lundi 27 novembre 2017

873 Conséquences de la non reconnaissance du travail féminin

Quelles sont les conséquences de la non reconnaissance par les hommes du travail gestationnel, maternel et domestique des femmes ? Elle tend à ransformer les femmes en ventre calculateur et sexe mendiant... Car leur désir d'enfanter se heurte à la violence du refus masculin de reconnaître, très bien rémunérer et donner une retraite en or massif aux femmes pour ce travail essentiel.

Quand une femme envisage une relation privilégiée dite « d'amour », « conjugale », « de mariage » avec un homme, elle est bien forcée de se demander si l'homme assumera sa tâche d'époux et père. L'avenir et la sécurité des futurs enfants en dépend. On ne saurait reprocher à la future mère possible de mesurer précisément les conséquences de son choix sur le sort de sa future progéniture.

Les rêveurs et les poètes, les amoureux de la fantaisie seront exclus d'office. De plus, la potentielle future mère va s'inquiéter de l'horloge biologique qui lui assigne un délai au delà duquel elle ne pourra plus enfanter. On est ici très loin du romantisme.

Une mère un jour m'exprimait sa satisfaction d'avoir eu un enfant avec un homme violent et macho dont elle a du par la suite se débarrasser en le mettant dehors et divorçant. Le fait qu'il était violent et macho et qu'elle ait du l'éliminer de sa vie était pour elle secondaire. L'essentiel était d'avoir réussi à devenir mère.

Une amie qui me disait vivre un parfait amour avec un homme me disait un jour l'avoir quitté. Motif : il ne savait pas tenir un budget. « Mais tu me disais être amoureuse de lui, » lui ai-je fait remarquer. « Tu sais, on dit ça... » m'a-t-elle répondu. Son projet était d'avoir des enfants. Par la suite elle a réalisé son plan avec un autre homme. Ce ne sont pas là des histoires d'amour entre amoureux, mais des histoires de ventre. C'est très peu romantique.

La non reconnaissance et non rémunération du travail gestationnel, maternel et domestique conduit quantité de femmes à dépendre matériellement de l'autre sexe, de leur compagnon. Le sexe féminin devient alors le sexe mendiant.

Je disais un jour à une sympathique jeune fille : « mais si tu es amoureuse d'un jeune homme qui n'a pas d'argent, qui est pauvre et va le rester, tu le quitte ? » Elle a hésité un instant pour me répondre et puis m'a dit oui.

Pour nombre de femmes l'amour c'est important et agréable, mais c'est juste un plus. L'essentiel est ailleurs. Peut-on leur reprocher leur matérialisme intéressé ? Non, c'est aux hommes qui les mettent dans une situation de dépendance matérielle qu'on peut reprocher de créer cette situation.

Certes, de nos jours bien des femmes travaillent aussi à l'extérieur de leur foyer et gagnent de l'argent. Mais le poids des traditions reste bien présent. On ne se débarrasse pas en un siècle ou deux de l'empreinte de phénomènes qui duraient depuis de très nombreux milliers d'années.

Encore de nos jours si une femme reste à la maison s'occuper de son foyer et de ses enfants et ne gagne pas d'argent à l'extérieur, ça ne choque personne. En revanche si un homme est « entretenu » par une femme, c'est très mal vu. C'est « un gigolo ».

Pour justifier la recherche d'un compagnon qui a de l'argent, les femmes intéressées avancent pour motif qu'elles ne veulent pas avoir « un mari qu'elles devront entretenir ». L'argent ne les intéresse pas, ce serait juste une question morale.

Basile, philosophe naïf, Paris le 27 novembre 2017

dimanche 26 novembre 2017

872 La première des violences faite aux femmes

La première des violences faite aux femmes c'est de refuser de reconnaître leur travail gestationnel, maternel et domestique et ne pas le rémunérer. Toutes les autres violences viennent de là. Si les femmes disposaient des moyens matériels correspondant à la juste rémunération de leur travail elles auraient tôt fait de renforcer, développer ou créer les services de protection dont elles ont besoin. La prostitution fruit de la misère sociale des femmes disparaîtrait ainsi que la prostitution iconographique représentée par la pornographie. Si tant de femmes acceptent de servir la pornographie c'est parce qu'elles souffrent du manque de moyens matériels.

