samedi 15 juillet 2017

817 La relation sexomorphe

Notre culture patriarcale dominante entretient une très lourde confusion entre tactile et « sexuel ». Elle nie le langage tactile pour en faire une annexe de la relation sexuelle. En résumé, la caresse entre adultes ne serait que l'antichambre du coït. En vertu de cette aberration, d'innombrables humains de bonne foi croient bien faire en jouant aux petits soldats du sexe. Dès que l'acte sexuel est « techniquement » envisageable, ils croient indispensable de s'y lancer, y compris quand l'envie est absente. Ce faisant, galvaudant, banalisant l'acte sexuel, adoptant un comportement consumériste, ils déstabilisent la relation, rongent sa base et s'acheminent vers des troubles relationnels et la douloureuse rupture finale, vécue comme d'origine incompréhensible.

La réalité, qu'ils n'arrivent pas à percevoir, est qu'il existe plusieurs types de relations, qu'ils ignorent. Il existe une relation tendre, une relation sexomorphe et une relation sexuelle. La relation tendre se suffit à elle-même. La relation sexomorphe à laquelle elle peut conduire, comme son nom l'indique, ressemble à la relation sexuelle qui comprend l'acte sexuel, mais ne comprend pas ce dernier. C'est une différence fondamentale. L'acte sexuel n'est pas un acte anodin et ne doit être réalisé que dans de bonnes conditions et suite à un désir authentique et réciproque.

De nos jours, la pensée unique nous serine à longueur de pages le mérite du soi-disant « épanouissement sexuel », et ignore la relation sexomorphe, mot que j'ai dû inventer. Le soi-disant épanouissement sexuel nécessiterait de faire de l'acte sexuel un objet jouissif consommable le plus souvent possible. Cette himalayenne ânerie est colportée par d’innombrables sites Internet, livres, vidéos, etc. Il faut baiser, c'est un ordre ! Hier on préconisait d'éviter l'acte sexuel qui devait nous épuiser s'il était pratiqué trop fréquemment. Aujourd'hui la teneur du discours normatif est inverse.

Une brave dame américaine a même écrit : « faire l'amour régulièrement est une question d'hygiène, comme se brosser les dents régulièrement. » Une dirigeante révolutionnaire russe se vantait de ce que pour elle « faire l'amour ne l'impliquait pas plus que boire un verre d'eau ». Je les cite de mémoire. Et bien non, le rapport sexuel humain n'est pas équivalent à l'ingurgitation d'un verre d'eau ou à un brossage dentaire !

Il faut commencer par dénoncer un mensonge : celui de nous faire croire que nous pouvons décider de « faire l'amour » si la chose est techniquement possible, indépendamment du reste. C'est faux. Quand l'apparence de l'acte sexuel a lieu sans être l'expression d'un désir authentique et réciproque, il ne s'agit alors que d'une masturbation effectuée dans l'orifice naturel de quelqu'un d'autre. Ce n'est pas du tout ce que ça prétend être.

Il suffit le sachant d'aller voir des sites pornographiques sur Internet. Les personnes qui en échange d'argent font des galipettes sexuelles devant les caméras et les appareils photos s'emmerdent tellement visiblement qu'on se lasse très vite de ces caricatures de sexualité. Sans compter qu'en dépit des « oh ! », des « ah ! » et des « my God ! » prononcés par ces hommes et ces dames, surtout ces dames, il est absolument évident que cette agitation est parfaitement frigide.

Ce qui est très triste, c'est que quantité de jeunes gens et jeunes filles, et hélas même d'enfants, se gorgent de telles fumisteries sur Internet. Ils croient apprendre ainsi ce que serait « la vraie sexualité ». J'ai même eu affaire un jour à une jolie jeune fille qui m'a proposé de faire avec elle les « travaux pratiques » correspondants. Je n'ai pas donné suite à son offre. Elle ne s'en est pas offusquée. Il faut revenir aux grandes réalités chaleureuses de la tactilité, et pourquoi pas ? À l'occasion en venir à une relation sexomorphe. Qui ne conduit pas du tout nécessairement à la relation sexuelle authentique, la seule relation sexuelle qui existe vraiment.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 juillet 2017

816 La langue tactile universelle

Quelle est la langue de communication entre les enfants ? La langue tactile. Entre les enfants et les grandes personnes ? La langue tactile. Entre les grandes personnes et les enfants ? La langue tactile. Entre l'homme et la femme ? La langue tactile. Entre les femmes ? La langue tactile. Entre les hommes ? La langue tactile.

