jeudi 28 novembre 2013

178 SMIC et SDF

En août 1944, les résistants des Forces françaises de l'intérieur s'emparèrent de la mairie du 14ème arrondissement de Paris. L'un d'eux, communiste, vint s'asseoir dans le fauteuil du maire et devint ainsi le maire communiste de la Libération.

Quelques mois après, le manque de combustible, les désordres divers, faisaient que les habitations du parc municipal n'étaient pas chauffées.

Le maire se fit alors très mal voir par certains en déclarant : « tant que ces habitations ne seront pas chauffées, la mairie ne le sera pas non plus. »

Cette anecdote m'a été racontée par ma mère.

Elle m'a inspiré deux propositions :

Je vois de gras politiciens bien vêtus nous expliquer que notre salaire minimum, le SMIC, ne doit pas augmenter.

Je propose que tous ces gens-là soient rémunérés au SMIC.

150 000 habitants de notre pays sont des SDF. Et dorment sous la tente, dans une caravane, dans des gourbis infâmes ou dans la rue.

Je propose que tant qu'un seul habitant de notre pays dormira sous la tente, dans une caravane, dans un gourbi infâme ou dans la rue, tous les politiques en place, président de la République inclus, soient « logés » pareillement.

Je ne doute pas alors, que comme par enchantement, le SMIC augmentera très vite et très largement. Et tous les SDF trouveront très vite un logement décent.

Chiche !

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 novembre 2013

177 La misère des riches

Les riches Romains de la décadence avaient porté la gastronomie à un point jouissif et consumériste probablement jamais atteint depuis. Le plaisir gustatif était déconnecté de la fonction digestive. Mollement allongés, ils buvaient du vinaigre pour s'ouvrir artificiellement l'appétit. Puis, dégustaient des plats extraordinaires. Ensuite, pour faire de la place et continuer à ingurgiter et apprécier, ils se faisaient vomir. Et rebuvait du vinaigre. Et ainsi de suite.

Nos riches bourgeois de l'époque de la décadence capitaliste n'ont pas la même approche de la bouffe. C'est dans le domaine du sexe qu'ils pratiquent « l'amour à la Romaine ». C'est-à-dire la baise à jet continu.

Car, comme leurs illustres prédécesseurs romains, les riches bourgeois bien souvent s'ennuient. J'en ai quelquefois approché.

En 1968, j'ai connu un peu la famille d'un riche banquier parisien. J'ai à peine vu le père. En revanche j'ai mieux connu la mère et les deux grands enfants. La mère passait le temps en buvant de grands et nombreux verres de whisky assaisonnés de tranquillisants pharmaceutiques. Le fils avait participé à la fondation d'un syndicat étudiant de droite et faisait le coup de poing contre les rouges, en attendant d'hériter de l'affaire de papa. La fille, grande et belle, triste comme pas possible, nous a déclaré un jour : « les jeunes ? il leur faudrait une bonne guerre ! »

Neuf ans plus tard, un camarade des Beaux-Arts m'a fait rencontrer un groupe de jeunes filles riches. Elles vendaient activement des drogues dures à la sortie de leur lycée. Et elles draguaient « comme des hommes ». L'une d'elles m'a demandé si je voulais poser nu pour elle. Dans ma grande naïveté, j'ai cru qu'elle me demandait si je voulais poser nu. Et, cette offre ne me convenant pas, j'ai refusé. C'est seulement quinze ou vingt ans après que j'ai compris qu'en fait elle m'avait proposé de coucher avec elle. Elle était immensément belle avec des seins incroyablement fascinants. Mais même si j'avais compris son vœu alors, je n'y aurait pas donné suite. La drague pure et dure ne m'a jamais passionné. Je suis et reste un romantique attaché aux sentiments.

Pour la bourgeoisie d'hier comme d'aujourd'hui, le sexe représente le plaisir numéro un. Triste plaisir bien souvent, comme je l'expliquerais plus loin.

Le sexe est symbolisé par la femme jeune. A toutes sortes d'époques a été mis en vedette une catégorie de jeunes femmes soi-disant « faciles ».

Au XIXème siècle, il y eu les Manons, les Lorettes, les blanchisseuses, les bachelettes. Et plus tard les midinettes, les shampouineuses, les étudiantes, les infirmières, les sténodactylos, les hôtesses de l'air et les vedettes de cinéma.