Une femme qui prête son ventre pour une gestation pour autrui est rémunérée. Une femme qui attend son enfant ne reçoit rien comme rémunération correspondant à ce travail. Une assistante maternelle qui élève les enfants des autres est payée. Une mère qui élève ses enfants c'est... du bénévolat. Une femme qui fait le ménage chez les autres est payée. Une mère de famille qui range la maison familiale, prépare à manger, fait les courses, gère le budget de la famille ne reçoit rien pour son travail.

Quand le travail gestationnel, maternel et domestique n'est pas payé, c'est parfois la misère, qui fait souffrir la mère et ses enfants.

A la non reconnaissance du travail gestationnel, maternel et domestique, à sa non rémunération, à l'absence de retraite correspondante, s'ajoute une autre injustice. Le non accès à la qualification professionnelle ou sa non reconnaissance s'agissant du travail effectué par la femme en dehors de la maison. Un des aspects de la non reconnaissance de la compétence professionnelle des femmes est le fameux « plafond de verre ». Il interdit l'accès des femmes aux postes importants de responsabilités professionnelles.

La première des violences faites aux femmes est-elle reconnue par les politiques ? Non, ils font de beaux discours pour dénoncer la violence physique directe faite aux femmes mais pas celle-là. Sont-ils inconscients, indifférents, cyniques ? On peut hélas se poser la question.

Les discours c'est très joli. Mais les actes consistant à donner deux semaines à tous les employeurs pour mettre à niveau les rémunérations des femmes avec celles des hommes pour un travail et une qualification correspondantes, sous peine d'une terrible amende... C'est pour quand ? Pour la saint Glinglin,.

Quant à la reconnaissance et la rémunération du travail gestationnel, maternel et domestique des femmes et le droit à la très généreuse retraite correspondante, on n'en parle même pas. Les politiciens qui parlent de la défense des femmes et ne parlent pas de ça passent à côté de l'essentiel.

C'est vrai, les hommes ont des problèmes. Quand ils arrivent à l'âge de treize ans environ, ils découvrent la masturbation masculine adulte, c'est-à-dire comportant l'éjaculation. Ça deviendra leur principale activité. Ils vont se masturber des milliers voire des dizaine de milliers de fois au cours de leur vie adulte. Et n'en parleront jamais. Ils vont chercher aussi à se masturber dans des orifices naturels qui pourront être féminins. La sexualité des hommes réglée ainsi sera harceleuse et frénétique. Ils deviendront des emmerdeurs. Et comme ils refuseront de reconnaître le travail gestationnel, maternel et domestique des femmes, ils chercheront à leur faire connaître l'esclavage domestique. Ce sera leur arme pour imposer aux femmes de leur servir de branloirs. Reconnaître, rémunérer et accorder une retraite s'agissant du travail gestationnel, maternel et domestique des femmes, voilà le premier pas pour anéantir les violences faites aux femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris, le 26 novembre 2017




mardi 21 novembre 2017

871 Un argument démagogique classique

Quand une théorie scientifique paraît minoritaire, nouvelle, hérétique, vient l'argument massue pour éliminer toutes discussions : « la majorité des scientifiques pensent autrement. » Quel bel argument ! Il fut un temps où la majorité des savants croyaient la terre plate. Ou bien étaient persuadés que la terre était au centre de l'univers et le soleil tournait autour.

Alors, on vote pour savoir si la terre est plate ? Les scientifiques vont décider. C'est à la majorité simple ou à celle des deux tiers ?

Quand en 1983 je demandais son avis à un vulgarisateur du palais de la Découverte sur une théorie de l'univers que j'avais imaginé, sa réponse fut en particulier : « les scientifiques ne se posent pas comme ça la question. » Comme ce sont « les scientifiques », l'autorité a parlé. Il ne reste plus qu'à se taire et s'incliner, oublier ses idées et renoncer à en discuter. Ce jour-là ce fut le prestige des scientifiques qui s'est considérablement réduit en moi.

