mercredi 10 décembre 2014

313 Les mythes financiers

Il y a 2300 ans, Aristote a dénoncé la maladie actuelle de notre société : la volonté d'accumuler l'argent pour l'argent. Cette réflexion de l'illustre savant est connue. Il a donné un nom à ce vice accumulateur digne du hamster qui entasse quinze kilos de graines pour l'hiver dans son terrier et dort durant cette période. La chrématistique ainsi nommée est très rarement dénoncée, en particulier par ceux qui devraient s'en charger. Si on critique l'argent lui-même, on soulève un concert de hurlements. Pourtant, la plupart des gens souffrent de l'argent et de la chrématistique des « grands de ce monde ». Pourquoi ce refus quasi général de dénoncer l'argent et la chrématistique ?

Parce que, en plus des intérêts des uns ou des autres, il existe des croyances, des mythes financiers qui alimentent la dévotion d'un très grand nombre de gens au sacro-saint veau d'or et à une de ses expressions les plus ignobles et caricaturales consistant à accumuler de l'argent à ne rien faire tout en en privant et affamant de nombreux millions de gens. Ces derniers temps, le nombre officiel d'humains affamés sur la planète est passé de huit cent millions à un milliard cependant que celui des « milliardaires » a bondi. C'est-à-dire que la quantité d'humains qui ont faim a augmenté corrélativement à celle des connards qui dorment sur un tas d'or.

Chez les petits, l'adoration pour l'argent prend la forme d'un certain nombre de mythes et petits avantages. On rêve ou on bénéficie de passes-droits et salaires surévalués. Un député européen émarge à 20 000 euros chaque mois. Les députés grecs sont les mieux payés du monde. Un ministre français touche 20 000 euros par mois. A ce prix-là, la conscience peut devenir moins dérangeante pour prendre des mesures inhumaines. Au Parlement européen 20 000 euros correspondent à 30 deniers jadis en Galilée.

Les super riches ont la chrématistique. L'équivalant pour les petits, c'est le bas de laine, l'épargne. On a de l'argent « de côté », pour les « coups durs », les dépenses imprévues... ou le plaisir vicelard de dévorer des yeux le chiffre atteint par votre petit magot. J'ai connu un homme, fort sympathique au demeurant, qui m'expliquait avec un regard positif que, sans aucun besoin pour, il disposait d'un million de francs en liquide à la banque. Ça se passait au milieu des années mil neuf cent quatre-vingt-dix. Moi, j'entendais ça et comptais mes sous. Aujourd'hui, je compte toujours mes sous. Et mon ami riche, il est où ? Au cimetière, il est mort. Et son million a été transmis à ses héritiers. A quoi il lui a servi ? Essentiellement à la jouissance de se dire : « je possède un million ». Pitoyable jouissance.

Mais ça ne suffit pas, il ne faut pas laisser « dormir » l'argent, il faut qu'il travaille. Je n'ai jamais vu des billets de banque ou des pièces de monnaies le matin dans le métro partant travailler pour leurs maîtres. Bon, c'est une expression, que signifie-t-elle ? J'ai trop d'argent, alors « je le place ». Il y a au moins quinze ans, j'entendais un gars parler à des amis à lui de ses appartements. Son rêve était d'en posséder vingt, un dans chaque arrondissement de Paris. Il louerait chaque appartement. Et avec les juteux loyers payerait les traites de l'achat de chacun d'eux pour lequel il aurait déjà versé une certaine quantité d'argent. Puis, à la longue il posséderait en propre vingt appartements garni à chaque fois d'un locataire versant un juteux loyer. Et, à lui, la retraite confortable ! Il possédait déjà quelques appartements et comptait bien arriver au bout de son projet.

Ainsi, vingt humains se retrouveront ses otages à payer un gras loyer sous peine d'expulsion. Et lui, il jouira du fric ainsi rapporté. Fable capitaliste parfaitement morale... pour les capitalistes petits ou grands.

A cet homme est certainement odieuse la dénonciation de l'argent ou de son accumulation pour le plaisir. Ou la dénonciation du montant excessif des loyers empêchant plein de gens de se loger correctement. Pour lui, l'argent, c'est sa vie.

Mais, où ira la richesse accumulée par cet homme-là quand il mourra ? On n'a jamais vu un coffre-fort suivre un enterrement ! Et alors ? Vous n'avez jamais entendu parler de cet autre mythe financier : le « patrimoine » ?

J'ai un bien, je le transmettrai à mes enfants. Il restera dans la famille. Drôle de famille ! Elle se compose alors pas seulement d'humains vivants, mais aussi, par exemple, d'un tas d'appartements.

Il s'agit ici d'un mythe survivaliste : je continue à exister et gagne mon immortalité en étant en quelque sorte représenté dans la famille par mon précieux bien « transmis » à mes enfants. Seul hic, les enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants n'en ont généralement rien à foutre du « patrimoine » transmis par leur aïeul. Ils vendent, gaspillent, liquident... et hop ! Plus de « patrimoine ». Mais, le mythe a la vie dure.

C'est aussi vrai la plupart du temps avec papiers et objets. Combien d'objets ou papiers plus que centenaires sont encore présents chez vous venant de vos aïeuls ? Peu, en général, voire pratiquement aucun. Les brocantes et les poubelles regorgent de précieux albums de photos de familles, trésors devenus anonymes, bazardés par morceaux ou brulés avec les déchets.

Le rêve de devenir riche, millionnaire hier, milliardaire aujourd'hui, trotte dans la tête de millions d'affamés. Ainsi, l'argent se trouve sanctifié chez ceux qui ont faim. Avec ce mythe on fait acheter des billets de loterie. En fait, c'est un mythe. L'argent est un rationnement. Et par définition il doit manquer au plus grand nombre et assurer le gavage d'une poignée.

Le rêve de la richesse en fait impossible s'accompagne du cauchemar : les démons que seraient les feignants, assistés, tricheurs, voleurs, tziganes, étrangers, gens du sud, Grecs, etc. Eux, ils « profitent » indument d'un argent non mérité. Comme si l'argent était « mérité » ! La plupart des riches l'ont « acquit » par héritage. Quels efforts ont-ils faits pour l'acquérir ? A part se faire expulser du vagin de leur mère ?

Il existe de vrais profiteurs et parasites : les banquiers, et les seuls assistés nuisibles qui sont les actionnaires. Si on pense et parle comme ça, on vous traite de communiste, révolutionnaire, anarchiste, etc. Mais, il n'y a pas besoin d'être communiste, révolutionnaire ou anarchiste pour constater que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus nombreux aujourd'hui. Il suffit de lire les statistiques officielles, y compris dans des journaux « bourgeois » et boursiers ! Pas besoin de lire « Le Capital » ou le pavé de Piketty pour se rendre compte que le capitalisme ruine la planète. Et la misère des Grecs causée par le remboursement d'une dette énorme, artificielle et imaginaire s'étale dans tous les journaux.

Mais, à ce point de la critique arrive le mythe de l'Apocalypse : sans l'argent, tout va s'écrouler. Il faut que l'argent existe, sinon c'est le chaos. Mais, avec l'argent tout s'écroule. 50 % des jeunes sont au chômage en Grèce. Combien le sont ailleurs ? Pendant que des imbéciles augmentent la durée du travail, d'autres n'en ont pas. La corruption et la colonisation financière est assurée par l'argent : la Grèce vendue, l'Hôtel Dieu de Paris en voie de liquidation, l'hôpital du Val de Grâce condamné, l'aéroport de Toulouse et le port du Pirée vendus aux capitalistes chinois, tout cela n'est possible que parce que l'argent existe. A bas l'argent et ses mythes ! Ils nous entraînent droit dans le mur. L'argent n'a pas toujours existé, pas plus que le capitalisme. Pourquoi devraient-ils toujours exister ? Si cet outil et ce système ne fonctionnent plus, inventons autre chose comme jadis ils furent inventés. Certains imbéciles ont dit que les pays de la zone euro avait adopté « définitivement » l'euro. Pour combien de millions d'années ? Y compris après la disparition du système solaire ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 décembre 2014

mardi 9 décembre 2014

312 Origine économique de la morale sexuelle

Quand on entends commenter la morale sexuelle, essentiellement répressive et pleine d'interdits, on lui voit attribuer une origine souvent religieuse ou « naturelle ». Il en est ainsi du très fameux tabou de l'inceste. Passé l'invocation des prohibitions d'origine religieuse, on voit prétendre que celui-ci a une origine « naturelle ». Il aurait pour but d'éviter la naissance d'enfants faibles ou dégénérés du fait de l'excès de consanguinité. Si on étudie bien cette argumentation, on constate qu'elle ne tient pas la route. En effet, s'il s'agissait vraiment du souci d'empêcher la naissance d'enfants débiles, on devrait voir tout aussi vigoureusement condamner et pourchasser les unions avec des personnes malades ou âgées avec une plus jeune. Ce qui n'est pas le cas.

