mardi 25 février 2014

232 La chambre des bons sentiments

Quand deux personnes se rencontrent et que nait progressivement une inclination entre elles, c'est comme si elles ouvraient une pièce annexe à leur relation. Et leur échange amène cette pièce à recevoir un stock de bons sentiments réciproques augmentant petit à petit. Si l'échange s'interrompt, la pièce commence à se vider par manque d'enrichissement, de renouvellement. Et finalement arrive à se vider complétement. La relation alors s'arrête. Et laisse place au désarroi, à la peur, la tristesse, l'incompréhension et même l'hostilité. 
 
C'est ce que j'ai connu avec une amie. Appelons-là ici Louisa. Au départ, rencontre, puis rapprochement, nous avons des points communs, des sujets d'intérêts communs, des vécus communs. On se raconte nos vies.

Puis, au bout d'un certain nombre de mois, le rapprochement conduit à la tendresse physique. Or là, à notre insu se passe quelque chose.

Nous croyons réciproquement avoir enfin, contre pratiquement toutes attentes, rencontré notre « moitié d'orange ». L'entourage applaudit.

Tout se passe bien durant deux ans. Puis tout se dégrade et fini par se casser la figure en un peu plus de deux autres années. Que s'est-il donc passé ? J'ai mis un peu plus d'une année à finir par le comprendre.

Au départ, il y avait un échange entre elle et moi. Et nous remplissions notre chambre de bons sentiments. Quand nous avons décidés que nous avions rencontré chacun notre « moitié d'orange », nous en avons déduit un certain nombre de décisions pratiques :

Si nous étions « ensemble », vivre ensemble, être le plus souvent possible ensemble, l'annoncer à l'entourage, faire l'amour... seulement voilà, il s'agissait en fait ici de se plier à la pensée unique régnante. Au lieu de continuer à suivre simplement nos envies, nos sentiments, ce qui aurait pu conduire à ça comme à autre chose, nous avons suivi la réglementation générale. Avec la meilleure volonté du monde nous ne suivions plus la réalité unique de nos sentiments, mais ce dans quoi la société cherche à les enfermer.

Et, à notre insu, l'échange s'est arrêté. Nous avons commencé à vider la chambre aux bons sentiments. Car celle-ci ne connaissait plus de renouvellement, d'enrichissement du stock. Et, finalement, elle s'est retrouvée vide au bout d'environ deux ans. Louisa l'a réalisé et a dit que notre séparation était visiblement à l'ordre du jour. J'en ai été attristé, choqué, ne réalisait absolument pas quelle était exactement la situation et ai insisté dans le sens contraire à la séparation.

A partir de là, tout s'est vivement dégradé. Et est devenu pénible. Parce qu'en fait, le jour où nous avons cru nous mettre « ensemble » nous avons, avec la meilleure volonté du monde, stoppé la relation réelle, pour un faux, un semblant artificiel de relation.

Ce processus de dégradation de la relation avec une personne proche est probablement très répandu. Il existe certainement la possibilité de l'éviter, à partir du moment où on a conscience de la menace possible qu'il représente.

Basile, philosophe naïf, Paris le 25 février 2014

lundi 24 février 2014

231 Pourquoi les femmes violées ressentent-elles fréquemment de la culpabilité ?

En temps normal, la boulimie sexuelle d'origine culturelle régnant chez la plupart des hommes, les amène à exercer en permanence une terrible pression sur les femmes. Résistants à celle-ci, mais habituées à la subir, les femmes finissent par trouver cette pression normale, inévitable. Même si elle est souvent irritante et insupportable. 

Si cette pression laisse place à la violence directe, au viol, la victime femme a l'impression qu'avec cette pression normale, allant de soi, elle n'a pas su composer. Éviter la violence qu'elle aurait du savoir éviter. C'est un raisonnement totalement faux, absurde et culpabilisateur. Mais il est très courant. Le sentiment de culpabilité fréquent chez les femmes victimes de viol en découle très largement.

Pour y échapper, il faut remonter à la source. Non, la boulimie sexuelle masculine n'est ni normale, ni inévitable, ni justifiée. Aucune fatalité ne condamne les hommes à être absolument grossiers et stupides avec les femmes. Je sais de quoi je parle. J'ai été moi aussi rendu grossier et stupide durant longtemps par mon éducation. J'ai mis du temps mais j'ai su en rejeter de grands morceaux. Ça va beaucoup mieux maintenant. J'y ai gagné en calme et sérénité.

