samedi 4 juin 2016

556 Qu'est-ce donc que le revenu universel et inconditionnel pour tous ?

Curieusement je vois critiquer le revenu universel et inconditionnel pour tous qu'on travaille ou non. Ces critiques affirment qu'il est inadmissible, car il consisterait « à payer les gens à ne rien faire ». Cette définition n'est pas objective. Le revenu en question représente tout autre chose.

Tout d'abord, il rémunère des activités effectives et ni reconnues, ni rémunérées. En particulier celles relevant de la solidarité et de l'éducation et l'entretien des enfants. Si j'élève des souris blanches ou des vaches, c'est un métier, on doit me payer. Si j'élève des enfants, avenir de ma famille, ma ville, mon pays, c'est du bénévolat ! Si je suis auxiliaire de vie, infirmier à domicile de quelqu'un, c'est une activité professionnelle. Si j'assure le confort et la vie quotidienne d'amis, parents... c'est du bénévolat ! Les multiples activités humaines souvent d'importance vitale et qui ne sont ni reconnues, ni rémunérées, le deviennent à travers le revenu universel et inconditionnel pour tous.

De plus, ce revenu est un droit, car le droit à la vie c'est aussi le droit de manger et avoir un minimum de confort de vie. Seuls les cyniques et les imbéciles souscriront à la célèbre phrase stupide : « qui ne travaille pas ne mange pas ». Qu'est-ce à dire, qu'on doit mourir si on ne fait rien ? Qu'il faut appliquer la peine capitale aux feignants, aux malades inactifs, aux petits enfants, aux vieillards et aux invalides ? S'agissant de tuer en masse les malades inactifs et les vieillards, un régime s'y est appliqué dans les années 1930-1940 en Allemagne. Je ne crois pas du tout que ce soit un exemple à suivre... bien au contraire !

Le revenu universel et inconditionnel pour tous concrétise entre autres la reconnaissance d'une évidence que seuls de tristes abrutis ne veulent pas voir : le progrès technique et scientifique a détruit tant d'emplois qu'il n'en reste plus assez pour assurer « le plein emploi » d'hier. Ce phénomène continue à s'accentuer et accélérer. Que cela plaise ou non aux thuriféraires du travail !

On remarquera qu'au nombre des plus bruyants de ces thuriféraires on rencontre fréquemment des personnes qui n'ont jamais planté un clou ou lavé une paire de chaussettes à la main. Qui sont de parfaits feignants déguisés en « travailleurs intellectuels » auto-proclamés. Qui ne se sont jamais vraiment fatigués avec ce « travail » dont ils vantent la nécessité pour tous. Observez bien leur embonpoint, leur mine resplendissante, leur costume impeccable. Il ne leur est pas difficile de vanter ce travail si sacré pour eux qu'ils n'y ont jamais vraiment touché.

Le revenu universel et inconditionnel pour tous représente l'arrivée d'une nouvelle civilisation. En faisant disparaître la misère, il entrainera, parmi d'autres conséquences, la disparition d'activités que seule la misère engendre : telle la prostitution.

Mais, comme à chaque changement de civilisation, ceux qui sont habitués à la vie dans le monde précédent et qui y occupent une place confortable, ne peuvent comprendre ou accepter un tel changement. Pensez ! Ils sont aujourd'hui des privilégiés du système et demain ils ne seront plus rien. Si tout le monde a de quoi manger, si la misère n'existe plus, si les artistes peuvent librement s'adonner à la création sans craindre d'avoir faim, imaginez la métamorphose du monde ! Tout ceci est parfaitement possible. Mais n'en veulent pas ceux qui prennent les grandes décisions. Ils vivent sur une autre planète. Et prônent aujourd'hui la retraite à soixante-dix ans et la semaine de soixante heures soi-disant pour préserver l'emploi. Ces aveugles s'inclinent devant le fétiche de la croissance illimitée dans un monde aux ressources fragiles et limitées. Un jour toute cette comédie va craquer. Espérons que ce soit dans le bon sens et l'intérêt des humains. Alors, l'arrivée inévitable du revenu universel et inconditionnel pour tous participera du changement bienvenu.