Si je baise ma sœur, en Allemagne, je risque la prison. Si, à 63 ans, en Allemagne, je mets enceinte une jeune femme qui n'est pas une parente proche, en dépit de la probabilité accrue que l'enfant soit faible ou débile, je ne risque rien. Il s'agit donc de bien autre chose que la santé des enfants à naître.

La législation actuelle en Italie et en France vend la mèche. En Italie l'inceste n'est en aucun cas un délit, à la condition expresse qu'il ne lui soit pas conféré la notoriété. En résumé, baisez avec qui vous voulez, mais allez-y discrètement. Et alors vous ne risquez pas le glaive de la loi.

Mais, c'est avec la loi française qu'on découvre le pot-aux-roses. L'inceste n'est pas punissable par la loi. En revanche, les enfants nés de couples incestueux ne peuvent en aucun cas se voir reconnue leur filiation authentique. Par exemple, un père qui a un enfant avec sa fille est dans l'impossibilité juridique de le reconnaître. En résumé, il y a un enfant. Mais il n'est pas en droit d'exister légalement comme les autres enfants. Il n'est pas possible pour lui d'avoir légalement son père. Quelle est le motif de cette bizarrerie qui amène à nier tranquillement la réalité de l'existence ?

C'est alors que la vérité éclate sur l'origine de la prohibition de l'inceste, qui n'est ni morale, ni religieuse. Elle est économique. Il s'agit de la question de l'héritage. Car, qui dit filiation dit héritage. C'est pour éviter des conséquences dans ce domaine que l'acte sexuel entre parents proches a été prohibé un jour.

C'est pourquoi en France vous pouvez légalement coucher tant que vous voulez avec votre mère, sœur, père, frère... mais si un enfant naît de cette union, il ne pourra pas avoir légalement de père.

Les discours sur l'origine morale, religieuse, sanitaire, traditionnelle, etc. du tabou de l'inceste relèvent de la littérature. C'est juste une question de transmission de la propriété qui est à l'origine de cet interdit soi-disant fondamental de la société. Car il est en fait fréquemment violé, mais pas ouvertement. Il l'est dans les conditions énoncées par la loi italienne : sans notoriété trop visible.

Les règles dites morales ou religieuses viennent ensuite pour encenser l'interdit économique.

Dans les régions où la terre cultivable est rare, comme au Bhoutan, la tradition faisait qu'une femme en épousant un homme épousait simultanément tous ses frères. Ainsi, on ne risquait pas de voir les terres possédées par les parents des maris trop fragmentées par la conséquence des héritages. Une femme ayant les enfants de plusieurs hommes. Tandis que si chaque femme avait un mari unique et différent, la terre serait divisée en autant d'héritages que de couples. Ici, il n'y a qu'un couple « élargi » qui hérite des parents. Quand bien-même ceux-ci auraient dix fils.

Pour des raisons également économiques la multiplicité des partenaires sexuels des femmes est pareillement traditionnellement prohibés. L'homme, traditionnellement, baise tant qu'il veut. La femme, elle, qui pond les héritiers, n'a droit qu'à un unique géniteur de ses bébés. Quelquefois sous peine d'être mise à mort si elle ne reste pas visiblement rigoureusement fidèle à son époux.

Une étrangeté du droit français veut que « l'agression sexuelle » est prescrite au bout de trois ans et le viol au bout de dix. Pour quelle raison une telle différence ? Il faut lire entre les lignes. Le viol est considéré comme beaucoup plus grave tout simplement parce qu'il remet en question la virginité des jeunes filles. En quelque sorte, la garantie de fraicheur et de non gravidité de la femme. Élément essentiel dans le cadre du commerce des femmes que représente le mariage traditionnel, arrangé et organisé pour des motifs économiques. Il n'y a pas si longtemps, me disait un ami auvergnat, dans les bals de son village on ne laissait danser les filles héritières d'une ferme qu'avec des garçons héritiers d'une ferme. Les parents y veillaient. Partout ailleurs le motif économique se retrouve aussi derrière les règles régissant la morale sexuelle. Une vieille fermière autrichienne nous montrait, à ma mère et moi, avec beaucoup de contentement les photos de mariage de ses quatre filles. Et ajoutait : « elles ont toutes épousé un garçon qui héritait d'une ferme ». Ça se passait en 1973.

Un des domaines les plus étranges de la morale sexuelle officielle concerne la majorité sexuelle. Il s'agit de l'âge, distinct de la majorité civile, à partir duquel une fille ou un garçon peut baiser avec un partenaire civilement majeur sans que ce dernier encourt un châtiment impitoyable, de l'ordre de dix années de prison, et l'opprobre généralisé. Officiellement, on parle ici de protection de l'enfance. Mais de quels enfants s'agit-il au juste ? En Espagne, la majorité sexuelle est à treize ans, en Italie quatorze, en France quinze, en Suisse seize. En résumé, si étant majeur je baise avec un ou une mineur de juste treize ans révolu à Madrid je ne risque rien. Sitôt la frontière franchie, la même aventure me vaut d'être classé en France comme un monstre et me retrouver en prison. Si la même aventure m'arrive en Italie avec un ou une partenaire de juste quatorze ans révolu, je ne risque rien. Mais, si je connais la même aventure en France, même topo, même condamnation morale et pénale. Enfin, si je baise en France avec un ou une partenaire de juste quinze ans révolu et qu'il m'arrive la même chose en Suisse, me voilà classé monstre et emprisonné chez les Suisses. D'où provient cette disparité pour le moins étrange ?

A-t-elle un rapport avec la protection de l'enfance ? Autre fait révélateur : la majorité sexuelle est à Mexico City fixée à... onze ans. Et, en France, elle était aussi fixée à onze ans jadis. Pourtant on se retrouve là carrément avec des enfants qu'on a l'autorisation de baiser. Comment la loi peut-elle ou a put-elle tolérer une chose pareille, alors qu'elle se déclare prétendre protéger l'enfance ? La raison, une fois de plus, est en fait économique.

Jadis en France et dans les sociétés peu développées économiquement, les enfants travaillent. Donc, ils cessent précocement d'appartenir à la sphère économique parentale. Pour cette raison, moins l'économie est développée, plus tôt le producteur ou la productrice n'appartient plus à ses parents et devient officiellement baisable. A onze ans à Mexico City, et en France jadis, à treize en Espagne aujourd'hui, quatorze en Italie, quinze en France actuelle et seize en Suisse pays économiquement plus riche et développé.

A l'origine de la loi sur la majorité sexuelle on ne retrouve pas des motifs moraux, religieux, ou de protection de l'enfance, mais des considérations économiques.

La morale n'a pas grand-chose à voir là-dedans. Il s'agit de propriétés et transmissions d'héritages. Le jour où l'Humanité sera délivrée des contraintes économiques et des conséquences aberrantes des héritages trop importants, la morale et les lois verront ce changement se répercuter sur elles. Comment changeront-elles précisément ? C'est très difficile à dire. Mais ce qui est certain, c'est que la vie sera organisée différemment. Elle sera certainement beaucoup moins violente qu'aujourd'hui, et même peut-être enfin respectueuse pleinement de l'être humain. Et la protection des personnes et des biens ne sera plus, comme parfois, le prétexte à l'inverse, mais une réalité générale et intangible.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 décembre 2014

samedi 6 décembre 2014

311 L'amour est la meilleure et la pire des choses

Si on est amoureux de quelqu'un dont on est convaincu qu'il vous aime, on se sent parfaitement bien. Rien que penser à son objet d'amour, le voir, l'entendre, l'approcher : c'est le bonheur. On est rassuré. Rien de grave ne peut vous arriver tant que l'amour est là. Cet état euphorique est produit par un Niagara d'endorphines. Qui, à un moment-donné va être brutalement stoppé. Alors, comme tous drogués subitement privé de sa drogue, ce sera l'effondrement, les larmes, le désespoir, la dépression, la tentation suicidaire, les drogues alcooliques ou médicamenteuses.