Le problème aussi est que les hommes exercent un terrible chantage aux câlins. Voilà une femme qui veut sentir la tendresse d'un homme. Elle en a besoin. Il exige d'elle « en échange » qu'elle passe au préalable ou ensuite « à la casserole ». Cette situation est odieuse et très courante.

Mais, comment en sortir ? Comment cesser d'appartenir à cette triste époque et cette triste société ? Déjà en refusant, si on est un homme, de s'inscrire dans le tragique chantage aux câlins. Il faut résolument quitter l'immense troupeau des imbéciles. En reconnaissant que les câlins sont une grande chose indépendante de la petite chose que représente le coït.

En dénonçant l'ignoble préjugé qui ravale les câlins au rang de soi-disant « préliminaires » ou « post-lude » à l'acte sexuel.

Puis, en cherchant à rétablir le contact avec le sexe opposé. Contact qui a été rompu il y a plusieurs milliers, voire dizaines ou centaines de milliers d'années. Il y a du travail à faire, mais la chose est possible. Et c'est la seule voie pour arriver à nous en sortir.

Il ne s'agit pas de rejeter l'acte sexuel, mais le remettre à sa juste place. Et rendre aux câlins toute leur place.
Il faut faire des efforts en ce sens. C'est le prix du bonheur, de la santé et de la liberté.

Il sera bon d'avoir l'occasion d'en parler. Ouvrir le débat à ce propos, entre hommes et femmes de bonne volonté désirant avancer. Et ne plus continuer à piétiner sur place avec la grande masse des autres.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 février 2014

dimanche 23 février 2014

230 Le mythe et le piège de la subvention

Si vous avez un beau projet artistique, culturel, social et des moyens insuffisants pour le mettre en œuvre, on vous fera rêver à l'idée de recevoir une subvention.

En théorie c'est simple : votre idée est bonne. Vous allez voir des organismes officiels ou privés. Vous leur expliquez votre projet. On vous alloue la subvention. Et vous pouvez ainsi réaliser votre projet. Comme c'est beau et simple !

La réalité est toute autre.

Vous avez un projet. Vous cherchez une subvention. On vous demande alors de réaliser un dossier de demande de subvention. La réalisation de ce dossier représente un travail long, très ingrat, pénible, ennuyeux, humiliant. Vous aurez aussi le juste sentiment de renoncer à votre indépendance, votre liberté, eut égard à toutes les précisions demandées.

Si tout se passe au mieux, vous recevrez quelque chose par la suite, ce qui n'arrivera pas toujours, loin de là. Ce sera très inférieur à ce que vous avez demandé.

L'organisme privé ou public qui vous financera ne considérera pas qu'il vous aide. Mais qu'il vous achète.

Il vous traitera en obligé. Et puis, un jour, la subvention maigrira ou disparaîtra suite à un changement quelconque. Nouveau maire, changement d'orientation, réduction du budget, etc. et votre projet crèvera.

En résumé, la subvention est un mythe qui se transforme éventuellement en piège pour vos projets.

Il faut imaginer des projets sans subventions. Dont la réalisation ne repose pas sur le versement de celles-ci. Contrairement à ce qu'on veut nous faire croire beaucoup de choses sont possible sans avoir besoin de se prosterner devant ceux qui disposent de nos impôts. Et ne tiennent pas du tout à nous en faire profiter. Pourquoi voudraient-ils nous rendre ce qu'ils nous ont pris ? Et dans quelle intention ? Pour faire notre bonheur ? Mais le leur les intéresse infiniment plus. Comme disait Victor Hugo en 1849 dans son discours contre la misère : "C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches". Depuis cette année-là, rien n'a changé. Le bonheur des pauvres est juste un argument électoral pour faire voter les pauvres afin qu'ils choisissent quels riches se serviront dans leurs poches. Aujourd'hui, le nombre des riches est de plus en plus réduit. Celui des pauvres est de plus en plus grand. Où allons-nous ? Je n'en sais rien. Mais j'ai bien l'impression que tout ça risque de finir mal, et à quel prix ? J'espère vivement qu'il sera très petit.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 février 2014

