vendredi 30 août 2013

150 L'homme s'empare du pouvoir... non : le pouvoir s'empare de l'homme

Le roi Louis XIV eut un règne qui dura 72 ans. Dont la moitié environ, soit 32 années, s'est passée à faire la guerre. Au moment de mourir, il déclara à son futur successeur : « j'ai trop aimé la guerre ».

La Grande Terreur en France est arrivée à son paroxysme alors que la France n'était plus menacée. Elle n'avait plus aucun justificatif. Au point qu'il est des historiens sérieux qui ont avancé l'hypothèse d'une provocation anglaise. Ils ont imaginé que celui qui personnifiait cette terreur, le médecin Jean-Paul Marat, était un agent provocateur anglais qui cherchait à affaiblir la France.

Notre actuel président de la République, François Hollande, est un homme apparemment très doux, un intellectuel et notable de province. Il n'aurait jamais du devenir président de la République. C'est par accident qu'il l'est devenu. Le candidat qui devait être choisi par son parti, et probablement élu ensuite par les Français, ayant été mis hors compétition par ses ennuis new yorkais.

Et pourtant, une fois entré à l’Élysée, le président du conseil général de la Corrèze fait le président et applique avec célérité la politique dans la continuité de son prédécesseur. Avec quelques différences de style, il devient au fil des mois, le parfait clone politique de Nicolas Sarkozy. Quelle étrange métamorphose !

Et pourquoi Louis XIV foudre de guerre regrettait-il ses campagnes à la fin de sa vie ? Et Marat encourageait l'extermination de plein de gens alors que plus aucune raison ne le justifiait ?

Tout ceci pour la même raison. Qu'il s'agisse de Louis XIV, Marat ou François Hollande.

On dit qu'un homme « s'empare du pouvoir ». Alors que c'est exactement l'inverse qui se produit. C'est « le pouvoir qui s'empare de l'homme ». Et lui impose ensuite son fonctionnement..

A partir du moment où Louis XIV monte sur le trône, il fait la guerre. Son pouvoir le lui dicte. Marat applaudit la guillotine pour les mêmes raisons. Et Hollande fait du Sarkozy.

Ici, la fonction fait l'homme. Elle le soumet et le transforme à sa guise à la façon d'un pantin.

Et non l'inverse.

Suivant les époques, elle entraine le chef de l'état, le leader politique dans d'interminables guerres, l'encouragement des exécutions en masses ou la sinistre politique « européenne ».

Telle est la vérité.

Louis XIV n'était pas un amoureux du carnage. Pourtant il a été à l'origine de plus d'un de ceux-ci.

Marat n'était pas un agent anglais. Pourtant il a encouragé le coupage de têtes en masses de quantité de gens, dont une partie de l'élite française, au nombre de laquelle le savant chimiste Antoine Lavoisier.

Hollande ne s'est pas dit : « je vais tromper les Français et faire du Sarkozy quand je serais élu ».

Non, tous les trois, et bien d'autres encore, le pouvoir s'en est emparé. Et leur a dicté, leur dicte sa logique. On ne répétera jamais assez la phrase ultra-juste de Louise Michel : «le pouvoir est maudit ». Il est maudit, j'ajoute, car il s'empare des gens.

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 août 2013

149 La démocratie dictatoriale

Ce que nous avons de nos jours pris l'habitude d'appeler « démocratie » et assimilons à « la liberté », est en fait une dictature : c'est la pleine liberté de ne faire exclusivement que ce qui est autorisé.

Je vais donner ici des exemples simples et illustratifs :

A Paris ou à Londres, j'ai envie d'uriner, j'urine, on m'arrête. De manger, je mange, on m'arrête. De dormir, je dors, on m'arrête. De me promener, je me promène, on m'arrête. De me laver, je me lave, on m'arrête. De partir en vacances, je pars, on m'arrête. De partir en voyage avec ma petite amie, je le fais, on m'arrête. D'écrire un poème, je l'écris, on m'arrête. De mettre un message sur Internet, je le mets, on m'arrête. De dire ce que je pense, je le dis, on m'arrête. D'embrasser quelqu'un, je le fais, on m'arrête. De caresser un outil, je le fais, on m'arrête. De prendre un enfant par la main, je le fais, on m'arrête.