L'amour est très bien symbolisé par la fable de Roméo et Juliette. Ils croient, à treize ans, avoir conquit leur moitié d'orange... Ils nagent dans l'hébétude endorphinique. La contrariété arrive. Ils se tuent tous les deux. Histoire horrible et sinistre que, depuis des siècles, des troupeaux d'imbéciles trouvent belle. Vous seriez un proche ou un parent de Roméo, de Juliette, vous trouveriez beau de voir l'un et l'autre transformés en cadavres ? C'est pourtant ce que plein de gens font : trouver beau et exaltant un atroce et tragique fait divers.

On parle de « Grand Amour ». J'ai connu le « Grand Amour ». Ce furent deux années de Paradis. Rien que zyeuter ma moitié d'orange, je baignais dans le bonheur... puis, ça a commencé à foirer. Deux années et quelques mois d'enfer ont suivi. Puis, enfin, la moitié d'orange a sonné la fin de la partie. Elle s'en est allé voir si l'herbe était plus verte ailleurs. C'était parfaitement son droit. Pour moi, une année de forte déprime a suivi. Inutile de dire que je ne suis pas pressé de recommencer ce genre de comédie-tragédie. Comment parvenir à y échapper ? Le désordre mental est psychologique. Les remèdes et antidotes sont simples et également psychologiques.

Il faut savoir s'occuper. C'est ce qui m'a sauvé du pire. Que votre vie ne se résume pas aux rapports avec les autres. Il faut avoir une occupation qui vous tienne à cœur. Que ce soit le jeu de cartes, la peinture, le jardinage, etc. De préférence pas le travail ou les études où vous risqueriez de vous noyer. Moi, j'avais le Carnaval de Paris a organiser et les recherches historiques à poursuivre.

Il faut savoir aimer, c'est-à-dire aimer son prochain. Si on aime un tas de gens, la contrariété amoureuse sera moins pesante. Ce qui tue, c'est croire que l'amour c'est forcément la conjugalité, le sexe, la moitié d'orange... Non, c'est tout le monde.

Il faut savoir regarder. C'est-à-dire ne voir que ce qu'on voit et pas plus. Éviter de mélanger le rêve avec la réalité. Le résultat, jouissif, vous emportera dans la spirale de la surcharge endorphinienne. Vous gâtiserez en pensant à Lollotte. Et puis, quand la surcharge endorphinienne cessera brusquement, ou bien vous irez vous abrutir ailleurs en rêvant à une deuxième « créature de rêve », ou bien, pris par le manque de votre drogue auto-produite ce sera le pendant du mélange rêve-réalité : le mélange cauchemar-réalité. Tout vous paraîtra sombre, horrible, désespéré, à commencer par votre situation et l'ensemble des personnes du sexe de la personne convoitée qui vous a fait rêver. Les rêves sont dangereux. Bien qu'agréables, il est préférable de les éviter.

Quand je regarde aujourd'hui une très jolie fille, je me dis : « elle est très jolie ». Je ne m'en dit pas plus. Je ne me dis pas : « je voudrais la connaître », « l'aimer » et autres fadaises de ce genre.

Pour éviter le piège des rêves et cauchemars, il importe de se délivrer des programmes parasites et du système-verrouillages des épithètes. Quand vous vous dites : « elle me plaît, donc je dois faire ceci ou cela avec elle » vous mettez en route un programme. Ce programme fonctionne comme un virus de la pensée et de la perception qui vont être bloquées au bénéfice d'actions programmées et non réfléchies. Vous allez vous aveugler pour suivre le programme. Et votre perception sera neutralisée par des épithètes : « c'est la femme qu'il me faut », par exemple. Pourquoi une femme, celle-ci et pour en venir à quoi au juste ? Au mariage ! Ah oui, et pourquoi ? « Parce que le couple X et Y c'est le comble du bonheur ! » Il y a toujours dans votre entourage, ou dans la presse, la littérature LE couple qui fait rêver. Si ça se trouve, vous vous faites un film. Si ça se trouve, ce que ce couple vit, pour rien au monde vous ne voudriez le vivre. Mais, ça ne fait rien. Ce couple est comme un soleil aveuglant qui vous empêche de voir la réalité. Par exemple, qu'au fond, ça vous emmerde passablement de partager votre vie avec quelqu'un d'autre. Que, au fond, votre désir d'enfants est aussi vaste qu'un filet d'eau. Qu'à cela ne tienne ! Le modèle est là ! Arrêtons de réfléchir et suivons le modèle ! De préférence avec quelqu'un qui ne vous convient pas. Mais qui convient à votre vie rêvée, fantasmée. Et si « ça marche », gare au réveil brutal futur !

Nous avons une formidable capacité d'auto-illusions. Prenons trois exemples qui illustrent bien cette capacité :

Un petit enfant tombe. On lui dit : « allons, relèves-toi, ce n'est rien ! » Il se relève et continue ses activités. Le même petit enfant tombe. On se précipite vers lui, on le prends dans les bras, on s'exclame avec émotion : « oh ! le pauvre chéri, il a mal ! » Le « pauvre chéri » en question se met alors à brailler et il a mal.

Autre exemple : faites un mouvement du bras quinze fois tous les jours, toujours le même, en imaginant que vous portez dans votre main une haltère très lourde. Vous allez avoir de la peine et vous vous musclerez. A présent, imaginez que vous vous dites : « tout le monde me déteste », vous voyez le résultat ?

Vous êtes chez vous dans votre lit et vous dites : « je vis dans un logement froid et exigu, tandis qu'il y a des gens qui, sans aucun mérite ni efforts se retrouvent en ce moment dans un appartement vaste, spacieux, chauffé et confortable. » Vous enragerez. Inversement, vous vous dites : « j'ai un lit, un toit et de très bonnes couvertures, tandis qu'il y a des malheureux à Paris qui, sans l'avoir demandé, dorment dans la rue et meurent de froid », vous vous direz : « ma situation n'est pas si mal ! »

En « amour » c'est pareil : nous passons notre temps à nous auto-abreuver de messages contradictoires, exaltants ou désolants. Ce qui entraîne la recherche du suicide c'est assimiler l'amour en général pour notre prochain à l'amour particulier et conditionnel d'une demoiselle ou d'un damoiseau donné. Il ou elle vous envoie balader et le monde s'effondre. Ce serait comique si ça ne finissait pas tragique. Pour attirer l'attention sur vous, sans l'analyser, vous mettrez votre vie en jeu pour interpeller l'autre : « eh ! j'existe ! Aimes-moi ! » Comportement infantile et stupide. Qui peut aussi être décliné sur le mode meurtrier : « ma vie est foutue par ta faute, je te tue ! »

L'auto-suggestion de masses existe également. Quand la guerre a éclaté le deux août quatorze, la population programmée par des décennies de bourrage de crâne patriotique est partie se faire trouer la peau en chantant. Au nom de « la France » ou « la Russie » ou « l'Allemagne » ou « l'Angleterre », on a ruiné et saigné la France, la Russie, l'Allemagne, l'Angleterre et d'autres pays encore. Pourquoi ? Pour strictement rien. Un bref moment de folie à vingt millions de morts. Si des peuples entiers peuvent délirer à ce point, chacun d'entre nous a également de telles capacités.

Un exemple classique de ces programme-parasite : je me dis que je dois faire telle chose demain. Le lendemain arrive, je me pourris la vie pour arriver absolument à réaliser aujourd'hui cette chose. Pourquoi ? Parce que hier j'ai programmé, je me suis programmé ainsi. Alors que cette chose peut être faite un autre jour bien plus tranquillement.

La programmation parasite est utilisée pour manipuler les gens en politique, dans les sectes, au travail, etc. Elle peut être implicite. Et n'est pas forcément formulée avec des mots.

La « morale dominante », autrement dit : la pensée « unique » est riche en programmes parasites. Ainsi, influencé par elle, je me souviens de moments où je me tourmentais ainsi : « Mon Dieu ! Depuis combien, de temps n'ai-je pas fait l'amour ? » A présent, je m'en fous. La vie n'est pas un cortège de statistiques, un concours où nous devons remplir des cases selon un programme stupide qui ne nous corresponds pas. On peut être très bien sans faire l'amour pendant dix ans, voire plus. Inversement, on peut être mal en ne faisant pas l'amour durant trois semaines et en se disant : « Mon Dieu ! Je n'ai pas fait l'amour une seule fois depuis trois semaines ! »

Quand j'avais vingt-deux ans je n'avais pas envie de faire l'amour, m'en passais sans problèmes. Les personnes stupides de mon entourage m'y ont poussé parce que, à mon âge, il fallait absolument que je mette mon oiseau dans le nid féminin. Connerie que tout cela ! On aurait dû me laisser tranquille. Et, aurais-je finalement fait l'amour ou jamais, où est le problème ? L'essentiel est de se sentir bien et être heureux, ce qui est parfaitement possible sans baiser. Des dizaines de millions de personnes vivent très bien sans baiser, mais ne peuvent guère le clamer sur tous les toits. D'abord, parce qu'elles n'ont aucune raison de le faire. Ensuite, parce que si elles le faisaient, on les traiterait immanquablement de malheureux, pauvres types, etc.

