vendredi 8 juillet 2016

587 L'origine du perfectionnisme et de la peur de « mal faire »

« Je suis une mauvaise mère » me disait il y a quelques années une amie qui pourtant faisait tout ce qu'elle pouvait pour le mieux pour sa fille... Sauf qu'elle s'énervait de temps en temps après sa fille, ce qui n'est pas bien grave. Quelle bizarre auto-critique excessive ! Combien de personnes pourtant ont une idée injustement dévalorisée d'elles-mêmes ? Et aussi, combien de gens passent leur temps à se poser des questions et se demander si elles sont en train de « mal faire » ? Quelle est l'origine de ces comportements extrêmement répandus ? Je crois avoir trouvé l'explication.

Elle se trouve dans notre enfance prolongée. Alors que le petit humain vers l'âge de quatre ans est autonome, car il est capable de se nourrir seul, il va être maintenu dans une enfance artificielle encore durant de longues années. Et sera habitué à chercher à plaire à ses parents et aura peur de leur déplaire. Ce conditionnement perdurera et nous fera pour des raisons qui ne nous seront pas claires chercher la perfection et avoir peur de nous tromper, bien au delà du raisonnable.

Ainsi, par exemple, habitué à chercher à vouloir « bien faire », j'en étais arrivé à me poser des questions dépourvues de sens. Quand attendant une rame de métro celle-ci arrivait, j'en étais au point de me demander si c'était mieux d'emprunter la porte se trouvant à ma gauche ou à ma droite.

Je connais le cas de quelqu'un qui a été élevé par une mère exigeante qui n'arrêtait pas de l'empêcher littéralement de respirer à force d'exiger toujours de lui qu'il fasse « au mieux ». Ce qui l'a rendu littéralement malade nerveux. Il est angoissé en permanence et envisage systématiquement le pire. Si quelqu'un est en retard c'est forcément qu'il a eu un très grave accident, par exemple.

Se sentir à vie dépendant de ses parents conduit à toutes sortes de troubles comportementaux. La jalousie de bien des adultes se décline comme une jalousie enfantine... la peur panique de perdre, se faire « voler » son parent-parapluie qui vous protège des intempéries.

N'arrivant pas à surmonter les séquelles de leur enfance prolongée, une très large partie de l'Humanité connaît un manque d'assurance permanente. Ce qui explique le succès de tant de « gourous », « chefs », « guides spirituels », « leaders charismatiques », etc, etc.

Cette enfance prolongée qui n'en fini pas se traduit par l'incapacité d'être autonome. Un ami avait l'habitude de consulter systématiquement sa femme quand il devait prendre une décision. Un jour, excédée, devant moi elle a refusé de répondre. Cet ami m'a aussitôt posé à moi la question du choix qu'il devait faire.

Cette enfance prolongée peut contrarier le fait d'aller vers les autres, car elle fait penser qu'on trahit ainsi ses parents protecteurs.

Quand on veut rester l'enfant prolongé, on s'efforce de ne pas vivre, de rester peu audacieux, limiter ses désirs, réduire ses projets, renoncer à ses rêves. L'enfant prolongé est un enfant handicapé.

Le phénomène d'enfance prolongée se répète de générations en générations sans que le plus souvent il soit remis en question. Se dégager de son enfance prolongée, c'est apprendre à vivre enfin et s'éloigner des fantômes terrifiants et imaginaires de l'enfance.

Tous ceux qui nous entourent ne sont que des hommes et des femmes, pas plus terrifiants que ça, pas moins fragiles et doutant d'eux que nous. La société humaine ressemble à un théâtre d'ombres où les ombres impressionnent plus que les acteurs vivants.

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 juillet 2016

jeudi 7 juillet 2016

586 L'obésité rend sourd

Non, bien sûr, ce titre est une blague. L'obésité ne rend pas sourd. En revanche elle peut causer divers problèmes : diabète, et dégradation de la santé au plan cardiaque, par exemple. On a dit que la masturbation rendait sourd... C'est également faux. Mais, pour autant, sa pratique ne créerait-elle pas d'autres problèmes de santé ?

