mardi 30 décembre 2014

326 Sexualité, pré-sexualité, para-sexualité

La « sexualité infantile » existe-t-elle ? A mon avis non. Il existe un autre phénomène qu'on a baptisé à tort ainsi.

Si on parle de sexualité, il faut définir de quoi on parle. La sexualité, c'est l'acte sexuel. Or, il est un fait que les enfants ne sont pas aptes physiquement à pratiquer cet acte et n'ont aucun désir de le pratiquer, ce qui paraît logique et aller de soi.

Cependant, on rencontre des comportements enfantins qui font penser à la sexualité. Une grand mère devant moi racontait épatée que son petit fils adoré âgé de trois ans lui avait déclaré un jour : « Mamie, je voudrais dormir avec toi dans le même lit pour voir l'impression que ça fait ». Il avait également tenté de l'embrasser sur la bouche ! La sage grand mère avait tempéré ses ardeurs en lui disant que « plus tard, il aurait une amie avec laquelle il ferait toutes ces sortes de choses, ». Mais que ça n'était pas son rôle à elle, sa grand mère, de répondre à ses demandes de ce genre.

Une amie me racontait un jour, qu'il y a bien des années, quand elle avait seize ans, un petit garçon qu'elle gardait, l'avait effrayé en cherchant à l'embrasser dans le cou. Elle n'avait pas su lui expliquer très simplement qu'elle n'avait pas envie d'être embrassé ainsi.

Il y a donc des enfants qui ont des attitudes qui rappellent la sexualité. Mais, étant donné que l'acte sexuel est totalement absent pratiquement de leur vie, on pourrait, au mieux, parler chez eux de « pré-sexualité », non pas de « sexualité infantile ». Mais ces gestes, attitudes qui font penser à la sexualité... ne sont en fait pas propres uniquement à l'enfance.

Toute la vie, y compris donc adulte, existent des gestes, attitudes, qui rappellent la sexualité mais n'y conduisent pas. Si, par exemple, j'admire une jolie fille, on pourrait penser que c'est sexuel. En fait, je peux parfaitement bien admirer une jolie fille en ne pensant nullement à l'acte sexuel.

C'est ce qui m'arrive le plus souvent. Ainsi actuellement, par exemple, je connais une jolie fille que j'aime bien regarder, car elle est non seulement gentille, mais très jolie.

Je ne demanderais pas mieux que pouvoir la voir nue. Lui faire des câlins, dormir avec elle. Mais, direz-vous, alors, c'est sexuel ! Absolument pas, je n'éprouve aucun désir de « faire l'amour » avec elle. Et, visiblement, elle non plus, n'a aucun désir de faire ça avec moi.

Oui, mais, me direz-vous, dormir avec une jolie fille, lui faire des câlins, conduit nécessairement à « faire l'amour » ! Pas du tout, ça n'est pas vrai.

Oui, mais si tu es avec elle au lit, avec des câlins, tu vas bander ! Peut-être, mais je n'ai pas à obéir à ces réactions physiologiques qui ne témoignent pas forcément du désir de faire l'amour, mais simplement du plaisir éprouvé. Mon cœur et mon cerveau n'ont pas à obéir à ma queue.

Il n'y a pas plus stupide et destructeur que faire l'amour simplement parce que c'est techniquement possible, alors qu'au fond on n'en a pas envie. Ces comportements hyper-sexualisés, « je bande, donc je baise », relèvent du plus parfait délire. J'ai mis beaucoup de temps à m'en extraire. Et s'il existe des comportements qui rappellent la sexualité sans y mener, qu'on peut avoir y compris à l'âge adulte, appelons-les des comportements para-sexuels. Il existe donc des comportements sexuels et para-sexuels. Mais, beaucoup de gens, abusés par leurs problèmes l'ignorent encore. Et restent fâcheusement hyper-sexualisés, ce qui trouble très gravement leur comportement.

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 décembre 2014

325 Pour une approche textile du fait psychiatrique

Quelques comportements étranges relevés :

Voilà une jeune femme ayant tout les atouts possibles pour plaire et être appréciée. Belle, intelligente, cultivée, imaginative, créative, ayant de l'humour, sachant bien s'exprimer et s'habiller, habitant un bel appartement bien situé et bien rangé. Elle se retrouve régulièrement « en couple » avec des hommes qui ne la rendent absolument pas heureuse. Bizarres ou profiteurs, déséquilibrés pour divers motifs et porteurs de problèmes variés. Elle collectionne littéralement les fâcheuses rencontres. Pourtant l'expérience devrait la guider mieux, mais non. D'un bizarre à l'autre, d'un triste à l'autre, d'un étrange à l'autre, telle semble être sa devise. Que se passe-t-il ?

Elle a une peur en héritage qui l'égare dans ses choix, ses sentiments, les directions relationnelles qu'elle prend. Certes, quand elle fait son marché sentimental, les compagnons qu'elle choisit apparaissent tous beaux et sympathiques... mais, à l'usage, ils se révèlent tous des calamités ambulantes qui la font souffrir... La peur en héritage qu'elle a en elle vient en particulier au moins notamment de ses grands parents, qui ont connu la guerre dans des conditions très difficiles. Ils ont transmis leur peur à leur fille qui l'a communiqué à leur petite fille.