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 juin 2016

vendredi 3 juin 2016

555 Dix-sept veuves pour un veuf...

Il y aurait en France de nos jours dix-sept veuves pour un veuf. Ce qui signifie qu'exceptées celles qui sont devenues veuves jeunes, il y aurait un nombre très important de dames âgées seules. Quelle est leur situation en regard des câlins ? Si vous cherchez sur Internet des sites en référence au mot clef : « caresses », vous trouvez une tonne de sites qui vous parlent de caresses « sexuelles ». Comme si seules celles-ci pouvaient exister. Certes, des dames âgées seules retrouvent parfois un compagnon. Mais quantité d'autres n'ont pas un tel projet de fin de vie.

Or, que leur propose notre société dans le domaine des câlins ? Rien ! Uniquement la baise, et plutôt pour les « jeunes et jolies ». Quant aux vieilles, vous pouvez crever ! Comme si la vie s'arrêtait à soixante ou soixante-dix ans. Et pourquoi les dames âgées n'auraient-elles pas droits elles aussi à « l'esprit de la coccolazione » ? C'est-à-dire à des caresses non assorties d'ultimatums « sexuels » ?

Aujourd'hui, si une dame âgée veut des caresses, elle doit le plus souvent se résoudre à en trouver... auprès d'un chien, un chat... quelle honte pour notre société ! Où sont les humains ? Où est l'Humanité ?

Une dame d'un certain âge disait un jour dans une émission de télévision : « si j'ai vingt chats, c'est pour les câlins. Je ne vais tout de même pas demander à mon fils de quinze ans de venir sur mes genoux ! »

Et voilà où conduit une société obsédé par le sexe malade : vous êtes âgé et vous voulez des caresses ? Prenez un chat. Ou vingt chats, si vous voulez beaucoup de caresses !

Combien de personnes âgées sont ainsi stupidement privées de tous contacts tactiles agréables ? Un jour, une jeune femme qui avait fait aide-soignante dans une maison de retraite m'expliquait : « le soir, aux personnes âgées dont je m'occupais, au moment d'aller dormir, je faisais un petit bisou sur le front et elles s'endormaient beaucoup plus paisiblement. »

« Mais, ajoutait-elle, c'était formellement interdit et il fallait que je le fasse discrètement, hors de la vue du personnel d'encadrement. »

Les bisous sur le front sont interdits... AU FOU !!!

On voit bien ici que notre société parisienne et française, et pas seulement elle, est aujourd'hui à des centaines d'années-lumières de « l'esprit de la coccolazione ». Mais, patience, le jour viendra où se déchirera le voile qui sépare notre société de la réalité.

Et aussi, n'oublions pas non plus ceux qui, ni jeunes, ni vieux, n'ont aucune envie de « s'adonner au sexe » et ont également besoin de toucher, caresses, contacts dont ils se trouvent privés. Car quantité d'humains, parfois très momentanément, ou durant de bien plus longues périodes, pour des raisons qui sont les leurs, ne cherchent pas « le sexe ». Bien sûr, de ceux-là les médias ne parlent pas. Ou alors les présentent comme des malheureux, coincés, victimes de la vie. Aujourd'hui « le sexe » est à la mode. Hier, on disait : « si tu te masturbes, tu vas devenir sourd, fou, aller en Enfer ! » Aujourd'hui, on dit plutôt : « si tu ne te masturbes pas, tu es un malade, un frustré, vas voir le sexologue ! » Ce genre de propos est tellement à la mode de nos jours qu'on ne compte pas le nombre de publications qui, très sérieusement, nous expliquent comment, de quelle façon et avec quelle périodicité nous devrions absolument « faire l'amour ». Pour faire « comme tout le monde » ! Il vaut mieux en rire aux éclats qu'en pleurer à gros sanglots.

