lundi 13 janvier 2014

204 Dans la caverne aux trésors des lointains souvenirs d'enfance

Les petits enfants ont des jeux sexuels. Une particularité de ceux-ci est qu'ils n'ont pas d'interdits. L'autre est l'absence d'obligations. Dans la sexualité adulte, on revendique un résultat. Et on prétend donner au sexe une valeur supérieure à tout le reste. C'est une bien grave erreur. Se souvenir de notre conduite enfantine pourrait nous aider à abandonner des erreurs adultes qui nous coutent parfois bien cher.

On découvre une vraie mine d'or de renseignements sur nous tous, en s'intéressant à l'enfance dans les souvenirs de jeunesse des adultes. Quand on évoque aujourd'hui les souvenirs sexuels d'enfance, c'est souvent pour parler de traumatismes et d'histoires sinistres. Il est plus que temps de s'occuper à récolter soigneusement et avec précisions la masse d'informations tendres, joyeuses, marrantes, surprenantes et pas dramatiques du tout que quantité de gens adultes peuvent fournir. Et qu'on néglige, alors qu'elles sont extrêmement intéressantes, parlantes, précieuses. On a tort de les réduire à des « enfantillages ». C'est l'âme humaine qui s'exprime là. De ces récits d'événements microscopiques survenus il y a des dizaines d'années, on peut tirer des conclusions intéressantes.

L'approche du sexe chez les enfants, dans leurs jeux, paraît plus saine que chez bien des adultes. Les enfants apprécient à l'occasion autant le chant, le dessin ou le jeu de ballon, que les jeux classés sexuels. Il n'y a pas ici de préséance qui conférerait au sexe une place supérieure au reste. Par comparaison, les adultes paraissent vraiment obsédés d'arriver à un résultat, et un résultat formaté. Ce qui fait que leur vie sexuelle est souvent bien triste et déplorable. Chez les adultes on entend même parler de « performances ». Mais, pourquoi le but de la vie serait-il de réaliser des « performances » ? Le but de la vie est de vivre chaque instant, en l'appréciant pleinement.

Il n'y a pas que le sexe qui est intéressant à étudier dans les souvenirs d'enfance des adultes. Voici une histoire marrante et scatologique qui m'est arrivée quand j'étais tout petit.

J'ai commencé à être propre, ne plus faire dans ma culotte et aller aux WC. Mais, chose bizarre, je ne m'essuyais pas. Pour me nettoyer, j'appelais à l'aide les adultes de mon entourage. Mon père m'avait même appris une expression pour appeler à l'aide : « Venez m'essuyer l'anus ! »

Ça a duré un certain temps. Et, soudainement, je suis arrivé à me débrouiller tout seul. Que s'était-il passé ?

Pour se nettoyer le cul, j'étais persuadé que les adultes profitaient de certaines capacités extraordinaires que moi, petit, n'avais pas. Ils parvenaient à se contorsionner en telle sorte qu'ils arrivaient, quand ils s'essuyaient après avoir chié, à se regarder le cul et apprécier s'il était propre !

Moi, pauvre petit, je ne savais pas faire comme eux. Et avais donc impérativement besoin de leur secours. Mais voilà qu'un jour, en parlant avec mon père et ma mère, mon père un peu énervé me dit : « tu n'as qu'à regarder le papier, pour voir s'il est encore sale ». C'était donc ça la clé du problème ! Il ne s'agissait pas de se contorsionner pour se regarder le trou du cul mais d'estimer à la vue du papier si c'était correctement essuyé.

Ça, personne n'avait su me le faire comprendre ! Dès que je l'ai su, j'ai pu me débrouiller tout seul ! On ne m'a pas posé alors de question à propos de mon changement.

En rassemblant des dizaines de milliers de récits d'adultes rapportant des souvenirs d'enfance, on finira par reconstituer un puzzle phénoménal, général et des plus instructifs. Tous au travail !

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 janvier 2014

203 Misère affective et branlette

Le monde où nous vivons est largement imprégné par les fables de la pornographie. Le marché de la pornographie a, depuis ses débuts, monopolisé plus de la moitié de tout le trafic Internet. Ce marché, très rentable, offre textes et surtout films et photos. Qui ont pour fonction d'aider les internautes mâles à parvenir à l'éjaculation en se masturbant. Les femmes l'utilisent également. Ces masturbations sont sensées compenser le manque de partenaires sexuels. Comme l'indiquent quantité d'annonces accrocheuses sur les sites Internet pornographiques : « Marre de te branler ? Baise une vraie femme ! » Suit l'adresse d'un site ou un numéro de téléphone sensés fournir rapidement une femme qui ne rêve qu'à baiser. Et n'arrive pas à trouver de partenaires.

Cette manière de présenter la masturbation est très largement fallacieuse. En vérité, on ne se masturbe pas pour compenser le manque de partenaires sexuels. La vraie raison peut être l'ennui ou le manque d'amour au sens large de ce terme. Je vais en offrir deux exemples illustratifs.