La mère de cette jeune femme est très cultivée, humaine, généreuse, brillante, créative et raffinée. Pourtant, elle néglige l'ordre dans sa maison au point que c'en est un poème. En particulier la vaisselle s'accumule près du lave-vaisselle inutilisé. La peur en héritage rend la vaisselle quasiment impossible à faire pour cette dame. L'ordre est impossible. Il entre en résonance avec une peur héritée. Et en fait une tâche trop dure à entreprendre.

Un homme conserve précieusement tous les souvenirs de famille possible : lettres, écrits, photos, etc. Il est très amoureux depuis longtemps et sans retour d'une femme qui ne le rends pas heureux, ne lui convient pas. Et dont il est incapable de décrocher. Il est le sigisbé. L'amoureux qu'on cultive à distance sans répondre à ses attentes. Un jour, la femme lui tient des propos qu'il interprète comme une déclaration d'amour. Puis, elle part en vacances. Avant son retour, voilà cet homme qui ramasse plein de photos qu'il conserve d'une petite amie qu'il a eu bien des années auparavant, où elle apparaît nue. Et les détruit ainsi que les négatifs. Il détruit aussi toutes les revues érotiques avec des femmes nues qu'il conserve. Comportement frénétique que par la suite il ne comprendra pas.

Ce qui animait sa fureur destructrice n'était ni l'amour, ni la crainte de froisser sa dulcinée. C'était sa peur en héritage et rien d'autre. Qui l'amenait également à entretenir cet amour sans issues.

Le fruit de la peur en héritage se caractérise par trois aspects : une intensité surprenante, une incohérence de comportement, et une souffrance, un malaise plus ou moins dérangeant. Quand quelqu'un boit au point d'être alcoolique et n'arrive pas à corriger sa conduite, on pourra donner plusieurs interprétations à cette manière d'agir. C'est un trouble du comportement. C'est une maladie. C'est un empoisonnement qui fait qu'il ne peut plus s'arrêter de boire... Mais, derrière l'alcoolisme, on trouvera fréquemment la peur ou les peurs en héritage. Cet héritage explique également quantité de conduites à risques, suicides, crimes passionnels. Il est temps de considérer d'abord le manteau explosif porté des peurs en héritage si on veut répondre aux problèmes qui sont causés par lui. Un manteau est en principe fait de tissus. C'est pourquoi j'ai appelé cette approche tenant compte du manteau, l'approche textile. De quoi s'approche-t-on ? De maladies, troubles comportementaux, problèmes psychologiques ? Autant ne pas classer ce dont on parle et savoir s'y attaquer pour améliorer la vie de ceux qui souffrent du manteau. Appelons cette souffrance un fait psychiatrique, sans préciser plus. Et pour lequel nous aurons une approche textile.

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 décembre 2014

dimanche 28 décembre 2014

324 Nous sommes presque tous des « malades manteaux »

J'ai fait ici un jeu de mots. On parle des malades « mentaux ». Ici, j'ai remplacé mentaux par « manteaux », pourquoi ? Parce que beaucoup, peut-être même la plupart des troubles du comportement sont en quelque sorte « extérieurs » à nous-mêmes. Ils sont comme un manteau qui, posé sur nous, nous égare et nous fait souffrir, nous empêche de vivre. Et le but à atteindre n'est pas de se modifier soi, de renoncer à quelque chose... mais, de se débarrasser du manteau.

Ce manteau est fait d'un héritage de peur singulière ou de peurs au pluriel qui nous a été transmis sans même s'en rendre compte par « les grandes personnes » quand nous étions enfant. Ces « grandes personnes » l'ont pareillement elles-mêmes souvent reçu enfants d'autres « grandes personnes » qui les ont élevés. Imaginons un exemple illustratif qui pourrait se passer en 2014 :

Voilà un jeune homme sensible et courageux. Il choisit un métier dangereux : parachutiste dans l'armée française. Il part en opérations extérieures, se bat, risque sa vie, donne pleine satisfaction à ses chefs, se montre très courageux. C'est un « baroudeur », un soldat d'élite.

Et, voilà que, subitement, il s'effondre moralement. Complètement déprimé, il se retrouve rapatrié sanitaire et hospitalisé dans le service de psychiatrie d'un grand hôpital militaire métropolitain. Que lui est-il arrivé ?

Les psychiatres, l'équipe médicale soignante l'interroge. Il déclare s'être effondré moralement suite à l'annonce que sa femme lui a faite qu'elle le quittait... Ah ! L'Amour, me direz-vous... Pourtant, il y a un tas de gens qui ne s'effondrent pas quand il y a ainsi séparation. Et ce jeune homme paraît plutôt courageux.

On va soigner le soldat avec des médicaments, de l'écoute, du dialogue, on fera tout ce qui est connu médicalement pour l'assister.

D'autres, dans le même cas d'effondrement moral pourraient ajouter la fuite dans l'alcool, donc, un problème addictif en plus.