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 juin 2016

554 Un épouvantable fait divers... et après ?

Je lisais hier dans la presse sur Internet le récit d'un épouvantable fait divers qui s'est déroulé à Mulhouse. Huit jeunes hommes âgés de treize à dix-sept ans ont entrainé de force une jeune fille de quatorze ans dans une cave et l'ont forcé à des fellations. Suite à cette agression elle a tenté de se suicider. Puis a informé sa mère. Plainte et arrestations ont suivi. La question posée ici est : « et après, pour la jeune fille, que fait-on ? »

Il y a ici deux problèmes auxquels on se trouve confronté pour l'aider. Le premier est qu'on a stupidement et abusivement associé le toucher en général et le toucher agréable en particulier au « sexe ». Ce concept assez flou et culpabilisateur prétend ici que toutes les caresses mènent plus ou moins à l'acte sexuel, la fellation, etc. L'autre problème ici est qu'on prétend essentiellement soigner les chocs psychologiques par la parole. A laquelle on ajoute des produits pharmaceutiques qui ne sont pas des médicaments, car ils ne soignent pas. Mais des drogues qui endorment la souffrance.

J'ai rencontré une femme trentenaire qui a dix-sept ans a connut une agression qui rappelle celle de Mulhouse. Elle m'a confié qu'avec les drogues qu'elle a reçu, dès la première année elle a pris trente kilos et n'est jamais revenue à un poids correct. Personne ne s'est préoccupé de ce problème parmi les thérapeutes ou dans sa famille. Les personnes soumises à ce genre de traitements ont fréquemment une silhouette fortement alourdie.

Revenons-en à la jeune fille agressée à Mulhouse. On va certainement chercher à l'aider avec la parole et les drogues pharmaceutiques. Ces dernières peuvent avoir leur utilité pour endormir momentanément une souffrance trop aiguë. Mais elles ne soignent pas ce qui est une blessure. L'agression physique et morale du viol demande un traitement physique et moral.

Comment procéder ? Par « l'esprit de la coccolazione ». La victime a perdu confiance dans le toucher qui s'est fait violent. Il faut organiser des séances de toucher agréable et détaché de tous les contextes « sexuels ». Dans un local bien éclairé, sous le contrôle de tiers présents - qui pourront être de la famille, par exemple, - on caressera (n'ayons pas peur du mot) exclusivement des zones considérées comme neutres et non sexuelles. Il s'agit du haut du dos, des bras, de la tête et des jambes au dessous des genoux. Une telle thérapie devant rendre à cette jeune fille la conscience d'un toucher agréable, pacifique, relaxant, rassurant.

Qui voudra bien aujourd'hui entreprendre de telles séances de thérapie pour réparer le moral abimé de cette jeune fille ? Certainement personne, car notre culture n'a pas encore assimilé « l'esprit de la coccolazione ».

Les seules traitements qui seront appliqués seront certainement basés sur la parole et les anesthésiants pharmaceutiques. Qui me font penser au traitement d'une fracture par la parole. Car il s'agit bien ici d'une fracture morale, d'une blessure invisible. Qui ne sera pas soignée par le toucher et c'est bien dommage.

Un jour sans-doute on en viendra à traiter ce genre de traumatismes avec ce genre de traitements tactiles auquel s'ajoute, bien sûr, la parole à d'autres moments. Quand y viendra-t-on ? Je n'en sais rien. Le plus tôt serait le mieux. Que de dégâts et de souffrances pourraient ainsi être évitées !

J'en parlais tout à l'heure avec quelqu'un qui comprenait et approuvait mon propos. Cela m'a incité à écrire ce texte qui est un peu comme une sorte de « bouteille à la mer » en faveur de la pratique de « l'esprit de la coccolazione » pour soigner les victimes de viols.

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 juin 2016

jeudi 2 juin 2016

553 « L'esprit de la coccolazione »

Dans ma contribution précédente à ce blog j'évoquais « l'esprit de la coccolazione ». Pourquoi un tel nom ? En fait parce qu'il fallait bien en donner un à une chose et un projet d'importance qui ne correspondent précisément à rien d'existant jusqu'à présent. Ce nom est formé d'un jeu de mots en italien utilisant le verbe « coccolare » qui signifie câliner, caresser, cajoler. Et « collazione » qui est le nom du petit déjeuner.

