pourtant la peau de la créature magnifique qui travaille son engin appellerait les caresses... Il ne fait rien.

Quand on voit les codes développés par la société, on croirait que le seul fait de toucher le sexe de l'autre implique l'accouplement. Et pourquoi donc cet organe de format réduit déciderait à notre place ? On me dira que c'est spontané. C'est « la Nature ». C'est en fait aussi naturel que l'évanouissement de ce prince indien quand il a vu arriver une tête de vache à table sur un plateau. Cette réaction relève de la Culture et pas de la Nature.

Si on veut vraiment améliorer notre sort, il est nécessaire de rejeter la sexualité perturbée qu'on nous a inculqué et qui règne présentement et régit nos vies. Il faut parvenir à réformer notre comportement. Pour nous libérer de contraintes pénibles, superflues et reposant sur des idées fausses et une vision déformée de la réalité du monde. C'est seulement au prix de cet effort indispensable et nécessaire que les mots « changer la vie » prendront un sens.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 septembre 2014 et le 23 décembre 2015

495 L'apocalypse permanent des trous sur abonnements (TSA)

Notre société est ruinée et minée en permanence par un phénomène culturel tellement ancien et ancré dans les traditions régnantes qu'on n'a même pas le plus souvent conscience de son existence. La relation entre adultes est régie par la règle des trous sur abonnements. Chaque femme est sensée à un moment-donné connaître un homme auquel son vagin sera fourni à discrétion et qu'il devra régulièrement honorer de sa semence. Ce sera littéralement la mise sous abonnement du trou ad hoc. Il y aura l'abonné, l'homme, et le trou sur abonnement. Le drame est que si l'acte sexuel par lui-même relève de la nature, la prétention de le régir ainsi est parfaitement arbitraire. Et comme la Nature n'aime jamais être maltraitée, elle se venge en faisant du désordre. Le trouble engendré sera et est présentement dévastateur.

Comme la planification de l'abonnement, sa jouissance, sa gestion, ses obligations concomitantes sont artificiels et arbitraires, ça va donner par exemple :

Une dame veuve et en manque de câlins : impossible de la caresser, même juste un peu. Pourquoi ? Parce que dès la première caresse va être posé la problématique de l'abonnement. Or, il n'y a pas désir. Et le désir permanent n'existe pas. D'où raisonnable évitement du câlinage de la veuve.

Une jolie jeune fille vit seule. Elle est adorable. Ses formes appellent des caresses... Elles sont hors de question. Car la première caresse posera d'emblée la question de l'abonnement. Or cette jeune fille n'a pas d'attirance sexuelle, de désir existant. D'où pas de câlins, impossibilité d'en échanger.

Une jeune femme jolie et très sympathique déclare à un homme qu'elle va partir en vacances « avec son amoureux ». Cet aimable propos, dans le contexte du règne des TSA (trous sur abonnements) va prendre le sens de : « tes caresses, je n'en veux pas ! » Même si elles ne sont pas à l'ordre du jour, c'est violent et vexant. Je m'explique : imaginons que vous fassiez de la cuisine régulièrement. Si vous croisez quelqu'un que vous ne faites nullement profiter de vos plats, qui va s'exclamer : « ta cuisine ? Il est hors de question que j'y goûte ! » ce sera agressif et vexant quand-même.

Un jeune homme qui se déclare en couple arrange avec douceur la frange d'une collègue de travail. Ce geste aimable et doux, dans le contexte du règne des TSA signifiera : il la drague. Il veut frauder et mettre sa queue dans son trou.

Une dame en couple apprécie visiblement les câlins d'un ami. Celui-ci les évite, car il sait que suivant le règne des TSA, la dame finirait par envisager un ménage à trois. L'ami n'est pas intéressé. Alors, il évite de faire des câlins à la dame.

Une très jolie fille, rigoureusement impossible à caresser, littéralement intouchable. Car elle est partisane à fond du principe des TSA. Elle se trouve un abonné, puis le surveille avec une jalousie terrifiante. Et au premier soupçon le largue aussitôt. Elle a un « compagnon » en ce moment. Ce n'est ni le premier, ni le dernier. Combien de temps l'abonnement va durer ? Nul ne le sait, très probablement ça ne durera pas longtemps.

Deux très jeunes filles rêvent de câlins. Mais ne voient et connaissent que le règne des TSA. Comme elles ne ressentent pas un désir concomitant et aspirent aux caresses, elles pratiquent une valse hésitation. Quand un homme leur plaît, elles cherchent à lui plaire. L'allument à mort et le jettent avant de « conclure ». Tout en rêvant de rencontrer « le bon » qui n'existe que dans leurs rêves.