Le cas ici étudié est illustratif et imaginaire. En fait, la raison imaginée ici pour ce subit effondrement moral est la suivante :

Vers 1920, l'arrière-grand-mère du jeune homme, quand elle avait treize ans, un jour où elle était seule, a été agressée et violée par un voisin. Elle a été extrêmement traumatisée par cet événement. Et n'en a jamais parlé à personne. Bien plus tard, elle a eu des enfants. Un de ceux-ci était la future grand mère du soldat. L'arrière-grand-mère, sans l'expliquer verbalement, a transmis sa peur à sa fille. Qui à son tour, a transmis celle-ci à ses enfants, dont une fille qui deviendra la mère du soldat. Et ce dernier recevra de sa mère cette peur en héritage, apparue dans cette lignée vers 1920.

Le jeune homme sentant cette peur sans l'analyser aura une réaction contradictoire. Il va chercher à l'affronter, comment ? En devenant soldat d'élite combattant... Mais, la peur en héritage va rester confinée en lui, en embuscade. Quand sa femme va le quitter, cette peur terrible et incontrôlable, sournoise, obscure, non verbalisée, va se réveiller. Certains éléments de ce manteau parasite vont s'animer et étouffer le jeune homme. Qui, bien sûr, ne saura pas donner l'explication réelle de sa détresse.

Cet exemple, que j'imagine en m'inspirant de loin d'un cas réel, illustre la théorie du manteau.

Les soignants seront confrontés à une détresse inexplicable par sa violence. Et n'auront que peu de pistes à explorer pour chercher la raison de cet effondrement moral.

Nous vivons presque tous affligés par ce manteau. Pour nous en débarrasser, il faut du temps et de la réflexion. A force de m'étudier, étudier les autres, me confronter à eux, j'ai finalement identifié sa présence sous une forme subtile : une peur permanente et totalement irraisonnée. Une peur qui pouvait se manifester vis-à-vis d'absolument tout et n'importe quoi.

Cette peur s'est réveillée suite à un événement, mais en est en fait indépendant. J'ai longtemps cru que mes difficultés de vie provenaient d'attouchements sexuels subit quand j'avais huit ans. En fait ça n'est absolument pas exactement ça. Le manteau se réveille quand un changement survient. Ces attouchements ont juste été le détonateur d'une bombe plus ancienne. Cette bombe, c'était le manteau fait de la peur transmise par ma mère.

Elle, de son côté, a connu les deux guerres mondiales, la guerre civile en Russie, dans des conditions très difficiles. Bizarrement, elle m'a à plusieurs reprises raconté que, quand elle avait dix ans, un jeune garçon de quinze ans l'a poursuivi dans les rues d'Odessa en l'insultant. Et, précision importante, il avait un couteau.

L'histoire, très certainement, n'est pas entière. Ma mère, enfant, a très certainement été violée par ce jeune voyou. Ce qui fait que, par la suite, et toute sa vie, elle a eu peur. Et a transmis sa peur à ses enfants.

Le détonateur du manteau peut être tragique ou pas. Le résultat l'est toujours. Il faut prendre conscience de ce que nous portons un manteau explosif et devons réussir à nous en défaire.

Certaines peurs se transmettent sur un nombre imposant de générations. J'ai relevé, comme je l'ai déjà écrit dans ce blog, avoir rencontré des nobles français d'aujourd'hui qui sont encore terrorisés par les drames vécus par leurs ancêtres dans les années 1790. Ils ont peur qu'on évoque publiquement et à haute voix leurs antiques titres nobiliaires en présence de personnes qui pourtant ne posent aucun problèmes à ce propos.

La peur en héritage peut provoquer un phénomène étrange, celui de la « séduction contradictoire ». Elle se manifeste par le fait qu'on a l'impression avec quelqu'un d'avoir affaire à deux personnes en une, qui s'ignorent parfaitement l'une l'autre. La première sera discrète, réservée, timide, évitera le contact « physique ». Cependant que la seconde sera exubérante, provocante, tactile... tout le contraire. L'une conservera ses distances, l'autre fera littéralement de la provocation sexuelle.

Je me souviens ainsi d'une jolie fille qui travaillait dans un magasin de fournitures pour les artistes. Quand je m'y rendais, une fois sur deux elle me tombait littéralement dans les bras, me faisant des câlins... La fois suivante, c'était un iceberg. J'en avais déduit le concept du « frigidaire à éclipses ». Quand j'ai parlé récemment avec un jeune homme de ce genre de conduite absurde et surprenante, il m'a dit l'avoir également rencontré.

J'ai vécu une expérience très intéressante de séduction contradictoire avec une jeune fille qui a passé dix jours chez moi pour ses vacances. Confinés dans un petit logement, ce fut comme une sorte de laboratoire où nous étions deux sujets d'expérience. Cette jeune fille a eu tout à la fois une attitude très réservée, pudique, gardant ses distances. Et, par moments, des attitudes totalement en contradiction. Si j'avais été un individu « classique » j'aurais pu chercher à mettre le petit oiseau dans le nid. Je n'en ai rien fait. Pourquoi ? Parce que je voyais très bien que cette jeune fille n'en avait pas envie. Il y avait comme une sorte de jeune fille bis qui faisait de la provocation sexuelle. Mais, j'aime ce qui est clair et pas les situations qui ne le sont pas. Certains imbéciles conformistes diront que « j'ai raté une occasion ». Comme si la vie était faite d'occasions à saisir contre la volonté des personnes à qui nous avons affaire ! Pour moi, il n'est pas question de me conformer au consumérisme sexuel formaté de la pornographie. L'acte sexuel considéré comme un gros gâteau au chocolat ne m'intéresse pas. On prétend justifier cette présentation de la chose en disant que c'est la plus agréable activité qui existe. La plupart du temps, c'est faux. Et, à 63 ans, ne plus guère bander me fait rigoler, ce n'est pas ma queue qui décide pour moi. Pour notre « bonheur obligatoire », on clame la perfection du sexe comme celle de la richesse matérielle. C'est le boniment de la pensée unique. Il y a un tas de gens riches qui s'emmerdent, sont malheureux, se droguent, se suicident, se sentent seuls ou sont simplement malades, ça n'empêche pas qu'on continue à voir répéter cette grandiloquente ânerie. Il y a aussi un tas de dragueurs à succès qui sont très malheureux. La première condition du bonheur consiste à se débarrasser du manteau fait de peurs en héritage qui nous empêchent de vivre.

