lundi 5 juin 2017

779 Le syndrome de l'ESPTC à l'origine de bien des choses

Les humains il y a très longtemps, plus que les premières civilisations connues ayant une écriture dont il reste des traces, ont fait l'horrifiante découverte de l'universalité et l'inéluctabilité de la « fin de vie ». Ils ont aussi découvert l'implication de l'accouplement dans l'origine de la grossesse et de la parturition. Ces deux découvertes ont appelées une conclusion également terrifiante : les mères, qui protègent, engendrent des enfants mortels. Et ne les protègent pas pour éviter l'issue fatal. C'est « la trahison des mères ». Ces trois découvertes vont traumatiser l'Humanité et plus particulièrement sa partie masculine, qui va se débattre devant cette perspective insupportable. Ce sera l'occasion d'un traumatisme tyrannique et fondamental. Il générera l'état de stress post-traumatique de la Civilisation, l'ESPTC. L'ESPTC joue un rôle essentiel dans la naissance de tous les comportements humains, qu'ils soient classés troublés ou non. Il intervient aussi bien dans des troubles psychologiques voire psychiatriques, que dans le patriarcat dont il est l'origine et la source d’énergie. En Histoire il cause les guerres, les révolutions et toutes les formes de violences qui viennent perturber la vie des humains.

Si on vous dit qu'un certain conflit précis d'intérêts est à l'origine d'une guerre, on ne donne pas la bonne explication. Un autre conflit d'intérêts similaire et même beaucoup plus violent, ne générera pas une guerre... pourquoi ? Parce qu'en fait c'est la combinaison de l'ESPTC rencontrant des motifs de conflit qui amène l'éclatement de celui-ci. Sans l'ESPTC il n'y a pas de conflits.

L'ESPTC explique la violence des réactions humaines qui sont expliquées autrement voire restent inexpliquées, par exemple : contre la nudité publique. Elle est en théorie très lourdement condamnée par la loi française. Et dans une île qui s'appelait alors la Terre de Van Diemen et porte aujourd'hui le nom de Tasmanie, les colons anglais découvrirent une population locale qui vivait nue. Ils en conclurent qu'étant nus, ça ne pouvait pas être des humains. Ils exterminèrent ces humains nus en pratiquant l'équivalent de la chasse au renard telle qu'elle se pratique en Angleterre. Une chasse sportive et distractive pour massacrer ces non-humains parce que vivants sans vêtements. Pourquoi une telle brutalité ? A quoi ressemblaient les massacreurs ? Sans doute à ces riches cavaliers et cavalières que j'ai aperçu avec une copine sur le champ de courses anglais de Plumpton durant l'été 1979. Nous y campions et étions visiblement d'origine modeste. Le rassemblement de cavaliers et cavalières était formé de gens riches. Comme nous nous en approchions, nous avons senti un extraordinaire mépris envers nous émanant de ces riches personnes, y compris les très jeunes filles. Ce sont les aïeux de tels riches qui chassaient jadis l'homme nu sur cette grande île au large de l'Australie. Nier la nudité, la condamner, c'est parce qu'on a peur d'elle. Pourquoi ? Parce qu'elle entre en résonance avec l'ESPTC en nous rappelant notre caractère d'êtres à chair molle, putrescible et à date de conservation limitée, c'est-à-dire mortels. Avoir peur des humains, nus ou pas, c'est être saisi par l'ESPTC. Ce qui explique la violence des réactions. On pourra aller plus loin en assimilant le pauvre, même habillé, au nu, qui n'est pas riche et habillé. Le riche qui n'est pas ou tout au moins prétend n'être pas mortel. En fait voudrait bien ne pas l'être, mais n'y arrive pas.

L'ESPTC amenant à chercher à fuir la mort engendre le patriarcat qui veut dominer, nier, opprimer la femme coupable d'engendrer des bébés mortels. Ce qui explique le traitement dramatique de tout ce qui se trouve associé de près ou de loin au « sexe ». Le sexe c'est la gestation en vue et la naissance au bout. Et, au bout de la naissance et de la vie qui suit, la mort. Donc le sexe c'est la mort. Et la « coupable » du sexe qui donne la mort c'est la femme qui engendre des enfants mortels. Tout ceci n'étant pas clairement explicité dans l'esprit de chacun. Mais l'ESPTC est là et bien là.

