dimanche 8 novembre 2020

1422 Une coupelle en porcelaine joliment décorée et deux pelles à tartes

Amie de Voltaire,

La Russie a compté

Une impératrice allemande,

Catherine la deuxième,

Qui était très portée

Sur la chose.

Mon père m'a raconté

Que des jeunes officiers

Russes étaient

Contactés ainsi :

« La tsarine s'intéresse à vous

« Pour ce que vous devinez.

C'était dit comme ça,

Ou autrement,

Je ne sais pas.

Une fois l'affaire faite,

Le récipiendaire,

N'ayant pas « servi la tsarine »

Mais « servi à la tsarine »,

Recevait d'une cassette

Réservée à cet effet

Un dédommagement.

En résumé,

Les jeunes officiers

Se prostituaient.

C'est pourquoi je crois

Que mon ancêtre

Qui eut droit

Aux faveurs

De l'impératrice,

N'eut probablement pas

Trop de mal

Pour arriver

A trouver ses entrées.

Mais que me reste-t-il

De mes ancêtres ?

Leur palais à Moscou

N'est plus dans la famille

Depuis 1835.

De toutes les richesses

De la famille

Que me reste-t-i ?

Venue de mon père,

Une coupelle en porcelaine

Décorée de muguets

A la feuille d'or

A miraculeusement

Traversé l'Histoire.

De ma mère,

De riche famille bourgeoise,

Deux jolies pelles à tarte.

C'est à peu près tout.

De la Suisse,

Traversée dans sa fuite,

Ma maman m'a aussi laissé

Le cadran émaillé d'un coucou

Absent, qui ne chante plus

Depuis longtemps.

Quelques épaves du passé

Me restent encore,

Comme une tasse chinoise

Largement ébréchée.

Mais j'ai conservé intacts

De mes ancêtres

Trois trésors inestimables,

Qui ont traversé les siècles :

Ils avaient

Le désir de servir

En Russie, le tsar.

Je vis en France

Et il n'y a plus de tsar.

Alors je lui ai substitué

L'intérêt général,

La poésie et le carnaval.

Ils avaient la foi orthodoxe,

J'ai une foi imprécisée.

Enfin, ils avaient

Pour les meilleurs

L'amour de leur prochain.

Je l'ai conservé,

Et il m'aide à exister.

Ce sont là

Mes trois trésors,

Héritage en or

De mes ancêtres.

 

 Basile, Paris le 8 novembre 2020

samedi 7 novembre 2020

1421 Un bouquet de roses desséché

 Dans un coin de ma chambre

Un bouquet de roses desséché

Vieux de douze années

Témoigne de l'amour d'une femme

Qui m'aimait.

Aujourd'hui, acheter des fleurs

A Paris, pour les offrir

Ou du rouge à lèvres

Pour séduire,

Est impossible.

Les fleuristes ont fermés.

Ce ne serait pas

Des « commerces essentiels ».

De même les coiffeurs

Les esthéticiennes

Et les libraires.

Une société

Où soigner les cheveux,

Rendre belles,

Manucurer les ongles,

Vendre des fleurs

Ou des livres

Devient un délit,

M'inquiète un peu.

Certes

Mon diplôme d'arts plastiques

Ne me confère guère

De compétences

Dans le domaine médical,

Scientifique

Ou politique.

Mais je m'interroge.

Quand une femme

A voulu me témoigner

De son intérêt,

Elle m'a offert des roses.

Quand j'ai voulu

Lui témoigner de mon amour,

Je lui ai offert des fleurs.

L'amour est essentiel.

Alors, pouvoir offrir des fleurs,

Donc pouvoir les acheter,

Donc pouvoir les vendre,

Ne serait-ce pas

Une activité essentielle ?

Je m'interroge,

Car je suis poète.

Les poètes sont un peu fous.

Excusez-moi,

Je suis poète,

Et ne l'ai pas choisi.

L'envie de poétiser

M'a prise un jour

Comme une envie de boire,

Manger, dormir,

Ou une autre

Activité physiologique.

Et en dehors

De toute logique,

Je contemple

Ce vieux bouquet fatigué

De roses desséchées

Depuis douze années.

Et dès la fin du confinement

Je courrai acheter des fleurs,

Pour les offrir

A toutes les jeunes filles,

Femmes, hommes, enfants,

Chats et poissons rouges

Que je connais.


Basile, Paris le 7 novembre 2020

jeudi 5 novembre 2020

1420 Las chats poètes

Les plus grands poètes du monde

Sont les chats.

Quand le chat est installé

Dans la cour de la maison

Où il vit

Et regarde le monde,

Il n'a pas besoin d'écrire,

Réciter,

Interpréter

Sa poésie.

Il est le poème,

Le poète

Et la poésie incarnés.