La séduction contradictoire est un de ses produits. Il faut dire que la peur et le sexe sont des très anciens compagnons. La quantité de peurs en héritages issues de viols et autres agressions similaires est incalculable.

Un autre cas de séduction contradictoire que j'ai rencontré est celui d'une dame très réservée. Par moments elle va avoir une attitude totalement inverse. Par exemple, elle se laissera caresser la poitrine, mais sans aucun plaisir visible. Ce qui fait que, raisonnablement et pour ne pas aller dans un mur, j'arrête aussitôt.

J'ai parlé un jour avec une jeune femme pratiquant la séduction contradictoire avec beaucoup d'énergie. Elle m'a dit qu'elle draguait et « sortait » avec des hommes, mais n'en éprouvait pas de plaisir. Je lui ai alors posé la question : « mais pourquoi tu dragues alors ? » Elle est restée silencieuse et ne m'a rien répondu. Point intéressant à ajouter : elle m'a dit qu'au moins une de ses copines pratique la même activité bizarre. Le manteau conduit à des comportements surprenants par leur absurdité.

Si on cherche dans le manteau on découvrira des faits qui expliqueront ces comportements. Une grand mère tondue à la Libération, par exemple, transmettant sa peur à sa fille puis à sa petite fille. Le manteau va entraîner d'autres bizarreries : un attachement passionnel pour les valeurs matériels, l'incapacité de s'arrêter pour se reposer et prendre des vacances, la fréquentation sexuelle systématique de partenaires beaucoup plus âgés que soi, etc.

La jeune femme évoquée plus haut m'a un jour trouvé comme explication de son insatisfaction sexuelle qu'elle serait en fait lesbienne. Alors, allait-elle vers les femmes ? Pas question ! On voit le problème insoluble. Parce qu'en fait il a sa source ailleurs, dans un manteau qui commande des comportements de séduction contradictoire. Dont les poètes font largement les frais.

Une jeune femme dont j'ai été longtemps amoureux s'est par exemple un jour ramené à un rendez-vous avec un tee shirt moulant et une minijupe ras-la-foufoune. Elle connaissait mes sentiments pour elle et n'y donnait pas suite. Quand je n'ai pas pu m'empêcher de tirer la gueule à la façon du chat devant la vitrine du poissonnier hermétiquement fermé, elle m'a engueulé. En disant que je gâchais notre amitié en ramenant toujours ça. Mais, pourquoi m'obstinais-je à poursuivre une relation qui me faisait souffrir ? Encore un coup du manteau. Mais cette fois-ci du manteau à moi, le manteau à elle, très pesant, l'amenant à me tourmenter.

Chercher à séduire et fuir les conséquences de la séduction pourrait résumer la séduction contradictoire. Combien de jeunes femmes portent des tenues hyper-sexy dans la rue, l'autobus, le métro, au travail, et sont horriblement gênées si un homme visiblement les regarde ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 décembre 2014

vendredi 26 décembre 2014

323 La peur en héritage et la dramatisation du changement

Une calamiteuse conséquence de la peur en héritage est la dramatisation du changement. Tout changement effraye, car il entre en résonance, amplifie, évoque, éveille la peur en héritage. Peur d'autant plus ravageuse que rien d'emblée ne permet de nous en rassurer étant donné qu'héritée elle n'a pas de racine consciente en nous.

Cette dramatisation du changement peut rendre effrayant et dramatique tout changement, y compris objectivement anodin et sans importance, qui devient alors subjectivement terrifiant et démesurément important.

Les exemples abondent et expliquent quantité de comportements absurdes, illogiques, irrationnels, incompréhensibles, chez les humains.

Quand en religion est prôné une modification elle peut entraîner colère terrible, violence, atrocité. A Paris, il y a quelques siècles, le seul fait de manquer de respect à une hostie entrainait la mort assortie et précédée de tortures... Or, il arrivait que ce « manque de respect » émane simplement d'individus dérangés mentalement. Ce n'était même pas une prise de position hostile à la religion, mais l'expression d'un dérangement mental. Cependant, il s'opposait à un état général de respect réel ou feint des masses. Changer sa vision du fait religieux pour, par exemple, épargner les fous sacrilèges, était trop effrayant. Car il impliquait d'affronter un changement.... qui réveillait les peurs en héritage impossible à affronter. Il était plus rassurant de réprimer les fous. Quand bien-même il était évident qu'ils étaient fous.