D'autres personnes entrent en résonance avec l'ESPTC : les trans et les homosexuels masculins. Ils rappellent à ceux qui les regardent, leur ESPTC. D'où les réactions moralement voire physiquement ultra violente de beaucoup d'hommes qui les rencontrent. L'homophobe souffre de l'ESPTC et est comme un malheureux assiégé. Il ne supporte pas « la trahison » de ceux qui désertent son camp.

Pour supporter l'ESPTC, les hommes useront de drogues. L'une d'elle sera la domination. Avoir le sentiment de dominer l'autre permettra l'illusion rassurante et momentanée qu'on échappe à la mort. La recherche de la domination s'accompagnera de prétextes. Un jour, un ami chauffeur de taxi parisien de nuit, charge un client qui est policier.

Ce dernier observe le chauffeur et lui dit au bout de pas très longtemps : « vous, Monsieur, vous ne serez jamais attaqué. » Et il l'explique par le fait que, certes, quand on attaque un chauffeur de taxi c'est pour lui voler sa recette. Mais on l'attaque aussi d'abord pour le dominer. Comme ce chauffeur avait un caractère d'un calme extraordinaire, d'une bonhomie sans pareil, il ne laissait pas voir une faille allant dans le sens d'une domination par un agresseur éventuel. Ce qui calmait celui-ci. Par ailleurs, il est arrivé à ce chauffeur plusieurs fois de charger des jeunes loubards qui, une fois arrivé à destination dans une lointaine banlieue, lui ont déclaré : « à l'origine on pensait vous agresser, mais vous y êtes si sympa que nous y avons renoncé. »

Alors que l'argument social est donné pour expliquer la délinquance, on voit ici que sa racine est psychologique : la volonté de dominer l'autre, expression du malaise de l'ESPTC. Contrôler, dominer, nier l'autre pour se sentir... un peu sauvé, immortel. La peur et non l'appât du gain à l'origine de l'agression, quand bien-même l'agresseur aurait le sentiment de manquer d'argent.

Quand la possibilité de s'emparer d'un pouvoir, de dominer l'autre est là, la violence surgit. Quand cette possibilité n'existe pas, les relations se positivent. On le voit bien quand l'enjeu de pouvoir n'existe pas parce que le groupe est et veut rester petit. Ce fut le cas des sociétés chantantes en France nommées souvent goguettes. Tant que la loi leur interdisait d'atteindre vingt membres, elles prospéraient. Quand à partir de 1835 il fut autorisé d'aller au delà de vingt, les sociétés chantantes grandirent et finirent toutes par disparaître victimes des ambitions de pouvoirs. J'ai moi-même organisé une société de carnaval à partir de juillet 1998. Tant qu'on était petit, tout allait bien. À partir du moment où on s'est retrouvé à une quarantaine, elle a cessé de fonctionner agréablement. Petit on est fort. Grand on est faible, tel est l'apparent paradoxe. Et quand on est peu nombreux chacun a son importance, ce qui n'est plus le cas quand on se retrouve à vingt ou plus.

Le syndrome d'ESPTC amène la violence sous de multiples formes. Et y compris le suicide et le meurtre. Un paysan gentil et placide me disait que quand il lui était arrivé de tuer un veau, il avait ressenti « un sentiment de puissance extraordinaire. » C'est la recherche de ce sentiment qui explique bien des comportements humains ultra violents, voire tous les comportements ultra violents.