Dans les années 1980 je suis tombé sur un livre où toute la première partie prenait la défense d'un médicament, l'allergine, extrait du bacille de Koch par un médecin français en 1903. La seconde partie du livre était consacrée à la polémique opposant les partisans des conclusions théoriques de deux scientifiques français : Antoine Béchamp et Louis Pasteur.

La première partie retint mon attention. Et comme il était dit que l'allergine avait été très injustement retiré de la vente en 1958, l'envie me vint d'en parler à des médecins ou des pharmaciens. Sans prétendre donner un avis sur l 'efficacité de ce remède, inciter à s'y intéresser.

Et si cette allergine permettait de soigner des pathologies nouvellement apparues depuis 1958, comme le SIDA ? J'en parlais autour de moi ; On me rit au nez. Pensez ! Un artiste peintre diplômé des Beaux-Arts qui se mêlent de parler de science médicale ! Je passais plusieurs années à me faire ainsi à chaque fois rembarrer. Finalement, il y a vingt ans je me retrouvais inquiet pour une amie pour laquelle on avait prescrit de l'haloperidol. Ce puissant neuroleptique avait servit de camisole de force chimique et de moyen de nuire à des opposants soviétiques. Inquiet, je voulus me renseigner. C'est ainsi que je débarquais à la bibliothèque située dans la faculté de pharmacie près du jardin du Luxembourg à Paris. J'allais me documenter sur l'haloperidol. Mais, pour le coup, je me dis : « je ne suis pas scientifique, je n'y connais rien, mais les scientifiques que je rencontre refusent de s'intéresser à l'allergine. Alors je vais faire ma recherche quand même, même si je suis ignorant. »

Et c'est ainsi que, outre mon information prise sur l'haloperidol, je fis une recherche sur l'allergine. Un ouvrage datant de 1937 écrit par André Jousset son créateur me mit sur deux pistes supplémentaires. Je revins de la faculté de pharmacie avec les photocopies de deux articles et d'une fraction du livre. Avec ces documents je croyais pouvoir intéresser des scientifiques. Pensez ! Ces documents furent accueillis comme des curiosités historiques.

J'en parlais un jour à un chercheur qui me dit que je n'avais aucune chance de me faire entendre. Je n'ai pas abandonné mon idée d'intéresser des scientifiques à l'allergine. Ce médicament tellement bien oublié qu'il existe à présent une spécialité pharmaceutique homonyme qui n'a rien à voir. Dernière étape à ce jour de mon parcours promotionnel de l'allergine : un article bien documenté consacré à André Jousset et parlant bien sûr de sa création, l'allergine, il paraît aujourd'hui dans Wikipédia . S'il attire l'intérêt de chercheurs en médecine pour l'allergine, ce sera enfin la réussite de ce but que je poursuis depuis plus de trente ans. Car un médicament extrait du bacille de Koch tel que l'allergine ne peut pas il me semble être une chose anodine et négligeable.

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 novembre 2017

samedi 4 novembre 2017

870 La Révolution des écureuils joyeux

Hier je devais sortir tôt de mon domicile parisien. J'avais des démarches administratives à faire. C'était l'heure où les parents qui travaillent emmènent leur progéniture à la crèche, chez la nourrice, à l'école ou au centre aéré. J'ai croisé deux sympathiques jeunes papas qui paraissaient tout joyeux d'escorter ainsi leur bambin de deux ou trois ans. L'un des deux papas chantait même des chansons.

J'ai croisé également une mère de famille qui s'en allait accompagnant une fille d'environ huit ans et un garçon d'environ dix ans. Cette mère paraissait très fatiguée.

Plus loin, passant sous un échafaudage installé pour ravaler un immeuble de mon quartier, j'ai avisé un petit tas de gravas qui avait été rassemblé et attendait d'être enlevé. Je me suis dit : « balayer et ramasser ces détritus, c'est un travail reconnu et rémunéré. En revanche, mettre au monde et élever ces deux grands enfants n'est ni reconnu comme travail, ni rémunéré, ni ne donne droit à la très généreuse retraite correspondante. »

On parle beaucoup ces dernières années de la gestation pour autrui, en abrégé GPA. La gestation pour autrui est payée. Pas la gestation pour soi des enfants qu'on va élever. Pourquoi ? L'effort est différent ?

