mardi 8 décembre 2015

484 Qu'appelle-t-on « la Nature » ?

On vante la Nature. Ceci est naturel, c'est donc bien. Ceci ne l'est pas. C'est à proscrire. Mais qu'appelle-t-on « la Nature » ?

Une amie me disait : « il ne faut pas boire du lait. C'est mauvais. L'homme est le seul animal qui boit le lait d'une autre espèce animale que lui. C'est pourquoi c'est à éviter. »

L'homme est aussi le seul animal qui mange des aliments cuits, porte des vêtements et se retient de pisser et chier devant les autres, pour aller se vider aux toilettes, ou dans un coin tranquille et isolé si c'est en pleine campagne. Donc : ne buvons pas de lait, refusons de le faire ! Ne mangeons que des aliments crus. Vivons nus. Et pissons et chions dès que nous en avons envie, y compris devant les autres et au milieu du salon.

La « Nature » est une vue de l'esprit. En revanche existe un ordre général de l'univers. Qui fait, par exemple, de l'amour une force fondamentale qui régit les êtres et les choses. Deux atomes s'attirent. Deux amoureux s'attirent. C'est une même loi, un même phénomène. Mais ça ne signifie pas qu'il faut forcément ajouter : « c'est bien » ou « c'est mal », parce que c'est naturel. Un tsunami, un tremblement de terre, une épidémie de peste, une piqure de moustique, un coup de soleil, c'est naturel. Ce n'est pas « bien » pour autant.

On dirait parfois que, plutôt que se servir de sa réflexion, l'homme cherche des sortes de « lois » supérieures qui lui permettraient d'éviter de réfléchir. Il trouverait alors très commode de se soumettre à elles. Il en est ainsi, par exemple, des « lois naturelles ». On a vu les mêmes hommes condamner l'adultère, qui peut être condamné, si on veut, mais qui est une chose naturelle. Et condamner l'homosexualité comme « contre-nature », alors qu'elle existe dans la Nature chez diverses espèces animales. Le mot « Nature » se décline à toutes sortes de sauces, pas toujours objectives, loin s'en faut.

Et si on revenait aux fondamentaux ? « C'est bien », c'est-à-dire : ça me paraît bien. Ou : « c'est mal », c'est-à-dire, ça me paraît mal. Ne serait-ce pas déjà beaucoup plus simple? La Nature n'est plus là, dès que j'utilise la lumière artificielle ou prends un cachet contre la migraine. Arrêtons de l'invoquer !

Ce qui est drôle, c'est voir se disputer des gens qui sont en fait d'accord. On voit les partisans de « la Science » invectiver les partisans de « Dieu ». Mais que disent-ils les uns les autres ? Les premiers disent : « il existe un ordre général de l'univers, régis par les lois de la Science. » Les seconds disent : « il existe un ordre général de l'univers, régis par les lois de Dieu. » Sur l'essentiel, ils se rejoignent : « il existe un ordre général de l'univers. » La seule divergence est le nom donné à la source de cet ordre. Les uns l'appellent « la Science », les autres « Dieu ». Mais il n'y a pas de divergence fondamentale.

Certes, ensuite on trouve des divergences. Par exemple, les uns ne croient pas en l'existence de l'au-delà. Les autres y croient. Mais, bien malin celui qui pourrait prouver scientifiquement que l'au-delà existe ou n'existe pas. Pour étayer ici la négation, j'entends dire : « c'est évident que l'au-delà n'existe pas, car cette pensée nous arrange. » Piètre démonstration, si je dis : « c'est évident que demain n'existe pas, puisque la nuit venue, le retour du soleil m'arrange », ou « c'est évident que le printemps n'existe pas, puisque l'hiver étant là, l'arrivée du printemps m'arrange », que trouvera-t-on à me répondre ? D'autres disent : « l'âme n'existe pas, on ne l'a jamais vu. » Et alors, la radioactivité existait depuis toujours, avant qu'on la découvre !