Le syndrome d'ESPTC fini par toucher aussi les enfants. Il existe un syndrome d'ESPTC précoce ou infantile. Il est favorisé par les jeux vidéos violents où on n'arrête pas d'avoir « des vies » et de mourir un nombre incalculable de fois, la pornographie sur Internet qui arrose dès l'enfance, la violence des images du journal télévisé et des images dans la presse, les modes. Le modèle masculin violent et dominateur tendant également à être adopté par certaines filles. Comme je l'ai vu il y a quelques années dans un espace de jeux pour enfants dans un parc d'Asnières-sur-Seine. Une fillette âgée de guère plus de trois ans était mauvaise, violente, méchante avec les autres enfants qui ne lui avaient rigoureusement rien fait.

Tous les problèmes relevant du syndrome de l'ESPTC sont niés, déformés, difficiles à énoncer et dénoncer. Ce qui est pourtant la condition impérative pour parvenir en en prenant conscience à les surmonter. Et ainsi améliorer notre vie et celle de ceux qui nous entourent.

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 juin 2017

dimanche 4 juin 2017

778 La difficulté de jeter et faire de l'ordre

« Moi, je garde tout. » « Je n'arrive pas à jeter. » Voilà des propos qu'il n'est pas si rare que ça d'entendre. Quand quelqu'un a une grande maison, que d'amis le sollicitent pour conserver d'encombrantes affaires qui ne leur servent à rien ! D'où viennent ces tendances étranges à tout conserver ?

Les objets parasites envahissent la demeure de personnes y compris raisonnables. Cartons pleins de papiers inutiles, vaisselle poussiéreuse, médicaments périmés, caisses de livres plus ouverts depuis vingt ou trente ans, bocaux de coquillages ramassés sur la plage, « souvenirs » à n'en plus finir... Plus que nos objets soient à notre service, nous nous mettons « au service » des objets.

L'explication de ce comportement absurde et nuisible à soi et aux autres se trouve dans le patriarcat. Il ordonne de « posséder » l'autre. Or, par définition un être humain ne peut pas posséder un autre être humain. Alors on cherche des compensations. Le comportement le plus spectaculaire consiste à accumuler de l'argent. C'est la chrématistique que dénonce Aristote. Mais ce n'est pas la seule et unique des chrématistiques. À défaut d'être riche et pouvoir garder des coffres-forts pleins de liquidités inutiles, gardons, gardons ! Quoi donc ? Tout et n'importe quoi. L'essentiel est le sentiment, la sensation malade de « posséder ». Par exemple : de la nourriture périmée, des bouteilles de vins alors qu'on ne boit pas, tous les textos reçus dans son téléphone, etc.

Toute la difficultés de jeter, le refus de jeter, a la même origine. Pour se la cacher on trouvera plein de belles excuses. L'une des plus courantes est : « je vais trier »... et on ne trie jamais. C'est de toutes façons trop long et trop difficile de trier. Car en fait on veut conserver des tonnes de choses inutiles dont le seul rôle est de servir de substitut à une possession humaine rêvée et impossible.

Je voulais trier des photos. D'abord je ne m'en sentais pas la volonté. C'était ce matin. Je me suis dit finalement : « chrématistique, poubelle ! » Et tout est allé ensuite très vite. Je n'ai pas eu de peine à éliminer une trentaine de photos.

Les artistes sont souvent miséreux. Parmi ces miséreux un certain nombre qui veulent eux aussi « tout garder ». À commencer par leurs œuvres d'arts. Pas question de les abandonner ! Résultat, on ne vend pas.

Mon père a peint et n'a jamais rien vendu, à ma connaissance. Dans les années 1960, il avait commencé et autant dire achevé une peinture montrant deux drakkars en pleine mer, l'un pourchassant l'autre. Elle était de très grand format. Un ami suisse de mon père, en visite chez nous, regarde le tableau et demande combien il coûte. Il veut manifestement l'acheter et en a les moyens. J'étais présent. Mon père a fait la sourde oreille et n'a pas répondu à la question. Le Suisse n'a pas insisté. Bien plus tard le tableau a mal fini et a été détruit.