Une fait arrivé m'a été rapporté. Un jour un groupe d'enfants français ne parlant que le français et un groupe d'enfants allemands ne parlant que l'allemand se rencontrent, en marge de la rencontre entre leurs parents respectifs. Les enfants se mettent à jouer ensemble, très joyeusement et sans aucun problèmes. Ils s'apostrophent dans leurs langues respectives et visiblement communiquent ! Mieux encore et plus étonnant : à un moment-donné un des enfants français va voir ses parents et leur dit : « cette petite fille allemande veut qu'on lui donne un carton pour faire avec un garage pour ses voitures. » Il s'agissait, bien sûr, d'autos miniatures jouets. C'était exactement ce que la petite fille voulait. La personne qui m'a rapporté cette rencontre s'étonnait de la capacité de ces enfants à se comprendre et jouer ensemble en dépit des différences linguistiques. L'explication qui donne la réponse à l'énigme est simple : la langue de communication universelle était celle utilisée entre ces enfants : la langue... tactile. C'est aussi une langue très utilisée entre les enfants jumeaux.

Quoi de plus solennel que la prestation officielle d'un président de la République le jour d'une fête nationale ? Hier, Macron se retrouve lors de ces festivités officielles face à un enfant qui sanglote. Il le prend affectueusement par la tête et le cou avec ses deux mains, lui sourit et lui parle. Le journal qui rapporte ce fait avec la vidéo, précise : « ça s'est passé hors micro. On ne sait pas ce que le président a dit à cet enfant. » Mais l'essentiel se voit. C'est du langage tactile.

Le langage tactile est utilisé couramment dès qu'une forte émotion surgit. Joie de marquer un but durant un match de football : les joueurs s'étreignent. Grand chagrin, souffrance : on prend l'autre dans ses bras, on lui prend la main et on la conserve serrée dans la sienne.

Les enfants sont plus proches du langage tactile que les grandes personnes. Je me souviens avoir croisé un jour trois garçonnets hauts comme trois pommes. Ils avançaient hardiment en ligne, celui encadré au milieu tenant solidement les deux autres par le bras autour du cou de chacun d'eux. On voyait bien que c'était trois copains.

Les femmes sont plus proches que les hommes du langage tactile. On le voit bien en France. Une femme tient une amie par la main dans la rue, ça ne frappe personne. Si deux hommes font la même chose, on les regarde tout de suite, pas forcément de travers, comme deux homosexuels.

Je me souviens d'un ami que j'ai perdu de vue. Il était d'une autre culture que française. C'était un Kabyle. Il lui arrivait de me prendre affectueusement par le cou, et aussi me faire la bise. On ne sentait aucune ambiguïté. Il n'y avait rien de « sexuel » dans son geste. Plus surprenant : j'ai eu une camarade canadienne à l’École des Beaux-Arts de Paris qui au lieu de me faire la bise, m'embrassait sur la bouche. De sa part, ce n'était pas du tout une invite sexuelle. Elle paraissait le ressentir comme ça, et je le ressentais pareillement. C'était un vrai plaisir. Nous étions en marge du monde.

Les hommes ont beaucoup de mal pour parler tactile avec les autres hommes. Ils compensent leurs difficultés par la violence et c'est très dommage. À défaut de se faire des caresses ils se font la guerre, physique, économique, sociale. Quand un homme a une amoureuse, spontanément d'autres femmes viennent vers lui, car elles ressentent cette situation comme une ouverture tactile. On a l'impression qu'elles draguent. L'explication est tactile et n'est pas aussi simple que ça.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 juillet 2017

vendredi 14 juillet 2017

815 Pourquoi est-il si difficile d'aider les victimes de viols ?

Quand nous naissons et durant nos premières années de vie, nous jouissons pleinement du premier et du plus important de très loin des moyens de communication humains : la peau et les muqueuses, qui servent au langage tactile.

On va vers l'âge de quatre ans environ faire taire notre peau et nos muqueuses, les empêcher d'écouter et de s'exprimer. En nous habillant et interdisant largement leur vue. Et plus encore en interdisant très largement le toucher de la peau ou des muqueuses. Tirer la langue sera même prohibé, sauf chez le docteur ou pour lécher une glace. C'est le sevrage tactile. Il est très violent.