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 décembre 2015

483 La « programmation » ou l'art de se pourrir la vie

Il existe un moyen des plus simples de se pourrir la vie, que je baptiserais : « la programmation ». Vous avez l'idée d'une chose désagréable à faire. Par exemple : aller dans un endroit désagréable où il y a du pour et du contre pour aller. C'est le soir. Vous vous dites : « bon, demain j'y vais. » Rien ne vous oblige vraiment à le faire. C'est juste une pensée qui vous vient. Le lendemain, vous vous réveillez et levez de très méchante humeur. Une pensée vous obsède et vous poursuit : « il va falloir que j'aille à cet endroit désagréable aujourd'hui ! »

Pourtant, rien ne vous y oblige. Vous pouvez très bien remettre ou annuler ce déplacement. Mais là, vous avez l'impression de ne pas être libre de votre choix. Vous devez y aller. Et comme c'est une perspective désagréable, vous commencez à traîner, angoisser, culpabiliser...

En fait, strictement rien ne vous ôte la liberté d'agir autrement. Par exemple : de remettre cette chose désagréable à plus tard. Vous pouvez très bien respirer et vivre librement votre journée. La seule et unique chose qui vient vous tourmenter, en réalité, c'est la programmation. Le fait que hier soir vous avez « prononcé » mentalement cette phrase : « demain, je dois aller à cet endroit. »

Pour vous débarrasser de cette situation désagréable et vivre pleinement et librement votre journée, il vous suffit de déprogrammer. Vous dire : « si j'ai l'impression de devoir faire ça à présent, alors que rien ne m'y oblige, et même que c'est beaucoup mieux de remettre ça à plus tard, c'est à cause de cette programmation. Je n'ai pas à en tenir compte. » Et ouf ! Ça va beaucoup mieux ! Vous êtes libre.

Si on ajoute que le genre de pensées : « il faut que je fasse ça demain » est classiquement consacrée à un acte désagréable et ennuyeux, on comprend que la programmation vous pourrisse d'autant plus la vie. On s'invente ainsi des obligations qu'on n'a pas. Si, un jour, vous vous tourmentez à cause d'une chose ennuyeuse que vous pensez devoir faire, pensez à vous demander : « mais n'ai-je pas lancé hier soir, ou la semaine dernière, une programmation qui fait que je crois, que j'ai l'impression de devoir absolument faire cette chose maintenant. Alors qu'en fait rien ne m'y oblige ? »

La programmation est une forme de désordre subtil, car elle vous prive de réflexion, sens critique, liberté. C'est juste une affirmation bête : « aujourd'hui avant telle heure, ou : à telle heure, je dois appeler cette emmerdeuse. Ou : aujourd'hui, c'est mardi, je dois aller à cet endroit qui m'emmerde passablement. » Et bien non. Rien ne m'y oblige. Ce sont juste des pensées de programmation parasite que j'ai énoncé mentalement hier soir. Je m'en débarrasse et vis tranquillement ma vie.

La programmation fait partie de ces pensées toxiques au même titre que d'autres. Par exemple : « Ça s'est passé l'année dernière et j'ai l'impression que c'était hier. Comme le temps passe vite ! » Ou bien : « si je fais ça, qu'est-ce qu'on va penser de moi ? » Ça n'a aucune importance. Ce qui compte c'est ce que vous allez penser de vous. Il vaut infiniment mieux avoir raison tout seul que se tromper avec les autres.

Je vois fréquemment des gens dirent : « bon, ils se plaignent de leur situation, mais ne font rien pour que ça change. » Et alors ? Les « gens » sont libres d'être cons. Où est le problème ? Pourquoi n'aurait-on pas la liberté d'être totalement stupide et abruti ? La seule chose que vous avez à faire étant de s'efforcer de ne pas suivre le mauvais exemple. Quantité de gens sont de parfaits ânes. Ils font de très grands efforts pour réussir à être malheureux. Et leurs efforts sont récompensés. Plutôt que s'en désoler, félicitons-les pour leur persévérance. Et rions sous cape de leur bêtise. Nous n'avons pas pour rôle de jouer les Monsieur Propre qui arrangent toutes les affaires du monde.

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 décembre 2015

lundi 7 décembre 2015

482 La « pierre philosophale » sexuelle n'existe pas

Nos souvenirs de la très petite enfance nous donnent des informations précieuses sur le fonctionnement de l'instinct humain. J'ai un très vieux souvenir qui m'a interpellé. Je dois avoir trois ans, voire deux. Je suis dans une sorte de couloir. Mon père m'a abandonné là pour aller autre part. Je n'ai pas de vêtements sur moi. Ou me sens en tous cas nu. Et j'éprouve une peur panique que quelqu'un d'étranger, d'inconnu, débarque soudain. Et me voit nu. Ce n'est pas de la honte, de la pudeur, mais de la peur pure et terrorisante.

