dimanche 1 avril 2018

925 Un exemple tragique de la perversion du jeu

Un très puissant moteur de décision et d'action chez les humains est le jeu. Je donnerai ici un exemple tragique de la perversion du jeu.

En 1939, des savants antinazis s'inquiètent de la perspective de voir l'Allemagne nazie se doter de l'arme atomique. Ils vont entreprendre de mettre leur science au service des États-Unis contre l'Allemagne. Ce sera le projet Manhattan, dirigé par le général Leslie Groves et le savant Robert Oppenheimer qui préparera la première bombe atomique.

Or celle-ci n'est pas tout à fait au point quand l'Allemagne nazie capitule le 8 mai 1945. A partir de ce moment les savants antinazis engagés dans le projet Manhattan n'ont plus aucune raison de continuer à mener à bien leur projet. Logiquement ils auraient du cesser de travailler à la mise au point de l'arme atomique. Or ils n'en firent rien. Ils mirent au contraire les bouchées doubles. La première bombe atomique, expérimentale, explosa lors de l'Essai Trinity, le 16 juillet 1945.

Et le 6 août 1945 ce fut le bombardement atomique de la ville japonaise d'Hiroshima, suivi de celui de la ville japonaise de Nagasaki, le 9 août 1945.

Comment expliquer l'acharnement absurde des savants antinazis pour faire aboutir la mise au point de l'arme atomique alors qu'ils n'avaient plus aucun motif de le faire ? Par le jeu. Ils s'étaient pris au jeu, ou plus précisément ils s'étaient laissé aller à la perversion du jeu. Si par jeu on crée une arme meurtrière il s'agit d'un jeu pervers.

Les victimes de cette perversion furent très nombreuses dans ces deux villes du Japon. Ses habitants actuels et les Japonais en général seront certainement curieux d'apprendre cette théorie du jeu. Si elle est juste elle explique une page bien tragique de leur histoire. Où par jeu des savants illustres contribuèrent à la destruction massive des habitants et bâtiments de deux.villes japonaises.

J'espère parvenir à donner à lire ce texte à des citoyens japonais.

Bien sûr, je leur rappellerai aussi que le jeu n'est pas toujours pervers. Il peut aussi être très joyeux et positif. Par exemple quand il s'exprime à travers le Carnaval de Paris, de Dunkerque ou d'ailleurs. Ou en jouant aux échecs ou avec des cerfs-volants.

J'inviterai mes lectrices japonaises et lecteurs japonais à participer aux prochaines éditions du Carnaval de Paris et du Carnaval des Femmes, fêtes traditionnelles dont je suis l'organisateur.

Et serai enchanté de les voir très nombreux profiter de la liesse des fêtes que j'organise. Et serai également enchanté de leur contribution au renouveau festif parisien.

Basile philosophe naïf, Paris le 1er avril 2018

924 Le jeu et la perversion du jeu

Qu'est-ce qui est à l'origine de la Civilisation ? Le besoin de se protéger ? Non, les humains n'avaient pas de prédateurs. Pourquoi un lion ou une panthère attaquerait une troupe de grands singes musclés et solidaires aux fortes mâchoires capable d'infliger de cuisantes morsures ? Il va plutôt s'attaquer à un autre genre de proies nettement plus inoffensives.

À l'origine de ce que nous appelons « la Civilisation » il y a le jeu. Pour jouer, des humains, je pense surtout des femmes, ont commencé à inventer des choses. Ces choses ont pris de l'importance dans la vie des humains. Au point qu'ils n'ont plus pu s'en passer. Et elles ont influencé leurs vies et la suite des événements dans la vie des humains.

Les humains sont restés joueurs. Prenons un exemple : Alexandre III de Macédoine a agressé militairement et saccagé un tas de lieux et zones géographiques. Il en a fait « son empire ». Cette construction était coûteuse et inutile. Après sa mort à l'âge de trente-deux ans, cet empire a été partagé entre ses gourmands sous-fifres. À quoi a servi cet empire dont la fabrication a causé des souffrances innombrables ? À strictement rien, et pourquoi Alexandre III de Macédoine l'a-t-il créé, en avait-il besoin ? Non, il n'en avait pas besoin. Il l'a créé par jeu. Et ce jeu ruinant la vie d'un tas de gens et causant d'incalculables destructions était un jeu pervers.