En 1978, j'ai travaillé comme préposé à la poste. J'étais guichetier chargé de l'affranchissement à l'annexe une de la poste centrale du quatorzième arrondissement de Paris, tout près de la porte d'Orléans. Voilà que, pour travaux, l'annexe ferme. Non loin de là, boulevard Brune, je me retrouve tantôt au bureau des recommandés à reporter à la main au stylo sur des cahiers les références de lettres recommandées. Tantôt à trier des lettres en les mettant dans des casiers. Je me rappelle encore le cri du chef : « TG, grosses ! » quand il s'agissait de trier les enveloppes de grands formats dans des casiers de grands formats. Les collègues étaient sympathiques. Le travail était répétitif, mortellement ennuyeux, débutant trop tôt le matin, sous prétexte que les sociétés avaient besoin de leur courrier dès huit heures. Je regardais la pendule. Et, en début d'après-midi, pour supporter mieux les heures passées à s'emmerder au boulot, quoi de mieux que s'isoler aux toilettes soi-disant pour pisser ou chier. Et se faire en solo dans la tranquillité des cabinets à la turque une bonne branlette ? Je n'étais certainement pas le seul à choisir ce dérivatif manuel à l'ennui du salariat.

Un célèbre tract sorti en 1972 dans les lycées parisiens, qui valut des ennuis à ses signataires, proclamait que la masturbation pouvait agréablement meubler une après-midi de cours ennuyeux.

A part l'ennui, la masturbation est aussi provoqué par le manque d'amour dans un sens large.

J'ai découvert le toucher en 1986 à la faveur d'un stage de massages. A l'époque, je me branlais régulièrement, comme le font des millions d'hommes, qui ne l'avouent pas comme je le fais ici. Il se trouve qu'après avoir passé une semaine à masser et être massé au sein d'un groupe essentiellement féminin, où nous étions trois hommes, durant deux semaines je n'ai ressenti aucune envie de me branler. Ni de regarder des images érotiques. J'ai également remarqué, il y a bien longtemps, que si je passais simplement une agréable soirée à converser avec des amis, j'oubliais complètement de procéder à mon alors quotidienne branlette.

La pratique de la masturbation à grande échelle dont témoigne Internet est donc l'expression non de la détresse sexuelle, mais surtout simplement du manque affectif. Qui est très grave. Ce manque affectif est éclatant rien qu'à voir les voyageurs des rames du métro parisien. Ils n'osent pas se regarder ou guère. Ne s'adressent pas la parole. S'excusent s'ils effleurent même très légèrement leur voisin ou voisine. Profitent de l'affluence pour se frotter aux autres en faisant semblant de ne pas le chercher. Et comment pourraient-ils satisfaire leur manque affectif ? L'autre jour, je contemplais avec désir une jolie jeune fille se baladant quasiment nue chez elle. Si je lui avais dit : « je voudrais te caresser », elle aurait pu se fâcher. Et si elle avait accepté, elle aurait voulu aussi que je lui « fasse l'amour ». J'avais juste envie de la caresser. De plus elle est très jalouse. Alors, je n'ai rien fait.

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 janvier 2014

202 Les dessous de la loi Gallardón

Il y a en Espagne un monsieur qui a deux testicules, un pénis et une prostate et qui s'appelle Alberto Ruiz-Gallardón. Il a attaché son nom à une loi nouvelle qui interdira l'avortement en Espagne.

Alberto Ruiz-Gallardón ne possède pas d'utérus. Mais il veut prendre le contrôle de tous les utérus d'Espagne. Ceux-ci n'appartiendront plus aux femmes qui les portent, mais à l'état espagnol. Si un embryon commence à se développer dans un utérus d'Espagne, il le fera pour l'Espagne et l’Église. La femme directement concernée n'aura pas son mot à dire. Sauf si elle est d'accord, bien sûr. Dans ces conditions elle sera libre d'approuver ce qui la concerne directement. Et a été décidé à sa place.

Alberto Ruiz-Gallardón n'a pas d'utérus. Il ne connaîtra jamais dans sa chair la détresse de la femme enceinte qui ne souhaite pas devenir mère. Alberto Ruiz-Gallardón s'en fout. Il possède déjà, avec cette loi, tous les utérus d'Espagne. Mais pourquoi une telle loi ?

Officiellement elle est sensée faire disparaître d'Espagne l'avortement, considéré comme un fléau par les vieillards célibataires du Vatican.

En fait, on sait parfaitement que prohiber l'avortement, c'est comme prohiber l'alcool. Ça ne le fait pas disparaître. Mais entraine le développement d'un marché illégal clandestin. Alors, pour quels motifs adopter une telle loi par définition nocive et inefficace ? J'en vois six :

La première raison est électorale. Avec cette loi on caresse dans le sens du poil une partie de l'électorat.

La seconde raison est financière. Quand l'avortement est interdit, celles qui ont de l'argent peuvent avorter illégalement dans de bonnes conditions médicales en payant très cher. En 1973, un tel avortement à Paris dans le quartier du Marais était facturé 4000 francs. Le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti, l'ancêtre du SMIC actuel) s'élevait alors à 6 francs de l'heure.

Si on interdit l'avortement, certains médecins pourront doubler facilement leurs revenus en se faisant payer au black, donc sans déclarer aux impôts.

Au nombre de ceux qui glapissent le plus fort contre la liberté d'avorter légalement se trouve des médecins intéressés financièrement qui applaudissent et appuient la loi Gallardón.

Troisième raison, elle est politique. Gouverner, c'est diviser. Faire que les femmes vivent dans la crainte de grossesses indésirées et d'avortements dangereux, illégaux et bricolés, c'est faire d'elles des citoyennes de deuxième zone comparées aux hommes. C'est aussi les opposer aux hommes.