Un autre souvenir qui date de l'époque où j'ai probablement quatre ans, cinq au maximum. Nous sommes à la gare pour nous en aller. Mon père est près de moi et parle au guichet avec un employé que je ne vois pas. Et ensuite nous montons dans le train pour partir. Je trouve prodigieux que mon père sache quoi dire et faire avec l'employé du guichet pour que nous puissions ensuite monter dans le train et partir. Rétrospectivement et bien plus tard j'ai réalisé que je trouvais mon père prodigieux parce qu'il savait acheter des billets de chemin de fer !

Ces deux souvenirs cadrent bien deux aspects de notre enfance contrariée et prolongée. D'une part, pourquoi cette peur panique d'être vu nu par un inconnu ? Parce que lors de notre entrée dans l'enfance prolongée, nous nous sentons trahi par notre instinct. Nous avions cru grandir, devenir fort. Non, on nous annonce et fait comprendre que nous sommes immensément faible. Et nous sommes trahis par nous-mêmes : nos certitudes nous ont amené au stade où on nous fait comprendre que nous sommes incapable de nous débrouiller par nous-mêmes. Condamné à dépendre des grandes personnes pour un gigantesque nombre d'années. Donc, être très petit nous conduisait non à devenir autonome, mais à entrer dans le tunnel interminable de notre enfance prolongée. Au diable l'enfance qui nous a trahi ! Vite ! Il faut devenir grand ! Et qu'est-ce qui caractérise le fait d'être petit et vulnérable ? C'est singulièrement la nudité, les câlins, les caresses. Fi de ces états et échanges traîtres ! Au diable la nudité ! C'est la marque de notre débilité enfantine face aux grandes personnes grandes fortes et habillées ! C'est pourquoi j'avais peur d'être aperçu nu. J'étais en situation de faiblesse. Qu'est-ce qui pouvait alors m'arriver ? Être dévoré ? Les craintes enfantines sont si vite développées ! Il suffit d'un masque de loup pour que l'enfant voit le loup qui va le dévorer ! Certains petits enfants ont même peur des clowns !

Le deuxième souvenir à rapport au savoir des grandes personnes vus par les enfants prolongés. Alors qu'on devrait se sentir fort, on est devenu faible car on n'avait pas « le savoir ». Notre instinct nous a trahi. Et les prodigieux dieux que sont les grandes personnes sont là pour nous protéger.

Plus tard, quand nous sortons de l'enfance prolongée, nous trainons quantité de casseroles derrière nous : la volonté de pouvoir, le désespoir, la violence, le rêve. Quand « le sexe » arrive, on croit disposer de la clé pour résoudre notre détresse. La pierre philosophale sexuelle dont disposeraient les grandes personnes est enfin à notre disposition ! Elle changerait le plomb du quotidien en l'or du rêve réalisé et à notre portée. Dominer deviendrait bien et faire mal, avoir mal également. « Si j'ai eu mal, c'est que j'en avais envie », me disait une dame que j'ai connu, faisant le bilan d'une douloureuse sodomie. Erreur, il n'y a pas de pierre philosophale sexuelle qui verrait une sorte de magie résoudre le problème de la détresse née de l'enfance prolongée. Il faut remettre en question celle-ci, voilà tout. Et cesser d'avoir peur de tout. Chercher papa et maman partout. Voire chercher à se soumettre à papa sexe ou maman sexe qui donne des ordres : je bande, donc je dois... et ainsi j'arriverais au nirvana sexuel. Qui n'existe pas. Comme le Grand Amour, qui est une illusion. Les vrais couples fonctionnent différemment. La carence tactile est générale. C'est une famine générale permanente. Le bonheur est possible. Il suffit d'y croire. Chercher. Oser se remettre en question mille fois. Avancer toujours. Et persévérer infiniment au delà des limites du raisonnable !