Autres jeux pervers, plus récents : on voit se développer de gigantesques sociétés capitalistes tentaculaires. Les humains en ont-ils besoin pour leur confort ? Les dirigeants de ces sociétés ont-ils besoin de les faire croître sans limites ? Non. Alors pourquoi les développe-t-on ? Par jeu. Ces sociétés immenses ont besoin de l'Humanité pour exister. L'Humanité n'a pas besoin de ces sociétés.

Parmi les jeux pervers on rencontre au cours de l'Histoire humaine un nombre invraisemblable de massacres et atrocités en tous genres. Ont-ils une utilité pour le genre humain ? Non, ils ne servent à rien. Ils sont vomitifs, infects et nuisibles. Ce sont là des résultats de la perversion du jeu.

Les idéologies et les intérêts n'y sont autant dire pour rien. La base de ça c'est la perversion du jeu.

Autre jeu très actuel : la « construction de l'Europe ». Il s'agit là de la énième édition du fantasme impérial. On nous dit que « c'est pour la paix ». Non, en fait c'est un jeu. Au nombre des joueurs on trouve des administrateurs, des politiques, des journalistes, etc. La seule mesure réelle pour assurer la paix serait le désarmement général en commençant par le désarmement nucléaire. Pour l'instant on paraît en être plutôt très loin. Un jour viendra certainement où on y arrivera.

Le jeu s'infiltre dans tous les aspects de la société. Pourquoi conserve-t-on en France les très dangereuses centrales nucléaires ? Par jeu. Pourquoi démantèle-t-on la SNCF ? Par jeu. Pourquoi va-t-on intervenir militairement ou économiquement ici ou là de par le monde ? Toujours par jeu.

Pourquoi Marx et Lénine prônaient-ils « la lutte des classes » et l'extermination des bourgeois et des capitalistes ? Par jeu, un jeu extrêmement pervers, bien sûr. On peut penser ce qu'on veut du capitalisme, et je n'en suis pas amoureux, mais tuer des gens pour faire le bonheur du monde ne me paraît ni sympathique, ni crédible. On voit d'ailleurs le résultat. Chose étrange, la terreur stalinienne est déjà décrite et condamnée d'avance dans un texte critique des idées de Marx, écrit par Bakounine en... 1874.

Il faut que les humains parviennent à limiter les effets pervers du jeu afin d'assurer équilibre, rassasiement des besoins fondamentaux, harmonie, amour, paix et tranquillité à l'Humanité.

Basile, philosophe naïf, Paris les 31 mars et 1er avril 2018

samedi 31 mars 2018

923 Que vous soyez puissant ou misérable...

On a beaucoup écrit et parlé à propos de l'affaire Weinstein. Le dernier écrit que j'ai lu à ce sujet disait que c'était regrettable et dommageable pour le cinéma d'avoir importuné ainsi un grand réalisateur de films. En résumé : il aurait été berger, balayeur ou mendiant, tant pis pour lui ! Mais un producteur de cinéma doit être laissé en paix, quel que soit les actes qu'on pourrait lui reprocher.

Cette affaire Weinstein et ses suites médiatiques peuvent néanmoins être considérées de façon critique, mais pour une toute autre raison. Qu’on libère la parole des victimes et dénonce les agresseurs est une excellente chose. Rien à redire, mais il y a un hic dans beaucoup d'écrits sur cette affaire. On fait comme si les agressions sexuelles se résumeraient à de mauvais écarts de conduites de certains hommes. Or il s'agit de bien autre chose que seulement cela.

Il s'agit de l'expression d'un très ancien conflit entre l'ensemble des hommes agressant l'ensemble des femmes. Quelle est l'origine, la nature, l'ampleur et l'intensité de ce conflit ?

Son origine est très ancienne. Ce qui ne signifie pas qu'il durera forcément toujours. L'homme a cru de bonne foi durant au moins vingt mille ans être le seul intervenant actif dans la reproduction humaine. Il connaissait certainement l'acte sexuel comme reproducteur et la durée de la gestation, car il avait inventé l'élevage. Mais il ne savait rien de l'ovulation. Juste des âneries proférées sur la femme qui a ses règles et fait tourner le lait ou le jambon rien qu'en l'approchant. Un ami m'a raconté avoir vu à l'entrée d'un temple en Inde une immense pancarte prévenant que les femmes ayant leurs règles étaient strictement interdites dans ce lieu.

