samedi 27 mai 2017

771 L'Affaire Jousset

Le patriarcat promouvant le pouvoir comme lot de consolation pour ceux qui cherchent à en tirer profit, a des effets dévastateurs dans tous les domaines et notamment celui des sciences. Une pratique ou une découverte scientifique établie devient en quelque sorte le sceptre, l’emblème du pouvoir de certains notables scientifiques patriarcaux. Pour rien au monde ils n'admettront la remise en question des théories dont l'apologie et le développement ont servi de socle à leur trône. Malheur aux novateurs quand bien-même ils révéleraient des vérités nouvelles ! Le professeur de médecine parisien André Jousset fit les frais de cet ostracisme. Né en 1867, mort en 1940, il passa trente années de sa vie à étudier une substance qu'il extraya pour la première fois du bacille de Koch en 1903 et baptisa Allergine.

Ses travaux sont à présent enterrés et rares sont ceux qui en ont entendu parler. J'ai tenté depuis plus de vingt ans d'intéresser à l'Allergine des scientifiques, des médecins... Pensez ! Moi, un artiste peintre diplômé de l’École des Beaux-Arts de Paris ! On m'a rit au nez ou plus exactement gentiment ignoré. L'Allergine peut continuer à dormir dans les archives.

Son découvreur a déjà lui-même fait de son vivant les frais de l'ostracisme patriarcal dans le milieu scientifique et médical, comme on le devine ici entre les lignes :

Le chirurgien Georges Labey précise dans la nécrologie de son ami André Jousset qu'il signe dans La Presse médicale du 30 octobre au 2 novembre 1940 :

« L'indépendance de son caractère lui permit de lutter pour ce qu'il croyait être la vérité ; cette indépendance l'empêcha d'accéder à certains honneurs qui lui étaient dus, mais qu'il sacrifia délibérément pour continuer la lutte. »

« C'était un ami sûr et fidèle sur lequel on pouvait compter ; mais s'il était fidèle dans ses amitiés, il l'était aussi dans ses ressentiments. »

« Il soutenait avec une ferme âpreté les idées qu'il considérait comme vraies et mettait, à défendre ses convictions, une ardeur qui ne ménageait peut-être pas toujours ses contradicteurs. C'était un caractère. »

L'Allergine fut commercialisé en France jusqu'en 1958, sous formes d'ampoules. Elle fut retirée du codex et plus distribuée ensuite, au motif invoqué qu'elle n'avait pas d'utilité thérapeutique.

Un livre sur l'Allergine fut publié en 1961. L'oubli de ce médicament fit qu'une autre spécialité pharmaceutique a été commercialisé sous le même nom. Le livre en conséquence et pour faire la différence parle de l'Allergine-Jousset.

En 1997, j'ai reçu le meilleur accueil à la bibliothèque de la faculté de Pharmacie de Paris près du jardin du Luxembourg. J'ai collationné à cette occasion un petit nombre d'écrits de Jousset sur l'Allergine. Ces écrits que j'ai donné à lire à des médecins, y compris un médecin qui me connaît très bien, n'ont éveillé autant dire aucun intérêt. Pouvait-il en être autrement ? Un scientifique me parlant de son milieu m'a dit que je n'avais aucune chance de susciter un quelconque intérêt étant donné ma qualité étrangère au milieu des chercheurs. Pourtant je n'ai jamais prétendu connaître les qualités précises éventuelles de l'Allergine, mais j'ai juste cherché à attirer l'attention sur elle. Les écrits de Jousset sont à présent tombés dans le domaine public. J'aurais l'occasion d'en diffuser quelques-uns. Peut-être obtiendrais-je ainsi un jour un résultat en intéressant des spécialistes ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 27 mai 2017

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