Basile, philosophe naïf, Paris le 7 décembre 2015

dimanche 6 décembre 2015

481 Savoir caresser

La quasi totalité des humains adultes ne savent pas caresser. Ils confondent caresses et cul. En bientôt 65 ans de vie, je n'ai rencontré que deux fois des personnes sachant caresser. Peut-être trois fois, mais pas plus, l'ignorance est quasi générale.

Pour parvenir à caresser quelqu'un c'est toute une philosophie et un entraînement pratique. Il faut chercher impérativement à donner et pas chercher à prendre. La plupart des humains cherchent à prendre. Et leurs caresses sont quelconques, médiocres, défectueuses. Le vrai toucher ne s'apprend pas dans les livres. L'égoïsme tue la caresse véritable. J'ai aperçu deux jeunes filles qui savaient caresser la peau de leur compagnon. Une fois, c'était un soir tard dans un autobus parisien de la ligne 38. Un groupe de très jeunes touristes italiens. Parmi eux, un couple. Je voyais bien que la fille avait le toucher spécial, que je reconnais bien. Il est très loin d'être certain que le grand dadais passif ainsi servi se rendait compte du caractère exceptionnel de sa copine.

L'autre fois, c'était dans un concert. Une jeune fille et son copain était dans la salle. Elle lui faisait de petites caresses. Je percevais parfaitement bien de quel toucher exceptionnel cette fille usait. À la différence de l'Italienne de l'autobus, croisée un soir, cette fille, je sais qui c'est. Avant-hier matin, Je croisais encore son père dans la rue près de chez moi. Mais je n'ai rien à dire à cette fille. Lui dirais-je : « mademoiselle, vous avez un toucher rarissime, exceptionnel... » j'aurais l'air plutôt bête. Elle pourrait se demander : « mais, qu'est-ce qu'il me veut celui-là ? » Surtout que depuis le jour où je la vis avec son copain, elle a très bien pu abandonner ce toucher.

Ce toucher unique et particulier, je l'ai cultivé durant des années. Mais il n'a guère d'usage pour moi.

C'est au milieu des années 1980 que j'ai découvert ce toucher grâce à une petite amie. Qui, elle-même, ignorait sa singularité. Elle m'a fait incidemment sentir ce toucher. Puis ne l'a plus pratiqué avec moi. Reprenant avec moi le toucher quelconque habituel, en usage chez la plupart des personnes adultes. Quand j'ai pratiqué ce toucher sur son dos, elle l'a trouvé effrayant, car trop emportant les barrières de tension habituelle que les humains mettent entre eux et à l'intérieur d'eux. J'ai mis deux ans pour identifier ce toucher spécial. Pour l'apprécier, j'ai dû le pratiquer durant un peu plus d'un an avec une petite amie. Chose que je ne recommencerais pas avec quelqu'un d'autre. Car passer son temps à donner sans recevoir est malsain, déséquilibré et dangereux.

Si on veut vraiment faire quelque chose, il faut être présent à ce qu'on fait. Et se situer moralement dans l'instant présent. Mais chez la plupart des gens, outre la maladresse et l'inexpérience, s'ils veulent toucher quelqu'un, ils sont absents. C'est-à-dire qu'au lieu de caresser l'autre, ils se situent dans une perspective théorique. « Si l'autre accepte ma main là de cette manière, après je la mettrais là, et puis là. Et, enfin, je mettrais ma queue dans le trou. » Tel est le délire intérieur de nombre d'hommes. Les femmes pensant de leur côté : « Et, enfin, j'accepterais qu'il mette sa queue dans mon trou. » C'est une démarche à l'opposé de la volonté de vivre l'instant présent. On se situe dans l'instant d'après. On n'est pas là. Il ne s'agit pas d'un échange, mais d'un challenge, une compétition, un défi, ce que vous voudrez. Mais pas d'une caresse. Comme disent certains : « à un moment-donné, il faut se décider à passer aux choses sérieuses. » C'est tellement programmé qu'on n'a l'impression qu'à un moment de la soirée, la nuit, l'après-midi ou la matinée de câlins, on arrête soudain la spontanéité. Et on met en place le « programme coït ». Bon, à présent, il faut s'assurer que le machin est assez rigide et le mettre dans le trou. On croirait la réalisation d'une recette de cuisine : battez les blancs d’œufs en neige, incorporez-les dans la pâte, etc. Et on espère qu'à l'issue le gâteau sera réussi. Tant de médiocrité intéressée dans la démarche câline conduit forcément tôt ou tard à l'échec et la déception.

