vendredi 2 décembre 2016

699 Un fléau actuel d'origine sexuelle : l'argent

Quelle utilité a l'argent ? Si vous considérez que seulement huit pour cent de l'argent au plan mondial prend la forme physique de billets de banque ou pièces de monnaies. Ces billets et ces pièces ne se mangent pas. Que représente alors l'argent ? Certains diront que c'est du pouvoir. Ce n'est pas tout à fait exact. Car de l'argent qui dort dans un coffre, tant qu'il dort, n'a aucun pouvoir. C'est comme s'il n'existait pas. En fait l'argent représente de la volonté de pouvoir. Et comme universellement on rencontre des hommes frustrés sexuellement de leurs revendications insatisfaisables, la volonté de pouvoir existe partout. Elle peut donc s'incarner partout dans ce produit bizarre et conventionnel : l'argent.

La volonté de pouvoir émanant préférentiellement des hommes, à l'argent est indéfectiblement lié le sort fait à l'ensemble des femmes par l'ensemble des hommes. En particulier le travail domestique et maternel spécifique de la femme n'est ni reconnu ni rémunéré. Si elle travaille aussi en dehors de chez elle, elle est moins payée que les hommes qui font la même chose. On lui impose des postes de travail à temps partiel, des emplois faiblement qualifiés et donc mal payés. Si elle atteint un rang social et des responsabilités élevées dans son travail, elle va néanmoins se heurter généralement au fameux « plafond de verre » qui lui interdit d'occuper les postes les plus élevés.

L'argent est aussi un moyen de priver de ressources les femmes et les pousser à la prostitution. Si l'argent n'existait plus la prostitution disparaîtrait.

Certains présentent l'argent comme ayant existé de tous temps, c'est faux. Ou bien prétendent qu'on ne saurait se passer de cette chose. Si l'argent n'a pas toujours existé, rien n'interdit de penser qu'il ne continuera pas toujours à être là.

On entend dire que c'est un outil commode et que seul le troc plus imparfait que lui pourrait le remplacer. Mais l'argent, cet outil soi disant commode brille par l'absurdité des situations auquel il participe. Aujourd'hui il n'y a jamais eu autant de volonté de pouvoir et donc jamais eu autant d'argent et autant de pauvres dans les pays riches. Les plans d'austérité ont fait croître de 43 % la mortalité infantile en Grèce. L'argent tue. Il serait grand temps que l'argent disparaisse.

Déjà si la satisfaction des besoins vitaux humains est reconnue comme un droit, qu'avec ou sans travail ou argent il est respecté, l'argent perdra beaucoup de sa valeur apparente. Pour que disparaisse l'argent, qui matérialise la volonté de pouvoir des hommes, il faut que disparaisse cette volonté absurde de pouvoir. Elle ne mène à présent à rien, si ce n'est à plus de désordres, périls et insatisfactions. Cette disparition ne pourra arriver qu'à condition que l'homme se corrige lui-même.

Aujourd'hui certains prétendent que l'homme a fait de l'argent un dieu. Ce propos est absurde. On ne saurait faire un dieu d'une chose qu'on a fabriqué. C'est de la volonté de pouvoir de l'homme que l'homme a fait un dieu. Incapable d'être satisfait dans ses rapports avec les femmes, l'homme rêve de soumettre celles-ci. Ce faisant l'homme tourne le dos à sa propre nature, devient méfiant, brutal, apeuré et malheureux. Il ne comprend pas ce qui lui arrive et croit que le trouble qu'il crée dans sa vie vient des femmes. Sans analyser les causes profondes de son malheur et travailler à s'améliorer lui-même, l'homme n'arrivera pas à sortir de la situation douloureuse où il se plonge et plonge son entourage. Il n'écoute pas les reproches qui lui sont faits. Et poursuit sa quête absurde d'une femme sur mesure pour lui et qui n'existe pas. Souvent il croit que s'il est riche il accédera au bonheur dont il rêve. L'argent, qui n'est que de la volonté de pouvoir, ne saura pas lui apporter la paix, la tendresse, la joie et l'harmonie avec les femmes. Choses dont il a besoin. La clé du mystère de l'amour est en lui. C'est à lui qu'il revient de la chercher, la trouver et l'utiliser.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 décembre 2016