Nous sommes influençables au delà de ce dont nous nous doutons. En fin de matinée aujourd'hui j'ai éprouvé encore l'ampleur insoupçonnée de ce phénomène. J'arrivais à la hauteur d'un éboueur qui changeait le sac à détritus d'une corbeille à papiers. Je ne connaissais pas cet homme, ni d'Ève, ni d'Adam. A côté de lui se trouvait l'emplacement d'un arbre qui avait été abattu. N'en restait que la base. L'idée m'est venue d'en faire vite le tour. Une vraie fantaisie enfantine totalement sans conséquences sérieuses. Je ne l'ai pas fait. Me suis retenu. La pensée qui a censuré mon intention était celle-ci : « de quoi aurais-je l'air aux yeux de cet éboueur ? » En y réfléchissant, j'ai réalisé que donc l'avis, favorable ou défavorable et sans conséquences, de cet inconnu m'importait. Mais alors combien d'inconnus combien de fois font pression sur ma pensée, mes intentions, sans que je le réalise comme cette fois-ci ?

Il n'est pas habituel d'adresser la parole à des inconnus dans le métro parisien. J'ai remarqué qu'il m'est moralement plus facile de le faire dans une rame faiblement remplie que dans une rame pleine. Car la pression conformiste et taiseuse régnante est alors moins forte.

Quand je termine un repas, comme ce midi, l'envie me vient fréquemment de manger du sucré : le dessert. Cette envie est parfaitement artificielle. C'est le fruit de mon conditionnement culturel.

Alors, nos idées sur la sexualité sont-elles si « naturelles » que ça ? L'éjaculation survient en principe quand deux humains se désirant l'un l'autre s'accouplent. Or, force est de constater que la pratique boulimique masturbatoire amène de fréquentes éjaculations chez nombre d'hommes, dont le plus souvent ils n'osent pas parler. Détraquée alors sera leur appétit sexuelle. Et ce dérangement prête à conséquences, car cet appétit règle une partie des activités relationnelles entre humains.

Quand l'éjaculation ignore le fait relationnel et prétend trouver sa justification dans une notion de « plaisir » abstrait et détaché de tous sentiments. Quand l'éjaculation n'a pas de caractère lié à une relation, si succincte soit-elle, avec quelqu'un d'autre. Et sert uniquement à compenser quelque chose qui n'a rien à voir. Que l'éjaculation soit obtenue par une masturbation utilisant la main, les cuisses, un vagin, une bouche ou un anus, il s'agit là d'un désordre relationnel. Et ce désordre va se répercuter dans par exemple les attitudes adoptées à l'égard du sexe opposé. Si parvenir à éjaculer est si facile, pourquoi serait-ce plus difficile d'obtenir les « faveurs » sexuelles d'un être humain ?

Un ami me disait il y a des années qu'il ne s'expliquait pas pourquoi une femme qui l'intéressait sexuellement pouvait se « refuser » à lui... Cet ami n'était pourtant pas stupide, loin de là. Habitués à la masturbation bien des hommes ne comprennent pas le sexe. Et combien de personnes qui se sentent tristes, s'ennuient, seront tentées par l'ingestion d'une tablette de chocolat entière, alors qu'elles n'ont pas faim ? D'autres recourront à la masturbation dans la même fuite de la tristesse et l'ennui. L'appétit sexuel est la plupart du temps extrêmement détraqué chez les hommes, qui finissent par harceler systématiquement toutes les femmes paraissant baisables. Et on prétendra ensuite que l'homme aurait « naturellement » plus d'appétit sexuel que la femme. Et comme le machisme est toujours dominant dans notre société, après avoir vu nombre de femmes commencer à fumer pour imiter le modèle masculin, d'autres aujourd'hui draguent aussi stupidement que l'homme. Et se croient émancipées et femmes en prenant pour modèle la stupidité des hommes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 7 juillet 2016