Explications : j'urine sur le mur d'un monument public, en plein jour, en public : épanchement d'urine sur la voie publique, dégradation d'un monument public, outrage public à la pudeur. Je mange : je me sers sur l'étalage de fruits d'un magasin, sans payer, car je n'ai pas d'argent. Vol, cependant que de nos jours 70 à 90 % des fruits frais, invendus, finissent en France à la poubelle. Pour dormir, comme je n'ai pas de logement, je m'introduis dans un logement spacieux et confortable, inhabité et vide depuis des années : délit de squat. Je me promène, et comme c'est l'été et il fait 29° à l'ombre, je suis sorti de chez moi tout nu : outrage public à la pudeur. Pour me laver, j'ai été à une fontaine publique et me suis mis dans la même tenue : même délit. Pour partir en vacances, j'ai voulu monter dans un avion sans avoir de billet, car je n'ai pas d'argent pour l'acheter. L'avion a décollé à moitié vide, mais on m'a empêché d'y monter. Je suis Anglais, ai 30 ans, ma copine 17, et pars en France refaire ma vie avec elle : on m'arrête, expulse et emprisonne pour « détournement de mineur ». C'est un fait divers récent. J'écris mon poème sur un mur : dégradation de monument public. Je mets sur Internet la recette pour tuer quelqu'un, ou l'appel à le faire : même s'il ne se passe rien de ce fait, appel au meurtre. Je déclare que tel personnage public est un imbécile et un voleur : diffamation, même si c'est vrai. Je suis dans le métro et embrasse spontanément un inconnu sans lui demander son avis : agression, etc. Je suis assis sur un strapontin du métro, montent trois policiers. L'un d'eux me tourne le dos et son pistolet à la ceinture est juste devant moi. Je mets avec douceur ma main dessus : agression d'un représentant de l'ordre. J'entre dans un square et prends un enfant inconnu par la main juste pour l'emmener faire un tour : enlèvement d'enfant.

Toutes ces situations réelles ou caricaturales, presque absurdes, illustrent bien que quantité de gestes à la seconde-même où on sort du cadre officiel autorisé déclenchent une avalanche d'ennuis gigantesques et démesurés. Habitués à cette dictature, nous n'arrivons souvent même plus à percevoir sa réalité effective. Clamons et croyons que « nous sommes libres ».

On rétorquera à ma critique que notre liberté est que nous avons le droit de critiquer. C'est vrai. Il y a des années la sidérurgie lorraine était menacée de liquidation. Les Lorrains sont montés manifester en masse à Paris. Ils l'ont fait. Et ensuite les usines ont fermé.

En démocratie, on a le droit de manifester quand ça ne dérange personne. Juste manifester, pas plus. Après, « la loi » s'applique. Et si on fait partie des petits, des obscurs, des sans grades, on se retrouve le plus souvent perdant. Pourquoi ? Parce que la loi est faite par et pour les forts, les grands, les riches. Telle est la triste réalité. La loi est « égale pour tous ». Ce qui se traduit pratiquement toujours en fait par : « elle donne raison à tous les riches, et tort à tous les pauvres. »

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 août 2013

mardi 27 août 2013

148 Plus le pouvoir est concentré, plus le régime est meurtrier

A quoi servent les empires ? Ils passent le temps à se construire, s'étendre et se maintenir par la guerre. Ils tuent des gens. Que ces empires soient politiques, industriels, économiques ou financiers, la mort est au bout. Elle est leur but, leur finalité. Et ils finissent tous par mourir. C'est-à-dire s'effondrer. Mais avant cela, combien ils ont couté cher en souffrances et vies humaines !

Quand on regarde les conditions de vie dans les usines du Bangla Desh, de Chine, certaines de ces usines font frémir. Dans une immense usine de téléphones, en Chine, des filets aux fenêtres sont là pour éviter que les ouvriers se suicident en sautant. Au Bangla Desh, l'effondrement d'une seule usine a fait récemment plus de mille morts. Et derrière ces usines sont des hommes et femmes très comme il faut qui vivent chez nous et passent leurs commandes à une main d'œuvre pas chère.

La nourriture atteint des prix délirants en France. Le kilo de fruits frais en saison atteint couramment 4 euros et plus alors que les salaires ne bougent pas. Et même doivent pouvoir reculer en vertu du dernier accord sur l'emploi dit l'ANIL. La faim réapparait alors que la France est un grand pays agricole. On jette massivement les aliments à la décharge au lieu de nourrir les gens.

En France, le nombre de services d'urgences des hôpitaux est passé de 1988 à 2013 de 3000 à 950 et ça n'est pas fini. L'Hôtel Dieu au centre de Paris doit laisser la place, selon les plans officiels, à un hôpital avorton et des bureaux en un premier temps. A un hôtel de luxe en un deuxième temps, selon les projets non officiels mais bien réels, comme cela s'est déjà fait avec l'Hôtel Dieu de Lyon. Avec pour résultat des morts à la clé. Ceux qui n'auront pu être soigné à temps faute d'hôpital au centre de Paris. Et ce n'est pas tout. Les hôpitaux de Beaujon et Bichat, tout neuf, ce dernier, vont fermer avec la suppression de 500 lits quand sera ouvert un hôpital les remplaçant. Encore des morts en perspective faute de moyens médicaux. Des morts, toujours des morts... dans tous nos pays dits « civilisés », car ailleurs c'est pareil. Sous les ordres de l'horrible troïka, en Grèce, huit hôpitaux à Athènes et Salonique vont fermer remplacés par des centres de soins légers. Exactement le programme prévu en un premier temps pour fermer l'Hôtel Dieu, le plus vieil hôpital parisien.