698 Pourquoi l'apologie du « travail » ?

Il y a peu d'années une galerie d'arts de Saint-Germain-des-Près exposait les œuvres d'un truculent artiste japonais dont je n'ai pas retenu le nom. J'y remarquais un point original dans sa présentation sous forme d'interview. Cet artiste déclarait compter, au nombre de ses activités préférées : « dormir ». En général personne n'ose se vanter d'aimer dormir, paresser, ne rien faire. Pourtant quantité de personnes aiment dormir, paresser, ne rien faire. Et pourquoi elles n'en parlent pas ? Parce que nous vivons sous le règne du « travail ». C'est-à-dire qu'est vanté la vertu du travail en soi sans se préoccuper forcément de savoir à quoi il sert. Ainsi on voit proclamer que : « le travail ennoblit l'homme. » Diable ! On a coupé la tête des nobles et voilà la noblesse appelée au secours du travail ! On voit également affirmer couramment que le travail est la raison d'être, pratiquement la justification de vivre de chacun de nous. Quand au « non travail » c'est l'horreur ! « Paresseux » et « feignant » sont des injures. Et la paresse serait soi-disant « la mère de tous les vices ». Alors qu'il existe des paresseux vertueux et des vicieux bosseurs. Quelle est la raison de ce culte du travail pour le travail, de l'effort pour l'effort, et de cette haine officielle du repos et de la douceur des draps de son lit le matin vers midi quand on est dedans depuis la veille au soir ?

La raison de ce culte est que ce n'est pas le travail qui est encensé, mais autre chose derrière ce mot. Par le travail on va dominer la Nature ou les hommes si on les commande à cette occasion. C'est en fait le pouvoir qui est vanté derrière le « travail ». Le pouvoir qui est l'obsession numéro un des hommes. Et cette obsession est sans limites et sans logique. Aujourd'hui ce n'est pas la recherche de la richesse qui guide le monde, mais la recherche du pouvoir qu'est sensé offrir la disposition de cette richesse. Et comme la fringale de pouvoir est impossible à rassasier, la recherche de richesses est sans limites. Et aussi le discours en faveur du travail en fait l'apologie sans se poser la question quand le travail est là de savoir à quoi il sert.

Avec la destruction de l'environnement entamée depuis longtemps et à grande échelle par les humains, le travail bien souvent ne crée pas de richesses, mais surtout détruit celles de la Nature.

Quand j'étais petit, au début des années 1960, un ouvrage illustré que j'ai feuilleté mentionnait : « Les richesses inépuisables de la mer. » On en est revenu depuis !

Les candidats aux élections n'ont bien souvent que le mot « productivité » à la bouche. Créer « des centaines de milliers d'emplois », « devenir la première puissance économique d'Europe », etc. Plutôt que de parler de « productivité » nous devrions parler ici de « destructivité ». Travailler pour travailler, faire des efforts pour faire des efforts, détruire pour détruire.

Et si au lieu de parler de « produire d'abord » on se posait plutôt la question de « vivre d'abord » ? Et si la douceur de vivre était le plus raisonnable de nos objectifs ? Mais pour ça il faudrait notamment réduire largement le temps de travail, la productivité ayant beaucoup augmentée. Mais le faire suppose une déchirante révision des thèmes idéologiques et symboliques en vigueur depuis des siècles. Alors, au lieu de se féliciter des suppressions de postes et répartir le travail entre les salariés restants, on jette à la rue les « inutiles » et on fait bosser encore plus les actifs restants. Tout ceci pour garantir et augmenter le sentiment de pouvoir de ceux qui gouvernent, gèrent, administrent leur monde.