Vers l'âge de douze, treize ans la barrière tactile tendra à être rompue par nous et par d'autres éléments extérieurs. Mais le hiatus tactile des années largement privées de toucher vont nous laisser analphabètes tactiles. Nous ne saurons ni toucher, ni être touché. La mal éducation sexuelle ajoutera au désordre et à l'insatisfaction.

Le langage tactile sera abusivement présenté comme le prélude obligatoire au coït. Le toucher sera chose mineure. Et la pénétration du pénis dans un orifice naturel d'un tiers sera considérée comme « la chose sérieuse »... Le langage tactile sera ravalé au rang d'activité pré-éjaculatoire.

Toutes les réactions telles que la turgescence des mamelons des filles ou l'érection chez les garçons seront abusivement assimilées à un appel immédiat au coït, ce qu'ils ne sont pas dans la plupart des cas.Si un garçonnet, un bébé bande, personne ne parlera de coït. Mais allez expliquer que le coït n'est pas à l'ordre du jour s'il s'agit d'un jeune homme de quinze ans !

La « Nature », l' »inévitable », la 'jeunesse », le « plaisir », le « devoir conjugal », le « profiter de la situation », le désir supposé de l'autre, etc. seront appelés à la rescousse en guise de justificatifs de la conduite « droit au but ». Mais que se passera-t-il en cas de viol ? Crime hélas des plus courants.

Les adultes croient très souvent que le toucher entre adultes est « sexuel ». La personne agressée sexuellement va avoir horreur du sexe. Pour la soigner, traiter son traumatisme, il faut la toucher. Mais le toucher est abusivement assimilé au sexe. Il y aura alors blocage.

On ne proposera rien pour soigner la victime, ou alors d'user de la parole, ce qui est dramatiquement insuffisant. Au point qu'on peut souvent parler de « blablathérapie ».

Les victimes de viols ont besoin d'une rééducation tactile en usant d'un toucher neutre. Toucher que quelquefois ils n'ont plus connu depuis leur petite enfance. Il faudra user de protocoles spéciaux afin de ré-apprivoiser ou apprivoiser la victime, la violée, au toucher. C'est une véritable rééducation. Comme je l'ai déjà esquissé, ça pourra prendre la forme d'une situation ou la violée sera assise confortablement, habillée normalement, dans un lieu bien éclairé. Une personne de confiance tiendra une main de la violée. Cependant que le soignant touchera de la façon la plus agréable possible l'autre main et l'avant bras correspondant. Le tout durant une vingtaine de minutes à chaque séance. Si un des participants s'en ressent mal, la séance sera aussitôt arrêtée sans que qui que ce soit ait à donner une explication ou une excuse. Une amie à qui je décrivais ce dispositif l'a trouvé intéressant et a aussitôt proposé que ce soit la main et le bras entier qui soit agréablement touchés. Elle n'a pas souhaité fixer de date pour un essai. Le débat est à présent ouvert. Il va être possible de passer de la théorie à la pratique et commencer à soigner les très nombreuses victimes de viols ou agressions divers qui nous entourent.Elles n'ont la plupart du temps jamais été soignées et traînent quelquefois leurs problèmes depuis des dizaines d'années.

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 juillet 2017

jeudi 13 juillet 2017

814 Les dénis de viols

Nous sommes environné de victimes d'agressions sexuelles, y compris à Paris, et faisons comme si de rien n'était. On peut envisager que son voisin ou sa voisine a été cambriolé, escroqué, fait voler son portefeuille par un pickpocket ou fait dérober sa voiture par un voleur, mais pas qu'il a subi le plus répandu des crimes : le viol, l'agression sexuelle. Pourtant les indices éclatants abondent.

Une seule fois dans ma vie ma mère, il y a bien des années, j'étais déjà « grand », m'a posé cette question : « Petit, tu riais tout le temps, puis un jour ça s'est arrêté brusquement, pourquoi ? » Je n'ai pas su quoi répondre. J'avais oublié quand je riais tout le temps. Et cet arrêt, je l'ai compris bien plus tard, corresponds très certainement à la série d'agressions que j'ai subi et que j'assimile à un viol.

Si même une mère attentive n'arrive pas à identifier ce qui arrive ainsi à son enfant, on comprend que les victimes tardent souvent à s'identifier et être identifiées comme telles. Sans motifs visibles, cesser de rire tout le temps est un indice.