D'une façon générale, toutes les catégories de femmes indépendantes financièrement ou travaillant loin de leurs famille et surtout père, mère, mari ou fiancé possible ont été assimilées à des espèces de putes gratuites.

Deux nationalités ont eu droit à ce traitement : les Suédoises et les Françaises.

D'une façon générale, les femmes ressemblant aux beautés des magazines ont subi le même sort, ont connu la même réputation.

J'en ai connu une, copie conforme de « la belle Américaine » genre vedette de cinéma. Sa beauté ne lui avait pas porté chance. Traitée comme un bifteck de luxe par quantité d'hommes, elle était triste. Et on la comprend.

Dans la population, un mythe sexuel contemporain est celui de la riche bourgeoise libertine. Prête à tout. Et de préférence prête à tout ce que vous avez envie.

Chez les bourgeois existe le mythe de l'artiste. Homme ou femme libre, et qui conséquemment doit baiser à tire-larigot.

Il existe certainement des spécimens répondant à ces définitions. Mais l'existence de groupes entiers de telles personnes relève du mythe.

Quand les riches bourgeois s'ennuient, ils vont chercher à bousculer les tabous.

Riches, on peut déjà s'offrir autant de prostituées de luxe qu'on veut. De « matériel » pour s'exprimer comme un fameux cavaleur.

Ensuite, il existe des lieux réputés pour « pratiquer ». Par exemple, les bordels de Macao ou la plage libertine d'Agde. Ou encore, un peu partout, les « clubs libertins », appelés aussi boites à touses, c'est-à-dire boites à partouzes. Et fréquentées par les tousards, c'est-à-dire les partouzeurs.

Le problème de toutes ces pratiques dite « libérées » est qu'elles dissimulent mal l'ennui profond de ceux et celles qui les choisissent.

Pour pallier à cet ennui, on fait alors appel à des drogues, déviances, au sadisme, à la participation de mineurs. Pour les « défaillances » sexuelles, il y a des stimulants chimiques : Viagra ou Cialis. Ces produits améliorent la performance mécanique : le membre masculin s'érige et durcit. Mais n'améliorent en aucune façon la sensibilité. Ce qui fait que le résultat est médiocre et inintéressant. Mais, fierté masculine et sens commercial des marques aidant, personne n'en parle. Cette précision concernant ces produits réputés est absente de tous les écrits à leur sujet.

La frigidité masculine est un sujet tabou. Car la reconnaître, c'est admettre que l'homme perd un des rares domaines où il prétendait encore, avec la jouissance automatique, être « supérieur » aux femmes. Certains hommes, pire encore, ont mal au moment de l'éjaculation. Il arrive aussi qu'ils doivent frotter leur membre jusqu'à l'irriter. Et aussi sont physiquement épuisés après l'acte.

Mais le mythe est là : l'homme jouit automatiquement. Quelle farce ! Un vrai secret de Polichinelle ! Un ami âgé me disait : « si les hommes jouissaient à chaque fois qu'ils font l'amour, ça se saurait. » Il reconnaissait bien la valeur jouissive le plus souvent réduite de l'éjaculation. Mais de ça, personne ne parle ou presque. Il faut maintenir intact le verbiage sur la jouissance automatique et maximale des étalons humains.

Certes, existe parfois, de ci, de là, des éjaculations qui font grimper l'intéressé aux rideaux. Mais elles sont rares, très rares. Et plus on les cherche moins on les trouve. Il s'agit d'un shoot endorphinien massif qui donne le sentiment de sortir de soi et peut aller jusqu'à la perte de connaissance momentanée. Je n'ai jamais trouvé de textes décrivant ce phénomène.

Ce rêve de jouissance extrême est poursuivi avec l'aide de drogues. On cherche aussi « l'amour », c'est-à-dire l'harmonie avec un tiers. Chose qu'on ne peut acheter, pas plus qu'on ne peut acheter une amitié sincère. Alors, les riches, noyés dans leurs thunes, continuent leur double quête impossible. Et s'ennuient. C'est la misère des riches. L'excès d'argent ne fait pas le bonheur.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 novembre 2013

mercredi 27 novembre 2013

176 Les « spécialistes »

J'ai regardé un débat où trois hommes affrontaient une femme. Les trois premiers vantaient la nécessité et le bien fondé de l'ignoble hausse prochaine de la TVA. En les écoutant couvrir fréquemment de leurs cris la voix de leur opposante à cette injustice, j'ai relevé leur argumentaire.