Le « progrès » est comme un cheval fou qui s'étant emballé, entraîne la carriole du monde droit dans le mur. Il faudrait, quand il est encore temps, maitriser l'animal, ralentir sa course folle et commencer à apprécier un rythme honnête et suffisant. Très loin des illusions de pouvoir de ceux qui malheureusement décident aujourd'hui de notre avenir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 décembre 2016

697 Libérer le champ amoureux

Dans l'expression de son amour pour l'autre, chaque humain occupe plus ou moins un espace autour de lui : le champ amoureux. À nos débuts nous occupons ce champ tout entier, dans le ventre de notre mère, puis juste après notre naissance. Avec le temps, les règles imposées par la société, les idées dominantes et envahissantes, notre champ amoureux se réduit de plus en plus. Parfois nous finissons par ne plus en occuper qu'une portion congrue. Par exemple si âgé nous ne sortons plus de chez nous et évitons pratiquement totalement les contacts avec les autres. J'ai vu ainsi faire des personnes âgées à Paris dans les années 1970 qui évitaient même d'ouvrir leur porte si on sonnait.

Occuper le champ amoureux signifie aussi accepter l'autre. Et l'accepter c'est lui accorder son espace, son droit à la différence, à l'originalité, au mystère. Par définition l'autre reste et restera toujours et de manière enrichissante et heureuse en partie étranger à nous. De plus, un homme ne peut par définition tout connaître d'une femme et réciproquement. La rencontre n'est jamais fusionnelle. L'amour fusionnel est une illusion.

La différence entre les humains est fondamentale et indissociable de l'amour. Pour aimer il faut au minimum être deux et accepter cette différence. Deux ne font et ne feront jamais un, quoiqu'en disent les poètes inspirés ou les démagogues. Et aussi jamais un humain ne peut prétendre « appartenir » à un autre humain ou le « posséder ».

Les petits enfants vivent la différence de l'autre, quand ils l'aiment, sur un mode léger et joyeux. Les adultes, échaudés par de mauvaises expériences et abreuvés d'idées inquiétantes vivent la différence de l'autre avec crainte. Ils rêvent de tout comprendre et contrôler, dominer, vaines prétentions !

L'amour est une science que la plupart des hommes ignorent. Déjà si les hommes faisaient aux femmes ce qu'elles attendent d'eux et non pas ce qu'ils ont envie de leur faire, ça changerait beaucoup de choses. Ça rouvrirait pleinement le champ amoureux. Si la femme qu'il rencontre est vraiment femme, l'homme peut la prendre pour guide. Elle connaît mieux les chemins du cœur que lui. Mais combien d'hommes savent et osent le faire, plutôt qu'exiger l'impossible et se lamenter de ne pas l'obtenir ?

La plupart des hommes, au lieu de chercher à aimer l'autre cherche à se masturber dedans, au sens figuré comme au sens propre. Ce qui interdit à la relation d'amour de naître et s'épanouir. Ce comportement explique aussi l'origine de la violence homophobe de la part d'hommes. Ils rencontrent chez les gays à leur égard l'attitude qu'ils ont vis-à-vis des femmes. Et ils la trouvent insupportable, sans remettre en question leur manière d'agir identique avec les femmes. Plus les hommes hétérosexuels sont violents avec les femmes, plus ils sont violents avec les gays. L'homophobie est un parent proche du machisme.

Il faut oser s'ouvrir à notre champ amoureux et oublier nos idées fausses et nos expériences décourageantes. C'est possible, car la vie est comme un jardin qui attend d'être semé pour se charger de fleurs. Mais il faut pour cela patience, délicatesse, bienveillance, insouciance et générosité. Et surtout cesser de croire que nous savons ce que nous ignorons. Si nos échecs sont nombreux, c'est que notre ignorance est grande. Il nous faut apprendre. Et ce que nous avons à apprendre n'est pas écrit dans les livres de papier, mais dans le livre de la vie.