Une mère me décrit le comportement d'une de ses filles. Soudain elle a commencé à avoir une horreur très vive du toucher. Et s'est inquiété pour sa sécurité au point de s'entraîner intensivement à un art martial très violent. Et elle enchaîne des relations « amoureuses » décevantes avec des machos. Relations qui ne sont que des plans cul avec l'alibi de la recherche de « l'amour ». Elle se justifie auprès de sa mère en disant que pour juger un homme il faut absolument coucher avec.

Là nous avons trois symptômes témoignant de l'agression ou des agressions subies. Et la mère n'y voit rien de tel. Il faudra que j'arrive à lui ouvrir les yeux, ce qui est une tâche plutôt pénible.

Une vendeuse dans un magasin que je fréquentais il y a des années m'accueillait ainsi : une fois, extrêmement câline, l'autre froide comme un iceberg. Bien plus récemment, une jolie fille fait ma connaissance et est limite séductrice. Me propose de prendre un jour un café ensemble. Puis subitement plus rien, devient une sorte de glaçon agressif. Un jour je lui touche très légèrement l'épaule pour attirer son attention et l'effraye. Le toucher lui fait peur. Et son attitude avec moi a varié sans raison. Encore ici une victime de viol, ou de sa tentative ou d'un geste agressif apparenté.

Une dame et une jeune fille que je connais ont un caractère très dur. Par ailleurs j'ai su que l'une a été violée enfant et l'autre agressée nombre de fois à un âge plus avancé. Pour moi leur caractère est hérité de ces événements. Dans leur entourage personne ne le dit, pourtant c'est évident.

Certaines victimes combinent des élans chaleureux et tendres avec des attitudes inverses. Ou des gestuels bizarres. Une jolie fille qui a été agressée très jeune témoigne d'une sorte d'horreur de la bise, pas avec tout le monde, mais avec au moins une personne. Qui pourtant ne lui a rien fait de spécial.

Il existe des petits signes et des signes de plus grande ampleur qui témoignent très exactement de ce que c'est « cassé à l'intérieur ». Ce qui ne signifie pas que ce n'est pas réparable. À condition de chercher à le faire. Ce qui nécessite l'emploi de protocoles tactiles particuliers.

Quelquefois ces protocoles sont spontanés mais d'ampleur limitée. L'assistant d'un dentiste pose la main sur l'épaule d'une cliente soignée et angoissée et la calme aussitôt. La poignée de main chaleureuse d'un très bon et sage patron d'un petit restaurant me réconforte subitement. On a à faire ici à des échanges, partages, transmissions d'énergie par la médiation tactile. Nous avons besoin du toucher, de donner, recevoir, échanger, partager du toucher, et en sommes très souvent privés.

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 juillet 2017

813 Soins aux victimes

Prétendre que le toucher entre adultes est « sexuel », c'est à dire axé sur le coït, formerait un « préliminaire » au coït, est aussi réducteur que déclarer que la langue a pour unique fonction de faire des « avances sexuelles », des déclarations d'amour et des demandes en mariage.

Quand on observe un humain affamé tactilement, on a parfois la réaction consistant à penser qu'il est malade. Non, il a faim, tout simplement. Quand on a faim de nourriture, on est affamé, on n'est pas malade. Et si on ne mange pas durant un certain temps on finit y compris par en mourir.

Sur certains sites Internet consacrés au viol et à aider les victimes de viols, on parle de plein de choses. Mais on n'avance rien sur les soins à apporter aux victimes.

Un viol laisse une blessure. Une blessure ne se soigne pas avec des mots, mais avec des gestes.

Nous sommes environnés de victimes de viols, quand nous n'en faisons pas y compris partie. J'ai été violé à sept ans, à Paris, dans le cadre familial, ma mère l'a été à l'âge de dix ans, à Odessa durant la guerre civile. J'ai rencontré plusieurs fois des femmes qui m'ont parlé de leur viol ou tentative de viol, ainsi que d'autres qui en présentaient les symptômes sans parler de ce qui leur était arrivé.

Il semble que certains s'offrent la facilité de croire qu'il suffit que le coupable soit dénoncé et puni pour en finir avec une affaire de viol. Mettre en prison un agresseur n'a jamais guéri ses victimes. Il faut des soins et plus que du blabla thérapeutique à portée limitée.