Il existe dans notre société bien huilée et harmonieuse un terrifiant phénomène cosmique qui traverse le ciel à la façon d'une comète. Accompagné de pétarades assourdissantes, d'éclairs aveuglants, d'odeur de soufre et de caoutchouc brûlé. Vous pensez que c'est le Diable, Belzébuth ou Lucifer en personne ? Vous n'y pensez pas ! Il s'agit d'un phénomène venu de nulle part, dévastateur et incompréhensible : « la crise ».

On ne sait pas ce que c'est. Pourquoi ça arrive. Mais, il n'y a rien à y faire. Il faut s'y plier. Ou, plus exactement, plier les pauvres à ses exigences régaliennes. Personne ne discute de cette chose étrange. C'est Dieu en personne ! A genoux manants ! Obéissez à la très sainte criiiiise !

Mais de qui se fout-on ? De nous, les petits, bien sûr !

Seule réponse aux exigences de ladite très sainte crise : il faut de l'argent ! Beaucoup d'argent, des milliards d'euros, sinon on va tous mourir ! Enfin, pas tous ! Les pauvres vont crever. Et les riches se goberger ! Mais, chut ! Arrêtez de faire du mauvais esprit !

Donc, l'argent, on ne peut le trouver qu'en un unique endroit : dans la poche des pauvres. Comment ? En réduisant les services publics dont ils bénéficient, on fait des économies. En fermant, par exemple, les services d'urgences des hôpitaux, les hôpitaux eux-mêmes, les maternités, comme celle de Marie Galante, ou d'ailleurs. Ou bien on peut racler de la thune et tondre le reste de laine des pauvres en créant de nouveaux impôts, réduisant les salaires et retraites, augmentant le temps de travail des fonctionnaires sans augmenter leurs salaires. Comme cela vient d'être décidé au Portugal, où de 35 heures hebdomadaires ils vont bientôt passer à 40.

Mais, bien sûr, si on pressure ainsi les pauvres, vous n'avez rien compris, c'est dans leur intérêt. Grâce à cela, les riches pourront créer des emplois. On pourra « sauver » notre système social !

Pour que les riches créent des emplois, il faut que les pauvres aient faim et froid. C'est la règle.

Car, si on fait payer les riches, ils vont s'en aller. Par exemple Vinci emmènera ses autoroutes, Moët et Chandon démontera ses vignobles et emportera ceux-ci ainsi que le ciel de Champagne et son climat en Chine, etc. Et en France, on n'aura plus que nos yeux pour pleurer !

Et les pauvres, ils sont in-di-gnés ! Par quoi ? Par les riches ? Que nenni, Messieurs-Dames. Ils sont indignés par « l'assistanat ». L'assistanat des actionnaires et milliardaires ? Non, celui des pauvres qui ne travaillent pas et touchent de maigres allocations.

Ces feignants doivent travailler gratuitement pour avoir droit aux allocations ! Ainsi, on pourra mettre au chômage de nouveaux chômeurs en les remplaçant par ces travailleurs gratuits qui ne coutent rien à leurs employeurs. Et sont payés avec l'argent des pauvres contribuables. Tiens ? Au fait ! Si on rétablissait l'esclavage ? Jonathan Swift a déjà formulé il y a des siècles la solution : il faut donner aux pauvres à manger les pauvres. Il plaisantait et faisait de l'humour noir en parlant des enfants affamés d'Irlande. Attendons qu'un théoricien nous fasse sérieusement cette proposition pour « sortir de la crise ». Ce sera toujours mieux d'entendre ça que d'être sourd !

Basile, philosophe naïf, Paris le 27 novembre 2013

175 Abolir la prostitution ?

J'ai la plus profonde horreur et le plus profond dégoût pour la guerre, l'alcoolisme et la prostitution.

Ce qui ne m'empêche pas, sans-doute contradictoirement aux yeux de certains, d'éprouver le plus profond respect pour les militaires, les viticulteurs, les cavistes, les œnologues et les prostitués.

A présent vient d'être lancé un faux débat en France pour ou contre « l'abolition » de la prostitution.

Faux débat au regard des arguments démagogiques brandis. On prétend liquider un fléau antique avec une loi et des clameurs approbatives.

Peut-on abolir la guerre ou l'alcoolisme ?

La guerre a déjà été mise « hors la loi ». On sait avec quelle efficacité, ou plutôt inefficacité.