L'ignorance de la réalité de l'ovulation a duré au moins deux cent siècles. L'ovulation n'a été décrite scientifiquement que vers 1845 par les deux médecins français Félix-Archimède Pouchet et Charles Négrier. Fait significatif, on ne voit guère qui que ce soit signaler cette immense découverte qui nous concerne tous. Et les Français si fiers d'ordinaire des découvertes faites par des Français ne s'en vantent autant dire nulle part.

Le fait que l'homme a cru que la femme n'était qu'une sorte de terre passive où il déposait sa semence a conduit au mépris des femmes. Et à la prétention incroyable que la femme appartient à l'homme. Le vocabulaire est éloquent : l'homme « prend », « possède » la femme quand il la baise. La femme alors « lui appartient ». Comme elle n'est que de la terre son travail gestationnel, maternel et domestique n'est ni reconnu, ni rémunéré et ne donne pas droit à une retraite en or massif. Retraite qu'elle mériterait. Si la femme travaille à l'extérieur de son foyer, le plus souvent on la paye moins qu'un homme pour le même travail. Elle a aussi généralement droit à moins de promotions que l'homme. Il y a peu encore la femme d'artisan qui travaillait avec son mari en France n'avait simplement droit à rien pour sa retraite. En résumé, aux yeux des lois, la courageuse et très laborieuse femme d'artisan n'existait pas.

Pour justifier le fait de ne pas donner l'égalité salariale et de carrières professionnelles aux femmes, certains disent : « leur carrière est perturbée par les grossesses et les enfants à s'occuper. » Oui, mais, pauvres machos qui parlez ainsi, si les femmes ne font plus de gosses, où trouverez-vous les futurs travailleurs ?

Une amie qui habite dans un coin plutôt paisible du quatorzième arrondissement de Paris me redit régulièrement ceci : « je fais de l'insomnie. J'aimerais bien quand il est trois heures du matin sortir seule me promener, prendre un peu l'air dans le quartier et puis me recoucher. Mais je ne peux pas le faire parce que je suis une femme. » En résumé : la peur de l'agression sexuelle et du viol impose à nombre de femmes un couvre-feu de facto à Paris et dans d'autres villes. Où est alors la Civilisation ? Notre société prétendument évoluée et égalitaire ne l'est tout simplement pas.

Quand une jolie femme se fait violer, il y a des imbéciles pour dire que sa tenue ou ses manières représentaient une provocation. Qu'elle est donc coupable de ce qui lui est arrivé. Mais quand un homme riche et bien habillé se fait attaquer et dévaliser dit-on que c'est de sa faute ? Devrait-il s'habiller préventivement en clochard ?

Si on vous vole votre voiture de sport dit-on que c'est votre faute car vous auriez du vous déplacer dans une vieille bagnole pas chère et pourrie ?

En vérité on cherche à dédouaner les hommes violeurs en prétendant que les femmes sont responsables de leurs actes criminels. J'ai passé environ deux années à l’École des Beaux-Arts de Paris à dessiner du matin au soir de jolies femmes nues à l'amphithéâtre de croquis dit « Cours Yvon », qui n'existe plus depuis bien longtemps. Je n'ai jamais manqué de respect à aucun modèle et n'ai jamais entendu parler de quelque agression de femme ou d'homme posant nu dans cette école.

Durant vingt mille ans l'homme s'est cru le principe actif reproducteur, d'où sa très fréquente inconduite, y compris aujourd'hui, à l'égard de la femme. Il se croit tout permis. La plupart des hommes hélas, y compris intelligents et cultivés, sont très cons quand il s'agit de leur compagne potentielle. Il serait très souhaitable, pour les femmes et aussi pour les enfants et pour les hommes, que l'homme cesse de mal se conduire. Il faut que l'homme devienne adulte et cesse de jouer au commerce et à la guerre. Sinon, avec les moyens de destruction et pollution dont il dispose il fera encore beaucoup de tort à lui-même et à celle qu'il a le devoir d'aimer.