Ne pas vendre apparaît littéralement être un but pour beaucoup d'artistes. Collectionner ses propres œuvres. Les conserver. Moi aussi, qui peint, ai le même problème. On se trouve des excuses. Ça paraît trop compliqué de vendre, etc. La vraie raison, encore et toujours, qu'on ne réalise pas, c'est le patriarcat. Vouloir posséder l'autre, un ou une autre, à tous prix. Et comme c'est impossible, à défaut accumuler, accumuler, accumuler, posséder, posséder, posséder... sans trêve ni repos.

Quand on prend conscience des chrématistiques, jeter, qui était impossible, devient enfin possible. On se libère des objets et on les libère de nous. Ils peuvent enfin aboutir là où en très grand nombre ils sont attendus avec impatience depuis très longtemps : la poubelle, et aussi le don ou la vente.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 juin 2017

samedi 3 juin 2017

777 Le patriarcat et la mort

Je n'ai jamais entendu parler du patriarcat, sauf dans des cercles féministes très politisés, jusqu'à ce que je commence à diffuser depuis avril dernier des écrits personnels contre lui. Voilà que les femmes auxquelles je les donne à lire m'approuvent, donnent leur opinion, alors que jusqu'à présent elles ne m'ont rien dit à ce propos. Pourquoi un tel silence règne ?

Des souvenirs d'enfance : la mort ne me fait pas peur. Elle est si terriblement lointaine ! Quand je prends le métro parisien, de vieilles et bruyantes rames de type Sprague-Thomson, il m'arrive trois ou quatre fois au moins à me dire : « comme c'est curieux, toutes les personnes ici présentes que je vois ou sais être dans cette rame, dans cent ans, elles seront toutes mortes ! » Il ne me vient pas à l'idée « et moi aussi ». Je me vois comme un spectateur.

Un soir dans mon lit, je ne dois pas avoir bien plus de sept ans... Une pensée me traverse l'esprit : « mais si nous changeons en permanence, nous mourons en permanence. Et donc la mort si lointaine est en fait toute proche. Le moi de cet instant dans un instant d'après sera mort. Je vais mourir !!! Et à l'instant !! Quelle horreur !! »

Affolé par cette pensée, je me lève aussitôt de mon lit, descend l'escalier de la loggia où je me trouve et rejoins mon père, dans la cuisine. Je lui explique comme je peux le motif de ma frayeur. Je ne me souviens pas ce qu'il m'a répondu. Il est resté calme et a du noyer le poisson, je suppose. Rassuré, je remonte me coucher. La mort, il m'en parlera par la suite en évoquant les croyances des théosophes qui disent que les âmes des morts vont dans l'espace tourner autour de la Terre... Je l'écoute comme on écoute des fables ou des contes. Une fois de plus je considère ces idées en qualité de spectateur. Je ne suis pas concerné.

Tout se passe bien et tranquille pour moi jusqu'au sept janvier 1968, durant ma dix-septième année, où une pensée terrorisante vient me paralyser de peur : « je vais mourir, n'existerai plus, ne penserai plus !! » Je n'ose en parler à personne. Cette pensée me hante, seul enfermé dans la salle de bains familiale. Finalement, j'en conclus que je deviens fou ! Cherche dans une Matière médicale homéopathique un remède à la folie. Trouve un nom : « Stramonium ». Et demande à ma mère de me l'acheter sans dire pourquoi. Prends ce médicament, et suite à ça ou pas, ma frayeur passe. Elle reviendra.

Durant des années quand cette peur me hante par périodes d'environ une semaine, je n'en parle à personne. Jusqu'à un soir, ça devait être en 1977, où n'en tenant plus je dis à ma mère : « j'ai peur. » « Peur de quoi ? » me demande-t-elle. « Peur de la mort », je réponds. Elle s'est esclaffé et a dit : « que veux-tu, le Bon Dieu a mal fait les choses. » Précision : elle n'était ni croyante ni à fortiori pratiquante. Pour me répondre elle s'est senti obligée d'utiliser un concept religieux. J'avais espéré quelque chose de rassurant de la part de ma mère.