229 Café, chocolat, religieuse, mille-feuilles et moka.

Paris a une faiblesse que n'ont pas les villes et villages d'Italie : le café parisien est le plus souvent détestable. Il s'agit bien sûr du breuvage couleur café qu'on trouve dans les débits de boissons parisiens. Son goût est rarement bon. Or, ce n'est pas une fatalité. Pourquoi à Turin, par exemple, partout où on sert le café est-il excellent ? Parce qu'on y fait attention. Les machines sont régulièrement entretenues, les produits utilisés de bonne qualité.

Autre faiblesse à Paris : si vous commandez un chocolat chaud, on vous sert généralement une sorte d'infâme lavasse couleur chocolat.

Il m'est arrivé très récemment deux aventures inverses. J'en profiterais pour nommer les lieux concernés. Ce seront des publicités gratuites pour des cafetiers méritants.

Le hasard m'a mené avec des amis au Tabac des musées, 7 avenue Pierre 1er de Serbie, dans le 16ème arrondissement de Paris, tout près de la place d'Iéna. Là, nous devions attendre et avons tous les trois commandé chacun un café. Surprise ! le café, pourtant parisien, était absolument délicieux. Un vrai café !

Pas trop longtemps après, avec les mêmes amis, nous voilà au café La Laverie, 1 rue Sorbier, dans le 20ème arrondissement de Paris. Mes amis commandent chacun leur consommation. Ayant bu déjà peu auparavant dans la journée un café, je m'avise de commander un chocolat chaud. Et là, nouvelle surprise ! Le chocolat est un vrai chocolat absolument délicieux, un régal que je fais gouter à une des personnes amies qui m'accompagnent et confirme mon impression.

Ceci m'a donné une idée : et si un jury anonyme au jugement reconnu parcourait Paris, goutant café et chocolat chaud. Et décernant un panonceau valorisant aux encore très rares établissements qui servent un excellent produit ?

Ça leur attirerait une clientèle méritée. Et inciterait les autres à faire des efforts pour s'améliorer. Tout le monde finalement y gagnerait. Je lance l'idée.

J'ajoute à celle-ci une autre proposition. Dans les années 1970, j'ai mangé la seule et unique religieuse délicieuse de ma vie. Sinon, elles sont ecœurantes, étouffantes, nulles. Cette religieuse délicieuse avait été achetée à Paris par une amie près de l'arrêt Patay-Tolbiac de l'autobus 62. La boulangerie ou la pâtisserie où elle est allée a sans doute changé depuis des années de propriétaire.

Pourquoi ne créerait-on pas aussi un panonceau signalant les bonnes religieuses ? Une amie me suggère qu'on fasse la même chose pour les mille-feuilles. Elle a connu en 1955 une boulangerie-pâtisserie alsacienne, disparue à présent depuis longtemps. Elle se situait rue de Belleville, dans le 20ème arrondissement de Paris. On pouvait y déguster un mille-feuilles praliné extraordinaire, recouvert d'éclats de noisettes, chaque feuille étant craquante. Elle n'en a jamais dégusté d'aussi savoureux depuis.

Et pourquoi ne pas créer un panonceau daté pour chaque type de gâteau ? Une boulangerie d'Asnières il y a trois ans environ a momentanément vendu des mokas sublimes, que j'ai pu apprécier. Puis leur qualité s'est dégradée.

Ces panonceaux, ce sont là de petites choses. Mais elles amélioreraient la vie quotidienne. Et serait une reconnaissance méritée des efforts des commerces qui s'attachent à servir café, chocolat chaud, religieuse, mille-feuilles ou moka de qualité.

Basile, philosophe naïf et gourmand, Paris le 23 février 2014


228 Crise de l'amour et moyens possible pour y remédier

On cherche l'amour. On essaye de l'apprivoiser. On croit le saisir. Il se dérobe. Que faire alors ? En dépit de l'immensité des efforts, on voit par millions des gens souffrirent du manque d'amour, de la solitude. Et des dizaines de milliers tentés par le suicide ou passant à l'acte suite à la souffrance amoureuse.