Quand on déclare qu'on se passe de compagnie et qu'on vit très bien tout seul, on ne manque pas de se faire insulter avec les qualificatifs : « individualiste », « égoïste », ou encore : « tu renonces à vivre ! » Des paroles comme ça, sensées vous déstabiliser. Dès que vous sortez du lot, ne suivez pas le troupeau, même sans tout casser, vous dérangez. J'étais en vacances il y a plus de quinze ans chez des amis très gentils et bien intentionnés envers moi. Ils m'ont questionné un jour, car ils s'inquiétaient que, vivant alors seul, je n'étais pas en train de me plaindre et déclarer que je suis malheureux ! Ça les aurait rassuré de me voir geindre !

Quant aux qualificatifs « individualiste », « égoïste », ce ne sont que des épithètes destinés à faire mal, des mots creux et vides. Laissez pisser ! « Individualiste », « égoïste » aux yeux de telle ou telle personne ? Ou tout au moins dans sa bouche on trouve ce qualificatif ? Et alors ? On s'en fout. De toutes manières, chacun sa vie et comme disait Molière : « On ne peut pas plaire à tout le monde et son père ».

Notre société française et parisienne voyait jusque dans les années soixante la baise d'un mauvais œil. A présent, c'est l'inverse : elle est devenue obligatoire. Et demain, quel nouveau discours normatif et stupide devrons-nous entendre ?

Il existe un je-m'en-foutisme positif, une inertie positive, qui dit que : « ici, c'est chez moi et je range mes affaires comme bon me semble. Occupez-vous des vôtres, et laissez-moi tranquille ! » Une personne que je connais un peu me disait un jour qu'elle voulait mon bonheur et me proposait de vivre, c'est-à-dire coucher, avec une dame qui était présente. Je n'ai pas eu la présence d'esprit de lui répondre avec justesse : « occupes-toi de ta vie ! » Cette personne est assez étrange, c'est un hétérophobe, un homo qui déteste les hétérosexuels de la même façon qu'il existe des hétéro qui sont homophobes.

La parole quelquefois libère au moins un peu. En 1972, deux médecins écrivirent et diffusèrent un tract très imparfait qui fit scandale. Il parlait crûment de la sexualité. Une phrase me fit le plus grand bien. Elle disait que la masturbation n'était pas une chose condamnable. C'était la première fois que je lisais un tel avis. Partout ailleurs je rencontrais la condamnation ouverte ou implicite de cette activité.

Alors, peut-être en lisant ce que j'écris, certains mots, certaines phrases aideront d'autres à vivre ? Je ne peux en être sûr. Je l'espère, en tous cas. Et c'est juste de s'exprimer.

Tout ce qui nous libère de nos conditionnements et nous rends le pilotage de nous-mêmes est juste, enrichissant et bon.

Les épithètes, les légendes qui imprègnent notre monde nous font le plus grand mal. J'ai parlé un jour d'histoire ancienne avec un marchand d'armes. Tout au moins, un fournisseur pour les fabricants d'armes. L'échange a été agréable et fructueux. Si je m'étais dit : « ah ! C'est un fournisseur pour fabricant d'armes ! C'est horrible ! » et j'aurais renoncé à le rencontrer et parler d'histoire ancienne, qu'est-ce que ça nous aurait apporté ? Qu'est-ce que ça aurait apporté au monde ? Si j'avais renoncé à parler avec lui, aurait-il pour autant cessé son activité ? La paix universelle serait-elle arrivée ? Alors ? Au diable les épithètes qui bloquent la pensée et prétendent définir et condamner les coupables et régler les problèmes.

Je fais pareil avec les épithètes positifs : si je vois une jolie fille, je refuse de me dire des âneries classiques du genre que c'est « la femme de mes rêves ». Non, c'est juste une jolie fille, point.

Les épithètes sont à mettre à la poubelle. Et nous devons libérer notre pensée de leurs cages, leurs chaînes. Ils donnent aussi une valeur sous-jacente à certains mots, sans être formulés avec des syllabes. L'argent, par exemple. Si on en parle, subitement quantité de gens ne sont plus les mêmes. On dirait qu'on ne parle plus aux mêmes personnes. Elles sont prêtes à tout oublier, ne pas vivre, pour en gagner ou ne pas le dépenser. Alors qu'on peut très bien vivre une frugalité heureuse. On a de quoi manger, un toit au dessus de sa tête : on est aussi heureux que Diogène dans son tonneau. Et on ne se pourrit pas la vie comme Alexandre qui voulait conquérir le monde entier. Pourquoi faire ? Pour rien. Pour pourrir la vie des autres avec ses fantasmes guerriers.

Quand, commençant à s'extraire du conditionnement imbécile, les soldats français se mutinèrent en mil-neuf-cent-dix-sept, ils ne cherchaient pas la révolution. Ils cherchaient juste à vivre, tout simplement. S'échapper de la contrainte meurtrière des ordres de tuer les gens d'en face. Et se promener en forêt. On les a fusillé pour l'exemple, un sur dix, pour remettre le troupeau en marche.

La vie est une chose simple et artificiellement compliqué. Faire la fête et oublier tout. Laissons d'autres s'ennuyer à construire ou détruire des empires politiques, industriels ou financiers à la façon d'enfants construisant des châteaux avec des briques en plastique pour les détruire ensuite. Ce sont des jeux vains, nuisibles et stupides. Plus c'est grand, moins ça fonctionne bien. Voyez l'Europe, cette calamité qui finira comme les autres empires qui l'ont précédé. Un suicide collectif de vingt-huit nations pour rien, comme en quatorze, mais, avec des traités. En quatorze c'était à la baïonnette, aujourd'hui, c'est avec un stylo pour signer d'infâmes torchons style TAFTA. Le résultat ? Hausse de 40 % de la mortalité infantile en Grèce. C'est du terrorisme politique et social. C'est plus discret qu'avec des bombes. Et tout aussi efficace. Les criminels en col blanc et costard cravate ou jupe tailleur et sans turbans programment tranquillement la mort sur leurs ordinateurs.

Vivons quand-même, sans eux, loin d'eux, malgré eux. C'est largement possible. Avez-vous entendu parler d'Oppède ? Durant l'occupation, un groupe d'intellectuels partit restaurer un vieux village abandonné de Provence nommé Oppède. Parmi eux se trouvait l'épouse de l'écrivain Antoine de Saint-Exupéry. Consuelo a écrit un livre qui retrace cette expérience. Sans cris, sans violences, sans collaboration ou résistance, ces gens d'Oppède passèrent agréablement et honnêtement les années de guerre. J'admire les héroïques résistants. Mais je suis plutôt oppédien. Je ne sauve pas le monde de tout ce dont il souffre. Je fais le Carnaval, l'amitié, les aquarelles et la philosophie. Faire le bien m'intéresse. Vivre en étant d'un commerce agréable avec les autres. Et faire de jolies choses sans être un héros, si ce n'est un héros du quotidien, comme plein d'autres, me suffit pour remplir correctement ma vie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 6 décembre 2014

jeudi 4 décembre 2014

310 Dans un monde obsédé les gens plutôt sages sont suspects

Je rencontre une fois récemment le reproche que tous mes textes de réflexions philosophiques, ou en tout cas une grande majorité d'entre eux, concernent le toucher, la sexualité considérée comme destructrice des rapports homme-femme. Que c'est devenu une obsession pour moi.

Mais, est-ce moi qui suis « obsédé » ou la société où je vis qui l'est ? Et qui, chaque fois qu'on ose la critiquer dans le domaine du sexe, vous accuse d'être obsédé ?

Le traitement de tout ce qui concerne le sexe ou supposé tel est spécieux. Si je dis, par exemple, que je trouve très bien que des gangsters braquent des banques, on ne me soupçonnera pas d'être un braqueur de banques, tout au moins rêvé ou potentiel. Si, en revanche, je témoigne simplement de la curiosité pour une pratique sexuelle particulière, on me soupçonnera immédiatement d'en être un adepte.