La mort est la petite sœur du patriarcat. On évite d'en parler. Ce que la plupart des hommes reprochent à la femme, c'est de les avoir engendré mortels. Elle faillit ici à son devoir de protection et les abandonne face à la mort grimaçante et sans pitié. La femme, de son côté, culpabilise de cet abandon. Ce qui fait qu'elle a souvent du mal à dénoncer le patriarcat et ses innombrables abus et exactions. Si on parle si peu du patriarcat, c'est aussi parce qu'on croit souvent à une partie de ses fables, des femmes « coupables » de provoquer qui sont violées, par exemple. Bien des gens répugnent à dénoncer les crimes et agressions sexuelles, car ils ont l'impression en le faisant de soulever le couvercle d'un cercueil où quelque chose pourrit depuis très longtemps... Le patriarcat pue la mort. Débarrassons nous-en !!!

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 juin 2017

jeudi 1 juin 2017

776 Origine instinctuelles du patriarcat

Il me semble que le patriarcat a des origines instinctuelles, c'est à dire provenant de l'instinct humain originel, contrarié par des acquis culturels.

A l'origine, les humains ignorent le caractère universel et inéluctable de ce que nous appelons souvent « la fin de vie ». Découvrir cette loi de la Nature va de front contre l'instinct de conservation. Elle crée un sentiment d'insécurité universelle. Or, la réponse naturelle spontanée à un péril est de multiplier les accouplements, afin d'assurer la pérennisation de l'espèce. Cette réaction expliquerait la frénésie coïtale qu'on rencontre chez de très nombreux hommes. Ils vont harceler les femmes de manière pénible et insupportable, pouvant aller jusqu'au viol, crime très répandu.

Cette frénésie coïtale va non seulement déranger voire empêcher la relation entre l'homme et la femme, mais elle va aussi isoler, diviser, opposer et détendressiser de très nombreux hommes. « Détendressiser », c'est à dire faire de ces hommes des êtres incapable de tendresse et recherchant obsessionnellement le coït.

L'hypersexualisation engendrée par ce comportement rendra également très souvent hypothétique et impossible la chaleureuse camaraderie et la tendresse entre hommes, à moins de se sentir homosexuel. Dans notre société, souvent seuls les mourants et les footballeurs venant de marquer un but dans un match auront droit à des câlins masculins. Sinon rien.

Le trouble de la sexualité fera que tout ce qui semble de près ou de loin relever du sexe deviendra louche, suspect, sale, douteux. L'étymologie du mot « masturbation » est éloquente à ce propos. Le mot vient du latin manustuprare : se salir la main. Donc, par définition, cette activité est sale.

Les hommes sont mortels, donc les mères ont trahit, tel est le raisonnement qui serait sensé donner une base au patriarcat... À partir du moment où les femmes sont « coupables » de ne pas enfanter des garçons immortels, elles deviennent des individus de seconde zone, à surveiller, contrôler, exploiter. De là vient la non reconnaissance du travail féminin, maternel, domestique ou autre.

Enfin, les hommes apeurés seront effrayés par le sang que perdent inexplicablement toutes les femmes si elles sont fécondes et ne sont pas enceintes. Les règles toutes les vingt-huit jours ont suscité de tous temps la terreur chez les hommes. L'origine et la raison des règles n'est connue des humains que depuis le milieu des années 1840. Durant des millénaires et encore dans nombre d'endroits aujourd'hui, la femme qui a ses règles est supposée être « impure ». Elle fait tourner le lait ou le jambon, etc. Autant de frayeurs antiques devant le sang menstruel, qui témoignent une fois de plus de la volonté patriarcale de culpabiliser et rejeter les femmes.