Quand, de nos jours, certains voudraient voir la contrainte du travail réduite, le temps de travail considérablement diminué, l'obligation du travail cesser d'être le plus souvent une activité abrutissante, désagréable, aliénante, on voit quantité de gens s'y opposer. Crier à la catastrophe au lieu de considérer les avantages du progrès technique libérateur. Celui-ci aujourd'hui ne libérant personne, car mis au service de la multiplication des chômeurs plutôt qu'à l'amélioration de la vie des gens. Changer le travail remet en question un état de choses très ancien. Et ce changement éveille les peurs en héritage. Plutôt que les affronter, on voit des gens qui aurait intérêt à ce changement s'y opposer. Y compris en tenant des discours absurdes sur la croissance à tout prix et le retour au plein emploi huit heures par jour, en fait inutile et impossible.

En amour, le changement également suscite l'horreur et des comportements extrêmes et excessifs causés par les peurs en héritage. Quand on s'est mis « en ménage », qu'on a vécu « en couple » et que le couple se rompt, la fureur, le désespoir, l'envie de tuer l'autre, qui rompt, peut vous envahir. Ces sentiments et comportements violents ont pour origine la dramatisation du changement consécutif à la ou les peurs en héritages.

En politique, que de comportements extrêmes et absurdes rencontre-t-on ! Qui témoignent de la peur du changement expression indirect des peurs en héritage. Jusqu'à l'absurde. La volonté de ne rien changer à une orientation ancienne et catastrophique dans le domaine économique anime visiblement notre actuel président de la République. Il est incapable de changer de voie, car il a peur d'essayer d'aller ailleurs. On le voit même content et rassuré de scier consciencieusement la banche sur laquelle il est assis, car il ruine sa base électoral. Mais il est incapable d'agir autrement.

L'Europe est un autre aspect du comportement absurde des humains. On a répété, ânonné l'Europe depuis soixante-dix ans... à présent une masse de gens est incapable d'abandonner son attachement irrationnel à un projet qui entraine au désastre ensemble vingt-huit pays. Même des partis qui seraient logiquement des opposants à l'Europe s'appliquent à y faire référence, se prendre les pieds dans le tapis européen. Jusqu'à l'étape suivante qui verra l'inverse : tout le monde maudire ensemble l'Europe...

Car la dramatisation du changement peut aussi amener son contraire : la dramatisation du non changement. La peur est irrationnelle, ou plus exactement a son fonctionnement propre, qui suit une logique particulière.

On voit même des humains tellement terrorisés par la perspective de mourir, qu'ils vont se suicider pour échapper à la peur de mourir plus insupportable à leurs yeux que la mort elle-même.

Un domaine où la peur du changement est souvent flagrant est celui de l'argent. Évoquez la nuisance de l'argent, ça va encore pour beaucoup de gens. Mais, suggérez de supprimer l'argent. Vous verrez alors la panique. Ah ! Non ! Supprimer l'argent ? Pas question !

J'ai même vu quelqu'un m'affirmer que « l'argent a toujours existé » !!

L'absence de changement rassure. Ainsi, une vieille institution, un objet ancien, une tradition vénérable, charment plus d'un. Dans les brocantes et chez les antiquaires l'amour pour l'ancien fait dépenser beaucoup d'argent.

La peur ou les peurs en héritages pourront également provoquer l'inverse : l'envie de rejeter systématiquement ce qui est ancien.

De nos jours, nous sommes habitués aux automobiles. Il y en a trop. On doit imaginer d'autres solutions... Mais non, plutôt que changer, on fuit en avant et il y a de plus en plus d'automobiles. Jusqu'aux centrales nucléaires que nos politiques sont incapables d'envisager d'éliminer. Car ce serait un changement. Et ce changement leur fait peur. Jusqu'au jour où la peur s'inversera. Suite à un accident, ils voudront toutes les fermer en catastrophe, ou pas. Ils se disputeront.

En 1983, quand, suite à vingt-six années de réflexion j'ai abandonné la croyance matérialiste, durant une année j'étais incapable d'en faire part à qui que ce soit. Il m'a fallu encore trente ans pour arriver à déclarer tranquillement que je suis « croyant » puisque tel est le terme en usage. (Ceux qui croient en la non-existence de Dieu sont aussi des croyants, mais ils refusent de l'avouer).

Comme tout changement peut faire très peur du fait de la peur ou des peurs en héritages, toutes nouvelles idées tend généralement à être rejetées ou ignorées. C'est pourquoi, si mes idées sont nouvelles ou tout au moins différentes de celles habituellement avancées, elles seront ignorées ou rejetées. Ce qui fait que, par exemple, dans mon entourage je vois une amie passionnée de philosophie lire une quantité de livres. Et ignorer complètement mon blog philosophique. Car lire des auteurs connus la rassure. Ils ne remettent pas en cause son monde, ils en font partie. Leur existence ne change pas sa vie. Et comme elle a hérité d'un sacré paquet de peurs, elle se trouve bien uniquement avec ses philosophes habituels. Tout, plutôt que le changement.