Quatrième raison : elle est psychologique. Une partie de la population souffre dans le domaine amoureux et ne se remet pas en question. Elle attribue la cause de ses malheurs au sexe opposé. Un certain nombre d'hommes en conséquence au fond d'eux-mêmes cultivent la haine des femmes. Ce qui ne peut que les encourager à soutenir et appeler de leurs vœux la loi Gallardón.

Cinquième raison : la bêtise pure, qui fait partie des éléments moteurs de la société, en particulier pour aller dans le sens d'une régression sociale.

Sixième raison : l'absence du droit à l'avortement dans les grands textes de base de la société : Déclaration universelle des droits de l'homme et Constitutions des états.

Dans un même mouvement certains états orientaux appliquent la lapidation aux femmes adultères et l'Espagne interdit l'avortement. Il s'agit d'un concours international de barbarie où la femme est toujours perdante. La loi Gallardón est un signe majeur de l'écroulement de la Civilisation, au même titre que la fermeture de l'hôpital Hôtel-Dieu à Paris, le gaz de schiste ou la mise en place du grand marché transatlantique. Si nous n'y prenons pas garde. Et n'y remédions pas. Les différents aspects agréables de nos vies ne seront bientôt plus que de vagues souvenirs périmés.

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 janvier 2014

201 L'échelle des importances

Quand l'enfant humain naît, c'est un petit animal sauvage, qui ignore tout des limites et interdits culturels régnants dans la société qui l'entoure. Il suit son instinct, cherche le sein de sa mère pour téter. Bave, pisse, chie et vomit quand il a envie de baver, pisser, chier et vomir, y compris sur sa mère. Il se colle à elle. Et vit pleinement sa vie de petit animal sauvage.

Quand il grandit, il a pleinement confiance dans les grands adultes qui veillent sur lui. Il apprend d'eux les réponses aux interrogations qu'il soulève. Ce sont en quelque sorte ses dieux à lui. Qui l'éclairent sur comment est le monde et s'y mouvoir.

Arrive cependant tôt ou tard un moment troublant. Alors qu'il n'a rien fait de mal, voilà que subitement se dresse face à lui une clôture impénétrable derrière laquelle les adultes font des choses auxquelles il n'a pas accès ! Même les plus proches adultes ne veulent pas le laisser voir derrière cet obstacle infranchissable, incompréhensible !

Ce qu'il faut cacher est mauvais, honteux. Les adultes si proches, si nécessaires, si aimés, commettraient-ils des actes honteux, ignobles, répréhensibles ?

Dans l'ensemble des actes cachés se trouvent quantité de choses : le travail et son fonctionnement, l'argent et ses mystères, le pouvoir, l'état, l'église, la gestion du temps et le domaine des câlins et du sexe. Tout au moins de ce qu'on voit englobé sous cette dénomination.

Le sexe ! chose horrible, séduisante et mystérieuse, régie par des règles impératives et des interdits foisonnants ! On découvre subitement que, par exemple, il existe des mots, des gestes, des choses interdites et terrifiantes.

Quand j'étais petit, j'ai très longtemps cru qu'il fallait éviter de prononcer le mot « sein ». Car ce devait être un mot indécent. Puisque le sein des femmes devait rester caché au regard d'autrui.

L'enfant est déstabilisé. Il existerait donc des choses épouvantables à éviter, ici-même, à portée de main ? Par exemple, laisser voir son zizi ? Pourtant, c'est beau et intéressant un zizi ! 

Les enfants entrent alors en résistance et inventent leur propre domaine réservé, interdit aux adultes.

En 1993, j'ai vu dans un camping une fillette de trois ans environ, quatre au plus, qui relevait démonstrativement en public son tee shirt pour exhiber les seins qu'elle n'avait pas. Une mère de famille m'a dit, parlant d'une fillette guère plus âgée qui avait sympathisé avec un petit garçon de son âge : « ça y est ! ils se baissent la culotte ! » Et, effectivement, sans se préoccuper de nous, les deux enfants en question se sont mit à descendre et remonter leur culotte de bain, l'un face à l'autre.

Si on pioche dans les souvenirs d'enfance, on apprend bien des choses sur l'enfance et la réalité de l'être humain sauvage confronté aux interdits qui vont le façonner comme humain « civilisé ».

J'avais environ six ans, vers le milieu des années 1950. Je me souvient de jeux un peu originaux auxquels mon frère âgé de onze ans m'a convié. Il m'a proposé de faire de douces fessées. Bien sûr, elles devaient se faire sur le cul nu.

J'ai accepté sans problème. Et, allongé dans mon lit, la culotte baissé, l'ai patiemment laissé me donner de légères tapes sur les fesses.

Puis, autre idée : comme le faisaient ensemble nos parents, dormir nus tous les deux dans le même lit. Il me semble même que nous étions sensés déshabiller chacun l'autre.

Enfin, enfants d'artistes, voilà que mon frère me propose de poser. Pour qu'il dessine mes fesses nues. Enfermés tous les deux dans la salle de bains, je m'appuie sur le rebord de la baignoire, les fesses en arrière, culotte courte et slip baissé. Cependant que mon frère, assis sur le couvercle de la cuvette des WC, dessine mon postérieur sur une feuille de papier avec un stylo à bille rouge. 