mercredi 6 juillet 2016

585 Qu'est-ce que « l'endorphinomanie » ?

Satisfaire nos besoins nous donne du plaisir. Par exemple : manger quand on a faim et donc besoin de manger. En revanche, quand le plaisir et non la satiété devient le but, alors que la satiété est déjà atteinte, il y a dérangement. Manger devient alors uniquement une drogue. Là c'est manger, ça peut être d'autres choses aussi qui peuvent servir de drogues. La recherche du plaisir ainsi déconnecté de la justesse de la fonction peut devenir une véritable addiction. Ainsi, on pourra prendre systématiquement l'habitude de manger, quand on n'en aura pas besoin. Le plaisir recherché se fera au détriment du bon fonctionnement de la digestion et nuira à la santé : on deviendra obèse, avec tous les problèmes que cela apportera : diabète, maladies cardiaques, etc.

Les malades de l'addiction au plaisir déconnecté du besoin sont des endorphinomanes. Ils pratiquent l'endorphinomanie, c'est-à-dire qu'ils s'auto-droguent aux endorphines. Dans le domaine financier, l'endorphinomane va par exemple s'acharner à accumuler des masses d'argent qu'il n'aura pas l'occasion d'employer à quelque chose. Son plaisir consistera uniquement à se dire : « j'ai ça. »

Le domaine le plus connu où prospère l'endorphinomanie est celui qu'on a baptisé « le sexe ». Alors qu'ils n'ont pas beaucoup de besoin sexuel on verra quantité d'hommes s'acharner à rechercher le flash d'endorphines causé par l'éjaculation. Flash qui pourra finalement être très petit et même être remplacé par de la douleur au moment de l'éjaculation. Ce flash endorphinomaniaque pourra être obtenu par diverses variétés de masturbation : par la main, entre les cuisses (fémorale), dans un vagin (vaginale), une bouche (buccale) ou un anus (anale), etc. Il sera détaché de la satisfaction d'un besoin réel. Le but sera le flash, indépendamment du contexte, considéré finalement comme secondaire. Ça pourra y compris être de la baise virtuelle : une excitation causée par des images pornographiques de personnes parfaitement inconnues qui serviront à obtenir le fameux flash et rien d'autre. Le vide succédant au flash pourra créer une certaine tristesse, mais pas toujours.

On trouve des endorphinomanes dans des domaines très divers. Un endorphinomane en politique trouvera le plaisir de la lutte plus important que d'atteindre son but. La lutte sera sa source de drogue auto-produite. L'endorphinomanie pourra également consister à imiter les autres dans différents domaines. Par exemple la façon de s'habiller. On obtiendra la satisfaction parfaitement idiote « d'être à la mode ».

L'endorphinomane pourra s'inventer une identité et trouver son plaisir dans l'acharnement à la suivre. Au début des années 1980 je m'étais trouvé l'identité de « poète ». Pour l'attester et y trouver mon plaisir, je rédigeais des petits textes qu'au bout d'un mois je regroupais, mis au propre et légèrement illustrés. Photocopiés et mis sous enveloppes je les baptisais « vrac poétique », les numérotais et distribuais autour de moi. Cette endorphinomanie n'était pas très dangereuse. Elle m'a permis de me faire des amis. Mais que dire de « l'homme de lettres » auto-proclamé qui toise avec mépris son entourage, tant il est fier d'être un « artiste créateur » ? Et que dire du politique qui se gargarise de son pouvoir, qu'il a obtenu en écrasant les uns et trahissant les autres ?

Une légère endorphinomanie ne porte pas trop à conséquence. Mais à un stade plus développé elle génère bien des malheurs et des catastrophes. La folie de la recherche du pouvoir montre chaque jour les dégâts invraisemblables qu'elle entraîne. Des hommes et des femmes qui ont tout ce qu'il faut pour vivre bien vont s'acharner à conquérir quelques miettes magiques qui leur feront croire qu'ils sont devenu « quelqu'un ». Parce qu'ils siègent à présent dans de confortables fauteuils de cuir, dans de beaux palais anciens sous la protection de gardes armés. Leur ambition est risible, mais l'os du pouvoir paraît toujours fabuleux aux chiens qui se le disputent. Alors qu'il y a tant de belles choses à vivre et réussir loin des illusions de ce « pouvoir » tant convoité !