La peur en héritage a encore de beaux jours devant elle. Peut-on y remédier, au moins partiellement ? La question mérite d'être posée. Il existe sans doute des solutions. Il faut en tous cas commencer par étudier ce phénomène, l'analyser. Connaître ses conséquences pour tenter d'agir contre lui. Ces peurs sont omniprésentes, mais ça ne signifie pas nécessairement qu'on ne puisse pas au moins réduire considérablement leur influence. Pour l'instant, seuls les éleveurs de chevaux manient couramment la notion de peur en héritage. A ceux qui s'occupent des humains, de l'amélioration de leur vie, de se pencher sur la très intéressante et actuelle question de la peur, ou des peurs en héritages, qui empêchent de vivre et s'amuser de vivre.

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 décembre 2014

mercredi 24 décembre 2014

322 Parler dix, douze, quinze, vingt langues...

Apprendre une langue étrangère apparaît généralement comme un travail long, difficile, ardu, laborieux. Pourtant, on voit les petits enfants apprendre avec facilités plusieurs langues à la fois. Et on rencontre à l'occasion des personnes qui apprennent des langues très vite et en parle dix ou douze. Et ce ne sont pas forcément des personnes cultivées. Comment font-elles, comment expliquer ce mystère ?

Il s'agit de la facilité d'accès à la pensée non verbalisée. Prenons un exemple simple : « chat » se dit en français : chat, en allemand : katze, en anglais : cat, en japonais : neko, en roumain : pissic, etc.

Mais ce que ces mots en diverses langues désignent existe indépendamment d'eux. Si le chat existe, il n'a pas besoin de s'appeler chat. Nous pouvons connaître le chat, l'espèce chat, l'idée chat, sans avoir pour autant besoin et connaissance de l'existence du mot chat...

Un enfant découvre un jour et pour la première fois de sa vie un chat. Il le voit. Il acquiert l'idée chat. Sur le coup, par la suite, ou parfois avant, on lui apprend le mot chat.

Il associe alors le chat, l'idée chat avec le mot chat.

Mais, admettons que sa maman soit par exemple Anglaise ou Australienne et son papa Français, Québécois ou Wallon. Que les deux parlent anglais et français et souhaitent que leur enfant soit bilingue. Quand il verra un chat pour la première fois, ses parents lui diront : « cet animal s'appelle chat en français et cat en anglais ».

Et l'enfant apprendra facilement les deux mots, parce que sa conscience sera vierge, pas habitué à penser en français ou en anglais. L'idée chat sera vivante et précédera le mot chat ou cat.

Quand les années passent, nous nous habituons à l'association de l'objet, l'idée de l'objet et le mot lui correspondant dans une langue donnée. Ainsi, ayant appris un jour que l'objet chat, l'idée chat correspondent au mot chat, nous aurons du mal un jour à apprendre et retenir que le chat s'appelle aussi, par exemple, neko. Si nous sommes adulte et Français et étudions le japonais, entre l'objet chat, l'idée chat et le mot neko, va s'interposer le mot chat en français. Il faudra faire un effort... A moins que nous ayons une disposition d'esprit, une fraicheur qui fait que nous considérions le chat sans l'associer d'emblée au mot chat. Que nous le regardons avec des yeux d'enfant. Et alors, nous apprendrons les langues aussi facilement et rapidement que quand nous étions enfant.

La langue est un outil, mais aussi une limite de la pensée, une entrave.

Pour apprendre dix, douze, quinze, vingt langues, il faut complétement repenser notre mode d'apprentissage. Il faut, si c'est possible, par des exercices, parvenir à retrouver notre fraicheur de pensée et perception enfantine.

Et alors, nous apprendrons dix, douze, quinze, vingt langues sans difficultés. Comme le font certaines personnes qui, spontanément, ont conservé leur fraicheur enfantine pour aborder l'étude des langues. Cette recherche de la fraicheur de la pensée pourrait également donner lieu à améliorer les méthodes d'apprentissage dans d'autres domaines que les langues. Et aussi à aider à retrouver la créativité enfantine stérilisée bien souvent par la suite. Tous les enfants sont des artistes, des peintres et des poètes. Il faut aider l'albatros enfantin a retrouver adulte ses ailes ankylosées, son enthousiasme et sa joie oubliés.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 décembre 2014

321 La peur en héritage (suite)

La peur en héritage expliquent certains comportements humains tout à fait absurdes. Ainsi, pratiquer la chrématistique. Démarche consistant à développer des efforts extraordinaires pour accumuler le plus d'argent possible. Pourtant, le richissime américain Henri Ford a dit : « si riche que je sois, je ne pourrais jamais manger plus de trois repas par jour ». Et la sagesse populaire ajoute : « on n'a jamais vu un coffre-fort suivre un enterrement ».

Et des personnes actives, intelligentes, énergiques, aimant la vie, plutôt qu'en profiter alors qu'elles sont déjà riches, se démènent pour additionner des milliards qui ne leur seront d'aucun usage. Elle le font pour calmer leur peur en héritage dont elles n'ont pas une conscience claire. Plus elles ont d'argent, plus elles ont l'impression de satisfaire quelque chose, qui est en fait répondre à une peur qui colle à eux. Dont ils ne se rendent pas clairement compte. Et dont ils ne se débarrassent pas.

Qu'on pense aux peurs en héritage que peuvent avoir des nouveaux riches chinois ! Un pays où la violence, l'arbitraire, la faim, les catastrophes diverses ont fait des ravages depuis des millénaires !