Basile, philosophe naïf, Paris le 31 mars 2018

jeudi 29 mars 2018

922 Au delà du toucher : l'homme disloqué, la femme niée

Dans notre société, le toucher entre adultes est ritualisé, prohibé, rendu suspect. Si j'effleure un inconnu dans le métro parisien, je dois m'excuser tout de suite, sinon je risque de passer pour mal élevé, louche, voire carrément criminel sexuel. Pas question de passer la main dans les cheveux d'un sympathique inconnu ou une sympathique inconnue. Ce geste serait très mal perçu. L'interdiction du toucher entre les humains adultes est étendue aux objets. Ne caressez pas la valise ou le chapeau d'un inconnu, qu'il a posé sur la table d'un café, par exemple. Vous passeriez pour un malade, un fou ou un voleur. En revanche, un chat ou un chien inconnu, un cheval ou un âne inconnu, même si c'est votre première rencontre avec, vous pouvez le caresser. Moralité : vous êtes plus proche d'un chat, un chien ou un cheval ou un âne inconnu que d'un homme, une femme ou un enfant inconnu. Est-ce bien normal ? D'où vient et comment s'exprime ce dérangement ?

Le toucher entre humains adultes est assimilé à l'appel au coït. Et l'appel au coït à l'obligation de baiser. Les hommes surtout, plus que les femmes, semblent parfois ne penser qu'à ça vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours par semaine et douze mois par an. D'où vient cette obsession ? Est-elle naturelle ? Et sinon depuis combien de temps et comment s'exprime cette obsession ?

Les chercheurs ont retrouvé les traces de l'apparition de l'élevage. C'était il y a vingt mille ans. Les humains connaissaient donc dès ce temps-là le possible pouvoir fécondant de l'acte sexuel. Ils connaissaient la durée de la gestation féminine ou animale. En revanche les humains ne comprenaient autant dire rien à l'ovulation. C'est seulement vers 1845 que deux humains, les médecins français Félix-Archimède Pouchet et Charles Négrier, ont décrit pour la première fois le mécanisme de l'ovulation féminine ou animale. Il s'est donc passé au moins vingt mille ans durant lesquelles les hommes ont connut ignorance et stupidité concernant l'ovulation. Et d'abord ont pensé que la femme était un récipient passif, une sorte de terre vivante recevant la semence humaine masculine active. L'homme a cru durant au moins vingt mille ans qu'il était le seul acteur actif de la reproduction humaine. Cette absurdité lui a valut de tomber dans l'obsession coïtal et le mépris des femmes. L'homme divisé, disloqué, la femme niée, tel a été le prix de ces au moins deux cent siècles d'ignorance. C'est là l'origine du machisme et des violences faites aux femmes.

Depuis Pouchet et Négrier l'Humanité ne s'est pas corrigée. Harcèlement sexuel, violences diverses sont toujours là. Les hommes confondant très fréquemment la masturbation masculine dans un orifice naturel d'un autre avec le fait de « faire l'amour ». Pour faire l'amour, il faut un désir authentique et réciproque. Ce n'est la plupart du temps pas le cas quand survient la conjonction sexuelle de deux humains.

Reconnaître effectivement à la femme son rôle actif dans la reproduction et sa dignité sera le premier pas pour entrer enfin dans la Civilisation. Tant que la maltraitance des femmes par les hommes durera aucune paix ne sera possible. Le conflit immémorial entre l'homme ignorant et la femme opprimée par lui s'exprime notamment dans le très étrange traitement du toucher. Si le toucher se libère, par exemple dans la danse en couple, les égouts de la conscience humaine ont tendance à remonter à la surface de la conscience individuelle. Ça peut être très violent. Cette prise de conscience de certaines choses bloquées surgissant dans la conscience de l'être humain engagé bien malgré lui dans le conflit antique entre l'ensemble des hommes avec l'ensemble des femmes.

La libération même partielle et ritualisée du toucher dans la danse en couple tend à ôter le bandeau de l'inconscience des yeux et de la perception générale de l'être humain. Ce travail sur soi par le toucher est plus direct et ciblé que tous les discours verbaux et n'a pas les effets secondaires des drogues pharmaceutiques qui assomment le malaise et le malade avec.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 mars 2018

lundi 26 mars 2018

921 L'amour est une fleur sauvage qui ne pousse pas dans les jardins

Quantité de personnes qui n'ont jamais vraiment rencontré l'amour ou su « le conserver » vous explique, avec beaucoup d'aplomb, comment vous devez faire pour y arriver. Ou approuve chez les autres « d'excellentes méthodes » qui avec elles n'ont jamais fonctionné. Ils usent aussi du « discours des évidences » : « il faut être sérieux », « on n'est pas fait pour vivre seuls », etc. Et s'élève le discours des lamentations de ceux et celles qui n'y sont pas arrivés. Et qui finalement quelque part espèrent que surtout personne autour d'eux n'y arrivent. Je connais des personnes fort aimables que je soupçonne fort de chercher à « casser la baraque » de tous ceux ou celles qui risqueraient de vivre quelque chose de positif et humain en amour. C'est même un espèce d'automatisme chez elles. C'est pourquoi il y a intérêt souvent à se taire et aussi à se boucher les oreilles quand on vous encourage à aborder le sujet souvent perturbé et délicat de « nos amours ».