Baudelaire,

Tu as chanté les chats.

Ils étaient tes maîtres

Mais tu ne le savais pas.

Les amoureux fervents et les savants austères

Aiment également, dans leur mûre saison,

Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,

Vous ne connaissez pas les poèmes félins

De Baudelaire ?

Courez les lire !

Les chats vous en seront reconnaissants,

Et les poèmes

Viendront se frotter à vous.


Basile philosophe naïf

Paris, le 5 novembre 2020

1419 Question de langage

Ne dites pas :

« Sports violents »

Ou : « Arts de patater

Son prochain ».

Dites : « Arts martiaux ».

C'est plus aimable

Et doux à l'oreille,

Et c'est exactement

La même chose.

Ne dites pas :

« Art de mettre des pains

Dans la gueule de son prochain ».

Dites : « Boxe anglaise »

Ou « Boxe française »,

En abrégé « BF ».

Ça fait « très sport ».

Vous en prendrez

Plein la tronche,

Mais ce sera différent

D'une vulgaire bagarre

De marins

Dans les bistrots du port.


Basile, Paris le 5 novembre 2020

mercredi 4 novembre 2020

1418 Chaque époque

Olga,

Tu as vingt et un ans.

Et tu te demandes

Si ton époque

N'est pas pire

Qu'une autre.

Mais chaque époque

A ses inconvénients.

Moi, quand j'étais enfant

J'avais peur de voir mes frères

Partir à la guerre

En Algérie.

Chaque époque

A ses inconvénients.

Mes parents ont connu

Les deux guerres mondiales,

La famine en Russie

Et l'occupation allemande

A Paris.

Chaque époque

A ses inconvénients.

Mais il y aura toujours

Des oiseaux chantants

Et des fleurs

Dans les jardins.

Et, quand tu sentiras

La caresse du soleil

Sur ta peau,

Tu sauras que c'est Dieu

Qui pense à toi

Et te fait du bien.


Basile, Paris le 4 novembre 2020

mardi 3 novembre 2020

1417 Dormir dans tes bras

Il y en a qui rêvent

De visiter les étoiles,

De descendre le Mississippi

Dans un grand bateau à vapeur,

Voir les chutes du Niagara.

Moi, je ne rêve que d'une chose

C'est de dormir dans tes bras.


Il y en a qui rêvent

D'actions, de destructions,

De révoltes, révolutions,

Améliorations du monde,

Bonifications de la société.

Moi, je ne rêve que d'une chose

C'est de dormir dans tes bras.


Il y en a qui rêvent

De sauver le monde,

Trouver le vaccin universel,

Le remède aux cancers,

Et à toutes les guerres.

Moi, je ne rêve que d'une chose

C'est de dormir dans tes bras.


Il y en a qui rêvent

D'être beaux, jeunes,

Riches, célèbres,

Adulés des foules

Et adorés des femmes.

Moi, je ne rêve que d'une chose

C'est de dormir dans tes bras.


Il y en a qui rêvent

De devenir magiciens,

Voler dans les airs,

Marcher sur les nuages,

Devenir invisibles.

Moi, je ne rêve que d'ue chose

C'est de dormir dans tes bras.


Il y en a qui rêvent de tout ça,

Et de bien d'autres choses.

Moi, je ne rêve que d'une chose,

Qui me satisfera, me réjouira,

Me suffira, me transformera :

Dormir dans tes bras.

Oui, contre toi, tout contre toi,

Dormir dans tes bras.


Basile philosophe naïf

Paris, le 3 novembre 2020

lundi 2 novembre 2020

1416 Pour être avec toi mon amour

Je gravirai l'Himalaya

Je franchirai les océans

Je descendrai

Au fond des abîmes de la Terre

Pour être avec toi

Mon amour.


J'affronterai les dragons

Les serpents d'Afrique

Et les virus de Chine

Pour être avec toi

Mon amour.


J'affronterai la haine

L'incompréhension

Et la peur

Pour être avec toi

Mon amour.


Je grimperai sur les nuages

J'alunirai sur notre satellite

Je bondirai sur les comètes

Pour être avec toi

Mon amour.


Je plongerai dans la jungle

Je traverserai les déserts

J'affronterai les glaces du pôle

Pour être avec toi

Mon amour.


J'ignorerai la peur

J'ignorerai la honte

J'ignorerai la fuite

Pour être avec toi

Mon amour.


Et ainsi

Et ainsi seulement

Je serai moi

Tu seras toi

Et nous ne ferons qu'un

Toi et moi.

Mon amour infini,

Étoiie évanescente des galaxies

Source d'or et d'argent

Des prairies enchantées

Du Paradis de tes bras retrouvés.


Basile philosophe naïf

Paris, le 2 novembre 2020