Basile, philosophe naïf, Paris le 6 juillet 2016

584 La comédie du bonheur

Scène classique à laquelle j'assistais tout à l'heure : un beau jeune homme complimente une belle jeune femme en présence de tiers. Puis ajoute : « je ne te drague pas, j'ai une copine ! » Qu'est-ce à dire ? Si on a « une copine », ça signifie qu'on laisse « tranquille » les autres filles, parce qu'on a son vide-couilles personnel à domicile ? De même, dernièrement, certains commentateurs ont déclaré, parlant d'affaires criminels où on a vu des prêtres catholiques accusés d'agressions sexuelles sur des enfants : « s'ils ont agressé c'est parce qu'ils ont fait vœu de célibat. » Si on suit ce raisonnement tous les célibataires sont des vicieux et des agresseurs d'enfants. Je ne crois pas que ce soit vrai. Un autre propos que j'ai entendu à propos du sexe il y a bien des années : « tout le monde fini par trouver chaussure à son pied. » Sous-entendu : « tout le monde baise et doit baiser. »

J'ai cru à ce message. Durant des dizaines d'années j'ai cherché à suivre le troupeau. Et me trouver une copine en fait sans m'en rendre clairement compte pour faire « comme tout le monde. » J'ai finalement arrêté cette connerie. Mais je vois bien qu'elle règne toujours autour de moi.

Qu'est-ce qui « m'oblige » à penser au « petit trou » d'une femme que je trouve jolie ? Et à penser devoir y mettre ma queue ? La Nature ? Vous en êtes sûr ?

Ce bon vieux discours invoquant « la Nature » pour justifier tout et n'importe quoi est à géométrie variable. Quand on démontre qu'il existe des hommes heureux qui visiblement court moins derrière les femmes, voire pas du tout, on s'entend répondre : « oui, mais ils ont moins d'appétit. »

De quelle « Nature » s'agit-il ici ? Nos vies sont-elles si naturelles que ça ? Quand, à la nuit tombante, j'allume la lumière électrique chez moi je trahis très largement la Nature. Quand je cuis des aliments et les sales, je la trahis également. Quand je me lave à l'eau chaude et au savon, quand je me chauffe, quand j'allume un feu, quand je prend de l'aspirine contre la migraine, quand je porte des vêtements, quand j'écris ce texte sur mon ordinateur, je suis loin, très loin de la Nature. Alors, où est-elle, la Nature ? Et quand pouvons-nous y faire sérieusement référence ? Elle est pourtant bien là, en nous et autour de nous, mais sacrement contrariée par la culture humaine.

Pour se faire une vague idée de la Nature, observons nos cousins singes. Baisent-ils en permanence ? La plupart non exceptés paraît-il les Bonobos. Sommes-nous des Bonobos ? Non. Alors pourquoi invoquer précisément les Bonobos comme référence ? Exactement comme ceux qui invoquent les loups ou les oies pour affirmer que le couple est immuable et naturel parce que chez ces animaux il l'est. Et puis, un autre élément pour analyser le comportement humain est d'observer si les humains comme ils se conduisent présentement sont satisfaits du résultat...

S'agissant de ce que l'on appelle « l'amour » ou « le sexe », d'évidence la réponse est non. La quantité énorme de gens qui se ressentent mal dans le domaine ainsi délimité est impressionnante. J'observais il y a peu une femme apparemment heureuse à tous points de vue et en particulier en amour. Son sourire inoxydable, son rire quasi permanent, son air visiblement détendu, sauf... qu'entourée d'affection toute la soirée elle n'a pas arrêté de fumer et picoler. Alors, heureuse ou bonheur de façade dissimulant des fêlures bien présentes dans ce soi-disant bonheur ? Combien de gens « heureux » sont en fait dans le jeu, la comédie du bonheur par peur d'avouer leur mal-être ? Croire qu'il existerait une recette du bonheur est une des plus grandes farces qui existe. C'est comme prétendre qu'il existerait une recette juste et exacte de vie en général. Alors que chacun de nous est différent et mène une vie différente. L'illusion d'une recette générale et unique est rassurante. Car elle nous fait croire qu'il suffirait de la trouver et la suivre pour être « définitivement et irrémédiablement » heureux.