La ritualisation de la sexualité amène un trouble supplémentaire : la programmation sexuelle. Ainsi, par exemple, quantité d'hommes croient que s'ils parviennent à embrasser sur la bouche une femme qui leur plaît, il s'agira d'une première étape amenant obligatoirement l'acte sexuel. Et cet acte, s'il arrive, sera à répétition. L'accès au vagin se fera en quelque sorte « avec abonnement ». Ce genre de comportement perturbe gravement les relations humaines. Comme le comportement masculin qui consiste à croire que si on est « ensemble » ça corresponds à un « droit de baise » permanente.

L'esprit de la coccolazione est tout autre, car il est basé sur la volonté de respecter l'autre. Y compris contre sa volonté quand elle est confuse et qu'il ne sait pas ce qu'il veut vraiment. Et a de la peine à résister aux rituels relationnels en vigueur.

La séance de coccolazione est strictement cadrée et placée sous le contrôle d'au moins un tiers présent, ce qui permet d'éviter les situations de domination et profitage. La coccolazione peut contribuer à aider à soigner des troubles causés par des situations conflictuelles. Ainsi par exemple une victime de viol, torture, une personne souffrant d'un syndrome post-traumatique, ou d'anorexie, trouvant ou retrouvant un contact agréable et de confiance. Ce contact l'aidant à retrouver un meilleur équilibre. On peut imaginer la coccolazione devenir un moyen de soigner en général les victimes d'agression qui ont avec celle-ci perdu confiance dans leurs semblables.

En 1993, je parlais de l'usage du toucher pour remettre d'aplomb le moral de personnes souffrant d'un choc. Mon interlocuteur, sapeur-pompier de Paris, était d'accord avec moi. Cependant, il doutait de l'application possible de mon idée du fait des règles régissant la sexualité dans notre société. Avec l'esprit de la coccolazione il est possible non pas d'éliminer ou surmonter l'obstacle, mais, l'ayant identifié, le contourner.

Les humains ne sont pas hostiles aux relations câlines. Mais ils sont prisonniers des règles existantes. Qui les amènent à refuser le contact car il est abusivement systématiquement interprété comme une « avance sexuelle ». Et, quand le contact se fait malgré tout, la confusion amène à souhaiter un acte sexuel qui est bien souvent mal venu. Les humains ont oublié ce qu'ils sont et essayent d'être autre chose qu'eux-mêmes. Le résultat dans ces conditions ne peut pas être bon. Combien d'humains victimes du manque de caresses se réfugient dans l'alcool, la cigarette, l'anorexie, la fuite dans la maladie, les comportements à risques, les drogues médicamenteuses ? On ne le saura que quand on sera enfin sorti de cette situation calamiteuse où il est plus facile de trop manger, trop boire, trop dormir, fumer, que recevoir, donner, échanger d'authentiques câlins.

En chacun de nous sommeille notre authenticité tactile. Parfois, par moments, inexplicablement, elle surgit puis s'évanouit. C'est un geste, une caresse, une attitude belle et inhabituelle, inattendue, qui ne subsiste que momentanément. J'ai pu observer quelquefois ce phénomène. Mais le poids de la ritualisation régnante, des ritualisations régnantes, font que ces situations ne durent pas. Elles sont comme un rayon de soleil tombant un bref instant à travers un manteau nuageux couvrant le ciel en permanence. Peut-être un jour l'homme retrouvera son authenticité. On peut l'espérer. En attendant, essayons de faire au mieux qu'il est possible. C'est déjà autant de bien de fait.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 juin 2016

552 Face à la ritualisation dans notre société primitive

Comme toutes les sociétés primitives, la nôtre est fortement articulée et comprimée par toute une quantité de rituels. Ceux-ci ont en commun de prétendre à l'inévitabilité et avoir une origine qui les rendrait invincibles, indiscutables, impossible à remettre en cause. Ils sont présentés comme « allant de soi », « logique », « de bon sens ». Ou bien alors ils seraient à suivre obligatoirement car « naturels », soumis à « la loi », ou encore émanant de « la divinité ». A l'inverse, quand des rituels autres touchent des sociétés étrangères, ils sont identifiés comme tels, remis en question, moqués, condamnés... Ainsi, par exemple, si on parle du Papou qui prend pour oreiller le crâne d'un ancêtre très savant pour acquérir son intelligence, le Français et Parisien, blanc, Occidental, chrétien, a le droit de rire. Si on lui raconte qu'en Birmanie il est exclu de mettre la main sur la tête d'un enfant, car ce serait là que se loge l'âme, le même qui se moque du Papou pourra trouver cette coutume folklorique...