Face au patriarcat il importe de réagir, dans l'intérêt des femmes comme dans celui des hommes. On ne peut pas se limiter à des dénonciations morales, des efforts éducatifs, des progrès juridiques, des actions sensationnelles. Il faut poser deux problèmes : celui du dérangement sexuel masculin auquel il faut savoir donner une réponse. Et il faut surtout, reconnaissant le caractère structuré du patriarcat, lui opposer une réponse structurée et collective des femmes. Quand on prétend organiser une riposte au patriarcat avec les femmes ensemble avec les hommes, on se retrouve bien vite avec un mouvement où les hommes dominent le débat et dirigent... C'est pourquoi les femmes doivent s'organiser aussi entre elles, et par leur contre-pouvoir influencer le pouvoir fallacieusement mixte, neutre, asexué, mais en fait patriarcal et masculin régnant. Cette démarche pourrait passer par la création d'assemblées féminines locales. Et aussi d'assemblées à des niveaux plus généraux, comme je l'ai esquissé dans mon « Appel aux femmes » en date du 21 avril 2017.

Basile, philosophe naïf, Paris le 1er juin 2017

775 La pénétration de l'autre et les chrématistiques

Vouloir pénétrer l'autre avec son pénis indépendamment d'un authentique désir réciproque revient à ravaler l'autre au rang d'accessoire, d'objet pour se masturber. L'autre devient un godemiché vivant en négatif. On va « le posséder ». En fait on ne possédera rigoureusement rien.

Pour compenser cette impossibilité l'homme va chercher à posséder des objets. S'il s'agit d'argent on aura affaire à la chrématistique dénoncée par Aristote il y a 2300 années. Mais il est d'autres chrématistiques : n'importe quoi fera l'affaire. L'essentiel sera d'amasser, se sentir possédant et dominant à défaut de posséder et dominer une ou plusieurs ou toutes les femmes.

L'accumulation d'objets inutiles pourra prendre la forme d'un amoncellement de livres, de morceaux de bois, de vêtements, de sacs plastique, de journaux... L'essentiel sera d'accumuler et se sentir dominant, propriétaire de ce substitut à la femme.

J'ai vu des clochards accumuler des objets jetés et sans valeurs. Des milliers de livres s'entasser chez d'autres personnes peu fortunées, qu'ils conservaient sur trois rangées dans des étagères en plein milieu de leur habitation. J'ai aussi vu des armoires remplis de vêtements jamais mis.

Un remarquable artiste peintre odonien me fit apprécier l'immense qualité de ses toiles et dessins. Rien qu'avec ce qu'il avait accumulé en une vie on pouvait créer un remarquable petit musée riche et varié. Il n'a jamais vendu une seule œuvre. Il les a entassé chez lui dans une pièce entière. S'il n'est plus de ce monde il est parfaitement possible que tous ces trésors ont finit à la benne.

J'ai à une époque accumulé du matériel pour les Beaux-Arts ou des livres, pourquoi ? Sans le savoir pour compenser l'envie patriarcale et insatisfaisable de « posséder » l'autre.

Chez un homme habitué des bords de mer, de très grands récipients transparents étaient remplis de milliers de morceaux de verre microscopiques roulés par la mer et ramassés sur les plages durant le cours de dizaines d'années. Collectionner tout et n'importe quoi peut également exprimer une chrématistique.

Cette faim de posséder est d'autant plus insatisfaisable qu'elle éloigne et fait fuir ceux ou celles qu'on serait tenté d'essayer de « posséder ».

Le patriarcat dérange tous les aspects de la vie. En prétendant favoriser « jeux » sexuels et « séduction » il brise tous les liens, toutes les complicités possible entre les humains. Il empêche la fraternité-sororité entre les hommes et les femmes.

Ensuite on voit des hommes et des femmes chercher à faire coïncider la vie réelle avec les fantasmes patriarcaux. Par exemple, d'une joyeuse amourette ils veulent absolument faire un grrrrrand marrrrriage ! Pour donner consistance à ce mirage ils s'empressent de se mettre en ménage alors qu'ils se connaissent à peine. Pour confirmer que c'est « du sérieux », l'homme liquide son précieux logement social. Et peu de semaines après, le rêve s'étant dissipé, la belle met son galant dehors. Il se retrouve sans domicile fixe connaissant des hébergements de fortune. Le patriarcat a encore frappé ! Il dépossède de leur corps et leur raison ceux qui en sont les victimes. Et rend l'amour douloureux, incertain, dangereux, inextricable, décevant, terrorisant. C'est là encore une autre bonne raison de porter résolument à la poubelle cette survivance néfaste des temps anciens : le patriarcat. Il faut réinventer l'amour, un amour débarrassé enfin de cette chose horrible qui l'encombre et le déforme. Il nous faut des nouveaux mots, de nouvelles idées, pour notre liberté.