Basile, philosophe naïf, Paris les 5 et 6 juillet 2016

mardi 5 juillet 2016

583 La quadrature du cercle féminin

L'enfance prolongée agit comme un conditionnement. Il est différent selon qu'on est une fille ou un garçon. Aux petites filles dès l'âge le plus tendre, pour peu qu'elles soient belles selon les critères esthétiques à la mode, on n'arrête pas de faire des compliments à propos de leur beauté. Le leitmotiv tant entendu est : « qu'est-ce que tu es belle ! » C'est un véritable lavage de cerveau. Aux filles on assigne le devoir de plaire avec leur apparence physique. Plus tard elles auront acquis ainsi un conditionnement qui valorise et privilégie la coquetterie. Pour continuer à plaire en fait inconsciemment à leurs père et mère et surtout père, les jeunes filles chercheront systématiquement à se « mettre en valeur ». L'industrie des « produits de beauté » est d'ampleur colossale. Quand on voit tout l'arsenal de produits divers sensés valoriser la beauté et la prolonger dans le temps, on est étonné.

Le problème auquel les jeunes filles vont vite se heurter est qu'en cherchant à plaire elle exciteront l'appétit des endorphinomanes, c'est-à-dire des drogués aux endorphines. Plus elles ressembleront aux canons de beauté en vigueur, plus elles se feront pourchasser et emmerder par les endorphinomanes.

Ce qui créera une contradiction : chercher à plaire oui, cela est plaisant, mais ça attire aussi des ennuis. D'où la gêne visible dont témoignent bien souvent des jolies filles habillées et maquillées « sexy ». Elles se seront faites les plus belles et séduisantes possible, en fait sans en être conscientes pour plaire à leurs papa et maman. Et ce faisant elles se feront emmerder par des ahuris.

Comment se sentir bien dans ce cas ? C'est une véritable quadrature du cercle féminin à laquelle les jeunes filles et les femmes vont se heurter.

Certaines vont réagir en niant toute séduction ou féminité de leur part. Elles s'habilleront moche, « baggy », c'est-à-dire « sac » en anglais.

En fait, en France et à Paris les femmes et les jeunes filles ne sont pas libres de s'habiller comme elles veulent. Surtout quand elles sortent seules dans la rue ou dans des lieux publics.

Commentant cette situation, on entend dire parfois de ces jeunes filles : « il y en a qui exagèrent ! » Voire on entendra s'élever des propos prétendant justifier des agressions sexuelles si « on s'habille trop sexy. » Mais quand une fille légèrement vêtue se fait agresser par un endorphinomane, la responsabilité relève de son agresseur, pas de la victime ! Si je vois une fille court vêtue, je ne la viole pas. Et le ferais-je, je mériterais d'être sévèrement condamné, sans que les vêtements courts de ma victime représentent une quelconque « circonstance atténuante ».

Ce qui est extraordinaire c'est le véritable black out qui entoure cette situation. Les femmes et les jeunes filles ont peur en permanence de se faire agresser sexuellement. Et leur peur est malheureusement beaucoup trop souvent justifiée. Mais il est de bon ton de se taire. Ne pas en parler. On peut parler de tout, de politique, de cuisine, de littérature, de médecine, de bandes dessinées... Mais on ne parlera pas de harcèlement sexuel, agressions, viols. Et combien de femmes et jeunes filles agressées se culpabilisent à tort en se considérant au moins un peu « responsable » de leur agression ? Ont honte d'en parler ? Si on vous vole votre portefeuille, si on vole votre voiture, on peut en parler. Si on vous viole on ne doit pas en parler, pourquoi donc ? Et ainsi en se taisant, on contribue à ce que les règles injustes de la société perdurent et continuent à empêcher de vivre. Mais quand enfin laissera-t-on les femmes et les jeunes filles séduire en paix ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 juillet 2016