Pas plus qu'on ne saurait décrire la couleur rouge ou le goût du sucre on ne saurait décrire l'amour. Et il ne faut surtout pas écouter les pessimistes. Ce sont des ignorants qui veulent que nous partagions leur ignorance. Ignorons-les. Et libres d'eux laissons la vie et l'amour nous émerveiller.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 décembre 2016

mardi 29 novembre 2016

696 Les quatre piliers de « la Crise »

Dans ma contribution précédente à ce blog je définissais l'origine de ce que nous appelons couramment « la Civilisation » humaine, avec ses cultures et industries. La perturbation d'origine masturbatoire des hommes adultes amenant leur rejet par les femmes. Ce rejet étant à l'origine de la naissance chez les mâles humains de la recherche du pouvoir en général, et pas uniquement sur les femmes qu'ils rêvent ainsi de dominer, contrôler et soumettre.

Cette recherche du pouvoir, après de nombreux millénaires a donné naissance aux états, gouvernements, directions et pouvoirs divers à tous les niveaux et dans tous les domaines de la société. Vouloir être le meilleur, commander les autres, être admiré d'eux est un sentiment répandu partout. Il a des conséquences bonnes et mauvaises.

Prenons l'exemple d'un chercheur en médecine. Vaincre par ses découvertes une maladie redoutable sera chez lui l'expression de sa recherche de pouvoir. Pouvoir sur la maladie, pouvoir sur les hommes qui en cas de réussite vont le distinguer, l'apprécier, le récompenser. Une telle recherche est positive et donc l'appétit de pouvoir a ici un effet positif. Mais il peut aussi polluer la belle démarche. Le chercheur va s'isoler et ne pas faire profiter de ses trouvailles d'autres chercheurs. Car il souhaitera être le seul à trouver le remède et que personne ne partage ce mérite. Résultat : en refusant de collaborer avec ses « concurrents » il retardera le progrès médical. La soif de pouvoir fera aussi que ce chercheur comptant dans son équipe un collaborateur qui aura une idée excellente, il va la lui voler et s'en attribuer le mérite. Ce phénomène est des plus courants. De plus, pressé d'être le premier, ce chercheur pourra mettre au point un remède pas abouti et commencer à le mettre en circulation. Tout ceci pour ne pas être « doublé » par des concurrents. Enfin, ce chercheur pourra choisir une recherche concernant une maladie dont la découverte du remède devra amener une grande notoriété. Et ignorer des recherches utiles mais aux résultats moins prestigieux. C'est ainsi que des maladies qui ne touchent que des populations pauvres ou peu de monde sont moins l'objet de recherches que des « grandes maladies » concernant une population nombreuse et riche présente dans les pays industriellement développés.

La recherche du pouvoir se rencontre à tous les niveaux de la société. Au niveau économique elle est à l'origine de « la Crise », ce mystérieux fléau frappant les pays y compris riches et prospères.

Le premier pilier de la Crise est représenté par l'accumulation absurde de richesses. Des hommes surtout et quelques femmes disposent de très nombreux « milliards » dans leurs coffres. Ces milliards ne leur servent à rien pour leur plus grande partie, sauf à flatter leur sentiment de pouvoir. Cependant que la population terrestre s'appauvrit, voire crève de faim, soixante-deux nababs dorment sur leur tas d'or. Ils possèdent aujourd'hui autant que la moitié la plus pauvre de l'Humanité, soit trois milliards d'êtres humains.
 
La recherche de l'accumulation absurde d'argent pour l'argent conduit à des concentrations économiques, bancaires, industrielles immenses et aux conséquences y compris des plus négatives sur les humains et la Nature. Aujourd'hui, quand on achète en France un produit alimentaire, seulement trois virgule quatre pour cent revient au producteur. Le reste revient à des intermédiaires, et surtout à de très grosses sociétés. Depuis que j'observe les prix à Paris je vois que la vie n'a jamais été aussi absurdement chère, notamment le prix de vente des fruits et légumes frais indispensables à la santé. Sans parler du logement à Paris et même des concessions dans les cimetières parisiens. Mourir à Paris devient un luxe que seuls des personnes aisées peuvent s'offrir!