Pour comprendre la raison de cette crise de l'amour, il faut considérer les défauts correctibles de la pratique amoureuse.

Et refuser de suivre les rassurantes et vieilles ornières qui ne conduisent nulle part excepté dans le mur.

Arrêtons de chercher la solution dans l'excès : « tu es tout pour moi », « je ne peux pas vivre sans toi » et autres balivernes dangereuses. Est-ce si intelligent que ça de vouloir se résumer à être une dépendance de quelqu'un d'autre ? Il est temps de proclamer haut et fort à la face du monde que la passion est un piège mortel, une chose mauvaise et à fuir. Et finir comme Roméo et Juliette, deux beaux enfants réduits à l'état de charogne puante, nous fait gerber.

Donc, cherchons autre chose que ça en qualité d'amour. Il existe un sentiment agréable, rassurant, qu'on approche ou trouve dans quantité de circonstances. Ce sentiment on l'éprouve quand on ressent de l'accord avec un ou une autre dans certains cas. Ils est baptisé de diverses façons : fraternité d'armes, ou de malheur, sentiment d'appartenance à une famille, un groupe, une fraternité religieuse, une école artistique, un parti politique, un syndicat, une conspiration, un commando, un groupe de forçats évadés, une association festive, esprit d'équipe, amour « paisible », fraternité de Carnaval, ou dans le cadre en général d'une fête vivante, sentiment de proximité entre enfants, d'un enfant envers des adultes, d'adultes pour un enfant, etc. 

C'est cet amour qui est intéressant et pas un autre, le passionnel, destructeur, meurtrier comme celui de Roméo et Juliette. Qu'il faut résolument condamner et rejeter.

Concomitant à l'amour façon Roméo et Juliette, « tu es tout pour moi », etc. on trouve la jalousie. Elle est à exclure. L'autre n'est pas à résumer à une « bouée de sauvetage sentimentale » à laquelle on va s'accrocher avec l'énergie du désespoir.

On prétend qu'aimer signifie choisir de « vivre à deux ». Pourquoi devrait-on forcément vivre à deux, se replier dans une relation binaire et appauvrissante ? Le monde est rempli de plus d'une autre personne en dehors de vous.

Le piège sophistiqué du sexe arbitraire et artificiel est à éviter. Ceux qui croient que l'acte sexuel à répétition constitue un idéal sont de pauvres imbéciles. Et ils sont nombreux, très nombreux, plus de sexe masculin que féminin. Mais il en existe également de sexe féminin. On ne doit faire l'amour qu'à condition d'en éprouver réciproquement vraiment le désir, et en aucun cas simplement parce que c'est techniquement possible.

On doit refuser d'accumuler à deux les interdictions réciproques baptisées « concessions ». Et au contraire décréter que, dans le respect réciproque, rigoureusement tout est possible et demandable.

Enfin, plutôt que proclamer son amour à la face du monde, il faut témoigner d'une relative discrétion à l'égard de l'entourage et la société en général. En quoi cela concerne des tiers si untel aime unetelle ? Cela concerne untel et unetelle. Et c'est tout.

Ces idées expérimentales sont à étudier. Afin de trouver enfin un jour les voies et moyens pour remédier à la crise de l'amour et ses conséquences sociales dévastatrices. La première cause de mort chez les jeunes n'est pas un problème à traiter à la légère ou à ignorer.

Chacun est libre de chercher à agir comme il l'entend. Mais rien ne lui interdit de se poser les vraies questions. Et chercher leurs réponses.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 février 2014







samedi 22 février 2014

227 Le drame de l'amour au XXIème siècle

Je suis né en 1951. Quand j'étais enfant, l'amour était une chose dramatique. Une femme ou une jeune fille digne aux yeux de la pensée unique de l'époque ne devait pas témoigner d'intérêt pour le sexe. A moins d'être une créature méprisable et sulfureuse.