Ces jeux ont cessé pour des raisons de justice et équité. Ils devaient être réciproques. Or mon frère a refusé de tenir sa promesse que je lui rende sa fessée ! Et puis aussi, je ne me souviens plus s'il m'a déshabillé au lit. En tous cas, il n'était pas question que je le déshabille.

Mon sens de la justice étant contrarié, j'ai tout arrêté. Plusieurs années plus tard, j'ai retrouvé mon portrait inachevé de fesses. Et l'ai spontanément déchiré et détruit. De tout cela je n'ai jamais parlé à personne jusqu'à aujourd'hui. Chose amusante et significative : mon sens du secret enfantin était tel que ces deux derniers jours, quand j'ai pensé raconter publiquement ici cette vieille histoire, je me sentais encore un peu gêné de la dévoiler, plus de cinquante ans après !

Chose intéressante à relever. Quand il s'est agit d'entreprendre ces jeux que je qualifierais d'indéniablement « sexuels ». Sans en parler, il était évident que nous les entreprendrions en dehors de la connaissance des adultes.

Une jeune femme m'a raconté d'autres souvenirs enfantins un peu particuliers. Il s'agit de jeux qu'elle a pratiqué au début des années 1980. Elle avait alors cinq ans. Avec deux ou trois cousins d'âges proches et sa petite sœur elle a son groupe de jeux. Le plus jeune enfant a trois ans.

Cette jeune femme se souvient de deux jeux un peu particuliers :

L'un, c'est « le strip-tease » : les enfants s'installent cachés sous un meuble, et, face à eux, la fillette se déshabille.

L'autre jeu, c'est « le viol ». Une fillette déshabille une autre fillette, puis s'allonge dessus. Et c'est tout.

Les enfants ici ont entendu parler du viol. Ignorent ce que c'est précisément. A part que c'est quelque chose d'interdit qui appartient au monde des adultes, relève du sexe et se fait à deux.

On retrouve ici une même caractéristique de ces jeux. Sans en parler précisément entre eux, les enfants se sont tous donné le mot : ces jeux doivent rester absolument ignorés, cachés des adultes.

On dirait, dans ces deux exemples de jeux particuliers enfantins que les protagonistes ont intégré collectivement dans leur manière d'agir une sorte de directive d'action vis-à-vis des adultes : « ah ! vous avez votre domaine réservé ? Eh bien, nous aussi, nous avons le nôtre ! »

Ce qui malheureusement arrive, c'est qu'en grandissant, en passant de l'enfance à l'âge adulte, on franchit la clôture des adultes sans être bien armé pour affronter ce qu'il y a derrière elle.

On se trouve confronté à un prodigieux vide éducatif.

Subitement, nous voilà impliqués dans la sexualité adulte. Et nous n'avons rien appris.

Dans toutes sortes de domaines, nous avons appris. Là, on nous a caché quantité de choses.

Les adultes ne nous ont pas préparés à devenir adultes. Mais le sont-ils vraiment eux-mêmes ?

Résultat, nous bricolons. Et les résultats peuvent être effrayants. Pour des broutilles ce sera le drame. En particulier un des aspects les plus traîtres de la vie adulte sera le dérèglement de l'échelle des importances. En quittant l'enfance, nous ignorerons ce qui est important et ce qui ne l'est pas.

Un exemple classique que j'ai vu plusieurs fois : un homme a une copine. Celle-ci le trompe occasionnellement avec un proche. Ce n'est pas grand chose. Pourtant, l'homme se sentira obligé de rompre et sera très malheureux. Alors qu'il aurait peut-être suffit de s'exprimer, râler, pardonner. Et continuer une belle histoire d'amour légèrement entaillée.

Autre trouble courant : les nouveaux adultes croient souvent que l'acte sexuel est un élément fondamental, central, de la vie amoureuse, voire de la vie tout court. Alors que c'est un élément très largement secondaire. Bien sûr, la fécondation est importante. Mais croire que le but de l'amour c'est d'unir les zizis, c'est ne rien avoir compris à la vie et à l'importance fondamentale des caresses. Qu'on voit bien trop souvent ravalées au rang de soi-disant « préliminaires ». L'amour est infiniment plus grand, beau et agréable que la seule union des zizis.

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 janvier 2014

mercredi 8 janvier 2014

200 A 18 ans à la lisière de « la clôture des adultes »

Il existe une expression française dont le sens a évolué. A l'origine elle signifiait « être en caresses avec une femme ». A présent elle a pour sens être légèrement saoul. Cette expression c'est « être en goguette ». On parle souvent dans le domaine de l'amour de « la première fois », comme si c'était l'étape la plus importante. En fait, la première étape importante dans la vie amoureuse c'est la première fois que nous nous retrouvons « en goguette » dans le sens premier du terme.

Je me souviens très bien de ma première « goguette ». J'avais dix-huit ans et était très peu au fait des choses de l'amour. Ma seule éducation était celle donnée parcimonieusement par de rares lectures et images réservées aux « adultes ».

Quand j'ai trouvé à la maison un exemplaire de « J'irai cracher sur vos tombes » de Boris Vian, les quelques passages qui valurent à cet ouvrage l'interdiction, devinrent mes préférés. On y voyait le héros du livre pénétrer sexuellement des jeunes filles, leur caresser leur intimité, et sucer leur sexe. J'en fis ma lecture secrète, conservant le livre caché. Et en faisait la lecture enfermé dans la salle de bain et accompagnée de ma main pour arriver à en jouir.