Basile, philosophe naïf, Paris le 1er juin 2017 .

mercredi 31 mai 2017

774 L'immense problème patriarcal est rarement posé

Le patriarcat est comme la pression atmosphérique : c'est une pression gigantesque, mais comme elle est omniprésente, elle passe en quelque sorte inaperçue. Quelquefois la pression atmosphérique se révèle à nous, par exemple quand on pompe trop le contenu d'un robuste wagon citerne en métal. Subitement le voilà écrasé ! C'est la pression atmosphérique qui s'est exercée ! Avec la pression du patriarcat sur l'Humanité c'est pareil. Tout paraît aller de soi. On naît, on grandit, on se marie, on a des enfants, on devient grand père ou grand mère... Et parfois un incident révèle la pression patriarcale : un viol, un suicide, une anorexie, une déclaration puante d'une célébrité à propos d'une affaire de mœurs, l'impunité d'un violeur riche et important que tout accuse, etc. Et puis le révélateur s'efface et à nouveau tout va bien. Si vous parlez du patriarcat on vous regarde d'un air soupçonneux. « Mais pourquoi parler de ce sujet ? Le patriarcat n'existe pratiquement plus. Il vit ses derniers soubresauts. Les femmes à présent ont tout ce qu'elles veulent... » Pourtant le patriarcat est bien là et tient la société entière sous sa domination, mais... officiellement il n'existe pas !

Le patriarcat imprègne tous les strates de la société. Il est structuré, organisé et se retrouve abondamment dans la conscience masculine. La plupart des hommes sont adeptes d'une véritable mythologie sexuelle patriarcale et connaissent très peu leur propre sexualité.

Un premier point de cette mythologie et la recherche du coït en permanence. Un homme qui rencontre une femme, surtout si elle est catégorisée jeune, jolie, séduisante, doit absolument chercher le coït avec elle. Pesante ânerie qui nie toutes les qualités d'un être humain de sexe féminin pour le résumer à une quinzaine de centimètres de gaine de chair. S'ajoute à cette systématisation abusive et harceleuse l'encouragement de situations classées avec fantaisie comme pré-coïtal : si on rencontre la femme en vacances ou en boîte de nuit elle est réputée forcément plus réceptive à la revendication coïtale masculine. Et si l'homme entre en érection, ça y est ! Il croit qu'il a faim de coït, alors qu'en réalité la plupart des érections ne sont pas intromissives et ne surgissent pas pour révéler l'urgence du coït. Un homme bande (il n'existe pas de verbe « correct ») s'il a par exemple du plaisir ou s'il vient de se réveiller. Sur cette base entreprendre la recherche du coït c'est nier un aspect fondamental de la sexualité : le vrai et authentique désir.

Ce désir est ressenti comme une envie de pénétrer ou être pénétré sexuellement. Il ne s'agit pas d'un raisonnement. Ce désir peut être absent y compris quand il est « techniquement » possible de pratiquer le coït. Ce désir est une condition nécessaire et pas suffisante pour réaliser l'accouplement. La plupart du temps les hommes vont chercher à pratiquer le coït simplement parce qu'ils ont le sentiment que c'est « techniquement » possible. Ce faisant ils vont ruiner leur relation, qui un beau jour se terminera par une rupture. Car l'acte sexuel n'est pas un acte anodin. Et le pratiquer sans vrai désir conduit à la disharmonie, au désaccord avec l'autre.

Quand un homme pénètre sexuellement une être humain avec son pénis en érection, il se dit : « je fais l'amour. » Le plus souvent il a tout faux. En fait il se contente de se masturber dans un orifice naturel. En dépit des apparences il ne fait rigoureusement pas l'amour. Le porteur de l'orifice naturel utilisé fini toujours par en avoir assez et tôt ou tard va rompre.