La prohibition du fléau de l'alcool a été édictée aux États-Unis. On connait quel en fut le résultat déplorable. Et pourquoi on a fini par y renoncer.

A présent, on nous rejoue la même partition avec la prostitution. On prétend « l'abolir ». Abolissons, tant qu'on y est, l'avarice, l'égoïsme, l'indifférence. Si ! Si ! Vite « une loi » ! Croyez-vous que celle-ci règlera le problème ?

Comment ? Vous êtes contre une loi interdisant l'avarice, l'égoïsme et l'indifférence ?

Vous seriez donc pour ces fléaux ? Monstres que vous êtes !

Remarquons le caractère putophobe et sexiste des abolitionnistes :

A leurs yeux, les prostituées seraient toutes prostituées de force. Celles et ceux qui se prostituent et affirment le contraire et même s'organisent en syndicats n'auraient pas leur mot à dire.

Mais s'il est considéré comme un libre et honorable choix possible de vendre des armes, c'est-à-dire la mort, vendre ou plutôt louer son cul ne serait pas possible ? Et pour quelle raison les abolitionnistes font comme si seules des femmes se prostituent ? Il y a aussi des hommes qui se prostituent. Et qui ont des clientes. Pourquoi ainsi ignorer volontairement la réalité ?

Quelles sont les principales causes qui amènent des personnes à se prostituer ? La misère, l'exploitation, le chômage, la précarité, l'inflation, que notre cher gouvernement « abolitionniste » encourage à fond les manettes avec une masse de mesures antisociales horribles et catastrophiques

Alors, d'un côté il alimente la prostitution. De l'autre il fait des discours contre. Quelle hypocrisie !

La première mesure contre la prostitution est de donner à tous la possibilité d'accéder à des conditions de vie décente. La politique d'austérité s'y oppose. Le grand pourvoyeur de la prostitution, c'est le capitalisme. Nos gouvernants sont à son service. Et aujourd'hui, plutôt que renoncer à cette politique économique mortifère, pour faire les jolis ils nous ressortent le vieux débat pour ou contre la prostitution. Sans aller au fond des choses. Et en prenant la pose. En prétendant défendre les femmes, après avoir expulsé Leonarda Dibrani, sa mère et ses sœurs, qui sont des femmes. Et en général accentué la misère sociale qui frappe d'abord les femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 27 novembre 2013

mardi 26 novembre 2013

174 Est-ce que la prostitution libre existe ?

Ces temps derniers a été relancé en France le vieux débat sur l'interdiction ou l'autorisation de la prostitution. En gros, d'un côté les partisans de l'interdiction, condamnent l'activité comme celle de personnes humiliées, contraintes par la violence à une pratique dégradante. Les partisans de l'autorisation sont eux d'avis que tout le monde a le droit de vendre ses charmes, s'il en a envie. Que c'est une liberté et un service sain et positif rendu aux clients.

Un seul point fondamental du débat n'est pas soulevé : choisit-on librement de travailler ?

Affirmer que, librement, on choisi d'aller travailler à l'usine, au bureau, dans un restaurant ou un bordel est une grosse blague.

Personne ou presque n'est « libre de travailler ».

Si on ne travaille pas, à moins d'être riche, on n'a pas ou guère de ressources pour vivre.

Quand on entend certaines prostituées déclarer préférer se prostituer. Et gagner vite beaucoup d'argent. Plutôt que gagner peu en allant longuement travailler dans un bureau. Elles énoncent là leur choix entre deux esclavages.

Regardez les gens le matin dans le métro qui vont au boulot. Ou, le soir, qui en retournent fatigués. Et demandez-leurs s'ils s'en vont ainsi par plaisir et librement.

L'activité prostitutionnelle ou non serait libre, si à ceux et celles concernés était offert le choix de travailler. Ou ne pas travailler. Tout en étant à même en tous les cas de vivre confortablement.

On n'est pas libre d'aller travailler à l'usine. Et on n'est pas libre d'aller travailler au bordel.

D'ailleurs fait significatif : dans les années 1930 en France, on appelait un bordel en argot « une taule » et le patron du bordel « un taulier ». Aujourd'hui, un glissement sémantique a fait qu'une « taule » en argot désigne une entreprise dont le « taulier » est le patron.

Cette significative banalisation de ces mots d'argot en dit long sur la perception du travail et sa valorisation auprès d'une multitude de gens qui s'en vont tous les jours exercer un travail qui ne leur plaît pas. Dont la rémunération leur paraît insuffisante. Et qu'ils n'ont nullement choisi de faire.