Ce qui rend l'échange et le débat libre impossible d'emblée, même si c'est un débat purement théorique. Le seul fait d'évoquer l'impossibilité du débat vous rend déjà suspect. Ici, la parole, voire même la pensée, n'est pas libre.

Quand je lui déclare être sensible au charme d'une jeune fille, une amie me classe aussitôt parmi les vieux cochons. Et me conseille de m'intéresser aux femmes de mon âge. S'agissant de ces dernières, je remarque qu'elles sont souvent complètement cassées moralement. Et n'ont plus guère d'appétit social, audace, envie de vivre à fond leur vie. Le rêve de bien des sexagénaires des deux sexes n'est pas ou plus d'escalader l'Everest, mais plutôt juste de pouponner leurs petits enfants. C'est très bien. Ça ne fait de mal à personne. Si j'étais grand père, je serais peut-être comme eux. Je ne le suis pas. Et n'ai ni enfants, ni petits-enfants.

Bien des personnes âgées, notamment en maisons de retraite, vivent surtout pour le bien manger. J'apprécie les bons plats, mais n'en fait pas, comme elles, le but de la vie.

Je m'intéresse à quantité de choses, par exemple, à la fête, la philosophie, l'histoire, la poésie, la peinture, ou encore le Carnaval de Paris. J'en suis presque obsédé. Et pourrais passer des nuits entières à rechercher sur Internet dans des sites culturels des éléments oubliés de son histoire, pour les transmettre ensuite au plus grand nombre.

Restreindre son horizon juste à son estomac et sa famille n'est pas mon choix. Je veux être utile aux autres. Et pas seulement à moi et à un cercle très restreint autour de moi et choisi au nom des « liens du sang ».

Je ne suis pas obsédé par la recherche de l'acte sexuel ou son refus. En revanche je suis très sensible au climat d'obsession sexuelle sournoise régnante. Qui fait que, par exemple, une jeune femme bien de sa personne ne peut rigoureusement pas envisager d'aller lire, flâner ou se reposer seule dans un grand jardin parisien sans se faire systématiquement aborder par divers individus plus ou moins collants et parfois simplement dangereux.

La fille d'une amie, qui a trente ans, vit en région parisienne et est très jolie, en sait quelque chose. Amenée à rentrer quelquefois seule très tard le soir ou très tôt le matin elle n'a évité de sérieux ennuis que dans sa capacité à courir très vite. Est-ce normal ? Est-ce que ce qui arrive à cette jeune femme et qui est le lot de toutes les femmes de Paris surtout si elles sont jolies et seules dans la rue est normal ?

Tant qu'une femme seule ne pourra pas arpenter sans crainte les rues de Paris entre minuit et quatre heures du matin, les Français ne seront pas les habitants d'un pays digne de s'appeler « civilisé ».

Oui, je suis obsédé par le refus de cette violence morale, voire physique, à laquelle les femmes sont hélas souvent habituées au point de ne guère en parler. J'ai eu l'occasion plusieurs fois de connaître des femmes victimes de viol. Le traumatisme vécu et l'ostracisation des victimes abusivement « culpabilisées » fait qu'elles m'expliquaient ce qui leur était arrivé, et n'osaient pas qualifier la chose par son nom : viol.

Personnellement, j'aime les gens en général. Le sexe, l'acte sexuel, je m'en fous plutôt complètement de cette activité prétendument essentielle pour des raisons psychologiques, sociales, jouissives, etc. Par contre, le mélange des genres, l'assimilation ou l'association de l'amour au sens général au sexe, est la cause de centaines de milliers de suicides par an. Il s'agit d'un vaste fléau social et de la première cause de mort dans la jeunesse. Oui, j'y suis très sensible. D'autant plus que quand j'étais confus dans ma tête et comme des millions d'autres associait systématiquement amour et sexe, j'ai bien failli enrichir à plusieurs reprises les statistiques de morts par suicides.

Je pense qu'arriver à bien expliquer les mécanismes de l'âme humaine, de ses comportements excessifs, passionnels, contradictoires, permettrait de sauver des dizaines de milliers de vies par an.

Cela vaut donc bien la peine de s'interroger sur le fonctionnement des gens. La surcharge puis le manque brutal d'endorphines conduisant un très grand nombre de jeunes gens et jeunes filles à attenter à leur vie. La prévention possible de ces suicides me passionne. Est-ce une tare ?

En tant que personne sensible, je suis autant passionné par les questions liées à l'amour et à la sexualité que peut l'être pour le cancer un cancérologue ou pour la cuisine un créateur de recettes de cuisine. Il ne s'agit pas d'une maladie de celui qui est passionné, mais d'une spécialisation. Chacun a sa spécialisation qui peut apparaître comme une obsession vue de l'extérieur.

Je rêve d'un monde où on pourra bavarder cinq minutes avec une jolie fille sans se faire systématiquement traiter de « dragueur ». Et où les femmes à Paris oseront regarder en face les hommes dans la rue ou dans le métro. Et n'useront pas de ruses de sioux pour faire la même chose, par crainte de se faire aborder. D'un monde enfin humain et débarrassé des scories de la vieille morale toujours présente.

Au pays des fous, les gens sains paraissent fous. Et l'ensemble des humains fait penser à un orchestre d'excellents musiciens qui ont des cartons de lotos en guise de partitions et jouent n'importe quoi, n'importe comment, et sans ensemble. Qui massacrent la musique alors qu'ils seraient capable de jouer la plus belle et harmonieuse des musiques. Mais ils sont habitués à la cacophonie et ignorent les rôles qu'ils ont à occuper.

Je n'aime pas le bruit, alors je cherche les partitions. Et tant pis pour ceux qui me crient d'être raisonnable et arrêter mes recherches.

Un jour, peut-être, la musique reviendra dans la vie des hommes. Pour ma part, j'ai déjà cessé de me mêler au bruit ambiant. Je préfère jouer très doucement un air juste que, comme les autres, tonitruer de très conformistes fausses notes.

On m'a conseillé d'arrêter de regarder les jeunes filles. Et aller draguer dans les maisons de retraite. Je continuerais à regarder les jeunes filles, même si je n'y mets pas les mains. Et n'irais pas draguer dans les maisons de retraite.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 décembre 2014

vendredi 28 novembre 2014

309 Alcoolisme sexuel, esclavage féminin et analphabétisme tactile

Aimer paraît simple et facile : prendre dans ses bras une jolie fille ou un joli garçon qu'on aime, l'embrasser et le caresser. Pourtant, que ce soit avec des paroles, des caresses ou des bisous, l'amour entre adultes est une chose qui nous paraît souvent très difficile et risqué.

Prenons un exemple : je vois une jolie fille que je connais à peine. Je la trouve douce et gentille. Cependant, ma raison me dit : « fuis ! tu vas t'attirer des ennuis ! » Fuir ? Rester ? Que dire ? Que faire ? Autour d'elle, comme un essaim de mouches bourdonnantes, tournent de jolis garçons, qu'attirent l'entrée de son vagin. Résultat, elle est sur la défensive. Et elle a raison. Elle veut être considérée comme un être humain et pas comme un trou à boucher. Enfin, la société est organisée de telle façon que « l'amour » est présentée de manière encadrée par « le mariage », « le pacs », « le concubinage », « le couple ». C'est-à-dire qu'embrasser et caresser, prendre dans ses bras quelqu'un qu'on aime, ne se fait qu'à condition qu'il y ait « un engagement ». Que s'établisse un contrat déclaré ou implicite qui enferme les contractants, au nom de « l'amour ». Ils sont alors « liés » par « les liens du mariage », ou du concubinage, qui leur interdit d'aller « voir ailleurs ». Et ils doivent baiser. Sous-entendu que l'amour signifie forcément jalousie, possessivité, mariage et reproduction.

L'amour, justement, en tant que sentiment naturel, s'invite comme un trouble-fête. Je vois la jolie fille en question. Suis attiré par elle. Et commence à être assailli par des rêveries du genre : « elle est peut-être ou surement amoureuse de moi... » Je connais ce genre de dérives de la pensée. Quand une attirance se fait, l'intelligence et la réflexion tendent à se débrancher. Un peu comme chez l'alcoolique en désintoxication qui ne doit pas boire et aperçoit l'enseigne du bistro. Il va se trouver mille raisons d'aller y vider encore rien qu'un petit verre. Et en ressortira bien plus tard en titubant.