Combien la vie dite « privée » tend à ne pas l'être ! « Tu as une nouvelle copine, dis, tu as une nouvelle copine ? » « Tu es pressé de rentrer chez toi ce soir, quelqu'un t'attend ? » Les regards des autres sont souvent braqués dans nos slips, en toute amitié, bien entendu... Je crois qu'il est juste d'éluder les réponses, pourquoi ? Parce que ce qui arrive avec le contenu de nos slips, y compris si rien n'arrive, ne concerne pas les autres.

Mais qu'est-ce que l'amour ? Les définitions qui pullulent sont bancales. Pourquoi ? Parce que ce sont des définitions. Je m'explique : peut-on définir un rosier en indiquant la taille précise que doivent avoir chacune de ses feuilles au millimètre près ? Bien sûr que non. Les définitions de l'amour prétendent justement à ces définitions. Le vivant ne se définit pas ainsi, justement parce qu'il est vivant. L'amour est un sentiment vivant, pas un contrat d'assurances. Et combien de gens voudraient qu'il ressemble à un contrat d'assurances. Ainsi pour exemple je donnerai un remarquable fiasco : deux individus de sexe opposé s'aiment d'amitié, se racontent leurs vies, se retrouvent souvent ensemble, tout l'entourage est persuadé qu'ils sont « ensemble ». Ces deux crétins vont se dire : « et si nous formions un couple ? » Donc : on déclare à la cantonade « qu'on est ensemble », on s'installe dans un logement commun, on baise. Et après deux ans de « paradis » arrivent un peu plus de deux ans d'enfer. Et au bout le tout explose et il ne reste rien, pas même l'amitié. Pourquoi ? Parce que ces deux imbéciles ont voulut faire de l'amour un jardin. Il y avait des codes à suivre, exactement comme des pelouses bien tondues ou des buis bien taillés en boules. Or il faut savoir que : « L'amour est une fleur sauvage qui ne pousse pas dans les jardins ».

Autre exemple : quel lien existe entre l'amour et la poésie. Aucun. Vous pouvez délirer joliment à longueur de pages sur une zezette ou un zouzou quelconque, l'amour est ailleurs. Il est au delà des mots. Car les mots, avec leurs règles de fer, sont des petits jardins. Alors, faisons pour notre usage personnel ou le plaisir des autres de jolis petits jardins, de très beaux poèmes d'amour... mais ne confondons pas la poésie et la vie. Je l'ai eu fait jadis et m'en est pris de sacrés retours de manivelles. Les demoiselles poétisées appréciaient mes pensums amoureux. Mais pour le reste prenaient gentiment la fuite. Si vous voulez que la vie vive ne confondez pas la vie avec la poésie. La poésie c'est juste de la poésie. C'est-à-dire pas autre chose qu'un peu de peinture sur une feuille de papier qui n'est rien comparé à la réalité du paysage représenté.

Aimons en conformité avec ce qu'est l'amour : une fleur sauvage qui ne pousse pas dans les jardins. Évitons de commencer à dresser des clôtures et vouloir faire des plantations. Et de planter des écriteaux avec marqué dessus : « propriété privée, jalousie autorisée ». Je connais une demoiselle qui s'extasie devant la jalousie de son amant... gare aux retours de manivelle ! A force de vouloir contrôler la pousse des brins d'herbe dans son jardin, il pourrait finir par ne plus rien y pousser. Mais à nous de savoir ce que nous choisissons : le libre amour ou « la belle prison jardinière ».

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 mars 2018

jeudi 22 mars 2018

920 En marge d'un conflit

Les femmes et les jeunes filles qui vivent à Paris, surtout si selon les critères en vogue elles sont jolies, connaissent de nos jours un climat d'agressions sexuelles permanentes. La société a évolué ces dernières décennies. Par exemple, depuis 1965 en France les femmes mariées, peuvent ouvrir un compte bancaire ou prendre un emploi sans devoir demander l'autorisation à leur mari. Le concept d'« autorité parentale » a remplacé le vieux concept machiste de « chef de famille ». Les mots « macho », « machisme », « féminisme » et « sexisme » se sont vulgarisés et même sont pour certains apparus seulement depuis une cinquantaine d'années.