Il n'était guère possible qu'elle « passe à l'acte » sur la seule base de son désir « coupable ». La réprobation sociale la guettait. Le rejet de sa famille la menaçait aussi. Comme disait un père à sa fille, que j'ai connu : « si tu reviens à la maison avec un Polichinelle dans le tiroir, je te mets sur le palier ! » Les jeunes filles étaient particulièrement surveillées. Il était courant d'entendre dire à Paris, par les parents d'une jeune fille : « le soir, elle doit être de retour à 18 heures ! » Les jeunes hommes étaient beaucoup plus libres. Ils pouvaient, par exemple, sans problèmes aller seuls au café. Les femmes le pouvaient également, mais c'était très mal vu par beaucoup de gens. A la plage ou à la piscine elles pouvaient se mettre en maillot de bain. En revanche, montrer à des étrangers à la famille leur photo en cette tenue était considéré comme vulgaire et indécent.

J'ai lu, mais n'ai pas vu, que les très jeunes filles enceintes se retrouvaient dans des sortes de foyers à l'écart des autres. Où on les initiait aux taches domestiques, telle que le repassage de chemises d'homme.

Et, surtout, la terreur de tomber enceinte servait de barrière à l'expression libre du désir et de l'amour en général. La contraception était inexistante. Et l'avortement interdit risquait de conduire la jeune fille ou la femme enceinte dans les mains d'une « faiseuse d'anges ». Les accidents causés par des avortements bricolés étaient nombreux et pouvaient être mortels.

Quand la pilule est arrivée, un nombre considérable de femmes a saisi là l'occasion de vivre sa vie, se réaliser dans quantité de domaines en mettant entre parenthèses la maternité. Ce projet se retrouvant remis à plus tard un certain nombre de fois. Ce qui a entraîné finalement de facto la renonciation à avoir des enfants. Cette situation n'a pas toujours été bien vécue. Il y a aujourd'hui des dizaines de milliers de femmes âgées d'au moins une soixantaine d'années qui regrettent d'être passée à côté de cet aspect de la vie. J'en ai rencontré plusieurs. De ce phénomène je n'ai jamais vu parler dans les livres ou journaux que j'ai pu consulter. La pilule a été une libération. Ces femmes en ont également été victimes d'une certaine façon.

Aujourd'hui un autre problème nouveau est apparu, conséquence de la contraception. Croyant bien faire, bien des femmes ont voulu prendre pour modèle d'émancipation la conduite masculine. C'était accorder aux hommes une supériorité qu'ils n'ont pas. Pourquoi seraient-ils les modèles à suivre pour toute l'Humanité, femmes comprises ? C'était aussi les imiter dans leurs erreurs et stupidité quand il s'est agit de l'alcool, du tabac et du sexe.

Jusque dans les années soixante du siècle dernier la majorité des femmes buvaient moins d'alcool que les hommes et fumaient très peu. Une femme saoule ou qui fume était très mal vue, de même qu'une femme qui témoigne d'un intérêt visible pour le plaisir sexuel. Une fois mariée, à moins d'être une princesse ou une vedette de cinéma, les femmes étaient également priées de mettre leur séduction en berne.

En imitant les hommes ces dernières décennies, les femmes les ont rattrapé dans le domaine des maladies mortelles causées par le tabagisme. Elles ont aussi cherché à suivre l'exemple masculin dans le domaine sexuel. Et à imaginer leur propre comportement de femme libérée de la menace permanente de la grossesse indésirée.

Les hommes, de leur côté, dans leur grande masse, n'ont hélas guère évolué. Hier, ils cherchaient à baiser des femmes qui très souvent se dérobaient par crainte du qu'en dira-t-on, de la grossesse malvenue, de l'avortement bricolé et dangereux ou encore des maladies vénériennes. A présent que la pilule est arrivée, ils se croient très souvent arrivés dans une sorte d'immense bordel gratuit. Où ils peuvent passer de femme en femme sans respect et sans problème.

Qu'il est dur aujourd'hui dans notre société d'être une femme jolie, séduisante et intelligente ! Le comportement masculin fréquent a de quoi la désespérer. On dirait le plus souvent qu'elle n'a pas affaire à des humains mâles, mais à des sortes de petits gamins profiteurs, égoïstes et irrespectueux ! J'en ai vu à l’œuvre, de ces jeunes hommes qui se croient malins. Et traitent les femmes à l'égal des mouchoirs jetables. Mais, un jour, la boîte de mouchoirs jetables sera vide pour eux. Ils seront vieux et réaliseront, trop tard, que quand ils sont malades, personne n'est là pour leur faire une tisane. Ils auront méprisé l'amour. Et l'amour se sera vengé d'eux.