Un autre ouvrage m'avait frappé. C'était le catalogue d'une exposition pornographique au Danemark que mon frère aîné avait rapporté à la maison. Une image en particulier m'avait impressionné. On y voyait de près une large main masculine velue, le majeur replié enfoncé dans un sexe féminin.

Quand je suis arrivé en vacances quand j'avais dix-huit ans, c'était une location. Il n'y avait pas assez de lits individuels pour tout le monde. Alors, qu'à cela ne tienne, on me mis dans un très grand lit avec... une jeune fille. Les décideurs n'y voyaient aucune malice. Je paraissais l'être le plus innocent du monde. Je ne l'étais pas complètement. J'avais déjà connu quelques caresses intimes pratiqués sur ladite jeune fille, qui de son côté avait semble-t-il dormi pendant celles-ci.

En fait, ce soir-là, en y repensant avant de nous coucher dans le même lit, une certitude m'est apparut : « en fait, quand je lui fais ces caresses elle ne dort pas, mais fait semblant. Donc des choses très audacieuses sont possible ! »

C'était l'été. J'étais très surexcité à cette perspective. Mon sexe en large érection. Mes glandes de Cowper à fond émettaient leur substance gluante et mouillaient largement mon slip. J'ôtais celui-ci, pensant dormir nu avec la jeune fille. Puis, à la réflexion, le remis. « Sinon, me dis-je, je risque d'aller trop loin et la mettre enceinte ». C'était là une sorte de « barrière de sécurité ».

Une fois allongés tous les deux dans ce très vaste lit, la lumière éteinte et dans l'obscurité complète, les opérations pouvaient commencer. Je savais ma partenaire consentante et ouverte à mon toucher.

Je mis ma main vers elle sous les draps et arrivais juste sur son ventre nu. J'avais noté qu'elle était allé au lit juste vêtue d'un slip blanc et un léger tee shirt turquoise. Celui-ci s'étant relevé un peu, ma main se retrouva posé sur son ventre nu. C'était la première fois que j'avais un tel franc contact sensuel avec une jeune fille. Et là survint un incident inattendu. Je ressentis un plaisir inimaginable à ce contact. Et, effrayé, retirais ma main.

Ce plaisir m'avait fait peur ! Je restais un instant à me demander ce que j'allais faire. Me revins en tête l'image du catalogue de l'exposition pornographique danoise. Je propageais ma main, cette fois-ci vers le bas-ventre de la jeune fille. Me voilà arrivé à son slip. Je rentre ma main. Sens au toucher sa toison pubienne, puis arrive plus bas. Et là, comme dans l'image, j'enfonce mon doigt le plus long dans la fente ainsi offerte. Je n'ai ressenti en faisant cela aucun plaisir particulier.

L'orifice était légèrement humide. La jeune fille ne bougeait pas. Je savais qu'elle faisait semblant de dormir. Que faire de plus ?

Ma main était dans son slip. Le baisser. J'entrepris de le faire. Un moment elle fit, toujours en silence, mine de se « réveiller » et le remonta. Finalement, à force d'insister une deuxième fois, je fini par baisser son slip à mi-cuisses. Et après, que faire de plus à part enfoncer mon doigt ?

Je me rappelais le livre de Boris Vian. Dedans, le héros à un moment-donné suçait le sexe d'une de ses conquêtes féminines. Je pensais un instant faire de même. Et, avec horreur, chassais aussitôt cette idée : « Ah non ! Mettre ainsi un sexe dans ma bouche, c'est contraire à l'hygiène ! »

Mais alors que faire de plus de nouveau et agréable ? J'y suis ! Je peux m'intéresser aux seins. Je partis donc vers mon nouveau terrain d'expérimentation.

Je remontais ma main vers la zone mammaire.

Passant sous le tee shirt, je trouvais un sein. Arrivé au bout mou et tendre de celui-ci arriva un autre événement stupéfiant et totalement imprévu. Au contact de mes doigts, le bout du sein s'est subitement métamorphosé : il a durci, prenant la forme d'une sorte de très gros bouton ! Comme c'était étrange et imprévu !

Après cela, une chose nouvelle était encore possible : sucer le bout du sein. Là, ce n'était pas comme le sexe. C'était propre.

Oui, mais pour cela, problème technique : il fallait relever le tee shirt. J'entrepris cette nouvelle opération. Ma partenaire, qui continuait à « dormir » se réveilla opportunément juste pour le redescendre. Pudeur ou froid, pour quelle raison agissait-elle ainsi ? Je n'en savais rien. Mais j'insistais et fini par aboutir. Les seins étaient dénudés, dégagés du tee shirt. Je me redressais et allais prendre un instant le mamelon durci dans ma bouche.

La mienne du fait de l'émotion était tout à fait sèche. Et, j'ai bien senti le mamelon durci, cet espèce de bouton entre mes lèvres. Mais n'ai ressenti aucun plaisir particulier.

Qu'avais-je à entreprendre de plus ? C'est là qu'un ultime incident est arrivé. Ma « dormeuse » a brusquement chuchoté : « Maintenant, tu peux y aller. »

Elle voulait manifestement dire par là : « à présent mets-y ton sexe, pénètre-moi sexuellement. »

Là, j'ai paniqué. Ah non ! Je ne vais pas la mettre enceinte !

J'ai tout arrêté pour m'éloigner un peu d'elle et dormir.