Ma mère a eu six enfants dont quatre qui ont vécu et qu'elle a élevé. Elle méritait une retraite en or massif pour ce qu'elle a ainsi fait pour toute la société. Elle n'a rien reçu de tel. Quand l'autre jour j'en parlais à une dame que je connais, elle s'est exclamé : « ma mère a eu dix enfants ! » Les femmes auxquelles je parle de cette injustice m'approuvent toutes.

Hier trois novembre, certains journaux titraient : « aujourd'hui à partir de 11 heures 44 les femmes qui travaillent le font bénévolement. » Il s'agit ici de l'écart entre les salaires masculins et féminins qui existe en France pour le même travail. Il revient à ce qu'à partir du 3 novembre à 11 heures 44 jusqu'au 31 décembre au soir les femmes ne sont plus payées pour leur travail effectué.

Mais le travail domestique et maternel ? Est-il reconnu, payé, donne-t-il droit à une retraite confortable et méritée ? Non. Les journaux en parlent-ils ? Pas plus.

Une dame que je connais a du faire durant des années des ménages en plus de son travail de bureau pour assurer le bien-être de sa famille. Elle a lu plusieurs de mes textes récents écrits à propos de la condition féminine. Et m'a dit tout à l'heure être tout à fait d'accord avec moi. Elle va donner mes textes à lire à un de ses fils.

Cette dame m'a dit qu'il faudrait une révolution pour que changent les relations homme-femme. Mais que cette révolution « on ne la verra pas ». Et pourquoi donc ? Elle doit se faire aujourd'hui et tout de suite avec un résultat significatif maintenant. Cela dépend de nous et d'abord des hommes. Ceux qui ont compris que la sexualité phallocratique et consumériste dominante n'apporte que peu d'agrément, beaucoup d'ennuis et un Niagara d'illusions peuvent s'ils le veulent y renoncer. Reconnaître le travail domestique et maternel des femmes. Et proclamer leurs choix. Comment appellerons-nous ces nouveaux hommes ? Je propose de les appeler des écureuils joyeux. Pourquoi des écureuils joyeux? Parce qu'il faut bien un nom et qu'un écureuil joyeux c'est très gracieux et joli. Cette révolution sera donc appelée : « la Révolution des écureuils joyeux. » Bien sûr, il y aura aussi un effet noisette, qui fera que par intérêts certains pourront pervertir le mot écureuil ou prétendre en être un sans l'être. Mais il nous faut des outils de langage pour avancer. Et s'ils sont utilisés à contre-sens, c'est à nous d'être capable d'identifier la situation et ne pas nous faire prendre et abuser.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 novembre 2017

lundi 30 octobre 2017

869 Le logiciel de la peur

Il existe un canal sortant de Paris pour aller vers la province. Il s'appelle le canal de l'Ourcq. Le long de celui-ci court un joli chemin de halage où on peut se promener à pied ou à bicyclette. Il y a une trentaine d'années, j'étais en banlieue de Paris et contemplais le chemin de halage de ce canal. Il était dix-neuf heures, le lieu était absolument désert. J'étais avec une amie. Quand j'ai remarqué qu'elle regardait le chemin avec un regard bizarre. Je lui ai demandé le motif de son regard. Elle m'a répondu : « je me disais que si j'étais seule, je ne pourrais pas me promener dans cet endroit à cette heure. »

Hier, une charmante sexagénaire parisienne me disait, parlant de la condition féminine : « tu sais, je fais des insomnies. J'aurais bien aimé quand ça m'arrive de sortir la nuit faire une ou deux fois le tour du pâté d'immeubles. Ça me ferait du bien. Mais je ne peux pas le faire parce que je suis une femme. »

Il y a quelques années je sortais du métro, dans le quatorzième arrondissement de Paris. Il était minuit et demi. Au même moment, me précédant de quelques mètres sort du métro une très jolie fille. Voilà qu'elle emprunte la même rue, large et déserte, que je prends pour rentrer chez moi. Je peux donc lui donner l'impression que je la suit. Je me rends compte, à sa façon de réagir qu'elle a peur de moi. Manque de chance pour elle, elle tourne dans une petite rue où moi aussi je m'engage. Comme elle s'arrête devant le portail d'un immeuble, au moment de la dépasser, je ressens le besoin de la rassurer. Comme je passe près d'elle, je m'arrête un très bref instant pour lui dire : « je ne vous suit pas, je vais deux rues plus loin à gauche, c'est là où j'habite. »