Si nombre d'hommes stupides considèrent les femmes comme des prostituées gratuites, d'autres les traitent avec condescendance comme de petits animaux fragiles, à protéger. Et qui ont besoin de l'aile protectrice de leur seigneur et maître pour vivre et survivre. Cette attitude a de quoi énerver et irriter.

Je connais des hommes apparemment sympathiques à l'endroit des femmes qui témoignent de cette stupide conception de la femme. J'en ai moi-même fait partie. Ayant eu une amie malade je l'ai absolument étouffé en croyant bien faire pour la soutenir et protéger. J'avais des circonstances atténuantes, car la situation était très difficile. Et je n'étais pas le seul des deux à ne pas comprendre bien notre relation.

Une femme ne réclame pas autre chose qu'être traitée en être humain. C'est malheureusement rarement le cas aujourd'hui de la part des hommes. Surtout si elle est jeune et jolie.

On a tendance à entendre dire que la femme actuelle est émancipée, a acquit la plupart des droits qui établissent son égalité avec l'homme. Ce n'est pas vrai.

D'abord, il ne faut pas confondre le sort de la femme en France et à Paris avec celui de l'ensemble des femmes de la planète. Ensuite, même à Paris, la situation est très loin d'être aussi bonne que ça.

Phénomène toujours présent mais dont on entend peu parler, existe toujours la peur permanente du viol. Ensuite, à Paris et ailleurs, subsistent des îlots d'extrême barbarie. Et les femmes en sont parfois les actrices. Ainsi, rappelons-nous que, là où l'excision existe, ce sont souvent des femmes qui la pratiquent sur les fillettes.

Et, même sous nos latitudes, la barbarie, quand elle a reculé, n'a pas renoncé. Un projet de loi récent prévoit en Espagne d'interdire l'avortement. Ce qui entraînera non pas la disparition de celui-ci, mais la reparition du drame des avortements bricolés, dangereux et clandestins.

La manière de considérer la femme et son rôle de mère anime un débat étrange en France, celui de la procréation médicalement assistée, dite PMA.

On voit s'affronter partisans et adversaires de la procréation artificielle chez les femmes seules ou vivants en couples homosexuels. Doit-on ou non autoriser pour elles la PMA ? Vaste débat, mais la question est mal posée.

La procréation artificielle ne nécessite pas forcément l'aide de la médecine. Certes, si la fécondité du sperme concerné est réduite, la centrifugation de celui-ci est un acte médical. Mais la fécondation artificielle artisanale n'est soumis à aucune loi et ne nécessite aucun diplôme médical. Éjaculer dans un entonnoir relié à une éprouvette, recueillir le sperme avec une seringue ordinaire en plastique, dépourvue de son aiguille, pénétrer avec un vagin et appuyer sur le piston ne requiert aucun diplôme. C'est ainsi que cela se fait pour certains animaux d'élevage. Et que fait par exemple un citoyen hollandais qui se targue d'avoir aujourd'hui 200 enfants ! Il a pris l'habitude de donner ainsi de sa personne pour des lesbiennes souhaitant enfanter. J'ai lu son histoire dans un journal français, il y a une ou deux années de cela.

Sachant ces informations, faciles à trouver, on ne comprend pas le fond du débat sur la PMA. Ses partisans comme ses adversaires font comme s'il fallait avoir fait dix ans d'études médicales pour manier un entonnoir, une éprouvette et une seringue sans aiguille.

La manière de considérer les femmes reste surprenante dans notre société paraît-il évoluée. Lors de l'affaire du Sofitel de New York, un éminent journaliste évoquant le possible viol d'une femme de menage s'est exclamé : « il ne s'agit que d'un troussage de domestique ! » Et un ancien ministre a dit : « il n'y a pas mort d'homme ». Sous-entendu, quoiqu'il ai pu se passer effectivement, viol ou pas, ça n'est pas bien grave.

Pour ma part j'ai eu des fois l'occasion d'entendre des hommes dirent par exemple : « la femme est faite pour l'amour » ou bien encore : « quand une femme se fait violer, c'est qu'elle le veut bien ».