Le lendemain matin, j'ai cherché à toucher à nouveau son sexe, elle s'est rebiffé, sans parler. Je n'ai pas insisté.

Mais j'avais eu peur. Pour éviter de risquer de la mettre enceinte, j'ai demandé la nuit suivante de ne plus dormir en compagnie de ladite jeune fille. Un lit de camp avait été apporté, j'ai demandé à dormir dessus. Quand la jeune fille a appris ma décision, elle n'a rien dit, mais parue surprise. Chose étrange : la nuit qui suivie j'ai été tourmenté par une envie terrible que je n'avais jamais ressenti jusqu'alors, celle qu'on me caresse le sexe. Mais, bien sûr, j'étais seul dans mon lit.

La jeune fille ne m'a jamais parlé de cette nuit-là, sauf pour me dire quelques jours plus tard : « j'ai été très fatiguée après... » Elle a fini sa phrase par un petit rire nerveux. J'ai fait comme si je n'avais pas compris de quoi il s'agissait.

Cette expérience apprend beaucoup de choses :

L'irresponsabilité des adultes qui croient que leur cher et pur enfant n'a pas d'appétit sexuelle.

L'absence totale de câlins qui conduit à prendre grand plaisir à toucher un ventre nu, mais ensuite avoir peur et arrêter ce qui vous fait plaisir.

Et surtout l'abominable ignorance des choses de la vie, produite par la « pudeur » des adultes. Combinée à l'éducation faite par la pornographie. Qui est très nulle et détestable.

On croit protéger « la pureté et l'innocence » des enfants en ne leur parlant pas des choses du sexe. Mais la Nature, elle, ne se gêne pas pour réveiller en eux toutes sortes de choses dont on croit malin de ne pas parler. Et si on s'occupe des enfants pour leur assurer sécurité, bonheur, tranquillité, on ne s'inquiète pas de ce tête-à-tête solitaire et redoutable entre l'enfant et la Nature en lui.

Les enfants ne sont jamais complètement dupes. Ma mère me disait : « quand tu étais petit, tu riais tout le temps, et un jour ça s'est arrêté. » Je me souviens qu'une petite fille de mon entourage, quand elle avait sept ans m'a dit un jour : « j'étais joyeuse avant... »

Je me suis longtemps interrogé. Avant quoi ? Qu'est-ce qui cause l'arrêt de cette joie enfantine ? J'ai supposé une agression sexuelle oubliée, la découverte de la mort à travers la disparition d'un proche. J'ai fini aujourd'hui par trouver une autre explication.

Les enfants ont une immense confiance dans les adultes. Ils apprennent une foule de choses. Et c'est auprès des adultes qu'ils trouvent les réponses aux questions. Les adultes sont là pour ça.

Mais arrive un jour où les enfants se heurtent à un mur invisible : la clôture des adultes. Ils découvrent qu'un très vaste domaine leur est volontairement caché par les adultes. Et cette découverte les déstabilise.

Une scène à laquelle j'ai assisté incidemment m'a beaucoup frappé. Une fillette sortie du bain est assise nue. D'un doigt bien précis elle commence à se chatouiller le clitoris. Le père fait une expression réprobatrice et ennuyé. La fillette arrête aussitôt. Oui, mais, cette réprimande silencieuse ne connait là aucun sens visible, aucune explication. C'est du domaine réservé. C'est « tu comprendras plus tard, mais ça n'est pas bien ». Alors que, enfant, on a terriblement besoin de l'aide, des explications des adultes, qui nous guident partout et en tout, s'élève ici une clôture. Et, à chaque enfant de se débrouiller. Trouver les réponses à ses interrogations. Réponses qu'il ira chercher là où il n'y en a pas nécessairement des bonnes. En particulier dans la pornographie qui propage des stupidités horriblement machistes et des comportements prostitués, absurdes et stéréotypés.

Non, ça n'est pas vrai que l'acte sexuel est une nécessité. On peut très bien s'en passer durant des années. Ceux qui diront le contraire. Invoqueront « la Nature ». Oui, mais, si nous prenons les lions, par exemple. Quantité de lions n'ont pas une troupe de femelles à leur disposition. Une fois adulte, ils sont chassés de la famille formée par un mâle et plusieurs femelles avec leurs petits. Et si le jeune lion n'arrive pas à combattre un mâle et le chasser pour prendre sa place auprès d'un groupe de lionnes, il reste seul. Et un mâle chassé aussi. Comme quoi l'abstinence sexuelle existe aussi dans la Nature. En fait on a surtout besoin de tendresse, d'amour. Le sexe partagé on s'en passe très bien.

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 janvier 2014

199 Deux époques de la vie essentielles pour comprendre l'être humain

Quand on cherche à comprendre l'être humain, on rencontre des livres théoriques qui prétendent vous aider de manière décisive à le faire. On voit aussi des spécialistes se pencher sur l'étude et l'analyse des autres. Il est pourtant un domaine essentiel pour chercher à comprendre. C'est celui de nos souvenirs. Sans aller voir ailleurs que dans notre mémoire, il est essentiel de nous rappeler de notre enfance et de l'époque de notre arrivée dans ce moment de la vie où les facultés sexuelles reproductives se mettent en route en nous.

Deux souvenirs que j'ai, éclaire pour moi bien des choses.