Et pourtant, quand on regarde les hommes et femmes qui prennent ces décisions, ils nous ressemblent. On dirait qu'ils sont comme nous. Mais pourquoi alors font-ils tout ça ?

Un historien tchèque, Karel Bartošek, que j'ai croisé il y a des années, et qui avait souffert et passé six mois en prison suite à l'intervention militaire soviétique du 21 août 1968 en Tchécoslovaquie, m'a dit : « tu sais, tous les dictateurs, autour d'une table avec une tasse de thé, sont des hommes charmants avec lesquels on passe un très bon moment. » Je cite de mémoire. Mais le sens y est.

Qu'est-ce qui fait alors de ces humains ordinaires des ennemis de l'Humanité ?

La réponse est simple, mais difficile à trouver, la voilà :

Il faut aller à la base des choses. Les hommes et femmes de pouvoir cherchent le pouvoir. Pourquoi cherchent-ils le pouvoir ?

A y regarder de près, ça n'est pas vraiment folichon, le pouvoir. C'est plutôt l'assurance de se ruiner la vie. Vivre sous pression et dans des luttes permanentes. Être sur ses gardes. Voir des ennemis, des solliciteurs, des concurrents partout. Devoir sortir toujours escorté par une nuée de gardes du corps. Et tout ça pour arriver à quoi dans sa vie ?

Essentiellement arriver au pouvoir pour le pouvoir. Henri Kissinger, qui fut un des plus puissants hommes politiques du monde, secrétaire d'état à la Défense des États-Unis, a dit un jour que le pouvoir était la plus merveilleuse des drogues.

Le ministre français Edgar Faure disait beaucoup apprécier d'aller travailler dans des palais.

A différents moments de leurs activités, une garde spéciale, habillée à l'ancienne, sonne de la trompette, roule le tambour, présente le sabre à nos chefs d'états.

La dernière unité à cheval de France est la Garde Républicaine, équivalent de la Garde Royale marocaine. On trouve ce genre de militaires dans un tas de pays.

Et les hommes et femmes qui se font présenter le sabre, et souffler de la trompette dans les oreilles s'en sentent flattés. Alors que tout cela est programmé. Les hommes et femmes qui leur présentent le sabre et soufflent dans les trompettes n'ont qu'une hâte : que leur journée de travail soit terminée. Qu'ils puissent vaquer à leurs affaires. Sortir leur chien. Retrouver leurs enfants. Ils honorent les chefs d'états. Mais rient intérieurement de les voir passer. Et quelquefois les méprisent. Car ils voient bien que les hommes et femmes fiers de leur pouvoir n'ont rien de plus qu'eux. Urinent, défèquent, meurent et ont mal aux dents comme eux.

Mais alors, qu'est-ce donc que ce mystérieux « pouvoir » ? Est-ce seulement la possibilité de commander les autres ? Et quel intérêt de pouvoir le faire ?

Observons de près, de très près, ces hommes et femmes de pouvoir.

Un aspect de la vie de nombre d'entre eux, qu'ils dissimulent souvent mal, va nous éclairer sur leurs motivations.

Ils ont très souvent une hyper activité sexuelle. Catherine II de Russie, par exemple, a eu des milliers d'amants. D'autres, on le sait, en ont eu des centaines. Leur sexualité est compulsive : ils sautent sur tout ce qui bouge. Et cette pratique continue avec nombre de dirigeants actuels.

Un des plus puissants hommes politiques du monde, à la veille de devenir chef d'état d'un grand pays européen, a vu sa carrière brisée par une malencontreuse histoire de sexe avec une femme de ménage new-yorkaise. Alors qu'il avait déjà connu d'innombrables femmes. Qu'il peut en rencontrer plein d'autres. Il lui a sauté dessus. Selon lui, elle était consentante. Selon elle, il s'agissait d'un viol.

Certains hommes d'état sont de manière avouée des violeurs, par exemple : Louis XV qui chassait avec ses courtisans des jeunes filles enlevées et lâchées dans l'île au Cerfs. Beria qui les faisait enlever par sa police, Khadafi, le maréchal de Saxe, etc. Et nous ne savons et saurons pas tout.

