mercredi 27 mai 2020

1302 L'Allergine de Jousset, un vieux médicament contre de nouvelles pathologies

Il y a plus de trente ans, je flânais dans les rues du Quartier latin, quand mon attention fut attirée par le titre d'un livre. Il était en vente dans une librairie médicale, non loin de l'ancienne faculté de médecine. Ce titre était étrange : « Les microbes sont-ils nos ennemis ? » Son auteur, que je ne connaissais pas du tout, était un certain docteur Marc Emily.

Je feuilletais l'ouvrage en question, qui était vendu d'occasion. Le trouvais intéressant. L'achetais. Et l'emportais pour le lire à la maison.

Cet ouvrage n'était pas un ouvrage ordinaire. Il était en fait conçu en deux parties. La première était constituée d'une série de dossiers médicaux concernant tous l'amélioration de l'état de santé de malades auxquels le docteur Emily avait administré de l'Allergine, un médicament extrait du bacille de Koch par le professeur de médecine parisien André Jousset. Ce médicament à usages multifonctionnels avait cessé d'être fabriqué et distribué. Rayé du Codex pour cause d'inutilité. Emily n'était pas d'accord avec cette décision. Je flairais quelque chose d'intéressant. Et si ce médicament, étudié durant trente ans par Jousset était utile contre de nouvelles pathologies telles que le SIDA ?

Il serait bon et utile d'attirer l'attention des chercheurs pour qu'ils étudient la question.

J'ai cherché à alerter des chercheurs. En vain, car le monde est ainsi fait, il est cloisonné. Un artiste peintre poète diplômé des Beaux-Arts de Paris n'a autant dire aucune chance d'être entendu par un médecin chercheur en médecine.

Je ne prétendais pas que l'Allergine soit forcément un remède miracle. Mais qu'il était justifié de se pencher sur son usage contre de nouvelles pathologies. Un produit extrait du bacille de Koch et étudié durant trente années par un professeur de médecine me semblait digne d'intérêt. J'allais à la rencontre d'hommes de science, de médecins, en leur disant : « je ne suis pas médecin, mais vous, pourriez-vous étudier la question, vous qui savez ? » C'est tout juste si on ne m'a pas rit au nez. Ma cause était perdue d'avance. Ce n'était pas mon propos qui était perçu, mais qui j'étais : un artiste, un doux rêveur, qui se mêle de ce qui ne le regarde pas, la recherche médicale, domaine réservé aux chercheurs médicaux.

C'était à désespérer. Je persévérais. Un jour, il y a vingt-trois ans, une amie s'était retrouvé hospitalisée sous traitement suivi avec un médicament sur lequel je m'interrogeais. Ce médicament était-il adapté, dangereux ? Je décidais, pour en avoir le cœur net d'aller consuiter de la documentation pharmaceutique. C'est ainsi que je débarquais à la bibliothèque de la faculté de pharmacie située près du jardin du Luxembourg. J'ai reçu un accueil très sympathique et j'ai pu me enseigner sur le médicament administré à mon amie, un puissant neuroleptique. Il n'y avait pas de quoi s'inquiéter.

Reste que j'étais dans la place ! Me souvenant de l'Allergine, je me suis dit : « je ne suis ni médecin, ni chercheur en pharmacie ou en médecine. Les médecins, chercheurs en médecine ou en pharmacie ne veulent pas m'entendre et faire des recherches sur l'Allergine. Je ne suis pas compétent, je ferais des recherches quand même ! »

J'ai donc cherché et demandé des documents concernant l'Allergine. J'en ai trouvé trois ; un bulletin de l'Académie de médecine où Jousset avait écrit une communication, une revue médicale où il expliquait l'Allergine et enfin un livre sur le traitement de la tuberculose par l'Allergine.

Fait extrêmement significatif, ce dernier ouvrage n'avait pas été acquis par la bibliothèque de la faculté de pharmacie, mais offert par un particulier. Ce qui confirmait ce que j'avais pensé. Jousset, pour diverses raisons, pas forcément médicales, était mal vu dans le milieu médical où il évoluait. Sa notice nécrologique laisse entendre qu'il s'était même fait de solides inimitiés.

Après sa disparition, les recherches qu'il avait poursuivis n'ont bientôt plus été continuées.

Munis de nouvelles informations sur Jousset et l'Allergine, ayant photocopié des documents à la bibliothèque, j'ai cherché à alerter encore et encore. Las ! Je me heurtais à un mur. J'ai du amuser certains médecins. L'un d'eux m'a dit : « c'est intéressant, c'est le style des articles scientifiques de cette époque. »

La tâche paraissait impossible à remplir. J'ai baissé les bras durant quelques années. Enfin, il y a pas trop longtemps j'ai rédigé l'article André Jousset dans Wikipédia. Il est bien sûr mentionné dans cet article sa recherche sur l'Allergine. Et précisé qu'un autre médicament, qui n'a rien à voir, existait aujourd'hui, commercialisé sous le même nom.

Dans mon article j'ai mis des liens permettant d'accéder à des écrits de Jousset, notamment sur le mode de fabrication de l'Allergine. Cet article de Wikipédia je l'ai vu un peu comme une bouteille çà la mer. Peut-être quelqu'un un jour, un chercheur, va s'y intéresser et ouvrir par la suite un nouveau chapitre dans l'histoire de l'Allergine de Jousset.

J'ai longtemps cherché qui pourrait reprendre les recherches sur l'Allergine de Jousset, sur laquelle existe une thèse. Aujourd'hui enfin je crois avoir la réponse à mon interrogation. Un institut de recherches de Marseille dirigé par un professeur dont un axe de recherches est justement l'emploi de vieux médicaments contre de nouvelles pathologies. Je lui envoie cet article et souhaite très vivement qu'enfin l'Allergine de Jousset sorte de l'ombre et de l'oubli et soit utile à la santé. Et peut-être même soit d'une très grande utilité.

Le professeur de médecine de Marseille se nomme Didier Raoult. Il a en commun avec le professeur André Jousset d'être compétent, intelligent et aimant les arts. Il a comme lui, semble-t-il, des détracteurs. Feu André Jousset et Didier Raoult sont des personnalités qui m'apparaissent comme des esprits indépendants et teigneux, positifs et persévérants et dévoués à la santé. J'aime et estime de telles personnes, quand bien-même je suis un artiste et un poète tout à fait ignorant dans le domaine scientifique et médical. Ma spécialité étant l'aquarelle, la photographie, la philosophie et la poésie. J'espère que l'Allergine de Jousset sauvera demain beaucoup de malades.

Basile
Paris, le 27 mai 2020

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