Petit, je devais avoir sept, huit ou neuf ans, c'était donc en 1958, 1959 ou 1960, en dérivant du mot racisme j'avais inventé le mot « sexisme ». J'en étais tout fier. Je répétais à ma mère à propos de l'inconduite masculine : « mais c'est du sexisme, du sexisme ! » Je m'en souviens très bien. Nous marchions alors, le soir, avenue Denfert-Rochereau de retour du jardin du Luxembourg.

Mais, pour revenir à la situation actuelle des femmes et jeunes filles classées « séduisantes » à Paris : la situation des femmes a évolué, aussi grâce à la légalisation de la contraception orale, de l'avortement et grâce à la féminisation partielle de la police qui a permis que leurs plaintes soient mieux entendues quand elles viennent se plaindre d'agressions machistes. Mais les hommes dans leur immense majorité sont toujours aussi bêtes qu'avant. Je sais de quoi je parle, car il arrive que des femmes rompent le silence qu'elles ont vis-à-vis des hommes en m'en parlant.

Une très jolie fille m'expliquait il y a des années que, quand elle traversait seule Paris, elle était toujours abordée au moins deux fois par un bafouillant : « mademoiselle, mademoiselle ! » émanant d'un quelconque jeune abruti qu'elle pouvait incidemment croiser.

Trois jeunes Parisiennes théâtreuses avec lesquelles je parlais il y a quelques jours de la mauvaise condition féminine actuelle m'ont carrément dit être en permanence sur la défensive.

Il y des années, un artiste peintre qui peignait des aquarelles au jardin du Luxembourg, m'a raconté qu'il était resté estomaqué de constater qu'il y avait dans le jardin certains hommes qui en faisaient le tour et abordaient et importunaient systématiquement toutes les jeunes femmes seules.

Ce qui rejoint le propos d'une voisine de ma rue et d'une dame de mon entourage qui m'ont dit renoncer à aller lire seule dans un grand jardin parisien, car elles se faisaient systématiquement aborder par des abrutis de sexe masculin.

Le machisme est bien présent à Paris et les dernières campagnes médiatiques contre les agressions sexuelles font comme s'il s'agissait d'une minorité d'hommes qui se conduisent mal, alors qu'il s'agit d'un climat relationnel général complètement pourri et habituel. Dont les femmes finissent même par ne plus se plaindre, tant il est omniprésent. La peur du viol n'en est qu'un aspect. Il existe une peur de l'autre qui est imprégnée dans l'ensemble des relations homme-femme, y compris entre des personnes de sexes opposés proches et réciproquement bienveillantes.

Une partie au moins de l'attitude des femmes à l'égard des hommes ressort de la crainte générale régnant dans les relations inter-sexuelles à Paris. Il ne s'agit pas de la peur de l'autre, mais de la peur de se laisser aller vers l'autre, qui attire mais aussi fait peur. Je sais de quoi je parle. J'ai connu durant de très nombreuses années et connaîtrais peut-être encore la peur des femmes, surtout celles qui me paraissent proches.

J'observais récemment une amie quittant une soirée dansante à Paris. Elle a salué affectueusement trois hommes, dont moi, qu'elle connaît. Et ignoré un quatrième, que pourtant elle connaît aussi. Motif visible : celui-ci, au moment de la quitter à un changement de cavalière l'a ce soir-là, d'autorité, pris dans ses bras pour lui faire une sorte de câlin. Mais si en théorie ça devrait être un câlin, dans le climat délétère et machiste régnant ça revient au fait de tâter la viande avant consommation. Je me garderais bien d'agir ainsi avec une femme que j'apprécie et qui ne me connaît pas encore très bien. De même je ne lui donnerais pas à lire les poèmes que j'écris sur elle, si beaux soit-il. Et je réfléchirais à deux et même trois fois avant de lui offrir des fleurs.