Pourquoi une telle frénésie sexuelle ?

On avance des explications :

Ils aiment ça. C'est un peu léger comme explication.

Ils aiment la transgression, pareil.

La transgression fait partie de leurs privilèges, tiens ! tiens !

Ils sont beaucoup sollicités. C'est certainement vrai, mais n'explique pas tout.

La vraie raison est la suivante : ce qui rend attractif le pouvoir pour certains hommes et femmes, c'est leur peur de mourir.

Ils s'illusionnent en ayant un pouvoir : ils seraient avec plus qu'eux-mêmes. Et, en quelque sorte, acquerraient ainsi un soupçon d'immortalité.

Ils finissent tous par mourir, bien sûr.

Mais avant ça, qu'est-ce qu'ils peuvent nuire aux autres avec leur souffrance !

Et comme ce sont des êtres humains, ils développent très souvent un processus naturel. Vivant dans l'angoisse permanente de la mort, ils sont comme des humains en danger de mort. La Nature réagit à cette alerte et leur intime l'ordre de se reproduire au plus vite et le plus possible pour sauvegarder l'espèce. D'où leur sexualité frénétique, qui exprime l'angoisse et non le plaisir.

L'homme politique très puissant qui a ruiné sa carrière avec une femme de ménage new-yorkaise se demande encore comment ça a pu lui arriver.

Car, bien sûr, les hommes et femmes de pouvoir ne pensent pas aux vraies raisons de leur quête.

Mais cette quête, sa raison, a une autre conséquence : le pouvoir, qu'il soit financier, économique, industriel ou politique, est marqué par l'origine de sa recherche.

Le pouvoir, c'est la mort.

Louise Michel disait : « le pouvoir est maudit ».

Car si la mort, sa crainte, motive les hommes et femmes de pouvoir, elle marque de son empreinte celui-ci.

Et plus le pouvoir est concentré, plus le régime est meurtrier.

Adolf Hitler a gouverné à titre personnel durant douze ans le plus puissant pays d'Europe occidentale : l'Allemagne. Résultat : des millions de morts, y compris par des exterminations de masses, organisées au nom de délirantes théories racistes sur la « pureté du sang » et de « la race ».

L'Union soviétique, dirigée par Joseph Staline, a vu le massacre de millions d'êtres humains, notamment par la famine organisée en Ukraine : l'Holodomor. On peut continuer la liste.

Plus le pouvoir est concentré, plus c'est la mort qui commande. Et elle en redemande. Elle est gourmande. Et son appétit n'a pas de limites tant que la table est servie.

Un de ceux qui veulent à tous prix fermer l'Hôtel Dieu de Paris est aujourd'hui un homme politique et un médecin. J'ai été curieux de voir sa photo sur Internet. Ce qui m'a frappé, c'est qu'il est prématurément vieux. Et il est triste. Cet homme a peur de mourir. Il est d'autant plus affolé par son éphémérité qu'il est médecin et a disséqué des cadavres durant ses études. Alors, pour se sentir fort, il veut détruire. Connaissant sa motivation, il me fait pitié. C'est un pauvre homme, vraiment.

Et connaissant les motivations et finalités du pouvoir, il est de notre devoir d'éviter absolument la construction d'une Europe unie politique. Qui entraînerait fatalement des morts par millions. Le drame actuel de la Grèce montre à quelle horrible désolation ce projet nous condamne s'il aboutit.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 août 2013

lundi 26 août 2013

147 Redéfinir la place de l'Homme dans la Nature

J'aime bien écouter sur Internet les discours de Mélenchon. Il dit des choses justes et d'autres qui le sont moins. Je ne suis pas forcément toujours d'accord avec lui. Ce qui est agréable, c'est qu'il a un vrai talent d'orateur. Et un sens pédagogique qui fait que ses exposés sont toujours clairs et faciles à comprendre.

Aujourd'hui, j'écoutais son discours de cloture des Remues-méninges, l'université d'été de son parti. A un moment-donné, il s'étonnait que les masses ne le rejoignent pas. En y réflechissant, je crois connaître la raison de ce phénomène. Son discours est un discours du XIXème siècle. Dedans, il y a des choses très justes. Il y a aussi la marque propre au mouvement ouvrier de ce temps-là. Il était issu à ses débuts des traditions du christianisme social. Et donc était imprégné par la morale judéo-chrétienne qui condamne l'oisiveté « mère de tous les vices » et encense « le travail ».

Cette morale, traduite par Marx et d'autres, a donné l'antagonisme entre le capital parasite et le travail producteur. La lutte des classes qui en découle existe effectivement.