Jusqu'à l'âge de six ans environ, les grandes personnes prennent la peine de rentrer leur main par le col de mon vêtement. Et me caresser la peau nue du dos. J'adore ça. Cette caresse est rapide, juste un aller-retour de la main. Et voilà subitement que cette caresse n'a plus court. On cesse de me la faire, sans explications. J'en souffre, ne comprend pas cet arrêt et n'ose pas me plaindre. Garde ça pour moi. En fait, je l'ai compris seulement bien des dizaines d'années après : si on a cessé de me caresser ainsi, c'est parce qu'on a considéré que j'étais devenu « grand ».

Autre souvenir qui doit dater de mes treize ans environ. Voilà que je commence à avoir tout le temps envie d'uriner. Je vais aux toilettes. Et au lieu d'émettre de l'urine, de mon pénis coule à chaque fois juste un peu d'une substance visqueuse et transparente. C'est fort énervant. Je n'en parle pas. En fait, je l'ignore absolument, il s'agit alors de la mise en route de mes glandes de Cowper.

Et quelques temps plus tard, je vais uriner et simultanément à cet acte, j'ai la surprise de voir mon membre subitement s'allonger et durcir. Ce phénomène surprenant et incompréhensible se répète plusieurs fois. Et quand je me mets nu, même chose.

Je suis gêné par cette réaction que j'imagine maladive. « Je suis malade », me dis-je. Et n'ose en parler à mes parents. Car c'est une maladie honteuse, vénérienne. C'est comme ce liquide visqueux.

Je cesse de me laisser voir nu par des tiers. Ferme la porte de la salle de bains quand je prend mon bain, pour ne pas être vu dans cet état.

Ce que je réalise en me remémorant ces moments de ma vie, c'est l'abandon total où j'étais laissé face à ces phénomènes pourtant prévisibles qui m'arrivaient.

On arrête brutalement la tendresse. Et, des années après, on me laisse parfaitement seul pour essayer de me déterminer face à ces nouveautés troublantes.

Et, quand j'ai atteint l'âge de vingt-deux ans, notre médecin de famille, le Docteur J. R****, utilisant des sous-entendus m'a prescrit de « faire l'amour ». Ce qui ne m'était jamais arrivé. Ma mère m'a jeté dans les bras de la première jeune fille venue rencontrée dans mon entourage.

Cette histoire a duré six mois. Puis s'est terminée. Mais, mal parti que j'étais, trimballé dans une direction que je n'avais pas choisi, je ne pouvais guère aller où cela me convenait. J'avais souffert de déséducation sexuelle. Comme bien d'autres on m'avait caché tout ou presque du domaine de la « sexualité ». Puis on m'avait précipité dedans sans crier gare. A moi de me débrouiller.

Se remémorer des souvenirs anciens, les étudier, me paraît des plus utiles pour rectifier notre comportement. Et comprendre où cela nous convient d'aller.

Basile, philosophe naïf, Paris le 7 janvier 2014

mardi 7 janvier 2014

198 Aimer et être aimé... ou se sentir aimer et être aimé ?

J'avouais hier dans ce blog comment, il y a environ cinquante ans de cela, ma sœur m'avait invité à assister à son bain. J'ai hésité à mettre cet aveu en ligne. Pourtant, comme il paraît anodin comparé aux confidences diverses, affabulées ou non, qu'on trouve aujourd'hui un peu partout sur le Net ! En parcourant le Net dès qu'il s'agit de relations « pas catholiques » entre sœur et frère, on trouve abondance de comptes-rendus de vécus horribles divers. Et aussi quelques autres genres de témoignages sur des relations plus paisibles.

A croire certains, sortir des cadres de la morale traditionnelle consisterait à glisser dans l'orgie permanente. Quand on parle de « révolution sexuelle » on y voit le synonyme de « tout le monde baise avec tout le monde ». Quelle belle ânerie ! Pourquoi ? Parce que faire des orgies n'a absolument rien de « révolutionnaire ». De tous temps, on a vu d'un côté la masse devoir se conformer à une morale encadrante et rigoriste et une minorité vautrée dans le sexe tous azimuts. Depuis Messaline et Héliogabale, Théodora ou l'impératrice allemande de Russie Catherine II, dite Catherine la Grande, les « grands de ce monde » ont toujours baisé dans tous les coins. Les imiter n'a rien de révolutionnaire. Révolutionner c'est agir autrement, porter un regard neuf sur des choses anciennes, avec des réponses rares jusqu'à présent.

Quand j'ai vu ma sœur nue dans son bain, j'ai eu envie de me mettre nu aussi, la rejoindre peut-être aussi dans sa baignoire. J'ai aussitôt écarté l'idée comme inadmissible. Pourquoi ? Parce que j'étais en érection et avais honte d'être vu par elle dans cet état.

Cette honte venait de loin. Ce genre de réaction non contrôlée, incompréhensible les premiers temps qu'elle survenait, me dérangeait. Je ne l'avais pas choisi. Et la ressentais comme indécente car liée aux choses du sexe dont on évitait soigneusement de parler dans ma famille.

La première fois que ça m'était arrivé en urinant, j'en avais conclu que j'étais malade. Et, comme il s'agissait d'une maladie vénérienne, il était bien sûr exclu que j'en parle avec mes parents !

Plus tard, rapprochant cette réaction bizarre et nouvelle avec un passage incompréhensible du roman « Moravagine » de Blaise Cendrars, j'ai compris de quoi il s'agissait.