Basile, philosophe naïf, Paris le 6 décembre 2015

480 Hypocrisie et sincérité dans le domaine du spectacle

Un jour, chez une amie, il y a quelques années, je rencontrais un directeur français de la branche française de Disney. Il nous a dit : « notre but c'est de faire des dollars. » Et nous a précisé que, pour cette raison, le département juridique de Disney était, dans chacune de ses sections nationales, très développé. Afin de poursuivre efficacement les contrefacteurs.

La sincérité et le but ouvertement lucratif de cet homme m'avait un peu choqué. J'avoue à présent que, sans être animé par l'esprit de lucre, j'apprécie positivement l'exposé sans fards du but de sa société. Car, qu'en est-il par ailleurs ? En des temps pas si lointains, on parlait chez nous d'entrepreneurs du spectacle. Entrepreneurs rappelant ici d'autres entrepreneurs : du bâtiment, par exemple. Ce qui laissait voir, par delà le mot magique « d'entreprise » un but lucratif commun. Faire construire des immeubles ou donner des galas musicaux se rejoignait. Puis, le vocabulaire a évolué.

Il y a un nombre d'années que je ne saurais préciser, une vingtaine, peut-être, est apparut une expression qui m'a fait bondir : « organisateur d'événements ». Comme si on pouvait « organiser un événement » ! Un événement arrive ou pas. Mais non, ici, on décide de l'organiser ! Ce concept aberrant a depuis fait florès, notamment dans l'enseignement, où existe une quantité de cursus d'« organisateurs d'événements ». Et enfin, cerise sur le gâteau, le langage promotionnel a franchi une marche de plus dans l'escalier de l'hypocrisie. Il ne s'agit même plus de personnes qui organisent, mais de « lieux ». Je lisais pas plus tard qu'hier que le lieu X était dédié à la promotion de la chanson. Le lieu nous invitait donc à participer à cette belle, grande, juste et généreuse œuvre de sauvegarde culturelle des richesses du monde... Tiens, mais qu'est-ce ? 15 euros.... bah! C'est juste le prix à payer pour pouvoir asseoir son cul dans un fauteuil du lieu. Mais le but est grandiose, pas faire de la thune, comme le vulgaire directeur précité. Mais : faire de la CULTURE. Au fait, pour entrer chez Disney ou dans ce lieu « culturel », à chaque fois, il me faut payer. Où est la différence ? Et si j'aime la culture et n'ai pas d'argent, où je vais ? Je n'ai qu'à aller me faire foutre. Ce que j'ai fait s'agissant d'un remarquable concert donné en ce lieu fameux, qui, etc., etc.

A tout prendre, je préfère la sincérité du directeur de chez Disney France : « notre but c'est que notre entreprise marche bien et donc qu'elle nous rapporte de l'argent. Nous n'avons pas honte de le dire. » Plutôt que d'entendre un discours « culturel » qui s'achève avec une sébile tendue : par ici la monnaie !

J'ai connu de dynamiques « organisateurs d'événements ». Ils se donnaient à fond, disaient-ils, pour organiser un événement. Le soir de l'événement, le responsable marchait au radar tellement il était crevé. Et puis, un jour, il n'y a plus eu d'argent. Et, d'un seul coup, plus rien de leur part. Où était leur motivation pour « organiser l'événement » ? Détail intéressant : leur grand responsable n'était pas président de leur association à but non lucratif qui annonçait organiser l'événement, et bien d'autres choses encore. Il était « directeur ». Leur président était un autre. Il faut savoir qu'un président d'association 1901 n'a pas le droit d'être rémunéré. Un directeur a le droit.

Les organisateurs d'événements, les lieux dédiés à, etc. me font penser à d'autres personnes désintéressées : les hommes politiques professionnels. Ils vivent de la politique. Mais proclament haut et fort que leur motivation est autre. Une cause juste, la vôtre, des intérêts à défendre, les vôtres, des gens à défendre, vous. Et, en passant, une bonne paie et d'autres avantages matériels à la clé qui tombent pour votre sauveur. Mais... toutes peines méritent salaire. Et il faut bien vivre.