Une autre réponse à la peur en héritage est la recherche du « pouvoir ». Plus on devient puissant, plus on calme sa peur, qui reste toujours présente et rongeante.

Devenir le « chef », la « vedette », « être reconnu », est une obsession pour quantité de gens. Qui pourrissent leur vie et la vie des autres avec leur ambition. Une sagesse antique arabe dit : « le coq le plus misérable chante victoire une fois qu'il a fini d'escalader son tas de fumier ». La même pathologie de la peur en héritage se retrouve chez des très petits et très grands « chefs ».

Un domaine où la peur en héritage fait des ravages extraordinaires est celui dit « de l'amour ». Pour se rassurer, on veut posséder une maman ou un papa bis. Et on développe une jalousie dévorante dans nos « amours », qui témoigne en fait de la panique causée par la peur.

Curieusement, certains humains apeurés doublent leur jalousie ou la combinent avec la prétention culturelle à « posséder » l'autre en s'accouplant avec. En fait, on ne « possède » rien du tout. Au pire, on croit « posséder ». Et quand il y a « séparation », qu'on arrête de mettre le petit oiseau dans le nid, c'est le désespoir. On se retrouve seul face à sa peur.

La peur explique la violence morale et parfois aussi physique qu'on rencontre fréquemment dans ce domaine qu'on a baptisé « l'amour ». Narguer sa peur pour la nier peut aussi prendre l'allure de défis : se mettre en danger. S'adonner au jeu et perdre son argent, etc.

Quand vous élaborez une nouvelle théorie, quand bien même elle représente un progrès de la connaissance, elle sera le plus souvent niée, négligée, méprisée, rejetée. Car elle entre en résonance, en sympathie avec la peur omniprésente. Je suis l'initiateur de la renaissance du Carnaval de Paris et son organisateur. Mais le fait sans titre et diplôme correspondants : ils n'existent pas. C'est pourquoi je ne m'étonne pas si je rencontre des universitaires, que pour parler du Carnaval, ils préfèrent de rassurants diplômés comme eux. Des commentateurs qui ne les troubleront pas. Qui ne recréent pas de Carnaval, mais noircissent des pages comme eux. Et sont payés pour. Et dans les sciences, c'est pareil. Si vous avez le malheur d'avancer une théorie juste et d'avant-garde on commencera par vous traiter de tous les noms. Les savants persécutés ne manquent pas dans l'Histoire.

La peur héritée, il faut l'identifier, l'analyser, la dominer, lui régler son compte, si on veut vivre vraiment et pas seulement esquisser notre vie, comme le font des milliards de gens.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 décembre 2014

mardi 23 décembre 2014

320 La peur en héritage

La peur en héritage est un des plus surprenants et omniprésents phénomènes qu'on rencontre chez les humains.

« Tous les hommes sont frères », « aimes ton prochain comme toi-même », « aimez-vous les uns les autres »... si ces concepts ont eut un si formidable écho depuis qu'ils ont été avancé, c'est parce qu'ils répondent exactement à une réalité fondamentale de l'être humain. Il n'est pas seulement bon et sympathique de s'aimer les uns les autres, c'est également un besoin fondamental propre à l'espèce humaine et ancré au plus profond de chacun de nous. Cependant, ce besoin est mis à mal ô combien et gravement de très multiples manières. Les contradictions sociales, les oppositions culturelles qu'elles entraînent, amènent à de très fréquentes occasions les humains à des comportements inverses à ceux leur correspondant. Guerres, indifférences, hostilités, intolérances diverses sont le lot quotidien de très nombreux humains...

Ces nuisances très graves perturbent la vie humaine. Elles sont tellement étrangères, affreuses, troublantes, opposées à la réalité de l'être humain, qu'elles entraînent avec l'incompréhension, un sentiment de peur. Le problème qui s'ajoute à ce sentiment, c'est que souvent il se transmet en héritage. Élevés par des humains apeurés, nous acquérons cette peur, sans les éléments qui l'ont causé. Alors, cette peur d'origine incompréhensible et obscure va susciter en nous ses faux justificatifs intellectuels. Nous avons peur tout le temps, mais de quoi au juste ? La pensée va venir attribuer un motif logique et personnel à une peur parasite d'origine extérieure et étrangère.

Voyons quelques exemples :

Si nous avons peur, nous dirons-nous, c'est de tomber malade... ou d'avoir un accident. Ou que quelqu'un de cher tombe malade, ou ait un accident. Il n'y a aucune raison de le penser spécialement, mais pourtant, de manière absurde nous allons cultiver cette peur. Ou bien encore la peur de nous suicider ou que quelqu'un de cher se suicide. Et cela sans aucune raison valable justificative. Je connais bien quelqu'un, appelons-le A, qui s'imagine dès qu'un ami s'éloigne que celui-ci a connut un accident mortel... Si A éprouve une légère douleur à la poitrine, ça y est, c'est une menace immédiate de mort cardiaque. Quand on se moque du caractère absurde d'une de ses peurs, A refuse de se critiquer et paraît être très attaché à ce sentiment qui le tourmente. Ses peurs sont en quelque sorte identitaires, indispensables car liées à lui. L'angoisse le fait souffrir, mais il y tient absolument. Et quand quelqu'un de proche est vraiment gravement malade, A s'empresse de minimiser sa maladie et affirmer qu'elle sera facilement guérie.