Selon cette morale : le riche « s'enrichit en dormant » alors que l'ouvrier va travailler.

Comme le dit Eugène Pottier, auteur de L'Internationale, dans sa chanson L'Insurgé : il faut faire « la guerre sociale »

Dont on ne verra pas la fin
Tant qu'un seul pourra, sur la sphère,
Devenir riche sans rien faire,
Tant qu'un travailleur aura faim !

Le dernier couplet de L'Internationale précise qu'après la victoire ouvrière « L'oisif ira loger ailleurs ». Loger « ailleurs » que sur Terre, c'est mourir. Juste après 1917, les bolcheviks écrivaient partout en Russie la phrase de Saint Paul « qui ne travaille pas, ne mange pas ». Staline a décrété dans les années 1920 que les paysans russes « riches », les koulaks, étaient des feignants, des parasites sociaux. Il les a fait mourir par millions. Ils sont aller « loger ailleurs », au ciel, avec leurs familles. En résumé : le travail c'est bien, le capital c'est mal. Admettons que le capital c'est mal. En quoi le travail c'est bien ? Car, depuis le XIXème siècle, la productivité du travail a augmenté vertigineusement. Aujourd'hui, l'homme peut enfin s'asseoir sur l'herbe et contempler les étoiles. Pour la première fois depuis des millions d'années il a la possibilité, sans être riche, de prendre le temps de rêver. A condition, bien sûr, de se débarrasser du capital.

Mais Mélenchon, que propose-t-il comme projet de société ? Trrrrravailler ! Conquérir les océans et créer des millions d'emplois. Voilà qui ne change pas fondamentalement les choses. Alors que le progrès technique permet de redéfinir la place de l'Homme dans la Nature. Donner à chacun un revenu de base suffisant pour vivre en travaillant ou non. Et travailler au plus deux jours par semaine et quatre pour commencer. Développer un urbanisme paysager avec des salles des fêtes et des salles de bals et de concerts partout. Pourvoir chaque quartier ou village d'une fanfare, etc.

De tout cela, il n'y a pas trace chez Mélenchon comme chez bien d'autres. Juste : travailler. C'est certainement mieux que le chômage. Mais ça n'a rien d'enthousiasmant. Ce n'est pas un projet de société. Mélenchon veut conquérir les mers. J'aimerais lui conseiller de continuer à embêter les hommes d'affaires, les riches, les banquiers, les financiers. Et laisser tranquille les poissons et le plancton. Le seul océan à conquérir est celui de la poésie en action et de la sieste crapuleuse.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 août 2013

146 Quatre rencontres extraordinaires

Il m'est arrivé au moins quatre fois de faire des rencontres extraordinaires au sens étymologique de ce mot : sortant tout à fait de l'ordinaire.

Tous les humains, moi y compris, sont en général plus ou moins bloqué par une quantité de peurs les plus variées : peur d'être seul, peur d'être ridicule, peur d'être rejeté, peur de la violence, peur de ne pas y arriver, peur d'être bête, peur de rater quelque chose, peur de ne pas faire assez bien, peur de faire une chose interdite, peur de prendre des risques, d'être incorrect, indécent, vieux, etc., etc.

En résumé : nous ne sommes jamais libres. Car, tout au moins, nous ne nous sentons jamais libres.

Et il se trouve qu'un soir, j'ai croisé une personne libre. Je l'ai senti parfaitement ainsi.

C'était à une soirée organisée je ne sais plus exactement pourquoi dans un cinéma qui existait à Paris avenue Victoria et qui à présent a fermé depuis des années.

J'ai rencontré et parlé avec une jeune femme d'une trentaine d'années environ. Je l'ai senti étrangement complètement différente de tous les gens qui nous entouraient. Je l'ai senti comme quelqu'un qui était sans limites. Ne connaissait ni blocages sexuels, ni blocages d'aucune sorte.

Elle m'a parlé. Elle paraissait maitriser parfaitement tout ce qu'elle faisait. Elle était comme dans un autre monde, une autre dimension. Un peu comme la visiteuse d'un zoo humain qui voit des humains dans des cages et leur parle gentiment. Tout en sachant bien qu'elle ne peut nullement les libérer. Car leurs cages sont à l'intérieur d'eux et eux seuls peuvent s'en libérer.

Elle ne me témoignait ni condescendance, ni pitié. J'étais un humain sympathique pour elle, mais dans une cage. A l'issue de sa visite parmi les humains encagés, elle repartirait continuer sa vie avec des humains libres. Des humains libres, qui ne sont pas comme moi, comme la plupart, captifs de leurs illusions. A tel point que le mot liberté a perdu son sens. Ainsi, certains croient que la « liberté sexuelle » consiste à baiser furieusement. Alors que la liberté consiste justement à ne se sentir ni obligé de baiser, ni obligé de ne pas baiser. Mais baiser seulement quand on en a vraiment envie et que c'est possible.