Les entrepreneurs du spectacle de la politique sont comme tous les entrepreneurs du spectacle : ils font un métier. Leur but est de gagner de l'argent. À Disney on ne s'en cache pas. Bravo Disney !

Basile, philosophe naïf, Paris le 6 décembre 2015

samedi 5 décembre 2015

479 Blocage des câlins : la situation classique de Dah et Duh

Dah a moins de vingt ans. Duh en a plus de soixante. Ils manquent tous les deux de câlins, sont voisins et s'estiment bien. Pourtant, entre eux, il ne se passera rien.

Duh voudrait bien échanger des caresses avec Dah, dormir avec elle et s'en tenir là. Mais exprimer rien que ce souhait est déjà impossible dans notre société. S'il le fait, il paraîtra fou, vicieux et sournois, dragueur, inquiétant. Dah voudrait bien des câlins en général. Mais pour elle, ils sont forcément « sexuels », impliquent le coït. Avec de l'amour, amour qui est au sexe ce que la crème Chantilly est au café liégeois : la garniture adoucissante. Mais voilà, Dah fréquente un milieu où les jeunes gens gavés de pornographie rêvent de baise et d'aventures. Éventuellement avec Dah, comme second choix. Dans son milieu elle n'est pas le top modèle. D'autres culs sont bien plus courus. Alors, elle temporise, rêvant de rencontrer « le tout en un », la pizza complète : le « Grand Amour », parfaite foutaise après laquelle courent des millions de gens.

Duh, de son côté se satisfait de la situation. Car il la comprend. Et sait qu'il n'en est pas responsable. De plus, par expérience, il n'ignore pas les problèmes liés aux endorphines. En cas de manque de câlins, le jour où des câlins arrivent de la part de quelqu'un, il y a risque de surcharge d'endorphines. On grimpe sur son petit nuage, béat on perd son sens critique... et combien d'autres alors en profitent ! On appelle cet état de béatitude stupide : « être amoureux ». Le réveil est difficile.

On peut aussi rêver de rencontrer amour et câlins. Alors on commence à délirer à propos d'une personne, généralement qu'on connaît peu. Et on imagine vivre le nirvana avec elle. Souvent, en le cherchant, on arrive droit dans le mur. L'état de carence endorphinien peut également conduire à des situations de manque. On est triste sans raison. Ou, subitement, par exemple le matin seul dans son lit, on commence à enrager après un homme politique en place, qu'on n'aime pas. Ou après quelqu'un qui vous a énervé, collègue de travail, connaissance de proximité, ou autre. Ou encore on passe en revue telle ou telle grande cause et on se dit : « mais que pourrais-je faire pour que ça aille mieux ? Rien ! » Et on se désespère. Il ne s'agit là en rien de raisonnements, mais simplement du manque d'endorphines qui tourmente vos pensées. Ces pensées sont ici d'origine parasite.

La principale cause de malheur chez les humains, ce sont des souffrances intérieures qui sont d'origine humaine. Avec des conséquences d'ampleur variable, qui vont jusqu'au meurtre ou au suicide, qui est le meurtre de soi-même. Il faut cultiver notre bonne humeur comme on cultive amoureusement son potager.

Ça ne sert à rien de s'énerver après l'incapacité fréquente des humains à faire leur bonheur, alors qu'ils disposent de tout pour y arriver. Donnons simplement l'exemple. Ceux ou celles qui nous suivront : tant mieux. Ceux ou celles qui n'y arriveront pas : tant pis. La vie continue ! Vivons !

Soyons généreux avec les autres : occupons-nous de nous-mêmes. Montrons aux autres que le bonheur est d'ores et déjà possible. Sans construire des empires ou rencontrer des demis-dieux. Nous pouvons déjà faire beaucoup. À commencer par comprendre ce qui nous arrive. Et, dans la mesure du possible, choisir notre chemin. Quitter la tranchée obscure et commune du troupeau et aller vers le soleil.

Par exemple : si au lieu de persister dans la quête douloureuse et stérile d'une créature de rêve, vous vous investissiez dans la création d'une goguette ? Petit groupe chantant de moins de vingt membres se rassemblant ponctuellement pour passer un bon moment ensemble. C'est gratuit, simple, demande juste du doigté et de la persévérance. Et c'est du bonheur garanti à chacune des réunions !