L'année dernière j'allais en métro jusqu'au terminus de Saint-Denis de la ligne 13. J’étais avec une très jolie fille. Il y avait foule et nous n'étions pas assis l'un près de l'autre. À un moment je vois un homme d'une trentaine d'années dire quelques mots à cette jeune fille. Elle lui répond. L'échange se termine vite. Arrive le terminus de la ligne. J'ai déjà oublié ce qui s'est passé. Je veux descendre de la rame, quand la jeune fille me dit : « attends avant de descendre. Tu n'as pas vu l'homme qui m'a parlé. Il n'a pas arrêté de me regarder. Attendons qu'il s'éloigne. » C'est ce que nous avons fait.

C'est ainsi que ça se passe au quotidien à Paris et dans toutes les grandes villes du monde et pas seulement. Les femmes et les jeunes filles sont obligées d'intégrer en permanence dans leur conduite un logiciel de la peur. Ce logiciel va par exemple leur interdire de sortir seule dans la rue entre minuit et demi et quatre heures et demi du matin. L'interdit n'est pas formulé officiellement. Mais si elles osent le transgresser, c'est à leurs risques et périls. On n'en parle jamais. En tous cas les hommes n'en parlent jamais. Certaines associations féministes organisent des fois des marches féminines de nuit pour « reprendre la rue ». C'est tout ce que j'ai vu jusqu'à présent comme dénonciation publique de cette quarantaine scandaleuse.

Les femmes en suivant leur logiciel de la peur évitent la plupart des agressions qui arriveraient venant d'inconnus dans des lieux publics. Restent malheureusement les agressions commises dans un cadre privé et par des membres de leur entourage. Le commentaire fréquemment entendu devant cette situation est que la rue, ce n'est pas si dangereux. La preuve, la plupart des agressions sont commises par des membres de l'entourage connu des victimes. En fait le danger, la menace est partout, voilà la vérité. Et les hommes font comme si ça n'existait pas. On dirait que le monde des hommes et celui des femmes sont comme deux mondes différents qui ne se connaissent pas et ne se fréquentent pas. Ceux qui devraient se préoccuper du sort dramatique des femmes et qui parlent souvent de la « sécurité » ne parlent jamais par exemple du couvre-feu féminin qui leur interdit de sortir seules la nuit dans Paris.

La coupure entre le monde masculin et le monde féminin est colossale. J'ai déjà eu le sentiment de voir ainsi coexister deux mondes qui ne se connaissent pas et ne se fréquentent pas. C'était il y a des années. J'ai eu alors l'occasion d'accompagner un vétérinaire dans ses visites dans des fermes d'élevages bovins, ovins ou caprins. Le contact direct avec le monde paysan m'a donné le sentiment qu'il existe en France et probablement aussi ailleurs deux mondes parfaitement différents. Et ne se comprenant pas réciproquement : le monde agricole et le monde citadin.

Aujourd'hui je fais une constatation similaire de mur d'incompréhension entre deux mondes théoriquement proches : les hommes et les femmes. Par delà les apparences éventuelles, ces deux mondes ne se connaissent pas. Et cette situation rend globalement le monde incompréhensible à ceux qui cherchent à le comprendre.

Prenons un exemple : la sexualité. Quelle est la première activité sexuelle chez les humains ? La masturbation masculine adulte, c'est-à-dire comprenant l'éjaculation. Les hommes en parlent-ils entre eux ? Jamais ! En parlent-ils avec les femmes ? Encore moins. Comment cette activité est-elle traitée dans les livres et journaux ? Par des affabulations risibles. Pour commencer il est affirmé un peu partout que l'éjaculation est synonyme de jouissance, d'orgasme. C'est une affabulation. La plupart du temps l'homme concerné ne ressent pas grand chose. Comme me disait un ami parlant de cette soi-disant jouissance automatique accompagnant l'éjaculation : « si c'était vrai, ça se saurait ».

Beaucoup d'hommes et de femmes croient que l'érection exprime un désir de coït, alors que ce n'est pas le cas la plupart du temps.