Le soin des victimes de viols débouchera sur la guérison de quantités d'autres problèmes de santé. Y compris qu'on ne considère aucunement liés à la « sexualité ».

Les pionnières de la légalisation de l'avortement en France, comme le MLAC, on forcé la main au gouvernement en pratiquant ouvertement des avortements. Le pouvoir était alors arraché aux médecins et au pouvoir politique. Ça a duré un temps. Jusqu'à ce qu'avec la loi Veil de 1975 le pouvoir politique et médical masculin reprenne la main.

S'agissant des soins accordés aux violées, il faut suivre l'exemple des pionnières de l'avortement. Prendre nos affaires en main. Que les femmes s'emparent de la maîtrise des soins à accorder aux violées.

J'ai proposé des thérapies de reapprivoisement au contact physique. Il reste à les tester. Elles ne suivent pas la mode qui rétrécit les soins aux seuls échanges verbaux et à l'écoute auditive.

On ne soigne pas la blessure du viol avec des mots. Il faut des gestes. Sans pour autant chercher à forcer la guérison. Il faut agir en douceur, par respect des malades et des processus de guérison. On ne va pas « changer en bloc le monde », on va chercher à réduire la souffrance humaine, et ainsi on améliorera le monde. Où et comment introduire la thérapie tactile dont j'ai esquissé la description ? Telle est la question posée à présent. Il est nécessaire de passer de la théorie à la pratique. La difficulté rencontrée sera la force de l'habitude et de la résignation. Sans compter le conflit d'intérêts avec ceux qui utilisent les traitements basés sur la parole et ne souhaiteront pas voir se développer des modes d'action qui leur ôteront leur travail. Un conflit aussi est en vue avec les laboratoires pharmaceutiques dispensateurs de drogues chimiques diverses, qui ne soignent pas, mais anesthésient. Guérir peut contrarier ceux qui veulent conserver le monopole des soins. Quitte à ce qu'ils privent pour cela les malades de soins efficaces mais non rentables financièrement.

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 juillet 2017

mercredi 12 juillet 2017

812 Toucher et parole, langage et caresses

Depuis 1986, soit depuis plus de trente ans, je me suis interrogé sur le toucher entre humains adultes. C'est seulement avant-hier que j'ai pu définir ce qu'il est : le principal moyen d'expression et de perception humaine et également le plus négligé, maltraité, mal et faussement interprété.

Il est intéressant de voir comment ce moyen d'expression est qualifié avec un autre moyen d'expression : la parole.

Une expression existait en français, qui a évolué et disparu dans son sens originel il y a très longtemps : « être en goguette. » Qui signifiait « être en caresses avec une femme ». Aujourd'hui il n'existe plus aucune expression signifiant la même chose. Et « être en goguette » signifie faire la fête, être un peu saoul à cette occasion.

Divers mots et expressions ont évolué dans leur sens : « faire l'amour » signifiait « faire la cour », aujourd'hui ça signifie pratiquer le coït. « Embrasser » signifiait serrer dans ses bras, aujourd'hui ça signifie donner un bisou. « Baiser » signifiait donner un bisou, ça signifie aujourd'hui pratiquer le coït. Sucer a pris souvent le sens spécialisé et restrictif de faire une fellation ou un cunnilingus.

Dormir avec quelqu'un peut être très agréable. Aujourd'hui il n'existe rigoureusement aucune expression permettant d'en parler. Passer la nuit avec, dormir avec, aller au lit avec, coucher avec, signifie immanquablement baiser.

Pour mesurer le mauvais sort fait au langage tactile entre humains adultes, il faut le comparer avec le langage verbal.

Que diriez-vous s'il était considéré comme abominable de parler avec ses proches : père, mère, frère, sœur, fils, fille ? De même si c'était condamné de parler avec des personnes de même sexe que vous, ou très jeunes, ou très âgées, ou handicapées, ou bien plus riches que vous ?

C'est ce qui se passe avec le langage tactile, le plus souvent assimilé, associé abusivement au coït.

Que diriez-vous si vous n'auriez le droit durant votre vie adulte à ne parler qu'avec une unique personne, parce que sa conversation serait agréable et intéressante ? Quarante, cinquante ou soixante ans à ne parler et régulièrement qu'avec un unique interlocuteur ou une unique interlocutrice ? C'est ce qu'on cherche à nous imposer avec les câlins.