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 décembre 2015

vendredi 4 décembre 2015

478 Des gants en permanence

Que diriez-vous de quelqu'un qui porterait en permanence, jour et nuit, des gants ? Qu'il n'est pas raisonnable et que sa manie n'est pas saine pour ses mains. Pourtant, ce comportement malsain est courant chez plein de gens s'agissant des pieds et plus encore du sexe et du cul. Combien de gens emballent en permanence leurs pieds dans des chaussettes, des chaussures ou des pantoufles, et leur sexe et leur cul dans un slip, un caleçon et par dessus un pantalon ? Mais, laissez donc les pieds, le sexe et le cul respirer et voir la lumière du jour !

En été, à Paris, nombre de femmes et de jeunes filles portent des sandales. La plupart des hommes, eux, de leur côté, font fermenter leurs nougats dans des conteneurs plus ou moins étanches, comme les malsaines chaussures de basket. Au point que je surnomme ces hommes : « les pieds qui puent ».

Le sexe et le cul, quand sont-ils à l'air libre et pas à étouffer, serrés dans un tissu fleurant la sueur, la merde et l'urine ? Ils ont droit de sortir juste pour la miction et défécation, la toilette et l'acte sexuel. Pauvre sexe et pauvre cul maltraités ! Eux aussi veulent vivre au grand air et ont besoin de respirer !

On a décrété le sexe et le cul voués... au sexe et au cul. Soi-disant spécialisés pour la pratique de cette caricature de la relation humaine qu'on a baptisé : « l'amour physique ». Comme s'il existait un coupable, sale et délectable amour à caractère « physique », qui formerait une activité bien distincte de l'amour tout court, immaculé, pur et blanc. Selon nos lois en vigueur, laisser voir sexe ou cul est par définition une « exhibition sexuelle » et un délit. Au Québec la loi parle d'« exposition des parties génitales ». Par définition une partie de l'être humain est à cacher. Même encore il n'y a pas si longtemps, pour « faire l'amour », certains requéraient l'obscurité totale ! Autre bizarrerie que j'ai connu dans les années 1980 avec une petite amie née en 1939 : que je l'aperçoive nue était sans problèmes. En revanche, il ne fallait en aucun cas que je l'aperçoive en train de se déshabiller !

Porter des vêtements en permanence vingt-quatre heures sur vingt-quatre est malsain et anti-hygiénique. Notre personne toute entière a besoin du contact tranquille de l'air libre au minimum une heure par jour. Être habillé en permanence favorise la maladie et les désordres psychologiques.

Je connais quelqu'un qui est habillé en permanence jour et nuit et se lave rarement. Sa santé n'est pas fameuse. Il ne s'interroge pas sur son hygiène en particulier vestimentaire. Il préfère se cacher dans ses vêtements, y compris à son propre regard. Chose d'autant plus aisée que la morale dominant notre société a fait également de la « nudité » une catégorie esthétique. Ne peuvent envisager de se « montrer » nu que ceux qui « ont quelque chose à montrer », c'est-à-dire qui sont jugés « beaux » selon les critères esthétiques à la mode. Sinon, aux autres, il ne reste plus qu'à se cacher. On avait déjà l'équation nudité égale orgie. On a de plus l'autre équation : soyez nu seulement si vous êtes beau. La nudité, qui n'est pas autre chose que notre état naturel, est élevée au rang de drame. Seule la beauté la justifierait éventuellement.

Les interdits visuels liés à la nudité ont un caractère machiste. En France, depuis 1914, les hommes ont le droit de se trouver torse nu à la vue des autres, les femmes non. Elles sont donc ici une fois encore traitées en inférieures des hommes, privées d'un droit réservé aux hommes. Ce qui est étrange et cocasse, c'est de constater que la nudité est présentement et depuis longtemps légale sur les plages d'Allemagne du nord et de Scandinavie. Et qu'en France c'est un délit passible de peines sévères. Je me souviens d'un documentaire passé à la télévision française il y a plus de vingt ans. On y interviewait en Suède une respectable grand mère suédoise. Et à un moment-donné on la voyait descendre une échelle pour aller se baigner dans la mer. Le cameraman français avait fait des prodiges d'angles bizarres de prises de vue afin qu'on ne voit pas simplement qu'elle était nue !

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 décembre 2015