Le sommet du comique dans les propos tenus sur la sexualité humaine est atteint par ce commentaire fréquemment rencontré : « la masturbation est utile pour connaître son corps ». Sachant qu'en trente ans un homme pourra se masturber plusieurs milliers de fois, il s'agit très certainement d'une connaissance encyclopédique !

La discrétion des hommes s'agissant de leur principale activité sexuelle est trahie par le chiffre d'affaires colossal et à l'échelle mondiale de la pornographie. Elle est loin l'époque des rares cartes postales cochonnes vendues discrètement sous le manteau sur les grands boulevards parisiens ! Aujourd'hui, confortablement installé devant votre ordinateur vous avez le choix de presque tous les fantasmes possibles et imaginables. De très nombreux hommes se gavent de pornographie. Qu'en pensent les dames ? Je serais tenté de penser que ce déluge d'images ne les met pas à l'aise.

Dans le domaine de la sexualité, notre société est globalement malade, refuse de le voir et se soigner. Le premier pas pour résoudre le problème passe par le respect des femmes. Or de quel respect peut-on parler tant que le travail domestique et maternel des femmes n'est ni reconnu, ni rémunéré et ne donne pas droit à une très confortable retraite ?

Obligée de tenir la maison et s'occuper de ses enfants sans être reconnue comme travaillant ni être rémunérée et avoir droit à une retraite pour son labeur, la situation de la femme relève de l'esclavage. Car le travail imposé et non reconnu ni rémunéré s'appelle l'esclavage. Comment pourrait-on espérer être respecté et traité correctement quand on connaît une situation d'esclave ?

On peut parler tant qu'on veut d'éducation à faire, de progrès moraux à accomplir pour que la femme n'ait plus à avoir peur de l'homme. Mais ça commence par la pleine et entière reconnaissance du très précieux travail domestique et maternel féminin et l'accès à la très confortable retraite correspondante. Ne pas le reconnaître réduit tous les discours tenus sans cela à n'être que des bavardages de personnes qui s'écoutent parler. Et ne cherchent nullement à résoudre le premier, le plus grand et le plus ancien problème de la société : celui de la condition des femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 octobre 2017

dimanche 29 octobre 2017

868 Point de vue d'un homme

Un publiciste français témoignait, je crois vers 1900, d'une ironie désabusée. Parlant des rendez-vous sexuels réguliers qu'il avait avec sa maîtresse, il écrivait : « le meilleur moment, c'est quand on monte l'escalier. » Environ 120 ans plus tard rien n'a changé. La soi-disant jouissance automatique, régulière et extrême des hommes au lit relève toujours du pure fantasme et de la mystification pure et simple. La plupart du temps les hommes, même s'ils parviennent, pas toujours facilement, à éjaculer dans un orifice naturel, sont parfaitement frigides. Nous faire croire que la visible excitation génitale, l'érection, suivie de l'émission de divers liquides organiques correspond à une immense jouissance masculine participe de la fable de la supériorité de l'homme sur la femme. Si vous coupez le son en visualisant une quelconque vidéo pornographique sur Internet et observez attentivement la physionomie des hommes comme des femmes impliquées, vous constaterez très aisément une chose. Que ces personnes s'emmerdent et ne jouissent pas de la manipulation effective de leur plomberie sexuelle. Ce qui est désolant, c'est de penser que nombre de jeunes gens et jeunes filles croient s'instruire dans le domaine sexuel en visualisant ces âneries à caractère commercial.

Tout à l'heure un ami disait devant moi : « seul l'homme fait l'amour pour son plaisir. Les autres animaux cherchent juste à se reproduire. » Qu'en savons-nous exactement ? Avons-nous interviewé le rat, le lapin, le bigorneau, sur leur vie sexuelle ? Avons-nous vu le lion se préparant à l'accouplement se dire : « bon, à présent, je vais m'accoupler, mais ce ne sera pas pour le plaisir, mais exclusivement en vue de me reproduire » ? Nous n'en savons rien de ce que pensent et ressentent les autres animaux s'agissant de leurs accouplements.