Le jour où on pourra tous choisir de travailler ou pas. Et le travail qu'on souhaite effectuer. Si ce jour arrive. On pourra parler du choix libre pour certains de se prostituer. Sinon, de choix libre, on ne voit guère ici que celui du client qui paye. Et défend la liberté du travail de ses esclaves sexuels.

Quant à ceux qui vivent confortablement d'une autre activité. Et vantent la liberté de se prostituer. Qu'ils donnent donc l'exemple ! Et encourageront-ils aussi leurs conjoints, fils, filles, frères, sœurs, cousins, cousines, père, mère, grand père et grand mère à se prostituer ? J'en doute fort.

Certains métiers sont interdits, tels que la vente de la drogue. Faut-il interdire la prostitution ? C'est là un autre débat. Sans compter que les interdictions brillent ici le plus souvent par leur inefficacité. Et, avant de parler du statut à changer ou non de la prostitution, qu'on commence par liquider les réseaux financiers qui sont parfaitement connus. Et par où transitent vers des paradis fiscaux les flots d'argent générés par la prostitution, la vente de la drogue, le trafic d'armes, etc.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 novembre 2013

vendredi 22 novembre 2013

173 La journée de l'homme politique

L'immense masse de la population salariée se lève aux aurores. Jaillit de la tiédeur attachante de son lit dans le froid de la pièce pour courir se rendre au chagrin.

L'homme ou la femme politique se lève chaque jour à une heure humaine et raisonnable : vers huit ou neuf heures. Prend son petit déjeuner ou son café confortablement en épluchant avec intérêt la presse. Elle traite de sa vie professionnelle.

« Tiens ? Se dit-il, B a été promu ministre suite au dernier remaniement gouvernemental ? Ça tombe bien ! C'est un ami. Je vais lui téléphoner, ça favorisera ma carrière. Et W est nommé au Conseil d'État ? Mais qui c'est ce W ? Mais, bien sûr, c'est le cousin par alliance de X ! Quel malin, ce W, il démarre en beauté dans la politique. Voyons, mais c'est N à la page faits divers ! Il est poursuivi pour abus de biens sociaux ? Bien fait pour lui, il m'a toujours mis des bâtons dans les roues ! »

Et voilà démarré sa journée. Puis, l'homme ou la femme politique se rend à son travail. Vers dix heures il rejoint une mairie, le siège de son parti, sa permanence. Il retrouve des collègues et échange avec eux.

Puis, à midi, il va déjeuner. Un excellent repas en prenant son temps. Il n'est pas malheureux. Rien à voir avec une cantine d'entreprise. Là où il va, c'est un sympathique petit restaurant de quartier où tout le monde le connait. Il a ses habitudes et tutoie même le patron et certains habitués.

L'après-midi se passe vite. S'il n'a pas séance ou réunion, à dix-sept heures l'homme ou la femme politique est de retour à la maison : un appartement spacieux, acheté en toute propriété, ou un très vaste appartement obtenu en qualité de logement social.

La vie de l'homme ou la femme politique est paisible et agréable. Il peut être un homme ou une femme très sympathique. Défendre des idées et causes justes. Et y être sincèrement attaché. Le seul problème est que sa vie se déroule plus par rapport à la politique conçue comme une carrière professionnelle que comme un idéal. Ce qui facilite arrangements, compromissions.

J'ai connu un homme politique très sympathique. C'est seulement après bien des années que j'ai réalisé qu'en fait sa motivation n'était pas les idées qu'il défendait. Mais la vie confortable qu'il connaissait grâce à la politique. Il n'a jamais trahi personne. Mais il en faisait juste assez pour continuer à vivre son job. Et là est le problème. La politique ne devrait jamais être un métier.

Comme il paraissait bon, sensible et généreux, je lui ai parlé un jour du problème des SDF. Il m'a répondu : « ce n'est pas un problème facile à résoudre ». En fait, si ce problème ne lui paraissait pas facile à résoudre, c'est parce que pour lui son existence ne dérangeait pas sa vie, n'était en fait pas un problème pour lui.