Le deuxième pilier de la Crise est le mythe de la nécessaire création « illimitée » de « richesses ». Dans un monde limité, la Terre n'est pas extensible, il faudrait produire toujours plus. Jusqu'au dernier poisson, au dernier brin d'herbe, au dernier arbre qu'on transformera en produit industriel ? La question n'est généralement pas posée. Tant les détenteurs du pouvoir économique, culturel, spirituel ou financier sont obnubilés à l'idée de voir croître leur « puissance » de manière illimitée. Ils parlent même à présent de coloniser la Lune et Mars !

Le troisième pilier de la Crise est le lapinisme humain. Des enfants, toujours plus d'enfants, des milliards d'humains supplémentaires jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien à manger ? Le pseudo acte sexuel produit beaucoup plus d'enfants que le vrai acte sexuel beaucoup moins fréquent. La fierté d'être parents procède aussi bien souvent de la volonté de pouvoir. Et les chefs d'états sont fiers de l'importance des populations dont ils commandent le destin. Quand j'étais petit la France comptait une quarantaine de millions d'habitants. À présent nous sommes soixante-cinq millions. On continue jusqu'à quel nombre ? Une France de cent millions d'habitants ou plus ? Mais alors aussi une France sans arbres, sans herbe et sans oiseaux, polluée de partout. La folie démographique règne sur le monde. Et bien sûr, c'est toujours chez les autres qu'il y a trop de naissances !

Le quatrième pilier de la Crise c'est la redistribution par la violence des richesses disponibles. Elle s'opère de deux façons : la guerre classique et la guerre économique. Dans cette dernière, on se charge de retirer le maximum aux déjà pauvres ou futurs pauvres. Ça s'appelle « dérèglementer le marché du travail », « délocaliser les entreprises », « alimenter le service de la dette », etc. Pour les petits les pauvres il n'y a jamais assez d'argent. Toujours on trouve là la recherche obsessionnelle du pouvoir jusqu'à l'absurde. Car appauvrir tout le monde c'est tuer la poule aux œufs d'or. Plus rien ne fonctionne. Qui achètera des voitures demain si personne ne peut plus avoir, faute de travail fixe, accès à un crédit ? Mais tant pis, la recherche du pouvoir est une folie !

« Le pouvoir est la plus merveilleuse des drogues » a dit un jour Henri Kissinger qui fut Secrétaire d'état à la défense des États-Unis.

La Crise est le fruit des mauvaises tendances dans la recherche du pouvoir. Sans régler ce problème, on ne règlera pas la Crise. Elle pousse ses racines dans le cœur des hommes. Sans se réformer les hommes ne pourront pas en sortir.

Il faut revenir aux fondamentaux : le but de la vie c'est vivre. Ce n'est pas produire toujours plus jusqu'à la disparition de l'Humanité.

Les humains ont besoin d'amour, de caresses, de paresse, d'amusements sympathiques. Et pas de bouffer jusqu'à en crever et faire crever les autres en dormant sur un tas d'or qui ne sert à rien d'autre qu'à flatter un égo malade et assoiffé de pouvoir.

Sans philosophie de la vie, la vie n'est rien, juste une coquille vide et muette.

Sortir de la Crise commence par chercher à raisonner et aimer autrement.

Dans les discours expliquant comment sortir de la Crise, c'est toujours aux autres la faute et à eux de changer. Et si nous commencions par nous changer nous-mêmes ?

J'ai lu dans un texte écrit en 1874 que ceux qui veulent changer le monde doivent commencer par changer aussi leur manière de vivre, préfigurant ainsi le fonctionnement de la société future dont ils rêvent. Cette manière de penser les choses a été bien oubliée de nos jours. Ceux qui parlent de changer le monde ont souvent un genre de vie le plus conformiste possible. Dans ces conditions, qu'est-ce qui nous garantit leur capacité à suivre leurs propos ? C'est toujours demain qu'on va changer. Et en attendant, le plus souvent, on critique et on fait et vit comme ceux qu'on critique !