La seconde rencontre extraordinaire dont je voudrais parler s'est déroulée il y a une quinzaine ou vingtaine d'années dans le bus 62 à Paris.

Je suis monté dans le bus. Et aussitôt ai aperçu de loin une très jeune fille.

Nous avons eu tous les deux en même temps le sentiment de nous retrouver. De très bien nous connaître. Nous nous reconnaissions avec beaucoup de plaisir. Je me suis approché d'elle et lui ai parlé.

En bavardant, nous avons très vite réalisé que nous ne nous connaissions absolument pas. Et que, si ça se trouve, nous ne nous étions jamais rencontré.

Le constater nous a amusé tous les deux. Puis, elle est descendu du bus. Je l'ai salué comme une amie que j'allais revoir. Et ne l'ai jamais revu.

J'ai cherché des mois après à retrouver sa trace. J'ai juste retrouvé l'arrêt précis où elle était descendue. Mais le peu qu'elle m'avait dit indiquait qu'elle rendait visite à une amie et n'habitait pas là.

Nous nous sommes vraiment « reconnus » sans nous connaitre. Quelle explication peut-on donner à ce phénomène ? Je n'en vois qu'une, qui n'est pas « rationnelle ». Nous nous sommes déjà connus et avons été très proches tous les deux avant, dans une autre vie. Et nous sommes ainsi recroisés.

Les deux dernières rencontres extraordinaires dont je voudrais parler concernent le toucher.

J'ai fait un stage de massages en 1986. A son début, après nous avoir parlé autour d'une bougie allumée, la monitrice a éteint et retiré la bougie. Et nous a dit : « à présent, fermez tous les yeux et allez tous les uns vers les autres en vous touchant les uns les autres ».

C'était pour nous familiariser avec le toucher, je suppose.

Or, dans le groupe emmêlé que nous avons formé, j'ai tout de suite ressenti un accord, une harmonie incroyable avec une des participantes. Comme ça, à priori, rien ne l'indiquait visuellement.

Je ne m'explique pas cet accord.

J'ai ressenti la même chose avec une autre jeune femme quelques années plus tard.

Nous pratiquions en groupe une espèce de yoga relationnel.

Et, quand je ne faisais même pas des exercices avec elle, simplement quand je m'approchais d'elle pour lui faire la bise, je ressentais comme une harmonie extrêmement forte de contact avec elle.

J'ignore ce qu'elle ressentait précisément de son côté. Était-ce aussi harmonieux pour elle ? Je ne sais pas.

Et ce n'était ni de l'amour, ni une attirance « sexuelle ».

Existerait-il des groupes tactiles affinitaires ? Un peu comme les groupes sanguins ?

Une jeune fille m'a dit un jour ressentir pour un jeune homme quelque chose d'extraordinaire. Une sorte d'attirance tactile irrésistible. Parlait-elle du même genre de phénomène que j'ai ressenti ainsi ?

Ce qui paraît intéressant en tous cas, c'est qu'il existe de types de peaux différentes. On ne ressent pas du tout la même chose en touchant la peau d'une personne ou d'une autre personne. Même en la frôlant seulement en la croisant dans la rue. Ce qui peut arriver en été avec nos avant bras nus.

Les genres de peaux sont-elles classables ?

A quoi tiennent nos ressentis différents ?

Autant de question auxquelles il serait intéressant de répondre. Et un champ de recherches inexploré dans notre société malade du non toucher.

Et pour quelle raison est-il interdit ou « sexuel », ce qui revient au même, de toucher l'autre ? Cela aurait-il un rapport avec l'horreur de toucher les morts ? Horreur étendue aux vivants ? Je n'en sais rien. Mais une chose est de toutes façons certaine : notre société est très gravement malade dans le domaine du toucher.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 août 2013

samedi 24 août 2013

145 L'influence du toucher sur la pensée

Je suis né dans une famille où les câlins n'existaient pas, sitôt passé le sevrage tactile. J'ai découvert le toucher en 1986, il y a vingt-sept ans. J'avais alors trente-cinq ans. C'était dans le cadre d'un stage de massages à Paris que m'avait proposé et offert un ami, décédé depuis. J'ai observé à l'occasion de ce stage divers phénomènes bizarres touchant au psychisme et résultant des massages.

Il s'agissait d'un massage genre massage californien, en partie programmé, en partie spontané, opéré avec de l'huile de pépins de raisin parfumée à la lavande. Toute la surface des personnes présentes était concernée, exceptées les parties génitales. La monitrice nous avait prévenu sans autres précisions ou développements : « Ce n'est pas sexuel ». Nous étions tous nus, trois garçons pour un groupe de filles.