582 Nous sommes tous des enfants prolongés

La rencontre de l'histoire et de la physiologie humaine fait qu'à notre naissance l'instinct naturel va se confronter au désordre culturel régnant. Désordre ou ordre, ce jugement qualitatif et subjectif ne retire en rien le fait que pour l'instinct originel il s'agit d'un désordre. Ainsi, par exemple, devoir se laver intégralement tous les jours à l'eau et au savon ne correspond pas à l'instinct naturel. Le petit enfant qui hurle sa protestation face à cette exigence exprimée par exemple par sa maman, ne fait qu'exprimer la Nature en lui. Dire alors que son instinct se heurte au désordre culturel ne signifie pas pour autant que je prône la crasse corporelle...

Le temps nécessaire à la transmission du savoir, juste ou erroné, fait naître le désordre majeur de l'enfance prolongée. Alors qu'un petit humain dès qu'il sait se nourrir seul est autonome, ce qui arrive vers l'âge de quatre ans environ, il sera maintenu bien plus longtemps dans une enfance prolongée. Ce qui aura des conséquences multiples et pas toujours positives. Ainsi, il pourra vouloir plaire à ses parents.

Ce qui fait que durant des années il va faire des efforts en ce sens, créant par là un conditionnement durable. Celui-ci ne sera pas nécessairement conscient ou visible.

Prenons quelques exemples. Quand j'étais étudiant à l'École des Beaux-Arts je me suis évertué à passer le diplôme de fin d'études en peinture. L'unique raison ou presque de mes efforts, qui furent couronnés de succès, était de... plaire à ma mère, qui voulait voir ses enfants diplômés.

Là, la démarche était consciente. Prenons un autre exemple : j'ai un ami très idéaliste qui milite politiquement pour l'idéal qu'il a choisi. Il est persuadé de le faire car ses idées sont à ses yeux justes et généreuses. A mon avis, tout à fait en dehors de ces idées se situe sa motivation. Son père a été un très grand idéaliste. Il a fait de la politique par idéalisme. Et son fils suit son chemin non par idéologie, mais par admiration de son père, qu'il cherche inconsciemment à imiter. D'une certaine façon il cherche encore aujourd'hui à plaire à son père... décédé depuis bientôt trente années.

On voit là la puissance du conditionnement. Dans notre société, ce phénomène est omniprésent. Pourquoi, par exemple, des personnes qui disposent des meilleures conditions de vie possible vont ruiner leur tranquillité par ambition ? Par exemple, chercher à devenir un chef, ou à posséder une quantité d'argent qui ne leur servira à rien ? Parce qu'elles veulent plaire à leur papa ou leur maman, y compris quand ceux-ci ne leur demandent rien. D'autant plus quand ils ne sont plus de ce monde depuis des années. Ce délire lié au conditionnement peut avoir des conséquences tragiques.

Alexandre de Macédoine était un souverain qui vivait il y a très longtemps. Il était le fils de Philippe II dont il a hérité du royaume de Macédoine. Alexandre a passé sa vie a ruiner par la guerre des régions entières pour arriver au résultat absurde, imbécile et artificiel de les « posséder ». Qu'est-ce à dire que « posséder » ? Ce crétin de très grande envergure aurait même pleuré à l'idée qu'il n'existait plus de terres à conquérir ! Et tout ça pourquoi ? En fait, personne ne l'a peut-être dit avant moi, mais j'en doute : pour... imiter son père, lui plaire, alors qu'il était déjà mort. Derrière le « grand conquérant » on voit paraître le très petit garçon qui veut... plaire à son papa... Et avec quelles conséquences catastrophiques ! Les « historiens » donneront, bien sûr, généralement d'autres explications. Ils parleront de conflits d'intérêts, ambitions, etc. Tout ça pour expliquer à postériori que ça devait forcément et nécessairement arriver. Pour illustrer ma pensée, j'ai pris ici un exemple ancien, celui d'Alexandre. Si vous regardez l'actualité, vous pourrez par vous mêmes trouver quantité d'exemples de petits garçons attardés qui nous emmerdent pour plaire à leur papa. Car ce sont le plus souvent des hommes plutôt que des femmes qui nous empêchent de vivre en paix.