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 novembre 2016

695 L'origine de la « Civilisation »

Les humains appartiennent au groupe des grands singes sociaux. Ceux-ci ne craignent aujourd'hui que l'homme. Vivant en groupes solidaires, capable de profondes morsures, à l'origine ils ne connaissaient aucun prédateurs. Leur vie était tranquille. Pourquoi est-ce qu'un grand carnivore allait les attaquer, risquant de subir la résistance mordante du groupe tout entier alors que d'autres proies existaient, ne présentant aucun danger de réaction de ce type ? Seuls les petits humains isolés pouvaient attirer la dent des grands carnivores prédateurs. Mais justement ces petits humains parvenant à courir très vite pouvaient se réfugier au sein du groupe en cas d'alerte.

Il a fallut quelque chose qui perturbe la vie des humains pour les inciter à créer leurs industries, leurs cultures, ce que nous avons l'habitude de baptiser « la Civilisation », terme élogieux et inadapté qui ne veut pas dire grande chose. Car les industries humaines ont donné naissance par exemple à la Joconde et à l'anesthésie médicale, mais aussi à la bombe à fragmentation et à la pollution des nappes phréatiques. En fait, ce n'est pas la recherche du « mieux être » qui est à la base du développement des industries humaines. Ce besoin au départ n'existait pas.

Certains naïfs prétendent que l'homme ne courant pas aussi vite que la panthère, n'ayant pas les griffes du tigre et la force de l'ours s'est mis à inventer des outils pour pallier à cette « infériorité ». On ne voit pas pourquoi les lapins ou les girafes n'ont pas fait de même.

On prétend l'homme « intelligent » et c'est ce qui a motivé la création de ses industries. À regarder le cours de l'Histoire humaine qui est depuis des millénaires jusqu'à aujourd'hui une succession de massacres et atrocités diverses, on peut sérieusement douter de cette « intelligence ». Aucun animal n'a autant fait du mal à ses congénères que l'homme.

Certains esprits plus malins ont expliqué que le pouce opposable de l'être humain avait été à l'origine de ses industries. Là on commence à approcher la vérité.

La vérité est beaucoup plus prosaïque. Le pouce opposable a favorisé chez les humains mâles la découverte de leur première, principale et toujours principale occupation : la masturbation adulte comportant l'éjaculation. Activité que les sujets mâles découvrent vers l'âge de douze, treize ou quatorze ans et continuent à pratiquer tout le long de leur vie. Cette activité est vécue comme une véritable toxicomanie. Le sentiment éprouvé lors de l'éjaculation, et dont les femmes ne peuvent pas avoir idée, est recherché comme le shoot de drogue du toxicomane à drogues dures et artificielles.

Ce dérangement des mâles humains adultes aura des conséquences très importantes. Car les mâles humains adultes vont chercher aussi à se masturber dans le corps de partenaires sexuels éventuels, singulièrement des femmes. Cette masturbation transforme les partenaires en simples accessoires pour la masturbation. Cette masturbation ne correspondant rigoureusement pas, en dépit des apparences, à un acte sexuel réel fruit du désir authentique et véritable des partenaires impliqués. Dans le pseudo acte sexuel en fait masturbatoire, l'outil masturbatoire est parfaitement méprisé.

Même en se méprenant sur la réalité du pseudo acte sexuel pris pour un vrai, le ou la partenaire outil va ressentir un malaise. Ce sera le cas singulièrement des femmes. Elles vont irrésistiblement être amené à rejeter l'homme, qui n'y comprendra rien.