Cet homme est mort depuis longtemps. Il y a à présent officiellement 150 000 SDF en France. Il serait facile de donner à chacun d'eux un minimum de quelques mètres carrés bien isolés du froid, comportant un chauffage, un lavabo, une douche, un lit, un placard, un téléphone, une plaque chauffante et des WC. Ce serait mieux que ces innombrables et misérables petites tentes où ces jours-ci les SDF grelottent en nombre dans les rues de Paris. Mais pour nos hommes et femmes politiques ce drame ne contrarie pas le cours de leurs activités professionnelles. Alors, ils ne cherchent pas à y remédier. Et c'est bien dommage. Car ce problème pourrait être réglé par eux en quelques semaines. A condition, bien sûr, de vouloir s'en occuper. Et s'en donner les moyens.

Basile, philosophe naïf, Paris le 22 novembre 2013

172 Protection des mineurs et chagrins d'amour

Il y a une vingtaine d'années, une amie, mère de deux jeunes enfants, évoquait devant moi des affaires récentes d'agressions pédophiles. « Tu te rends compte, me disait-elle, les agresseurs sont justement des personnes auxquelles on devrait faire confiance : prêtres, instituteurs, moniteurs ou directeurs de colonies de vacances. Comment faire alors pour protéger ses enfants ? »

Des millions de parents se trouvent confrontés à ce problème sans solution visible : ils voudraient naturellement mettre leurs enfants totalement à l'abri de toutes éventualités d'agressions sexuelles. Mais comment faire ? Trop mettre en garde les enfants peut les traumatiser. Les surprotéger n'est pas non plus la solution. Et, de toutes façons, tôt ou tard, on ne sera pas toujours là pour protéger ses enfants. Ils s'éloigneront forcément un jour pour vivre leur vie indépendamment.

La réponse à cette crainte, je pense l'avoir trouvé. Une personne qui est beaucoup câlinée sera infiniment moins affectée par une agression sexuelle subie qu'une autre en manque de câlins. En fait, pour protéger quelqu'un des conséquences néfastes d'agressions sexuelles possible, il faut la combler de contacts physiques sains et chaleureux. J'en parlais tout à l'heure avec mon médecin. Il était d'accord. Cette idée ne serait donc pas originale. Mais elle est insuffisamment propagée me semble-t-il. C'est pourquoi il est utile de la répéter ici.

Au nombre des conséquences dramatiques de l'amour contrarié on trouve les « chagrins d'amours ». Il est largement temps de cesser de traiter ceux-ci comme des histoires individuelles relevant du romantisme ou de la poésie. Il s'agit d'un fléau social de très grande envergure. Il amène de terribles souffrances pour des dizaines de millions de personnes chaque année dans le monde et des dizaines de milliers de suicides ou tentatives de suicides. C'est donc un phénomène très grave et à prendre au sérieux.

Dans les services psychiatriques des hôpitaux aboutissent une petite partie des victimes. Traitées par la parole et avec des médicaments qui sont en fait des drogues, on s'efforce de les guérir. Le mal n'est pas traité en tant que « chagrins d'amour », mais qualifiés par ses conséquences : dépressions, tentatives de suicides.

Qu'est-ce objectivement qu'un « chagrin d'amour » ? C'est l'effet d'une violence morale ressentie suite à une contrariété. Il s'agit donc d'un acte de violence invisible. Un coup porté moralement et pas avec une arme ou un poing. Là aussi, la réponse paraît être le renforcement des victimes potentielles par les câlins. Car il s'agit d'une forme particulière de violence sexuelle, différente du viol, mais violence sexuelle quand même.

Pour prévenir les conséquences de violences sexuelles, physiques ou sentimentales, il faut dès l'enfance et tout au cours de leur vie généreusement câliner les personnes menacées.

Il est facile de remarquer que nous ne sommes pas à égalité face aux menaces de souffrances amoureuses. Celui ou celle qui a manqué de câlins réagit infiniment plus à un désappointement amoureux que celui ou celle qui a été comblé de câlins. Je me souviens avoir rencontré une personne tellement bien immunisée contre la souffrance amoureuse causée par une déception, qu'elle n'arrivait pas à comprendre de quoi il s'agissait exactement. Et, un jour, dans le bus à Paris, j'ai surpris une conversation entre deux jeunes femmes. L'une d'elle, surprise et désappointée rapportait qu'ayant repoussé un soupirant, celui-ci avait acquiescé et pas insisté, ni paru chagrin : « tu te rends compte ? disait-elle, et après ? Rien ! » Je pense pour ma part que ce jeune homme avait beaucoup de chances comparé à ceux qui souffrent de chagrins d'amour durant des années !

Basile, philosophe naïf, Paris le 22 novembre 2013