Basile, philosophe naïf, Paris le 22 mars 2018


mercredi 21 mars 2018

919 L'appauvrissement du langage amoureux

Du temps de Molière, en France, on pouvait dire ou écrire à quelqu'un « je vous aime » sans que ça signifie une quelconque obligation sexuelle. Un « amant » c'était quelqu'un qui aime d'amour et est aimé. Un « amoureux » quelqu'un qui aime d'amour et n'est pas aimé en retour. « Embrasser » signifiait « prendre dans ses bras ». « Baiser » signifiait donner un baiser. « Faire l'amour » signifiait « faire la cour ». Aujourd'hui la langue de l'amour s'est appauvrit. On ne peut plus dire ou écrire à quelqu'un « je vous aime » ou « je t'aime » sans que ça ait une connotation pré-coïtal. « Amant » signifie qu'on a affaire à quelqu'un avec qui on couche. « Embrasser » signifie donner un baiser. « Baiser » signifie et vulgairement réaliser l'acte sexuel. « Faire l'amour » a la même signification en plus aimable. Il n'existe aucun mot ou expression pour dire qu'on veut ou on va dormir avec quelqu'un. Coucher avec quelqu'un, passer la nuit avec quelqu'un, aller au lit avec quelqu'un, dormir avec quelqu'un a toujours la signification implicite qu'on va s'accoupler avec. Pourtant on peut très bien vouloir dormir avec quelqu'un sans réaliser cette activité.

C'est difficile d'y voir clair quand le langage lui-même est biaisé. Il faudrait redresser le langage qui nage dans une sexualité sommaire implicite. Par exemple j'aimerais que « faire l'amour » signifie avoir une attitude amoureuse sans pour autant nécessairement s'adonner au sport en chambre.

L'amour « libre » c'est aussi la liberté de ne pas chercher le coït à tous prix. Quand le poète Georges Brassens écrit « la bandaison, papa, ça ne se commande pas », je le cite de mémoire, il montre qu'il n'a rien compris. L'érection ne signifie nullement forcément comme il le sous-entend ici, que l'acte sexuel est désiré, que c'est un besoin immédiat et une chose souhaitable. En dépit des discours qui le prétendent, l'érection ne signifie absolument pas forcément qu'il existe un désir concomitant. Quantité de raisons peuvent la provoquer. Si on se croit intelligent de chercher l'intromission du membre raidi dans un orifice naturel d'un tiers, sans qu'il y ait un désir véritable et réciproque, on détruit à terme la relation. Quantité de gens agissent ainsi, y compris de bonne foi. Tôt ou tard ils se retrouvent seuls. Tant pis pour eux ! Ils l'ont bien cherché ! Comme je le dis : « quantité de gens font de très grands efforts pour assurer leur malheur... et leurs efforts sont récompensés ! »

Il faut être à l'écoute de soi et ne pas suivre les discours obtus à la mode. S'il n'y a jamais eu autant de gens qui déclarent aujourd'hui « souffrir de la solitude », il y a bien une raison qui est aussi en eux. Si la compagnie des personnes âgées de cinquante ans et plus va souvent m'ennuyer, ce n'est pas parce qu'elles sont vieilles, mais parce qu'elles sont tristes. A force de faire des bêtises en amour elles vivent mal leur vie. Heureusement il existe des exceptions. J'espère en faire partie.

Avant mai 68 il semblerait que dans le domaine dit « sexuel » tout était interdit, suspect. Après mai 68 il semblerait que tout ce qui était interdit, suspect, est devenu obligatoire. On a remplacé l'interdit par l'obligation. Ce n'est pas mieux. L'obligation, fut-elle baptisée « amour libre », n'est pas la liberté.

Je me souviens d'un tract fameux sorti en 1972 qui faisait l'apologie, schéma joint, de l'acte sexuel. Et de la masturbation qui pouvait « combler l'ennui d'une heure de classe ennuyeuse ». Je ne me rappelle pas avoir vu dans ce tract la moindre allusion aux sentiments. L'acte sexuel y était présenté comme un produit de consommation non relié à une relation. Et il était réglé comme une horloge. Dans les années 1970, une actrice américaine du nom de Jane Fonda écrivait, je cite de mémoire : « faire l'amour est un acte hygiénique au même titre que se brosser les dents. » Le résultat de toute cette soupe idéologique soixante-huitarde est qu'on a remplacé une misère par une autre. Au lieu d'être frustré certains se retrouvent gavés et ne se sentent guère mieux que les frustrés d'hier. Et comme toujours, ce sont les femmes qui vont souffrir en premier. Il faut que ça change.

Basile philosophe naïf, Paris le 21 mars 2018