En massant un jeune homme j'ai découvert le toucher non homosexuel. Auparavant, toucher un homme était assimilé pour moi à l'homosexualité. N'étant déjà pas à l'aise avec l'hétérosexualité, je l'étais encore moins avec l'homosexualité. Disons que sexuellement, exceptée ma petite amie d'alors, je fuyais de facto toutes les femmes. Et les hommes me faisaient encore plus peur.

Je ne connaissais pas le toucher. J'ai pu constater que certains, suite à un long massage, faisaient une sorte de crise de nerfs. Rapport aux seul type de contact « physique » qu'ils connaissaient en temps normal avec des adultes : celui dit « sexuel ». Au moins deux dames ont fait une crise de larmes mêlée à des récriminations contre des hommes qu'elles avaient fréquenté.

Le soir du premier jour, un des participants devait s'en aller pour revenir le lendemain. Tous les autres dormaient sur place. Quand ce participant, un homme, s'en allait, un nouveau phénomène lié au toucher s'est produit.

Une journée passé à se masser les uns les autres et voir les autres le faire et être vu le faisant par eux avait modifié notre approche de l'autre. Quand, machinalement, j'ai tendu la main pour saluer cet homme, ça a paru tellement absurde et évident qu'on ne pouvait se quitter qu'en se faisant la bise, que nous avons tous rit. Une sorte de douceur irrésistible et neutre nous avait gagné.

Le lendemain, je me souviens qu'à plusieurs reprises j'ai été amené à aller vers une grande et belle jeune fille blonde de 17 ans. Et la serrer dans mes bras avec beaucoup de plaisir et sans aucun à-priori de drague ou quoi que ce soit d'approchant. C'était une étreinte pure. Pas dans le sens « pureté morale », mais pureté du geste. Cela, sans plus, rien d'autre et le plaisir partagé en le faisant. Ce n'est pas ce qui arrive « en temps normal » dans notre société. Et nous étions nus tous les deux !

Un phénomène très étonnant nous avait été d'entrée de stage décrit par la monitrice qui nous encadrait. Elle nous avait dit que le massage pouvait induire un état où le massé partait dans un enchaînement de mouvements très harmonieux mimant quelque chose. Une sorte d'état particulier, ni de sommeil, ni d'éveil. Elle avait cité une fille qui avait mimé très joliment l'éclosion d'une fleur. Par la suite, au cours d'un massage, cette dame était partie dans cette sorte d'état. Elle maniait visiblement une rame imaginaire. Je m'étais demandé si elle ne mimait pas volontairement et consciemment ces gestes, pour nous berner, nous mystifier et se faire valoir auprès de nous par ses propos.

Or, au cours d'un massage, j'ai moi-même ressenti ce curieux état. J'étais massé par la fille de la monitrice, qui participait au stage. Elle s'était placé en tête de la table de massage et avait posé mon bras gauche sur son épaule. A un moment donné, j'ai senti mon bras, sans que je le lui commande, effectuer un lent mouvement gracieux en arc de cercle pour rejoindre la table. J'ai parfaitement bien senti qu'il ne tombait pas et que je ne le dirigeait pas. La masseuse la remis sur son épaule. Il est reparti pareil. Alors elle la replacé sur son épaule et coincé avec son bras. Le phénomène s'est arrêté. Mais j'avais ressenti ainsi son début. J'ignore de quoi il s'agit et n'en ai aucune explication.

A la fin du stage, nous sommes reparti en voiture, la monitrice, plusieurs personnes du stage et moi. Il tombait de la neige à gros flocons, comme rarement cela arrive à Paris. Je me souviens que nous bavardions et approuvions en commun l'idée que les massages manquent cruellement à la société. S'il y en avait beaucoup, les gens seraient meilleurs.

A l'époque, la pornographie n'était pas aussi envahissante qu'aujourd'hui. Je me souviens qu'après mon travail j'allais déjeuner dans une sorte de cantine rue de Tournon. Pour y aller, je prenais un autobus. A l'arrêt où je descendais se trouvait un kiosque à journaux. Le célibataire craignant les femmes que j'étais ne le manquait pas. J'allais à chaque fois dévorer des yeux les couvertures des magazines qui affichaient de l'épiderme féminin de façon audacieuse. Or, je me suis étonné au sortir du stage, en passant près de ce kiosque, ou d'autres devantures de marchands de journaux ailleurs. Durant deux ou trois semaines je n'éprouvais rigoureusement aucun intérêt pour la pornographie. Et pas plus pour la masturbation.