Arrivé à ce stade, comme je suis un philosophe, je me mets à ma table et écrit ce texte de réflexion. Peut-être me servira-t-il à voir plus clair et aidera-t-il d'autres confrontés au même problème ?

Les trois grands ennemis de l'amour sont : l'alcoolisme sexuel, l'esclavage féminin et l'analphabétisme tactile.

Les hommes, la plupart des hommes et, quelquefois certaines femmes, mais moins, beaucoup moins, sont obsédés par le sexe, l'acte sexuel. Ils croient que le sommet d'une relation d'amour c'est le pauvre petit coït élevé au rang de summum de la relation humaine et de plaisir suprême. Ils se trompent.

Ils croient aussi, souvent de très bonne foi, que s'ils bandent, les hommes, ou si les femmes ont le sexe qui se met en fleur et s'humecte, c'est qu'ils ont « envie de faire l'amour ». Ils se trompent également. Le seul plaisir suffit à produire ces phénomènes même sans qu'il y ait un véritable désir.

J'observais hier un jeune et joli garçon, apparemment gentil, doux et sympathique, qui tournait autour d'une jeune fille. Ce jeune homme pourrait aimer cette jeune fille. Peut-être même que ça arrivera... Mais, en attendant, il est comme un chat devant la vitrine de la poissonnerie hermétiquement fermée. Il aime la fille comme le chat aime le poisson. Il aime certainement aussi un tas d'autres filles qu'ils croisent dans la vie. Il aime sa mère et sa sœur, s'il en a une. Il aime un million de personnes à la fois, mais... il est persuadé qu'il existe une, ou plusieurs filles, dans lesquelles il doit absolument mettre sa queue. Et là, le rêve s'arrête devant des barbelés invisibles. Qu'il ne sait comment franchir. Alors, il ruse. Il essaye de capturer une fille, celle-là, ou une autre, ou plusieurs autres. Il leur conte fleurette, leur parle de tout et de rien, fait le beau et le bon et... espère y mettre les mains et la queue ensuite.

Vu de l'extérieur, c'est bas et vulgaire. La jeune fille autour de laquelle il rôde, n'est pas dupe. Elle sait qu'il est un des innombrables garçons qui tournent autour d'elle. Et ne cherchent tous, plus ou moins aimablement, que la même chose : son cul. Et ils tournent de la même façon autour de ses copines, avec lesquelles elle parle de leur comportement.

Cette jeune fille, c'est Laura. A qui j'ai dédié un poème un peu leste, un peu cochon. Tiens ? tiens ? Notre philosophe serait-il « amoureux » ? Derrière ses beaux discours, on trouverait un vieux cochon jaloux et qui, la bave aux lèvres, observe les jolies filles ? Permettez-moi de me défendre.

Qu'en est-il à mon avis du sexe ? Le sexe, c'est très exactement comme le très bon vin. Un verre de très bon vin peut être la meilleure des choses. On peut également parfaitement bien s'en passer et vivre agréablement quand-même. Et se saouler la gueule, se noircir, être alcoolique, est une très grave et horrible déchéance. C'est exactement ce que la quasi totalité des hommes et un certain nombre de femmes, beaucoup moins que d'hommes, font avec le sexe. Ce sont des « alcooliques du sexe ». Et les dragueurs cavaleurs, ou dragueuses cavaleuses, sont des « grands alcooliques du sexe ». Comme la plupart des hommes et quantité de femmes, j'ai été un alcoolique du sexe. J'ai cru, de bonne foi, que le but optimum possible de la relation d'un homme avec une femme, c'était, à un moment-donné, d'y mettre la queue.

J'ai aussi cru que si je bandais, si je cowperisais (c'est-à-dire émettait du « liquide de Cowper », que des imbéciles ont baptisé : « liquide pré-coïtal »), si j'avais envie d'embrasser quelqu'un sur la bouche, c'est que j'avais envie de faire l'amour avec lui ou elle. Eh oui, je n'ai pas bandé pour un homme, mais, il y a bien des années, j'ai eu envie un jour d'embrasser un ami sur la bouche. Ne l'ai pas fait et me suis dit, aussi con que tous les cons qui m'entourent : « c'est une attirance homosexuelle ». En fait c'était juste ce que c'était : l'envie d'embrasser un ami sur la bouche. Ce qui d'ailleurs se fait couramment en Russie sans que ce soit considéré comme sexuel. Bien sûr, si je l'avais fait, ça aurait été considéré, sous nos latitudes françaises, comme homosexuel. Notre société est conne. Et, influencé par elle, j'ai été immensément con durant cinquante années. A partir de l'âge de treize jusqu'à l'âge de soixante-trois ans, j'ai cru, de bonne foi, que le but de la relation d'amour était le sexe, c'est-à-dire l'acte sexuel. J'ai été contre, j'ai été pour, mais c'est faux. Le but de la relation d'amour, c'est l'amour, qui comprend parfois, rarement ou jamais, le sexe, l'acte sexuel.

J'ai été très con comme les milliards de cons qui m'entourent. Et, si aujourd'hui j'aurais de la peine à aller vers une fille pour l'embrasser et la caresser, c'est justement parce que je connais la connerie ambiante et régnante.

En lisant mon poème : « Je ne coucherais pas avec Laura », on pourrait penser que je veux absolument y mettre ma queue. Un vers de surcroit en rajoute dans ce sens : « Et son con est étroit ». En fait, par « coucher » j'entends... « coucher », c'est-à-dire être étendu dans un lit auprès d'elle et sans plus. Mais, dans notre langue de cons, « coucher » signifie obligatoirement « baiser ».

Et, s'ajoutant aux barrières habituelles, il y a aussi le fait que toute une tripotée de salauds utilisent un discours similaire au mien ici, comme une ruse pour chercher à piéger les femmes et y fourrer leur queue. « Je t'aime, mais ne suis nullement attiré par le sexe », « on s'aimera en tout bien tout honneur »... tu parles ! Dès qu'ils peuvent, ils démasquent leurs batteries. Et ne veulent plus visiblement que le sexe, le sexe, le sexe. J'ai même vu un dragueur cavaleur chercher le trou en affirmant à une très jeune fille qui n'avait pas connu son père, qu'il souhaitait jouer un rôle paternel auprès d'elle. Et puis, une fois cette situation établie, il a cherché à y mettre les mains. Et s'est fait méchamment rembarré. Tant pis pour lui, il n'aura pas le gâteau au chocolat.

Quel est le deuxième obstacle à l'amour ? C'est l'esclavage féminin. Dans notre société de merde, depuis la nuit des temps, le travail domestique de la femme n'est ni reconnu, ni rémunéré. Elle élève des enfants ? Elle les porte en elle et les accouche ? C'est la Nature, c'est l'amour. J'élève des souris blanches. C'est un métier. On me paie.

Le résultat de ce mépris de la femme est qu'elle se retrouve en situation de servitude. Car, le travail imposé et non payé, ça s'appelle... l'esclavage.

Tenir sa maison, son budget, s'occuper de ses enfants, de son mari, se faire belle pour eux, sans voir son travail reconnu et rémunéré, fait que la femme dépend économiquement de l'homme.

Certes, beaucoup de femmes travaillent de nos jours hors de la maison. On nous dit qu'ainsi elles « s'émancipent ». En faisant une double journée de travail : hors de chez elle et à la maison. Et si, de plus, elles ont un potager et un poulailler à s'occuper, elles font... une triple journée de travail ! Quelle belle « émancipation » ! La sueur féminine, décidément, ne coute rien !

Et l'homme, pendant ce temps-là, eh bien, il est très souvent toujours aussi macho qu'avant et la société dans son ensemble aussi. Il suffit de considérer le lynchage médiatique auquel ont droit les femmes qui résistent aux « grands » de ce monde, qu'elle s'appelle Tristane Banon ou Valérie Trierweiler. Et, parmi les plus enragés à lyncher, on trouve des femmes acquises au machisme. C'est normal. Dans les guerres coloniales, les plus féroces étaient souvent les supplétifs coloniaux.

Bien des hommes, la majorité d'entre eux, s'abaissent à vouloir dominer la femme, au lieu de la respecter. Et l'amour sans le respect n'est qu'un mot. Les hommes qui méprisent les femmes ne les aiment pas. Et ne s'aiment pas eux-mêmes. Car sinon ils ne se dégraderaient pas ainsi en malmenant et maltraitant les femmes.

Mais, la dépendance économique de la femme vis-à-vis de l'homme fait que celle-ci cherche très souvent... son souteneur. Au sens littéral du terme : qui la soutient économiquement.