Blaise Cendrars écrivait dans ce passage : « L'amour, ça commence par la crevaison d'une membrane. » Une membrane ? Ça me disait quelque chose dont j'avais entendu parler. J'ai consulté le très pudibond « Petit Larousse » à la définition du mot « hymen ». J'ai alors compris le pot-au-roses. Si mon sexe durcissait, c'était pour entrer dans le sexe féminin crever ladite membrane ! Ce rapprochement inattendu entre deux organes à mon avis « sales » car destinés à pisser, m'a tout de suite paru dégoutant.

Mon éducation faisait que je considérais à l'époque le sexe sale, honteux. Et le montrer en cet état durci inavouable. C'est pourquoi je n'ai pas osé me retrouver nu et rejoindre ma sœur dans son bain.

Par la suite, j'ai été abusé par l'éducation régnante qui prétend que si on connait une érection celle-ci est dévolu à la pénétration de la femme.

Pourquoi ce propos courant est en fait résolument faux ? Pour la raison suivante que j'ai mis des décennies à comprendre : en fait le plaisir seul peut provoquer une érection. Par exemple la vue d'une jolie fille nue. Mais cette érection est non intromissive la plupart du temps. Ce qui signifie qu'elle ne s'accompagne pas du tout d'un sentiment très particulier. Ce sentiment c'est le désir de pénétrer sexuellement l'autre.

Mais, l'éducation aidant, on se retrouve le crâne bourré et convaincu que si on bande il faut y aller. De l'erreur du départ d'avoir honte d'être vu en érection par une jeune fille, je suis passé par la suite à une autre erreur. Croire que si je bandais cela signifiait qu'il était bien, souhaitable, désirable de « faire l'amour », cependant que je n'en éprouvais pas l'envie. Et que c'était juste un raisonnement intellectuel.

Ce raisonnement intellectuel triomphe dans le domaine de la pornographie, qui est caricaturale et ridicule. On y voit les bons petits soldats du sexe entrer et sortir les uns des autres. Sur leur visage s'inscrit le plus souvent l'ennui et l'indifférence. C'est de la mécanique pure, de la plomberie sexuelle. Les corps sont beaux. Leur agitation est factice. On fait comme si on avait envie de s'accoupler. Et les spectateurs font comme s'ils voyaient des individus « faire l'amour ». Alors qu'ils ne font que se mettre l'un dans l'autre, se secouer et faire semblant de jouir en échange d'un chèque.

Quand à 22 ans j'ai eu ma première « petite amie », tous les soirs nous faisions la chose. On mettait le truc dans le machin, on secouait, terminait l'acte, et ensuite dodo. C'était absurde, artificiel, fait avec la meilleure volonté du monde de part et d'autre. Une seule fois pour moi ce fut différent et vraiment extraordinaire. Pour elle je crois que ça n'a jamais été vraiment passionnant.

Bien plus tard, je me souviens d'une autre « petite amie ». La première fois qu'on a fait la chose, j'en ai pris l'initiative. Elle ne s'y est pas opposée. Mais son expression était faite d'incompréhension et étonnement. En fait, bien plus tard, en y réfléchissant, j'ai compris qu'elle n'avait rien ressenti. Elle avait juste rempli le rôle qu'elle croyait devoir être le sien. Quand on est une jolie fille nue qui accorde des bisous sur la bouche, dans l'intimité, le monsieur met son engin dans la dame, voilà. Il faut qu'il entre. Et comment faire autrement si tous les messieurs proches veulent faire ça ?

En l'absence de vrai désir ça se passe comme dans un petit théâtre où chacun rempli son rôle. Et l'un des deux se dit qu'il « fait l'amour », cependant que l'autre attend sagement que la petite affaire soit terminée.

Mais ça ne marche pas ainsi longtemps. La Nature a horreur d'être maltraitée. Et, à la longue nait une terrible agressivité chez l'un des deux acteurs, le moins motivé des deux, souvent la femme. A cette agressivité va répondre l'agressivité de l'autre en retour. Ce qui explique que les séparations sont souvent tendues et conflictuelles.

Une petite amie subissant patiemment le sort d'amante non désirante avait projeté une rupture d'avec moi très violente moralement. Elle n'a ensuite pas agi ainsi. M'en a parlé. Et à ma question : « pourquoi une telle violence morale ? » n'a pas su quoi répondre. Quatre mois plus tard elle réussissait sa séparation. C'était la meilleure et la plus juste des choses qu'elle avait à faire.

J'ai mis des dizaines d'années à comprendre le phénomène. A présent, je sais que c'est une très grande erreur de chercher à « faire l'amour » sans en avoir vraiment envie. Et, débarrassé des faux désirs artificiels, ne me suis jamais senti autant libre et en paix avec moi-même et les autres.

L'erreur fondamentale est croire qu'on a besoin d'aimer et être aimé, d'où la soi-disant nécessité de concrétiser en « faisant l'amour ». En fait, on a besoin de se sentir aimé et être aimé, ce qui n'implique rien de précis à faire ou réaliser. On aime un homme, une femme, un enfant, un chat ou un plat de spaghettis, il y a de l'amour mais rien de précis en plus là-dedans. Le sexe c'est autre chose, qui a sa vie particulière et son fonctionnement qu'il importe de respecter. Faire semblant de faire l'amour ne sert à rien et mène droit dans le mur. Aimer simplement à l'amour suffit.

Basile, philosophe naïf, Paris le 7 janvier 2014