Mais si on traite des rituels bien vivants en France et à Paris, ce sera une toute autre histoire. Ainsi, dans la société française et parisienne il est considéré que l'érection et son équivalant féminin du sexe humide et « en fleur » appellent l'acte sexuel. C'est une monumentale ânerie, car ces réactions surviennent en quantité d'occasions où l'acte sexuel n'est pas du tout à l'ordre du jour. S'il s'agit d'un nouveau né ou d'un petit garçon qui a une érection, il sera évident pour l'entourage qu'il n'est pas question pour lui de s'accoupler. Mais si le garçon a quinze, dix-huit ans et plus. Que pensera-t-il faire, lui qui s'abreuve de pornographie sur Internet depuis l'âge de douze ans voire moins ?

Notre société ritualise lourdement la sexualité humaine. Ainsi, elle prétend que laisser voir le sexe, le toucher, implique l'acte sexuel. Cette prodigieuse ânerie qui trouble la vie des gens se voit étendue à d'autres zones de l'épiderme ou des muqueuses. Les cuisses, le cul, la poitrine, voire dans certaines cultures les cheveux des femmes, et aussi la nudité en général et certains regards sont assimilés d'office à l'antichambre de l'acte sexuel qui devrait arriver impérativement.

Le caractère absurde, artificiel et dévastateur de cette ritualisation la fait-elle remettre en question ? Si ça arrive, celui ou celle qui critique sera considéré par nombre de personnes comme « original », « bizarre », « malade » ou « criminel ». Il sera interdit de facto de soulever certaines questions, émettre certains doutes, proposer d'autres façons d'agir.

Un touriste occidental a visité Bali il y a quelques dizaines d'années. Il m'a rapporté un phénomène qu'il a trouvé curieux. Traditionnellement, la poitrine féminine n'était pas considérée là-bas comme une zone sexuelle à cacher. Ce qui fait que des dames âgées se retrouvaient en public seins nus. Cependant que les jeunes Balinaises influencées par la culture occidentale portaient systématiquement ces caches-nichons que nous appelons hypocritement « soutiens-gorge ».

La ritualisation est partout présente dans notre société. Cependant il n'est pas besoin nécessairement de s'y opposer pour faire avancer les choses. Ainsi, le toucher a été arbitrairement rattaché au sexe. Plutôt qu'imaginer de nouvelles normes, de nouveaux rituels, pourquoi ne pas imaginer suivre « l'esprit de la coccolazione » : sont prescrites des caresses gratuites exclusivement sur la tête, les bras, le haut du dos et les jambes en dessous des genoux. Comme ça, on évite les zones proclamées « sexuelles » dans notre société. Et on peut donner de l'amour sans tomber dans l'ambiguïté. Ces caresses se faisant sous le contrôle de tierces personnes présentes garantissant d'éviter des dérapages. Étant également entendu que les éventuels réactions à ces caresses au niveau génital n'ont aucune importance. Si ce n'est d'être le signe d'une bonne santé. Une telle manière de faire pourrait aider moralement quantité de gens confrontés à la « prise en otages » des caresses par la sexualité ritualisée institutionnelle. Il y a là une piste à explorer pour améliorer notre société.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 juin 2016

vendredi 20 mai 2016

551 Le phénomène de dévalorisation des femmes

Quelle base a notre conscience ? Au début de notre vie notre instinct nous guide. Si à la naissance nous cherchons le sein de notre mère, ce n'est pas suite à la lecture d'un manuel de puériculture ! Cette évidence et d'autres encore seront par la suite occultées par des discours prétendument objectifs qui recouvrent des idéologies diverses. Ils se drapent parfois avec les oripeaux de « la morale », « la science » ou « l'évidence ». Vers l'âge de quatre ans, le petit humain est autonome, capable de se nourrir seul. C'est à ce moment que commence le trouble majeur de l'enfance prolongée. Pour pouvoir lui faire ingurgiter le savoir, ou les bêtises, fruits de « la Civilisation », le petit humain sera sevré tactilement et infantilisé durant une dizaine d'années au moins. C'est une fille ? Elle est belle en regard des critères esthétiques de son entourage ? Alors, elle sera aussi quotidiennement arrosée de compliments niais, énoncés autant par les hommes que par les femmes, qui se résumeront essentiellement par ces quatre mots : « comme tu es beeeeeeeeeeelle !!! »