Ceux qui tenaient ces propos n'étaient pas visiblement des grosses brutes, mais avaient l'apparence de gens aimables et civilisés.

Rencontrant une masse d'individus de ce genre, il devient très difficile pour une femme de se situer. Les regards qu'elle rencontre lui renvoient une image déformée de ce qu'elle est effectivement. Le mensonge fréquent, l'hypocrisie rencontrée déstabilise, égare, rend difficile de se faire des convictions, trouver de l'assurance, génère de l'agressivité.

Le manque de miroir objectif est un problème pour les femmes, tant est grand le nombre d'hommes stupides qui n'arrivent pas à considérer la femme comme un être humain. Il existe, de-ci, de-là, quelques hommes qui ne partagent pas cette stupidité répandue. Peut-être, pour remédier à cette carence de miroir, devrait-on imaginer la formation de cercles de taille réduite, moins de vingt personnes, composés de femmes clairvoyantes et de quelques-uns de ces très rares hommes ? La question mérite débat.

Basile, philosophe naïf, Paris le 22 février 2014

vendredi 21 février 2014

226 Le "Grand Amour" ou le triomphe de la misère

Qu'est-ce que le « Grand Amour », tant vanté, recherché et cause de tant de déceptions, dépressions, suicides ? Suicides qui témoignent d'un phénomène social qui touche des dizaines de milliers de personnes, et classé à tort comme individuel, personnel ?

Il dérive d'une situation générale marquée par une dramatique carence affective, un manque d'amour cuisant qui conduit souvent à chercher la réponse dans une relation binaire. On cherchera dans une femme unique, un homme unique, la compensation d'un manque général. D'où viendra une dérive, un excès : « tu es tout pour moi », « je ne peux pas vivre sans toi ». Qu'est-ce à dire ? Devrait-on être dépendant d'un autre à ce point ? Le moins qu'on puisse dire est que ça ne relève pas d'une relation équilibrée. Et le "Grand Amour" produit d'une situation négative et triste ne risque pas d'abonder en positivité.

Cet excès dans le besoin de l'autre, conduisant à des drames nombreux, des souffrances nombreuses, quand il se matérialise en une relation vécue représente le triomphe de la misère. On manque d'amour. On va chercher à trouver celui-ci dans une compagne, un compagnon. La tension causée par une telle exigence fera tôt ou tard chavirer la relation.

Faire de l'autre, d'un autre, une autre, sa « bouée de sauvetage » sentimentale fera qu'on s'y attachera avec d'autant plus de fureur qu'on n'apercevra pas d'autres « bouées de sauvetage » à l'horizon. D'où jalousie, possessivité par crainte de « perdre » l'autre.

Si on fait de l'autre une composante « vitale » de son existence, on en conclura qu'il faut partager le maximum de son temps avec. Pour cela, très souvent sans tenir compte des réalités, on décidera d'emblée qu'il faut vivre ensemble. Partager le même logement, quand bien-même cette idée paraîtrait peu attrayante pour diverses raisons. On est « ensemble », il faut donc vivre ensemble. Ce choix pourra augmenter la tension centrifuge au sein de la relation.

Un élément particulièrement vénéneux qui viendra très fréquemment empoisonner la relation est ce qu'on baptisera « sexualité », « accord sexuel ». L'acte sexuel par lui-même n'est qu'un aspect de la vie parmi d'autre. Pour être bienvenu, il ne doit être fait qu'en cas de désir réel et réciproque. On en fera une institution. Si on est « ensemble » il faut en passer par là. Et renouveler régulièrement, à la façon d'une sorte de loyer de l'amour. Cette manière d'agir est stupide et dévastatrice. Faire l'amour sans en avoir vraiment envie, quand bien-même la chose serait « techniquement » possible est une des pires choses qui soit. Elle détruit à terme la relation.

On ajoutera à ces diverses erreurs un paquet d'interdits divers et variés, baptisés souvent « concessions ». Ce mot faisant moins peur qu'« interdits ».

Enfin, ce qui n'arrangera rien, on proclamera la relation à la face du monde. En introduisant ainsi toutes sortes de pressions extérieures sensées avaliser et donner des forces à ce qu'on aura baptisé du nom de « couple » ou « amour ».

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 février 2014