Cherchant à réagir, l'homme cherchera à expliquer, contrôler, dominer l'autre. C'est ainsi que l'appétit de pouvoir va historiquement naître. Et cet appétit s'étendant au reste de la vie humaine amènera la création des industries et cultures humaines, avec ses aspects positifs et négatifs.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 novembre 2016

lundi 28 novembre 2016

694 Se laver les mains

Durant de nombreux siècles, dans tous les milieux sociaux, aussi bien riches que pauvres, un mal terrible sévissait. Peu après avoir donné la naissance à un enfant, beaucoup de femmes « mouraient en couches ». Elles étaient prises d'une forte fièvre et plus aucun secours ne parvenait ensuite à les sauver. Les médecins avaient baptisé cette affection : fièvre puerpérale. Autant dire qu'ils n'avaient rien trouvé ou expliqué, car « fièvre puerpérale » signifie simplement « fièvre des accouchées » traduit en jargon savant.

Au 19ème siècle un jeune médecin hongrois vivant à Vienne et nommé Semmelweis proposa un moyen préventif contre ce mal terrible : se laver les mains avant d'approcher les accouchées. Il avait réalisé que dans l'hôpital où il travaillait existaient deux salles où se retrouvaient les accouchées. Et que dans l'une le mal sévissait et dans l'autre non. Dans la première venaient les médecins et dans la seconde uniquement les sages-femmes. Quelle différence explicative ? Les sages-femmes avant d'approcher les accouchées se lavaient soigneusement les mains avec de l'eau phéniquée, une eau additionné d'un désinfectant. Les médecins ne se lavaient pas les mains.

Semmelweis ne fut pas écouté. Pourtant il avait raison. Sa solution à un mal terrible était très simple. Je pense à lui quand je vois le problème de l'amour dans notre société. L'amour est bien malade et les malheurs abondent dans le champ relationnel amoureux, y compris de nombreux suicides et conduites à risques.

Pour mettre un terme à cette situation générale calamiteuse je préconise une solution aussi simple que se laver les mains : tout simplement renoncer radicalement à chercher intellectuellement l'acte sexuel, c'est-à-dire s'imaginer qu'on peut le décider. Ou il existe un désir authentique et véritable, qui est un sentiment très particulier semblable exactement à une faim ou une soif précise de l'acte. Et dans ce cas l'acte sexuel est possible. Ou ce désir authentique et véritable est absent, seul la possibilité « technique » d'imiter l'acte sexuel existe. Dans ce dernier cas il faut absolument l'éviter. Et si on l'évite, le champ relationnel amoureux s'apaise, se pacifie et tout l'amour possible est possible, sans comprendre nécessairement l'acte sexuel.

Le choix de cette démarche est aussi simple que choisir ou non de se laver les mains. Et l'enjeu est immense.

La quasi totalité des hommes vit le sexe comme une toxicomanie, avec des comportements types de toxicomanes. Ils commencent à pratiquer la masturbation adulte, c'est-à-dire avec éjaculation, vers l'âge de 12, 13 ou 14 ans. Ils continueront tout le long de leur vie. Et vivront le sentiment ressenti lors de leur éjaculation à la manière du shoot du drogué. Ce comportement les rendra fréquemment difficile à convaincre d'être raisonnable avec les personnes qu'ils envisagent comme éventuels « partenaires sexuels ». Ils voudront à tous prix se branler dedans et les harcèleront. S'ils voudront retrouver la paix et connaître le possible de l'amour ils devront renoncer à cette toxicomanie.

Quand on observe le comportement sexuel de nombre d'hommes on dirait que nous avons affaire à des petits garçons capricieux et immatures. En fait nous avons affaire à de très ordinaires drogués aux endorphines éjaculatoires. C'est pourquoi il peut paraître très difficile de leur faire abandonner la poursuite d'êtres humains qu'ils veulent réduire à de simples objets masturbatoires : des branloirs. Mais on peut espérer que tous les hommes ne sont pas irrécupérables. Il en existe aussi qui sont généreux et ont envie de faire bien et faire le bien. Quand une solution est énoncée à un vieux problème, il existe toujours des personnes pour s'y intéresser et l'adopter.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 novembre 2016