Viendra l'époque où la fille voit ses seins pousser, sa pilosité pubienne et ses règles apparaître. À ce moment-là, il lui sera très hypothétique de vivre une « histoire d'amour ». Vu que si la Nature la fait femme, dans sa tête et affectivement elle est toujours une fillette. Cependant, il faudra peu d'années pour que des troubles nouveaux envahissent sa vie. Le désordre mental dans la tête de la plupart des garçons et des hommes fera qu'elle ne sera plus considérée par eux comme un être humain de sexe féminin, mais juste comme de la viande à baiser. La jeune fille nouvelle découvrira l'immonde harcèlement sexuel. Comme me disait récemment une amie septuagénaire parisienne : « à partir de l'âge de treize ans, il n'était plus question pour moi de pouvoir aller acheter le pain à la boulangerie en étant tranquille ! » Une dame, également parisienne, qui a été une jeune femme d'une très grande beauté, devenue âgée, s'exclamait devant moi : « enfin tranquille ! » Notre société française et parisienne, et d'autres ailleurs, font de la merveilleuse beauté féminine une tare et un fardeau.

Au harcèlement s'ajoutera la menace du viol. Qui est une menace sournoise et omniprésente dans toutes les classes de la société. Ces dernières décennies un autre phénomène dramatique s'est développé. Jusque dans les années soixante du siècle dernier, les jeunes filles et les femmes ne fumaient guère. Depuis, prenant les hommes pour modèles, elles se sont mises à fumer en masse. Résultat : les cancers liés au tabagisme ont très largement augmenté leurs ravages parmi les femmes.

La plupart des hommes harcèlent sexuellement les femmes, qui résistent. Ils en sont furieux, déçus et dépités. « Mais qu'est-ce qu'elles veulent ? » s'exclament-t-ils. Car, à partir du moment où elles n'obéissent pas immédiatement à leurs fantasmes imbéciles et irréalisables elles sont proclamées « mystérieuses ». Alors, ces hommes fâchés regardent les femmes avec mépris, hostilité. Le problème est que le regard des hommes représente aussi pour les femmes un miroir. Le miroir enlaidi ainsi entraine un phénomène de dévalorisation qui trouble très souvent la femme. Elle en amène beaucoup à se dévaloriser elles-mêmes. Cette pensée m'est venue en observant des femmes remarquables, qui bizarrement ne s'estiment pas. Je me suis demandé d'où pouvait venir cet étrange phénomène de dévalorisation injustifiée. Ces femmes sont extraordinaires et ne s'aiment pas elles-mêmes. J'ai pensé alors à leur vécu. Elles sont belles et depuis des dizaines d'années d'innombrables hommes stupides et suffisants les regardent de travers, comme des fruits indociles qui refusent d'être consommés par eux. Ainsi regardées avec cette hostilité les femmes sont plongées dans un abime de dévalorisation injustifiée. Elles le sentent aussi, cette injustification. Ce qui fait qu'elles développent également une hostilité qui va s'exercer contre les hommes et y compris ceux qui les estiment et respectent. Ces derniers hommes seront victimes de « sentiments perdus », qui sont, dans le domaine des sentiments, l'équivalent des balles perdues dans une fusillade. Ils sont touchés sans avoir été visés. L'ampleur du phénomène de dévalorisation des femmes est impressionnant.