Quand on parle de sexualité humaine on parle le plus souvent des relations homme-femme. Mais ces relations existent-elles toujours quand accouplement il y a ? La mésentente est fréquente. Souvent la relation est conflictuelle et chacun utilise les armes dont il dispose. La violence est masculine. Le mensonge est féminin. Telle est la tendance, l'homme étant en moyenne plus fort physiquement, la ruse, le mensonge et la manipulation sont les armes les plus efficaces que peut lui opposer une femme. Ce qui ne signifie pas, bien évidemment, qu'il n'existe pas aussi des femmes violentes physiquement et des hommes hypocrites et menteurs.

Quand j'évoque l'injustice fondamentale que représente la non reconnaissance et la non rémunération du travail domestique et maternel des femmes, et l'absence de retraite correspondante, j'entends tout de suite : « mais où va-t-on prendre l'argent ? » Il s'agit d'une réforme fondamentale de la société pour en finir avec la principale injustice et source de conflits et de violences. Il faut donc y parvenir. Et commencer déjà à en parler. Ceux qui nous proposent des améliorations de notre société, à ma connaissance n'en parlent jamais. C'est à souligner.

Les femmes n'en parlent pas beaucoup. Tout au moins pour ce qui me concerne je n'ai jamais entendu l'une d'entre elles spontanément m'en parler sans que je lui en ai parlé juste avant. Il faut dire que le problème est immense, très ancien. Et aussi que les femmes sont généralement plus conciliantes et pacifiques que les hommes. Il sera néanmoins nécessaire un jour d'ouvrir en grand le débat. Le plus tôt sera le mieux.

Améliorer le monde est possible. Le rendre enfin humain l'est aussi. Il faut trouver les voies et les moyens pour y arriver. Très probablement il faudra inventer des solutions nouvelles. Car celles proposées jusqu'à présent n'ont pas réussi. Le monde est globalement toujours aussi barbare dans son ensemble qu'il l'était il y a des milliers d'années. C'est pourquoi, que ce soit de la politique ou de la diplomatie, je doute sérieusement qu'elles nous apportent un jour ce dont nous avons tous besoin : la paix et l'harmonie du monde, et donc d'abord entre les hommes et les femmes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 octobre 2017

jeudi 26 octobre 2017

867 Qu'est-ce qu'« aimer son prochain » ?

Pourquoi vivons-nous ? A cette question je répondrai : « nous vivons pour aimer. » Aimer la peinture, la musique, la chanson, la poésie, la bonne cuisine, la mer, les chats, les gens, la paix, la tranquillité, les belles choses...

Qu'est-ce qu'« aimer son prochain » ? Je donnerai trois exemples :

Un homme politique très connu : je le trouve sincère, sensible, intelligent, sympathique... Et déteste sa politique. Je ne confonds pas les deux dans mon exécration : mon prochain et ce qu'il fait en suivant ses détestables convictions. J'aime mon prochain et réprouve son action. L'un n'empêche pas l'autre.

Deuxième exemple, un criminel affreux : je n'approuve ni n'excuse ses actes, ni ne m'oppose à ce qu'on l'empêche d'agir et nuire. Mais reconnais que si affreux soit-il, un homme a toujours tout au fond de lui au moins une très petite étincelle d'humanité qui doit être reconnue et respectée.

Troisième exemple : faire le bien autour de soi dans la mesure du possible, sans oublier ses devoirs envers soi-même. Nous ne sommes pas là pour nous donner à dévorer par les autres.

Toujours essayer de faire le bien et ne pas faire le mal, c'est la théorie simple à énoncer. Après vient la pratique dans toute la complexité de la vie.

Ceux qui ne savent pas aimer, souvent ne pense qu'à accumuler. Plus leur tas d'or est grand, plus ils croient grande leur réussite. Alors que celui-ci concrétise leur plus complet échec.

Je ne possède pas grand chose de matériel, mais j'ai l'essentiel : tout l'amour que je parviens à donner et à recevoir, échanger et partager. Quand on connaît la valeur de l'amour, il est inutile qu'on vous l'explique. Quand on ignore la valeur de l'amour, il n'y a rien non plus à essayer de vous expliquer.

Aimer quelqu'un peut consister à passer un après-midi entier à jouer aux échecs avec lui.

Aimer c'est agir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 octobre 2017