693 L' « Amour physique » n'existe pas

Dans notre culture existe un concept complètement faux et très dangereux auquel nous avons été habitués : celui de « l'amour physique ». Il correspondrait soi-disant à une forme d'amour particulier, taillé sur mesure pour les hommes et contraignant pour les femmes, les subordonnant à eux. Quand on aborderait cette forme d'amour particulier on se retrouverait subitement régit par des règles et principes particuliers. Tous en fait destinés à la « satisfaction » de l'homme. Ce dernier étant dissimulé par des phrases du genre : « c'est la Nature », « ce n'est pas possible de faire autrement », « l'homme est ainsi », sous-entendu : « la femme doit faire avec ».

La prétention dissimulée sous le concept d'« amour physique », qui est aujourd'hui rebaptisé « sexualité », « amour », « amour sexuel », est qu'on peut décider de « faire l'amour ». Quand on décide ici on n'est pas dans le désir vrai mais dans un raisonnement intellectuel. On peut également se dire : « j'ai faim » ou « j'ai soif », sans avoir faim ou soif et arriver à s'autosuggestionner plus ou moins la faim ou la soif. Ce qui peut avoir des conséquences graves pour la nourriture s'agissant d'un obèse qui pourra avec les années en agissant ainsi devenir cardiaque et diabétique.

Quand on admet l'existence de l'« amour physique » on dévaste le champ relationnel amoureux. Là où l'amour pourrait vivre librement, prospérer, fleurir, se renforcer, va se développer la crainte et la violence morale et physique.

Qu'est-ce qui empêche une femme qui vous apprécie de vous prendre dans ses bras, vous serrer contre elle, vous embrasser et vous dire qu'elle vous aime ? Le fait qu'elle se dit : « si j'agis ainsi, il va me ramener son zizi. » C'est aussi simple et prosaïque que ça. L'amour est bloqué par cette prétention d'origine culturelle et non naturelle. L'homme passe son temps à harceler les femmes y compris en se bornant à accepter le cadre que nos cultures offre à l'amour.

Si j'aime une fille, qu'est-ce qui m'empêchera le plus souvent de le lui dire ? La prendre dans mes bras ? Ce qui va m'empêcher de le faire sera la pensée que : « si je lui dis ça, si je tente ça, elle se dira que je veux ramener mon zizi dans sa fente. » Alors, lui dire : « je t'aime, mais ça ne signifie pas que je veux du sexe... » Là on glisse dans le maladroit et le ridicule. Ou bien lui dire : « je t'aime bien »...? Ce qui revient finalement à ne rien dire et surtout abandonner le champ amoureux à l'abominable culture machiste régnante qui ramène la baise partout.

C'est cette culture anti-amoureuse qu'il faut chasser de nos vies. C'est possible, car la chasser corresponds aussi à un besoin et à la réalité. Nous sommes empêtrés dans un ensemble de règles très anciennes qui nous disent : « tu ne peux pas aimer sans baiser. » Or ce discours est faux. Il existe l'amour qui n'implique en rien du tout la sexualité, l'acte sexuel. Celui-ci peut arriver quand il existe un désir réciproque et authentique. Sinon imiter l'acte sexuel sans désir authentique est une calamité dévastatrice qui viole la Nature et les humains. Et la Nature n'aime pas du tout ça.

Les femmes le sentent mieux que les hommes. C'est pourquoi on dit souvent d'elles qu'elles sont plus sentimentales que les hommes.

C'est aux hommes qu'il appartient de se corriger en renonçant à cette prétention stupide à imposer l'acte sexuel aux femmes. S'il y a un domaine où d'aucune façon on doit imposer quelque chose, c'est bien celui-là. Quant aux femmes qui acceptent cette situation, elles finissent par en revenir, déçues et blessées moralement. On peut réformer et pacifier le champ amoureux à condition de nous réformer nous-mêmes, nous les hommes. Certains seront d'accord. Une amélioration du monde autour de nous est d'ores et déjà absolument possible. Il suffit de la décider et faire savoir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 novembre 2016