Ce comportement a une origine qui n'a rien n'a voir avec son emballage intellectuel. A a hérité d'une peur. Sa mère, qui l'a élevé, a connu des années très dangereuses et difficiles durant la guerre qu'elle a connu dans les années 1940. La peur panique de ce qu'elle a vécu, elle l'a transmise à son fils, né après la fin du conflit.

Quand la peur est là, sa victime cherche à y échapper de façon parfois totalement absurde, nuisible, dangereuse. Avec l'amour sous une forme maladive et caricaturale... ça donne une recherche frénétique de la protection de « l'amour », mais quel « amour » ? De quoi s'agit-il ?

B est une jeune femme dotée de toutes les qualités possible, qui se retrouve régulièrement amoureuse d'hommes méprisables et manipulateurs. Pourquoi ce paradoxe ? B est la fille de C.

C est née après la guerre. Elle a été élevée par des parents qui ont très douloureusement vécu le conflit. Ils ont transmis leur peur à C. Résultat, quand on visite la maison de C, on croirait visiter un mémorial de la guerre. Les livres sur cette période abondent... et en extension, les livres sur d'autres conflits qui l'ont précédé. Ce mémorial apparaît aussi dans les propos et sujets d'intérêts de C. J'ai envie, devant ses sujets d'intérêts sinistres de lui dire : « mais, enfin, la guerre est terminée depuis soixante-dix ans ! » Mais cela ne servirait à rien. C s'est choisie de plus des conflits existants en ce moment, loin de chez elle et les faits siens. Elle ne sort pas de la situation conflictuelle. Cette peur, héritée de ses parents, elle l'a communiqué à B, sa fille. B, pour échapper à cette peur va chercher... une protection.

Celle-ci prendra pour expression intellectuelle... l'« amour ». C'est-à-dire la protection d'un homme aimé, modélisé sur... son père. Un excellent père pour elle, mais absolument pas à l'image d'un mari lui convenant. B va enchaîner les « échecs amoureux », qui sont en fait l'expression de tout à fait autre chose que la recherche de « l'amour », mais l'expression de la peur qu'elle a reçu en héritage, des décennies après la guerre. Elle est une victime de guerre née après la guerre.

La perpétuation de la peur transmise sur plusieurs générations m'est apparut éclatante à deux reprises, au contact de représentants de la vieille noblesse française. Celle-ci a été massacrée il y a plus de deux siècles, au cours des années 1790...

Il y a une quinzaine d'années, je rencontre un jeune étudiant qui me donne son nom. Je l'identifie aussitôt comme le représentant d'une antique famille noble remontant au temps des Croisades. Chose qu'il me confirme. Ajoutant qu'il héritera un jour d'une bague qui se transmet dans sa famille de générations en générations depuis le quinzième siècle. Quelques temps après, je l'aperçois parmi ses camarades et l'appelle par son nom. Il prend un air effrayé et me prie de l'appeler autrement, d'un nom abrégé qui ne laisse pas voir son origine noble. A une autre occasion, j'ai rencontré une dame dont j'ai reconnu la titulature. C'était une princesse. Elle m'a demandé d'éviter de l'appeler avec son nom entier, mais avec un nom abrégé anodin ne rappelant pas ses origines. Et pourquoi donc ? Parce que, c'est mon explication, depuis la période des années 1790 où leurs ancêtres étaient massacré comme nobles, ils ont hérité de la peur. Elle est passé de générations en générations.

Cette peur était certainement plus vivace en 1871. Quand des nobles ont vu se dresser la Commune de Paris qui se réclamait de la Révolution française, ils sont devenus enragés contre elle. Un des ordonnateurs de la répression de la Semaine sanglante s'appelait le Marquis de Galiffet.

Un trouble extrême entraîné par l'héritage de la peur est la volonté absurde de se protéger en accumulant le plus d'argent possible, qu'on ne sera pas en capacité de dépenser. C'est la chrématistique. Elle fait des ravages gigantesques. C'est un fléau qui menace aujourd'hui la survie de l'Humanité.

Il arrive, très rarement, qu'on croise une personne qui paraît épargnée par l'héritage de la peur. Ce qui frappe alors, c'est son extraordinaire joie de vivre.

Toutes choses inhabituelles, même totalement inoffensives, réveille la peur chez ceux qui en ont hérité. J'ai vu ainsi des personnes très dérangées par mon obstination à faire renaître le Carnaval de Paris. Projet sympathique et pacifique... mais projet inhabituel, donc dérangeant.

Tout ce qui est différent de l'habituel entre en accord avec la peur et entraîne ostracisme, rejet, hostilité. Y compris vis-à-vis d'actes sans conséquences mauvaises ou importantes. Dans les grands magasins parisiens se vendait dans les années 1920-1930 des parties de service à thé en porcelaine pour remplacer des pièces cassées. Ma mère eu la facétie d'acheter un service formé de pièces dépareillées et servir le thé avec chez ses parents. Ce qui fit une impression horrible aux invités, et entraîna très vite la disparition du service. Ma mère avait, avec cette petite blague, réveillé la peur.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 décembre 2014