Une fillette dans le métro parisien bondé est restée debout. Un homme qui est assis voit qu'elle voudrait bien s'asseoir. Mais évite de lui proposer de la prendre sur ses genoux. Motif : dans la culture des TSA régnante ça signifierait... l'initiative douteuse d'un pervers qui cherche à gouter sexuellement un fruit vert. Il existe d'ailleurs hélas des détraqués qui traduisent ainsi le règne des TSA et s'en prennent à des enfants. Ils sont incapables de voir le monde relationnel sans les lunettes déformantes des TSA.

Certains hommes qui manquent de câlins vont apprécier d'autres hommes. Et, comme ils voient le monde avec des lunettes TSA, ils en concluront qu'il s'agit d'une attirance « homosexuelle ».

Un homme et une femme s'entendent à merveille. Voilà qu'un jour l'entente spirituelle amène quelques caresses. La dictature tragique du règne des TSA va inter-agir et progressivement ronger et détruire la très bonne entente de départ. Car s'il y a câlins, la dictature du règne des TSA exigera d'aller au trou et le remplir. En bons petits soldats du cul et aux applaudissements de l'entourage qui ne voit de câlins que mâtinés de cul, les deux amis vont se mettre à l'ouvrage. Sans grand résultat. Leur accord est humain et affectif et pas l'expression d'un accord avec l'artificiel règne des TSA. Les efforts pour se conformer à l'abonnement amèneront des éléments perturbants. La jalousie et également l'angoisse pour l'avenir des enfants à venir, bien sûr ! Finalement, c'est à la veille du mariage que la femme partira en courant, laissant un terrain affectif dévasté. La belle amitié du début a succombé au règne des TSA !

Si on prend conscience du règne aberrant et dévastateur des TSA, reste qu'il apparaît des plus ardus de s'extraire de la gangue de celui-ci. Ne serait-ce qu'exprimer un désir de câlins ne conduisant pas à la mise en place à terme de TSA paraît extrêmement difficile. Ce n'est vraiment pas du tout évident.

Certains croiront éviter le problème des TSA en prétendant s'abonner ouvertement et simultanément à plusieurs trous à la fois. Ils baptiseront parfois cette démarche le « polyamour ». D'autres chercheront à s'abonner à un centre de trous sur abonnements : club libertin ou plage libertine. Mais le problème n'est pas l'exclusivité, mais le principe de l'abonnement. Sur quelle base peut-on décréter que si on s'aime on a forcément envie de baiser et recommencer à baiser ? C'est proclamer un arbitraire relationnel qui ne corresponds pratiquement jamais à la réalité des sens et des sentiments. Si j'ai vraiment envie de faire l'amour avec une personne donnée, au nom de quoi puis-je prétendre que j'en aurais toujours envie dans six mois ou cinq ans ?

Alors, on s'arrange, on ment souvent. Et on souscrit à des théories aberrantes et à la mode, comme celles des zones érogènes. Il y aurait des zones précises qui appelleraient nécessairement le coït si on les sollicite par la caresse. Si on y croit, c'est facile de se suggérer un appétit artificiel pour une chose dont on n'a pas envie. Et baiser sans en avoir vraiment et authentiquement envie. C'est comme manger sans avoir faim. Ça nuit souvent à la santé. Et ça rend au bout du compte la nourriture insipide et écœurante.

Mais, au nom de toutes sortes de théories plus ou moins tirées par les cheveux, on continue à encenser le mythe de l'authenticité du règne des TSA. On verra même faire appel à la psychologie ou aux médicaments pour soigner « les troubles de la libido ». Si vous n'avez pas envie de baiser, ce n'est pas normal, on va vous soigner ! On invente ainsi de nouveaux traitements pour des maladies imaginaires. Ils sont réglé auprès des spécialistes avec des espèces sonnantes et trébuchantes et pas du tout imaginaires. Ce qui fait que ces heureux « thérapeutes » ne s'aviseront généralement pas de vous dire que vous n'avez rien, mais que c'est la société qui est malade du règne des TSA. De toutes façons, comment pourraient-ils identifier un trouble dont ils souffrent eux-mêmes et qu'ils ne croient pas être un trouble ? S'émanciper du règne des TSA c'est aussi s'émanciper du règne d'un certain nombre de charlatans qui prétendent vous apprendre à gérer correctement votre cul.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 décembre 2015