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 juillet 2016

lundi 4 juillet 2016

581 Enfantillages

Il y a quatre ans environ j'ai rencontré un homme qui m'a fait une remarque qui m'a fait réfléchir. « Pourquoi m'a-t-il dit, cherches-tu systématiquement à te mettre en valeur par tes propos auprès des autres alors que pour être estimé tu te suffit par toi-même ? Les personnes que tu rencontres voient bien comment tu es. Si elles ont envie de t'apprécier elle le feront sans que tu ais besoin d'argumenter. » C'est en gros ce qu'il m'a dit. Et, effectivement, jusqu'alors, chaque fois que je rencontrais quelqu'un je me sentais « obligé » de lui démontrer ma qualité par mes propos. Ce que m'a fait remarquer l'homme qui a ainsi « décrypté » ma manière d'agir. Je l'ai modifié. J'ai cessé de sortir des discours justificateurs de ma qualité à chaque fois que je rencontre quelqu'un. C'est beaucoup mieux et nettement plus tranquille ainsi. Mais je ne me suis pas alors posé la question du motif de ma conduite ainsi corrigée.

Aujourd'hui, je descendais un sac poubelle et j'ai pensé : « dans quelle poubelle ce sera le mieux de la déposer ? » Et là, cette pensée m'a interpellé : « comment puis-je accorder une importance au récipient choisi, alors qu'au fond la seule et unique chose qui importe est de me débarrasser de mon sac d'ordures ? Que vient faire ici cette recherche de perfection pour une tâche absolument mineure ? »

Quand un homme quelques heures après a été aimable avec moi, j'ai ressenti une gratitude excessive pour pas grand chose. La même que j'ai déjà remarqué simplement quand une inconnue me sourit. J'éprouve souvent une sympathie débordante pour une réaction tout à fait mineure.

J'ai rapproché ces trois phénomènes dans mes réactions, et cherchant l'explication de leur origine elle m'est apparue d'évidence. Quand j'étais un très petit garçon, je m'efforçais de plaire à ma maman. En me mettant en valeur. En accordant une prodigieuse importance à sa réaction souriante. En cherchant à être « le meilleur ». Ce comportement infantile a duré plusieurs de mes tendres années. Et a généré un conditionnement, dont je m'empresse de me débarrasser à présent. J'ai déjà commencé à le faire en arrêtant mes discours justificatifs de ma qualité. J'ôte à présent cette absurde envie permanente de perfection pour rien et cette gratitude débordante pour pas grand chose.

Nous sommes ainsi conditionné durant notre enfance, sans le réaliser. Sortir de ces conditionnements simplifie et allège la vie.

Je connais ainsi un homme qui a passé son enfance et sa jeunesse à se cacher de sa mère dans les toilettes pour lire. Ça fait à présent plus de dix ans que sa mère est morte. Il continue à s'enfermer dans les toilettes plusieurs heures par jour pour lire. Comme si sa mère était encore là et qu'il serait encore un petit garçon !

Combien d'autres bizarreries se rencontre ainsi dans la vie quotidienne ? On croit que c'est la personnalité des gens qui s'exprime. Et c'est juste le souvenir de conditionnements anciens qui restent imprimés en nous.

Il suffit d'arriver à la racine de ces conditionnements pour les démonter et parvenir à s'en libérer. Ils sont le produit du poids excessif des parents durant notre enfance prolongée qui commence vers l'âge de quatre ans. En étant maintenu dans une sorte d'enfance artificielle nous ne parvenons pas à trouver nos points de repères. Nous soumettons notre conscience à une dépendance : au pouvoir des « grandes personnes » de notre entourage qui nous semblent mieux savoir. « Qui savent toujours mieux ». Et, finalement, devenus avec l'âge des « grandes personnes », nous persistons à rester des enfants prolongés, refusant d'assumer notre très pacifique et agréable liberté d'adulte.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 juillet 2016