La plupart des hommes croient à une vieille fable patriarcale. Celle-ci prétend mettre un signe égal entre éjaculation et jouissance. L'homme connaîtrait une jouissance automatique extrême chaque fois qu'il éjacule. Cette soi disant jouissance automatique n'existe pas. L'homme éjaculant ressent un plaisir très variable et peut même avoir mal. Ces éléments patriarcaux et d'autres encore ruinent la vie des humains et leur interdisent le bonheur réel au nom d'un bonheur suprême en fait imaginaire. Bonheur suprême qu'on croit souvent avoir vu s'échapper et alors on peut même se suicider.

Basile, philosophe naïf, Paris le 31 mai 2017

lundi 29 mai 2017

773 L'art de se mésentendre

Combien de gens se plaignent de difficultés inouïes pour trouver la bonne personne pour traverser la vie avec ! Loin de remettre en question la forme de leur quête, ils accusent les autres, le mauvais sort, la vie « moderne », etc. Mais ils ne relèvent pas l'évidence : il y a un élément qui est présent dans toutes leurs déconvenues : eux-mêmes. Et si les difficultés provenaient de là ?

La prétention portée par eux-mêmes est de trouver quelqu'un avec qui « former un couple ». Alors, au lieu de vivre une relation avec quelqu'un, on la confronte avec un modèle à suivre. Et on croit forcer le destin à être favorable en se pliant à des règles.

Essentiellement on cherche à « construire », quel mot inadapté et prétentieux ! Comme si on construisait une relation comme on élève un mur ou on creuse un tout-à-l'égout ! On a rencontré quelqu'un et on définit ainsi un « couple » :

Les deux individus concernés déclarent leur union à tous les amis. Ils s'accouplent et rien qu'eux ensemble, pas avec quelqu'un d'autre. On est donc fidèle et jaloux. On habite ensemble. On fait tout ou plus ou moins tout ensemble. C'est un contrat à vie.

Déclarer son union à tous les amis, c'est facile. Une amie me disait un jour au téléphone : « tu sais, je sors avec untel. » Ça m'était parfaitement égal, mais pour elle c'était important de me le dire.

On s'accouple ensemble et rien qu'ensemble. C'est-à-dire qu'« on sort » ensemble, dans le jargon actuel en usage en France. On ritualise le coït.

On s'installe à la même adresse, comme si ça suffisait pour assurer ainsi la durée et la qualité des sentiments.

On fait tout plus ou moins ensemble, est un principe qui permet de se brouiller avec beaucoup d'amis auxquels on va chercher à imposer la présence de sa moitié.

C'est un contrat à vie, qui bien souvent ne dure pas.

Au lieu de prendre la vie comme elle vient, on cherche à la plier à des règles. Ça dure un temps et puis très fréquemment ça fini par casser.

Le concept de « couple » est à la fois vrai et faux et dangereux. Il est vrai, car il arrive que deux personnes s'entendent bien et partagent leur vie ensemble. Il est faux et dangereux à partir du moment où on imagine un modèle à suivre qui serait « la vie à deux », le « couple », etc.

Ce modèle est tellement fortement inculqué aux gens qu'il influe même quand il est absent. On rencontre quelqu'un. Mais il est visiblement impossible de former « un couple » avec. Alors on s'éloigne de cette personne sans chercher à la connaître.

Il faut parvenir à se déprogrammer. On a affaire à des humains, point. Peu importe les couples, pas couples, perspectives de couples ou absence de perspectives de couples. Il faut vivre, tout simplement, très simplement. Et laisser les chimères idéales dans le magasin des chimères idéales. Le couple n'existe pas. Il existe des gens, qui quelquefois s'entendent pour vivre à deux, mais ce ne sont pas des exemples à chercher à suivre mais des relations toutes originales. Chaque « couple » est original et différent. Et aucun ne saurait servir de « modèle » à d'autres.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 mai 2017