Si vous prétendriez parler à plusieurs personnes, vous voilà aussitôt qualifié d'être désordonné, faisant « n'importe quoi. » La prohibition des câlins avec les très jeunes crée des traumatisés qui vont des décennies plus tard se lamenter rétrospectivement : « mon père, ou ma mère, ne me faisait jamais de câlins. » J'en ai rencontré.

Les câlins sont pourchassés et en même temps servent de « carte d'identité ». On voit souvent des personnes se présenter en se définissant comme : « la petite amie de untel » et plus rarement comme : « le petit copain de unetelle. »

Le mauvais traitement des câlins paraît avoir son origine dans le patriarcat. Cette perversion de la société humain toute entière prétend assurer la domination de l'homme sur la femme. Pour quel avantage ? Une femme de ménage et une assistante maternelle à domicile, pour s'occuper des enfants et... une pute à domicile. Qui doit assurer un « service » de câlins sexuels à domicile.

Basile, philosophe naïf, Paris le 12 juillet 2017

lundi 10 juillet 2017

811 Le premier moyen d'expression et communion humaines

Il y a des années j'ai eu connaissance d'une expérience. Dans un supermarché, sans prévenir la clientèle, on demanda aux caissières de se diviser en deux sortes différentes. Les premières, en rendant la monnaie aux clients devaient s'appliquer à le faire en leur touchant la main. Les secondes devaient le faire en évitant de toucher la main de leur client. Des sondeurs interrogeaient les clients à la sortie pour savoir quelles caissières leur paraissaient les plus sympathiques. Les caissières du premier groupe furent trouvées très majoritairement les plus sympathiques, agréables, communicatives...

Ce résultat ne doit pas nous étonner. La peau est le principal organe de communication, expression, réception, communion humaines.

Chez les humains adultes, cet organe de communication, expression, réception, communion est neutralisé très largement par les vêtements, les règles régissant « la pudeur » et l'interprétation comme quoi le contact, le toucher, la caresse, l'étreinte dans les bras, le bisou, le contact avec la bouche et la langue en général constituent forcément une invite sexuelle, un « préliminaire » au coït.

Cette prétention à laquelle on nous habitue dès très jeune est en fait aussi baroque et ridicule que celle qui prétendrait que l'expression verbale a pour seul et unique objet de faire des « avances » sexuelles.

Il est difficile de réaliser l'ampleur et le caractère des problèmes causés par la prohibition du toucher, l'exil des humains adultes au milieu d'une peau qu'on évite largement de toucher ou utiliser pour toucher. Des troubles nerveux, comportementaux, voire qualifiés de « psychiatriques » doivent trouver ici leur source ou la source de leur aggravation. Que faire alors pour améliorer la situation ?

Il ne s'agit pas de dire aux gens d'aller faire des bisous dans le cou à tout le monde. Il existe un conditionnement et des traditions qu'il ne s'agit pas de chercher à éliminer, mais plus réalistement de soigner les conséquences les plus graves de ce silence dermique imposé.

Mettre au point des protocoles curatifs tactiles qui contournent les obstacles culturels. Pour traiter des personnes en souffrance, et il y en a ! Par exemple toutes celles qui à un moment donné de leur vie ont éprouvé une grande peur, souffrance, déception causée par un autre être humain. Ou on subit ou eu peur de leur violence, notamment sexuelle, mais pas seulement.

Aujourd'hui on prétend soigner nombre de ces problèmes par la parole et l'écoute auditive. Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, cette méthode pour soigner des blessures physiques et – ou – morales, me fait penser au traitement de la fracture d'un os avec des chansons. Ça peut faire du bien, mais on passe à côté d'une part essentielle du geste curatif.

Nous sommes environnés de personnes plus ou moins blessées à un moment donné de leur vie, dont on n'a jamais soigné sérieusement la blessure. Sans parler de la blessure que représente le silence dermique imposé par la société. Silence dont on n'a le plus souvent même pas conscience. Un peu comme une personne affamée qui a toujours eu faim et ne réalise pas qu'il lui manque quelque chose.

Le traitement, ou les traitements, du silence dermique permettront de mieux connaître et soigner les humains. Les soignants eux-mêmes devraient y trouver par force une amélioration personnelle de leur état général. Ils s'enrichiront en donnant.

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 juillet 2017