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 mai 2016

lundi 16 mai 2016

550 Censure et contre-censure morale

Quand on évoque les règles paraissant régir les comportements sexuels dans la société française et parisienne, on entend souvent les commentaires suivants :

« C'est l'empreinte de la civilisation judéo-chrétienne. » « L'église a un problème avec le sexe. » « L'église est contre le sexe. » Ces propos critiques ont en commun l'imprécision et le manque d'objectivité. On trouve un malaise à l'égard de la sexualité dans toutes les sociétés et pas uniquement la nôtre. Ce n'est pas l'église simplement, mais toute l'organisation sociale qui a « un problème avec le sexe ». Et enfin, l'église n'est pas du tout « contre le sexe ». L'église est très violemment hostile à la liberté sexuelle... Et très violemment favorable à la sexualité encadrée. Je donnerais ici un exemple. Dans « Histoire d'une âme », une biographie célèbre de Thérèse Martin, connue dans la catholicité comme Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, est raconté ceci :

Au dix-neuvième siècle vit à Alençon un bourgeois catholique : Monsieur Martin. Comme tous les bourgeois alençonnais de son époque, il décide un jour de se marier pour suivre le mode de vie de sa classe sociale. On lui trouve une future épouse « comme il faut ». Ils se marient. Quelques temps plus tard, le curé de la paroisse où vit le couple s'étonne et s'inquiète de ne pas le voir attendre un enfant. Il s'enquiert auprès du mari. Qui lui explique que, bon catholique, il a proposé à sa femme de vivre « comme frère et sœur ». Et que donc ils ne baisent pas ensemble. Le curé ordonne à Monsieur Martin de foutre en cloque sa meuf... Il obéit. Et au fur et à mesure des années, trois filles naissent. Monsieur Martin se retrouve veuf. Il élève ses filles en bonnes catholiques. Elles échapperont toutes les trois aux mariages arrangés en devenant religieuses carmélites. Parmi elles se trouve la future sainte. Resté seul, privé de ses trois filles, Monsieur Martin sombrera dans la folie.

On le voit par cet exemple, l'église catholique n'est pas du tout contre le sexe... Bien au contraire : pour elle, le sexe est o-bli-ga-toi-re pour faire des gosses. Qu'on ait envie de foutre sa femme ou non !

Mais pourquoi cette volonté nataliste ? Elle est politique : avoir plus de petits catholiques que de petits protestants, musulmans, juifs, bouddhistes... Elle est aussi militaire. Longtemps et plus ou moins encore aujourd'hui, dans la guerre « l'infanterie est la reine des batailles ». Or l'église et le pouvoir sont copains depuis fort longtemps. Et même quelquefois se confondent. Les états du pape était jadis une imposante puissance militaire. Cette volonté nataliste est également économique. Une main d'œuvre abondante se concurrence intérieurement faisant baisser les salaires. Et une importante main d'œuvre mal payée ou pas payée du tout, si elle est enfermée en camps de travail, assure l'écrasement économique des concurrents. Enfin, cette volonté d'encadrement de la sexualité est juridique. Elle assure le fonctionnement de la transmission des richesses par héritages, qui est un des piliers du fonctionnement de l'économie. Pour toutes ces raisons, la liberté sexuelle est prohibée ou réservée à ces cadres contrôlés qu'on appelle les maisons de tolérance. Qui sont ouvertes seulement à une clientèle masculine et sont de fait des harems collectifs. Pour ceux qui ne vont pas aux putes, reste l'usage des putains virtuelles. On s'excite en les regardant sur des sites Internet et on soulage manuellement l'excitation. Regarder la pornographie, c'est fréquenter les prostitués. Aujourd'hui, la remise en cause de la censure religieuse dans le domaine sexuel a conduit à une caricature. Loin de se poser les indispensables questions : qu'est-ce qui est bien et me fait plaisir ? De quoi ai-je envie ? De quoi ai-je besoin ? On a fait du cul une denrée obligatoire ! Un peu comme si après des siècles de végétarisme officiel imposé, la viande se retrouve subitement en vente libre. Et alors divers crétins néo-conformistes nous brament dans les oreilles : « à présent, il faut que tous mangent trois kilos de viande par jour ! » Sinon nous serions « ringards », « coincés », « traditionalistes », etc. Désolé, je vis et refuse le néo conformisme abrutissant du gavage sexuel.

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 mai 2016