J'étais, il y a un an environ, assis à une table avec une jolie fille que je ne connaissais pas. Circonstance rare, je la rencontrais pour la première et sans doute dernière fois, dans le cadre de ses études. Elle le savait aussi. Et je me suis amusé à lui « sortir les vers du nez ». Je lui ai demandé si elle tombait un jour amoureux d'un homme. Et qu'il se révèle nul économiquement. Si elle l'abandonnerait.

J'ai insisté un peu, car je voyais bien que mon interlocutrice hésitait à livrer le fond de sa pensée. Et puis, comme elle voyait bien que nous ne nous connaissions pas et ne devions pas nous revoir, car notre rencontre purement circonstancielle dans le cadre de ses activités scolaires ne devait pas avoir de suite, elle a « craché le morceau ». « Bien sûr que je le laisserais tomber », m'a-t-elle avoué. Cette pensée n'est absolument pas originale. Une autre femme que j'ai connu et dont j'ai été éperdument amoureux m'a annoncé un jour avoir rencontré l'amour. Comme elle me l'a annoncé, j'aurais pu croire qu'il s'agissait de moi. Après, déception, elle me dit qu'il s'agit d'un autre. C'était incohérent et très maladroit de sa part. Par la suite, je la vois avec son amoureux : petits bisous, tendresse, etc. entre eux. Un an plus tard, elle m'annonce sa rupture. Causée par la raison que son amoureux est incapable de tenir un budget. « Mais, lui dis-je, tu m'as dit que tu l'aimais ? » « Oh, tu sais, me répond-t-elle, dans ce genre de situations, on dit des choses comme ça ». Plus tard elle s'est mise en ménage avec un autre, sur la base de ce que « ils étaient seuls tous les deux et pouvaient tenter quelque chose ». Ils sont en ménage depuis. Ne s'aiment pas. Et ont de très beaux enfants.

Un troisième exemple : une très jolie fille qui étudie en fac et ne cache pas que son rêve économique est de ne pas travailler. C'est-à-dire travailler seulement à la maison. Autrement dit, être femme au foyer. J'en tombe amoureux, ou, tout au moins, suis attiré par elle. Et, comme des milliards d'autres cons en déduit que c'est « l'amour », c'est-à-dire la vie à deux et la queue. Elle me convoque dans un bar, me fait passer l'interrogatoire impôts, sécurité sociale, gendarmerie. En déduit que je suis insolvable. Et, je passe à la trappe. Elle me dira plus tard que « elle n'est pas amoureuse de moi ». Elle m'a parlé aussi d'un homme que, m'a-t-elle dit, elle avait aimé. Mais, avait-elle ajouté, comme il jouait aux jeux d'argent, qu'elle avait un oncle malade de la même obsession et en connaissait les conséquences dévastatrices, elle avait été obligé de l'abandonner. Par la suite, cette jolie étudiante a réalisé son rêve. Elle est « tombée amoureuse », comme par hasard, d'un futur prospère médecin et est devenue « femme au foyer ». Naïf comme j'étais alors, j'ai mis trente ans à réaliser la parfaite vénalité de cette femme. Qu'est-ce qui m'a rendu éclatante sa vénalité que je n'avais pas vu ? C'est que j'ai réalisé, que me parlant de son fiancé joueur elle n'avait témoigné de strictement aucune émotion en racontant qu'elle avait du le larguer. Pour elle, l'amour et souscrire un bon plan d'épargne retraite, c'était rigoureusement la même chose. Elle investissait son capital beauté tant qu'il n'était pas défraichi.

Sans l'analyser, un très grand nombre de femmes ont une vision prostitutionnelle de l'amour qu'elles recherchent. Certains propos sont révélateurs. Une femme mariée et mère m'avouait un jour que ça faisait très longtemps qu'elle avait renoncé à l'amour. « Mais, vous êtes mariée » l'ai-je questionné. « Oh ! Les hommes se croient tous irrésistibles ! » m'a-t-elle répondu. Et elle a rit. Vantant les qualités domestiques de son mari, une jeune mère me disait dernièrement : « je l'ai bien choisi ». Avec autant de sentiments que si elle parlait de son chien ou sa voiture. Une jeune et gentille femme me disait, parlant de son compagnon : « il habite près de mon travail, c'est bien pratique ». Et le disait comme si elle vantait le confort d'un bon meuble. Une femme qui avait choisi un amant pourvu d'une paie confortable, un beau logement et une belle voiture se défendait à moi d'être intéressée : « j'ai aussi ma paie ». Les courtisanes peuvent être riches. Ce sont des prostituées quand-même.

Simplement, ce sont dans notre société d'honorables prostituées. Je n'ai rien contre les prostituées, même si je ne ferais jamais appel à elles dans le cadre de leurs activités professionnelles. Les honorables prostituées, de leur côté, n'ont rien à faire d'un « pauvre artiste », sexagénaire de surcroit. Ça ne me dérange pas. Comme je l'ai dit, les prostituées, je ne suis pas client.

Le pire, c'est qu'on est conditionné, habitué à ce monde de prostitution honorable ou pas honorable. Je me disais encore dernièrement : « je suis vieux et pauvre, aucune jeune femme ne voudra de moi ». Oui, aucune jeune femme qui se prostitue. Et celles-là, je les laisse aux autres. Elles ne m'intéressent pas du tout.

Un phénomène extrêmement révélateur de la mauvaise foi régnante en amour, c'est l'expression tactile. Une personne désintéressée n'a pas du tout le même toucher qu'une personne calculatrice et intéressée. J'ai ressenti dans quatre occasions un contact tactile d'une douceur incroyable avec une femme. Dans une sorte de camp de vacances, dans un stage de massage, dans une association, et chez moi un jour avec une femme dont j'étais amoureux. Les trois autres, je ne les connaissais pas. Une jeune femme m'a dit un jour qu'elle avait eu avec un homme un toucher d'une qualité incroyable, comme une sorte de véritable aimant. « Aimant » un beau mot, en fait ! J'ai cherché une explication. Et cru même qu'il existerait des sortes de « groupes tactiles affinitaires », un peu à la façon des groupes sanguins compatibles ou non pour les transfusions. Et une femme qui a eu beaucoup d'amants dans sa vie, me disait que, quand elle était jeune fille, elle prenait des leçons de piano. Quand son vieux professeur, pour lui indiquer comment positionner sa main, la lui prenait, elle ressentait comme une sorte de petite décharge électrique. Car, m'a-t-elle dit, elle sentait que son geste n'était absolument pas dragueur... Tout ceci pour dire qu'à présent le voile se déchire devant mes yeux. Il existe tout simplement une véritable et entière communication cutanée. Quand il n'y a aucune volonté profiteuse et manipulatrice, quand le contact est absolument et rigoureusement sincère et honnête, c'est-à-dire sans calculs ni projets, une douceur incroyable est ressentie.

Le premier toucher est le toucher du regard. Une sage-femme me disait dernièrement que deux choses étaient instinctives chez un nouveau-né. Et, elle en avait vu naître trois cents durant sa carrière. La première est de ramper vers le sein maternel. La seconde est de chercher à se relier des yeux avec le regard de sa mère et de son père. Ou, du moins, de l'homme qu'il a entendu souvent parler près de sa mère, quand il n'en était pas encore sorti. Et le nouveau-né cherche bien ces deux regards-là, pas celui de la sage-femme, par exemple. Quand il le trouve, il s'en détourne.

Toucher, avec le regard ou la peau, est le premier moyen de communication humain. Le langage tactile précède et dépasse le langage parlé, que ce soit en précision, finesse, intensité ou sensualité.

Le troisième grand obstacle à l'amour, c'est l'analphabétisme tactile. L'analphabétisme tactile est formé par deux éléments : d'une part, nous ne séparons pas clairement et nettement le toucher intéressé et le toucher désintéressé. Un toucher intéressé est vide. Et, d'autre part, le manque tactile conduit à l'oubli du vrai toucher que nous avons tous pratiqué étant enfant.

Cet analphabétisme résulte de l'ensemble des facteurs passés en revue dans ce texte. Si l'homme et parfois la femme est alcoolique du sexe. Si la femme se prostitue honorablement ou pas. Alors, le tactile authentique est poussé à la trappe. Pour les cons, les caresses, léchages et bisous sont des « préliminaires ». Pour les connes, un moyen de gagner de l'argent. Parfois aussi pour les cons.