Autre conséquence « sexuelle » du stage. Durant à peu près la même période, me retrouvant en compagnie de ma petite amie, il m'arrivait des érections d'une dureté que je n'avais jamais vu jusqu'à présent. On aurait dit que mon membre avait pris une consistance ligneuse et était comme du bois. Ma petite amie en était surprise et m'en a parlé. Puis, ce phénomène est passé.

Ma sensibilité sexuelle, elle, restait médiocre comme elle l'avait pratiquement toujours été.

Voilà donc les divers phénomènes que j'ai pu observer en marge de ce stage de massages.

Par la suite, j'ai essayé d'améliorer la situation du toucher dans la société. Et n'y suis jamais arrivé. Il faut dire que la terrible confusion régnante à propos du toucher ne me favorisait nullement.

J'ai écrit pas mal de textes sur le toucher, dont quatre petites brochures.

J'ai même confectionné un jour un panneau et, avec des tracts ou une brochure, je ne me rappelle plus très bien, ai été diffuser mes idées à l'entrée de l'hôpital de la Pitié à Paris. Je l'ai fait une fois. Et eu à cette occasion une discussion avec une infirmière qui prenait son service et m'a emmené voir le cadre misérable et délabré de son local de prise de service.

Elle m'a plaidé dans le domaine du toucher la théorie de « la bulle ». Soi-disant nous aurions tous « une bulle » autour de nous. Dans laquelle nous ne laisserions entrer que certaines personnes sélectionnées. Et ce serait là la chose la plus banale, normale et légitime du monde.

Cette théorie niant le caractère de besoin universel du toucher.

Vingt-sept ans de réflexions après mon stage de massages de 1986, je vois plus clairement la question tactile. Je crois toujours à son caractère fondamental, essentiel.

Et, sans prétendre changer le monde entier, j'espère au moins parvenir à un peu améliorer ma vie à la lumière d'une certaine compréhension que je crois avoir acquis.

Quant à la société qui m'entoure en général, concernant le toucher, elle me paraît en triste état. Et ne pas être spécialement en voie d'amélioration.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 août 2013

144 Faute de grives on mange des merles

Un ami épouse une dame.

Celle-ci, au bout de quelques années refuse tous contacts dit « sexuels ».

Cet ami est désespéré au point de tenter même une nuit de se suicider.

Sa femme, de son côté, me confie, parlant du sexe : « le pauvre ! Il ne se rend pas compte que je ne ressens rien ! »

Au bout de dix ans de mariage, elle le quitte.

Et alors, il cherche à tous prix à ce qu'elle revienne.

Une psychothérapeute fait remarquer à mon ami : « mais vous souffriez énormément de cette relation. Pourquoi tenez-vous tant que ça à retrouver cette situation ? »

L'ami est resté perplexe. M'en a parlé. Je n'ai pas su lui expliquer sa manière de réagir.

Aujourd'hui j'ai la réponse :

Dans la relation insatisfaisante qu'il connaissait il trouvait un peu de très précieuse satisfaction tactile. Ne serait-ce que dormir dans le même lit que son épouse.

Celle-ci partie, c'était le désert.

Alors, il regrettait les miettes tactiles. Faute de grives, on mange des merles.

C'est pourquoi on voit des maris malheureux, des épouses malheureuses, du jour où l'autre les quitte les implorer de revenir.

C'est pourquoi des femmes battues, des enfants battus, n'arrivent pas à quitter leur tourmenteur.

Parce qu'ils n'ont pas le choix entre un bon ou un mauvais, insuffisant rassasiement tactile. Ils ont le choix entre un mauvais, insuffisant rassasiement tactile ou le retour, l'arrivée dans le désert tactile qui leur fait peur.

Ceci explique aussi pourquoi certains couples qui ne marchent pas ne cessent pas de se quitter pour revenir ensuite ensemble et se quitter à nouveau

Et aussi pourquoi tant de gens préfèrent rester mal accompagnés que se retrouver seuls.

Ça n'est pas « l'amour » ou « le sexe », mais la tactilité qui mène la danse. Et explique quantités de comportements bizarres, paradoxaux, incompréhensibles, apparemment contradictoires.

Et aussi pourquoi certaines femmes devenues mères délaissent tactilement leur époux. Avec l'enfant, elles ont la satisfaction tactile qui leur manque. Et non assortie d'ultimatums sexuels qui les ennuient. Devoir « passer à la casserole » pour avoir droit à des câlins devient insupportable quand arrive le bébé qui n'a pas encore subi le sevrage tactile et échange les câlins gratuits en permanence.

Basile, philosophe naïf, Paris les 23 et 24 août 2013