Et nous sommes, pour la plupart, des cons ou des connes. Y compris vous, cher lecteur, chère lectrice. Et moi durant très longtemps, j'étais très con et espère ne plus l'être aujourd'hui et à l'avenir.

Après le regard, il y a le contact, la caresse. Et, seulement s'il y a de l'amour, il y a le bisou sur la bouche, éventuellement avec la langue.

S'agissant du toucher, il en existe fondamentalement deux genres : toucher pour sentir l'autre, toucher pour être senti. Le second genre est de très loin le plus agréable. Les enfants le pratiquent spontanément et naturellement. La plupart, voire la quasi-totalité des adultes l'ont oublié. Et leur démarche queutarde et – ou – prostitutionnelle ne risque pas de les aider à le retrouver.

Ce toucher, l'ayant gouté très brièvement de la part d'une petite amie, j'ai pu constater qu'elle n'avait pas eu conscience d'avoir pratiqué quelque chose de très particulier. J'ai mis ensuite deux années pour arriver à analyser de quoi il s'agissait. Pour le reproduire, cela dépend de ce qu'on a dans la tête. Au début on n'a guère plaisir à le pratiquer à d'autres. Puis, on y trouve plaisir. Mais le piège consiste à donner sans recevoir. Il vaut mieux ne rien donner. Seul l'échange légitime le don. Sinon on est une poire. On se fait exploiter. Et jeter à la fin. Et ça fait mal. Être généreux c'est très bien. Être trop généreux c'est très mal. Et à éviter absolument, même et surtout si on y est encouragé.

Les trois principaux obstacles à l'amour sont omniprésents dans notre triste société vénale. Alors, que faire ? Il faut faire avec l'amour, et avec tout dans la vie, comme Louis de Broglie disait que faisait l'astronome Bernard Lyot dans ses recherches scientifiques Il cherchait dans une direction où tout le monde disait qu'il n'y avait rien à trouver. Il cherchait. Et finissait toujours par trouver.

De toutes façons, renoncer à l'amour, c'est comme renoncer à être honnête et sincère. Pour les gens honnêtes et francs, c'est tout simplement impossible. Alors, faisons comme Bernard Lyot. Cherchons dans la direction où il n'y a rien à trouver. Et finissons par trouver. Si, dans toute l'étendue des Alpes il n'y a qu'une seule fleur que nous voulons trouver, prenons notre gourde, nos souliers et notre bâton de marche et allons la trouver. Et, quand bien-même elle se ferait attendre, nous la trouverons. Car finalement, le secret de la recherche, c'est que son but est la recherche elle-même. Qui nous conduit à nous découvrir nous-mêmes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 novembre 2014

lundi 24 novembre 2014

308 Une Italienne, une cafetière et un hôpital militaire

On annonce aujourd'hui l'envoi de la première Italienne dans l'espace. Elle va vivre durant six mois dans la station spatiale ISS qui tourne autour de la Terre.

Elle est accompagnée par deux hommes et ils vont rejoindre une autre femme et deux hommes.

Pour les fêtes de fin d'année ils auront droit à manger notamment du caviar.

Bon voyage et bons cafés à l'Italienne de l'espace qui emporte avec elle la première cafetière expresso créée pour fonctionner dans l'apesanteur...

Quelques questions me viennent à l'esprit :

Quelle étrange choix que d'aller, en risquant sa vie, vivre six mois dans une coquille de noix spatiale ! Alors qu'il y a tant de choses belles et intéressantes à voir et faire sur Terre. Et sans risquer sa vie pour autant !

On envoie dans l'espace pour six mois des personnes vigoureuses, en bonne santé et de sexes opposés. Baisent-elles ou vivent-elles une existence « monacale » ? Existe-t-il une clause d'engagement lors du départ où on atteste ne pas se laisser aller à quelques câlins que ce soit ?

Enfin, je relève quelques chiffres :

On a annoncé tout dernièrement que le meilleur hôpital de France, l'hôpital militaire parisien du Val de Grâce, fondé en 1796, était condamné à fermer parce qu'il manquerait 250 millions d'euros pour le rénover...

Le coût de la station orbitale ISS est de 100 milliards de dollars. Chaque fauteuil d'astronaute aller-retour pour la station orbitale ISS coûte 70 millions de dollars...

Quand on veut trouver de l'argent, on le trouve. Il y en a ! Soi-disant il n'y en a pas pour l'hôpital du Val de Grâce.

Les discours sur le « manque d'argent » pour justifier la destruction des services publics en France et ailleurs relève du simple foutage de gueule !

« Y a pas d'argent ? » Non !! « Y a pas la volonté ! »

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 novembre 2014

dimanche 23 novembre 2014

307 La croissance... de la cupidité

Les « experts franco-allemands » viennent de rendre leur verdict pour faire redémarrer la « croissance » de l'Allemagne et la France dans le cadre du IVème Reich, c'est-à-dire de l'Europe.

Il faut selon eux, ça n'est pas une blague : faciliter le licenciement des pauvres, allonger le temps de travail des salariés, pas des riches feignants. Et, bien sûr, l'allonger sans augmenter les salaires. Et, enfin, il faut le gel des salaires des pauvres durant trois ans, décidé par des personnes qui gagnent au minimum 20 000 euros par mois. Cependant que les prix qui galopent déjà, augmenteront encore plus la vitesse de leur galop. Ce programme souffre d'un oubli. Pour relancer véritablement la croissance, il importe également de rétablir l'esclavage. Ce qui pourra se faire en rouvrant les grands camps de travail qui existaient en Pologne dans les années quarante du siècle dernier. Seule modification, au dessus des portails d'entrée il faudra écrire : « La libre entreprise rend libre ». Je fais la proposition de cette mesure à Madame Merkel et Monsieur Hollande et espère être entendu.

Ce sont des « experts » qui ont rendu ici les conclusions. Méfiez-vous du terme « expert ». Il y avait également dans les années 1930-1940 des « experts » en « questions raciales » qui rendaient leurs conclusions « scientifiques », pour justifier les lois et mesures racistes et antisémites d'Allemagne, Italie, France, Roumanie et Hongrie.

Aujourd'hui, dans la province française du IVème Reich, tous les efforts de la bande Macron-Gattaz-Hollande tendent à augmenter la part de « richesses », c'est-à-dire d'argent liquide dans la poche des plus riches. Cette démarche, que je veux supposer de bonne foi, procède d'une erreur fondamentale. L'argent, quand il ne circule pas, mais s'entasse dans des coffres-forts, perd sa valeur. L'argent n'a de valeur que quand il circule. Un tas d'or n'a pas de valeur.

Certes, le détenteur d'un tas d'or peut se masturber cérébralement en le regardant. Il a aussi le loisir de jouir « du champagne et des putes ». Mais le tas d'or qu'il contemple avec délectation et rien, c'est pareil. Le nombre de milliardaires qui dans le monde croit à présent à toute vitesse signifie qu'une part de plus en plus importante de la richesse monétaire mondiale est neutralisée. Réduite à zéro en allant moisir dans des coffres-forts. Cependant que la population mondiale crève la dalle de plus en plus.

Chose divertissante : certains imbéciles écrivent dans les « mass merdias » : « le nombre de milliardaires croit en dépit de la crise. » Mais, le nombre de milliardaires qui croit, c'est justement la raison, l'expression-même de ce phénomène qu'on a baptisé « la crise ». Et qu'on pourrait plus exactement baptiser : « planification générale du pillage des richesses du monde par une poignée de riches avides, égocentriques et malades. »

Les ultra-riches veulent « posséder » toujours plus de richesses pour compenser leur besoin d'amour insatisfait. Et plus ils sont riches, plus s'éloigne pour eux la probabilité de connaître l'amour. C'est pourquoi ce sera faire preuve d'humanité et charité que les libérer du poids de leurs richesses, trop pesant pour eux. Et leur offrir une existence humaine plus normale que celle qu'ils connaissent.

Si vous doutez de mon propos sur le manque d'amour des riches et des puissants, considérez ce que nous connaissons de leur vie amoureuse. Un de ceux-ci a vu son inconduite conjugale exposée par son ex dans une livre tiré à 600 000 exemplaires en France et très vite traduit en onze ou douze langues étrangères. Qui dit mieux ? Vous êtes pauvre ? Ça vous est arrivé ce genre de chose ? Oui ? A moi, en tous cas, ça ne m'est jamais arrivé. A bas l'Europe ! Adieu l'euro ! Vive la vie, l'amour et la liberté ! Et, pour le « couple franco-allemand », une seule solution pour le bien des deux : divorce !

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 novembre 2014